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DES HORLOGES PORTATIVES, MONTRES ET PENDULES

Les premières horloges à poids et contre-poids, destinées à donner l’heure dans les appartements parurent en France, en Italie et en Allemagne vers le commencement du xiv' siècle. Elles furent d’abord un objet de curiosité, et leur prix exorbitant les rendit accessibles seulemen aux grands seigneurs et aux riches citadins. Plus tard, elles devinrent plus communes; et alors elles ornèrent les cellules des moines, les cabinets des savants et les salons de la bourgeoisie. Ces horloges se suspendaient ordinairement contre les murs des appartements, dans les dortoirs ou chambres à coucher. On les plaçait aussi sur des piédestaux en bois sculpté, lesquels étaient vides intérieurement pour le libre passage des poids ou plombs. Dans l’inventaire de Charles V, il est fait mention d’une de ces petites horloges dont toutes les pièces étaient en argent richement ciselé. Ce chef-d’œuvre d’art et de mécanisme avait appartenu à Philippe le Bel, qui l’avait acquis d’un habile ouvrier de Wurtemberg. (Voy. l’inventaire de Charles V, Bibl. nat. )

L’époque de Charles VII, signalée par tant de graves événements politiques, fut cependant fertile en belles inventions dans les sciences. L’horlogerie lui doit celle du ressort-spiral, autrement dit le grand ressort, lequel est uue lame d’acier très-mince, qui étant roulée sur elle-même dans un tambour ou barillet, produit en se détendant par sa force élastique, l’effet du poids moteur sur un rouage. Ce ressort pouvant agir dans un espace très-étroit, permit de faire de très-petites horloges. Ou en voyait, sous Louis xi, qui n’étaient pas plus grosses que nos pendules de voyage.

Carovagius et plusieurs autres horlogers du xv” siècle en fabriquèrent un certain nombre à quantième, à sonnerie et à réveille-matin.

Il est difficile de constater l’époque précise de l’invention des montres proprement dites. Pancirole assure que dans sou temps, vers le déclin du quinzième siècle, on en faisait qui n’étaient pas plus grosses qu'une amande; Myrmécide est cité comme un des ouvriers qui s’illustrèrent dans ce genre de travail. Carovagius, dit du Verfdier, n’était pas moins habile que Myrmécide; il exécuta, pour André Alciat, un réveil d’une beauté incomparable: ce réveil sonnait l’heure marquée, et du même coup battait le fusil et allumait une bougie. Nous n’avons pas de raisous pour douter de la véracité de l’ancirole et de du Verfdier, dont les assertions ont été recueillies dans l’Encyclopédie des sciences; et nous croyons qu’en effet il existait des montres, fort bien travaillées et pourtant très-petites, en Frauce, dès la Gu du règne de Louis XI.

Ayant étudié, comme nous l'avous fait, l’horlogerie du xvr siècle, et pouvant apprécier l’habileté des horlogers de cette époque, nous ne regardons pas comme invraisemblable qu’il ait été offert au duc d’Urbiu, Guid’ L'baldo délia Rovere, en lû t 2, une montre à sonnerie, enchâssée dans une bague. On sait, du reste, qu’en 1575, Parker, archevêque de Cantorbéry, légua à son frère Richard, évêque d’Ëly, une canne en bois des Indes, ayant une montre incrustée dans la pomme. Henri VIII possédait aussi une très-petite montre, qui marchait huit jours sans être remontée. Nous devons dire que, dans l’origine, la marche de ces petites horloges était fort irrégulière ; mais, peu de tçmps après leur apparition eu Europe, un ouvrier, dont le nom n’est pas connu, inventa la fusée. Cette pièce, de la forme d’un cône tronqué par le haut, servit à égaliser la force du ressort; à la base de celle fusée, était fixée une petite corde de boyau qui , se roulant en spirale jusqu'au sommet, venait s’attacher au barillet, dans lequel était renfermé le ressort.

Voici en quoi consiste l'excellence de celte inveution. Lorsqu’une montre est remontée jusqu’à son dernier point, le ressort a acquis une force considérable, et il pourrait entraîner le rouage avec une grande rapidité; mais, à ce moment, la chaîne agissant sur le plus petit rayon de la fusée, c'est-àdire au haut du cône, la force du moteur se trouve par là sensiblement diminuée. Si l’on suppose maintenant que la montre continue de marcher, il sera facile de se rendre compte do ceci : le ressort, eu se détendant, perd progressivement de sa force ; mais, la chaîne agissant simultanément sur les

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plus grands rayons du cène jusqu'à sa base, l'équilibre s'établit, et la puissance du moteur sur le rouage, et, en dernier lieu sur le balancier de la montre, reste uniforme.

