‹ Collection Archeologique du Prince Pierre SoltykoffChapitre 13 sur 59 · L’HORLOGE DE LYON · texte numérisé non relu

L’HORLOGE DE LYON

L'horloge de Lyon, faite en 1598 par Nicolas Lyppvus, de Bâle en Suisse, acquit une célébrité aussi graude que celle de Strasbourg. Moins compliquée que cette dernière, elle était beaucoup mieux exécutée. Quelques années plus tard, elle fut réparée ot notablement augmentée par Nourrisson, habile horloger lyonnais. Dumont, qui a vu celle horloge vers le milieu du xvii* siècle, eu donue la description suivante :

Description de l'horloge de Lyon

« La première chose que l’on remarque dans cette horloge, c’est un grand astrolabe dans lequel les mouvements des cieux sont si bien représentés, que l’on y peut reconnaître distinctement et exactement le cours des astres, et généralement l’état du ciel à chaque heure du jour. Le soleil y parait sur le zodiaque dans le degré du signe où il doit être, et marque journellement sou lever et son coucher, la longueur des jours et des nuits, et même la durée des crépuscules, avec une justesse surprenante. La lune, qui n’y parait jamais éclairée que du côté qui regarde le soleil, marque par là, aussi bien que par

DC PRINCE SOLTYKOFF.

l'aiguille, son âge, son accroissement et décroissement insensibles, et enfin sa plénitude.

« Non-seulement les douze maisons du ciel y sont très-nettement distinguées, mais aussi la division des jours en douze parties égales, qui sont les heures inégales des Juifs par lesquelles ils avaient accoutumé de compter, comme il parait par plusieurs passages de l'Écriture sainte.

« Une grande alidade qui traverse tout cet astrolabe représente le premier mobile, donne le mouvement du soleil dans l'écliptique, et, marquant de ses extrémités les vingt-quatre heures du jour, indique en même temps le mois et le jour courants, aussi bien que le degré du signe que le soleil parcourt ce jour-là. Mais ce qu'il y a de plus admirable, c’est que, pendant que celte alidade achève en vingt-quatre heures son mouvement d’orient en occident, tout le système et chacune de ses parties conserve ses mouvements, et toutes les révolutions particulières s'achèvent, chacune en sou temps, sans désordre ni confusion.

« La plupart des étoiles fixes sont posées tout à l’entour dans leur véritable situation, de sorte qu’on peut voir à toute heure celles qui sont dessus et dessous l'horizon. Au-dessus de cet astrolabe merveilleux, il y a un calendrier pour soixaute-six ans, qui marque les années depuis la naissance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le nombre d’or, l’épacte, la lettre dominicale, les fêtes mobiles, et le tout chaDge dans un moment, le dernier jour de l'année, à minuit.

« Ou y voit encore un almanach perpétuel qui marque les jours du mois, les ides, les nones, les calendes, les fêtes du jour, l’olfice que l’on doit lire dans l'église et le cycle des épactes. Enfin on peut dire que cette horloge est un vrai microcosme (monde en abrégé).

« Il est vrai qu'une partie de tout cela, se voit à l’horloge de Strasbourg, et qu'il y a de plus des figures qui sonnent les heures en passant par une petite galerie et frappant chacune un coup sur le timbre; mais en récompense, ou trouve en celle-ci des mouvements qui lui sont particuliers, et qui ne se voient, que je sache, en aucune autre du monde.

« Aussitôt que le coq a chanté, les anges qui sont dans la frise du dôme entonnent l’hymne do Saint-Jean-Baptiste : L't queant Iaxis, en sonnant de petites cloches qui y sont déposées exprès, ce qu'ils font avec une justesse qui donne du plaisir.

« Une autre singularité qui n’est pas moins remarquable, c'est celle des jours de la semaine ; ils sont représentés par des figures humaines placées

fl» COLLECTION ABCII ÊOLOGIQCE

dans des niches où elle se succèdent les unes aux autres régulièrement à minuit.

La première figure, qui représente le dimanche, est un Christ ressuscité avec ce mot au-dessous: Domivica; la seconde est une Mort, Feria secunt/a; la troisième est un Saint-Jean-Baptiste, Feria tertio; la quatrième un Saint-Étienne, Feria quarto; la cinquième, un Christ qui soutieut une hostie, Feria quinta; la sixième, un Enfant qui embrasse une croix, Feria sexto; et la septième, une Vierge parce que ce jour lui est consacré, Sabbatum. C'est ainsi que l’ingénieur de cette horloge a exprimé les jours de la semaine pour suivre en cela la coutume de l'Église romaine, qui ne les appelle pas comme nous, lundi, mardi, mercredi etc., mais Feria secundo, tertio, quarto, etc.

« Tout cela comme vous voyez est fort curieux, ou, pour mieux dire, fort admirable, mais beaucoup moins encore que ce que je vais vous dire. Au côté droit de l'horloge, il y a un autre cadran pour les heures et les minutes, dont la forme étant tout à fait ovale, il faut que l’aiguille qui indique s'allonge et s’accourcisse de cinq pouces à chaque bout, et cela deux fois par heure : ce qui jette dans l'admiration tous ceux qui se donnent la peine d’examiner son mouvement.

« Je n’entrerai pas dans un plus grand détail, parce que insensiblement la description de cette horloge nous mènerait trop loin ; ce que je viens de dire suffit pour faire voir de combien elle remporte sur celle de Strasbourg. »

L’horloge de Saint-Jcau de Lyon douua lieu à une fable à peu près semblable à celle qu'a produite Rocca au sujet de l'horloge de Strasbourg. Le peuple avait la ferme croyance que Lyppyus fut mis à mort après avoir achevé son chef-d'œuvre. Celte tradition s’est maintenue jusqu’à notre dix-neuvième siècle; et il n’est pas rare d'entendre encore aujourd'hui à Lyon d’ignorantes vieilles femmes ou d'infimes ciceroni affirmer l’authenticité de cet inqualifiable assassinat. Nous ne chercherons pas à prouver l'absurdité d’une telle fable; nos lecteurs savent bien que, même au xvi* siècle, on ne tuait pas les gens pour crime de chef-d œuvre. Si, vers la môme époque, l’horloger Clavelé fut brûlé vif, ce n’est pas parce qu’il avait fabriqué la première horloge en bois : on s’est plu à eu faire un sorcier, uniquement parce qu’il était calviniste. Quant à Lyppyus, bien loin de le faire mourir injustement, on le combla d’honneurs; la ville lui fit une pension considérable dont il jouit jusqu’à sa mort. Son portrait

DD PRINCE SOLTYKOFK.

se vendait publiquement comme celui des rois et des princes. Au bas de cette image du savant horloger, on lisait cette inscription : Nicolaus Basiluus Ætat. 32. A. 1598.

A toutes les horloges déjà citées, il faut ajouter celles de Saint -Lambert de Liège, de Nuremberg, d'Augsbourg, de Bâle, et enfin celle de Médinadel-Campo.

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