LIVRE DE TOUS LES MÉNAGES
tée dans la cave de mon correspondant du Havre, et qu'il venait de me renvoyer récemment, et une autre, de celles que j'avais conservées intactes. Le résultat de cette triple comparaison fut extraordinaire , et démontra que ce vin, originairement le même, présentait trois qualités essentiellement différentes.
La bouteille conservée chez moi, et qui n'avait pas subi la préparation , avait un goût de vert très marqué ; le vin renvoyé du Havre s'était fait et conservait son arôme ; mais la supériorité de celui revenu de Saint-Domingue était infinie , rien n'égalait sa finesse et son bouquet, la délicatesse de son goût lui prêtait deux feuilles de plus qu'à celui du Havre, et au moins trois de plus qu'au mien. Un an après, j'eus la satisfaction de réitérer cette expérience avec le même succès.
11 est donc incontestablement démontré par des faits aussi païens qu'on pourrait, à l'aide d'une préparation fort simple , exporter nos vins fins aux extrémités les plus reculées du globe ; mais quand bien même mon procédé ne présenterait pas , comme il le fait, cet inappréciable avantage, de quelle utilité ne serait-il pas pour l'intérieur de la France , où il existe tant de caves dans lesquelles nos meilleurs vins ne se peuvent conserver, même en bouteilles ? Espérons donc que le procédé si simple que je viens de décrire succinctement sera bientôt généralement adopté, et que son infaillibilité jointe au peu de frais qu'il occasionne, engagera beaucoup de propriétaires à en tenter l'essai. Je n'ajouterai qu'une seule recom*
mandation , c'est celle de bien choisir la qualité des bouteilles et bouchons que l'on voudra employer, et de boucher avec le plus de soin possible.
Une épreuve bien importante , et que je me propose de faire incessamment , est celle de conserver nos vins en cercles; je pense qu'en opérant ainsi que je l'ai fait sur la bière , on pourrait obtenir d'heureux résultats , et arriver à les faire voyager en pièces.