L’inventeur de la /usée rendit donc un important service à l’horlogerie, puisque, par cette pièce, on peut égaliser la marche des petites horloges. Plus tard, un habile horloger genevois, nommé Gruet. inventa les chaînes en acier qui remplacèrent avantageusement les cordes de boyau dont on se servait exclusivement dans l'origine, et qui avaient le grave inconvénient de se resserrer par la sécheresse et de se détendre par l’humidité.

L’usage des montres se propagea rapidement en Europe. Sous le règne des Valois, il s’eu fabriquait d’extrêmement petites. Les formes que les artistes adoptaient de préférence étaient celles de la coquille, de la croix pectorale, de lu croix de Malle. On en faisait aussi de carrées, d'ovales, d’oblougucs, d'octogones, de rondes, etc., etc. Les bottes de la plupart de ces montres étaient en cristal de roche taillé à facettes, ou en argent doré, gravé, ciselé, émaillé. Les cadrans et même les aiguilles ne laissaient rien à désirer pour le fini de l’exécution et l’élégance de la forme.

Les petites horloges d’appartements étaient déjà très-compliquées sous Louis XII. Quelques-unes sonnaient les heures et les quarts. On y avait adapté, quoique dans un très-petit volume, les mouvements des astres, les cycles solaire et lunaire, le quantième du mois, etc.

Quelques historiens assurent que Charles-Quiut, retiré dans le couvent de Sainl-Yuste, s’occupait beaucoup de mécanique et d'horlogerie, aidé par Juanillo Turianus, célèbre horloger de l'époque. Rien ne prouve que cette assertion soit véritable; cependant il est bien certain que Charles-Quint aimait à s’entourer d'instruments propres à mesurer le temps. On sait aussi que ce monarque avait fait construire une horloge au-dessus d'une fontaine, elle occupait une place dans la grande cour du couvent; cette horloge était l'œuvre de l’horloger que nous venons de nommer, Juanillo, Italien d'origine. Nous donnons ici la description d'une horloge et de deux montres que possédait l'illustre rival de François 1". Ces descriptions historiques inédites sont extraites textuellement d'un manuscrit de la Bibliothèque nationale de Paris ( Supplément français 23,258, folio 767), renfermant une copie moderne authentique prise sur l’original, en français, de l'Inventaire du trésor de Charles-Quint, signé par l’empereur et par les commissaires qui firent ce travail en sa présence, l’an 1530. Celte copie, qui ne contient que des objets principaux, c'est-à-dire environ la moitié du trésor, faisait autrefois

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partie des archives de Flandre, à Lille. Voici ce curieux document (voyez le manuscrit, au folio 778, sous la rubrique orloges oarniz d’oii.)

« Un grant orloge quatre à une cloche des eures sonnaut , garny d’or, à personnaiges eslevez (en relie/), assavoir : les trois costez de Y Histoire tic Hercules, et le qualriesme costé tient la monstre ; lesdits quatre costez garniz par dedans de quatre platines de cuivre et entre l’or et le cuivre du chiment, ayant à chascune quarrure ung pilier d’or et sur chascun pillier ung enfant tenant chacun ung escusson des armes de Castille, Léon, Arragon et Navarre; la couvercle aussi d'or, arraoyé des armes de l’Empereur et de testes d’anticailles, le dessus en faseon d’une lanterne, ayant sur le fcrtelct ung aigle à deux testes et une pièce quarrée d’or servant au pied de l’orloge pour soutenir et clore ledit orloge : pesant ladite garniture d’or, avecque les dites quatre platines de cuivre et de chiment, sans y comprendre l’orloge de fer, ix marcqs ut onces tx estrelins et demy.

a Ung autre orlogc rond el plat qui ne sert que de monstre, garny d’or, assavoir : le fond de Y Histoire d'Hcrcules a personnaiges levez, ayant les deux coulonnes et la devise de plus oultre, soubstenu sur sept petites testes, ung cercle d’or pour clôture dudit orloge esniellé, et le dessus aussi d’or servant pour la monstre aussi esniellé, lesdits trois pièces garnies par dedans de cuivre et chiment : pesant avec la monstre d’or, sans l’orloge et mouvement de fer, iv marcqs v onces xvu estrelins et demy.

« Nota. Donné à l’impératrix comme appert par lettres de Sa Majesté du xx* de décembre xv'xxxvm.

« Ung autre moindre orloge rond et plat qui ne sert aussi que de monstre, garny d’or, assavoir : le cercle avecq la monstre tenant ensemble, ayant le dit cercle deux lestes et ung annelel pour pendre, avec deux platines d’or, l’une servant pour couvrir la monstre ou est un enfTanl esniellé, el l’autre qui sert pour le fond esniellé d'aucuns personnaiges et bestes où est escript: omnibus idem; toute ladite garniture d’or pesant, sans l’orloge et mouvement de fer et sans le cercle de cuivre, i marcq v estrelins.

« Nota. Sa .Majesté se sert continuellement de ceste orloge en sa chambre.»

J’ai recueilli un grand nombre de noms d’horlogers du xvi* siècle; je me bornerai à mentionner les plus célèbres; ce sont : Lazare, Servien d’origine; Daniel Van (Amsterdam); Conrad, Kreinzer (Nuremberg); Gian Carlo (Reggio); Peters Helo (Nuremberg}; Juanillo (Espagne); Antoine (Padoue); Jen Veutrossi (Florence); Myrmécidos lils, Duboulc, Rousseau, Pierre Portier, Gervais, Delorme, Etienne Maillard, Le Noir, Jollv, Binet, François,

Dü PRINCE SOLTYKOFF.

Maltarl, Roger. Marc Giranl, Denis Bordier, Louis David, Régnier, Sennebier (Paris), Andréas Muller, Noël Cusiu (Aulun); Isaac Forfarl (Sedan); Cuper, à Blois, où résident encore aujourd’hui quelques-uns de ses descendants; Jan Jacobs (Haerlem); Venter, auteur d’un ouvrage sur l’Horlogerie en loti (Augsbourg); Jacques Duduict (Blois); Legrand (Rouen); Rouhier (Dijon); Pierre Combat (Lyon); A tison , Adams, Greenill, Petlerson { Londres); Weiz, Aller, Sache, Beschedl (Bruges), etc. Tous ces noms et beaucoup d’autres ne s’oublieront plus; ils sont gravés sur le cuivre et l'or; ils brillent sur quelques-unes des œuvres qui les immortalisent et que l'on conserve précieusement dans les musées et dans les collections particulières.

L'époque de Louis XIII fut le dernier reflet de la renaissance des arts eu Europe. La décadence se faisait pressentir eu Allemagne . eu France et en Italie. L’Angleterre seule, quoique profondément ébranlée par de grands événements politiques et par la chute d'uue tète royale, n’eu continua pas moins à produire des pièces d’horlogerie comparables, sous bien des rapports, à celles du règne d’Elisabeth. On voit il Londres, dans plusieurs cabinets d'amateurs, des horloges portatives et des montres fabriquées sous Charles!", qui toutes sont remarquables par P excellence du mécanisme et par la richesse des ciselures. Sous le même règne, ou pendant la dictature de Cromwcl, des artistes anglais d’un véritable talent exécutèrent des horloges monumentales qui furent placées dans diverses églises de Londres, et dans les cathédrales d’Edimbourg, do Glascovv, de Penh, de Dublin, de Douvres, etc. Le docteur llélein cite particulièrement l'horloge de Saint- Dunstan , à Londres, et celle de la cathédrale de Cantorbéry.

Les horlogers français de la même époque se bornaient à imiter les ouvrages de leurs devanciers. Cependant, quelques années après la mort du cardinal de Richelieu, des artistes recommandables firent de louables efforts pour créer une ère nouvelle à l’horlogerie. Ils inventèrent des outils précieux pour la confection des pièces qui composent les rouages des montres et des horloges grosses ou petites. (On peut voir le détail de ces inventions dans l'excellent ouvrage de Thiout l'allié.) La partie purement mécanique de l’art s’améliora donc quelque peu sous certains rap|>orls; mais la forme extérieure, l’élégance et la pureté du dessin, l’originalité et la vigueur de la ciselure et de la gravure, dégénérèrent rapidement. Les grosses horloges elles-mêmes perdirent de leurs prestiges, on les fit sans automates, les vieux jacquemarts tombèrent en discrédit, leurs bras de fer rouillés par le temps, se levaient en criant pour frapper les heures. Hélas! ces vété-

raus de l'horlogerie ancienne semblaient pressentir la fin de leur régne!

Ainsi, comme on vient de le voir, l’horlogerie proprement dite, naquit au moyeu âge; elle était admirable à la renaissance; mais, disons-le, si les xiv*, xv* et xvi* siècles furent si fertiles en grands horlogers, il faut, avant tout, en rendre hommage aux puissants protecteurs qui ne se lassèrent pas d’encourager les maîtres de l’art, soit en applaudissant à leurs succès, soit en leur aplanissant le chemin des honneurs et de la fortune. Parmi les protecteurs éclairés de la science de Henri de Vie et de Jean Jouvauce, nous nous ferons un devoir de citer Charles V, Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, Louis XII, Georges d’Amboise, Maximilien I", empereur d’Autriche, Jean Galéas Yisconli , Henri VIII , et les principaux seigneurs de sa cour, François I", Charles-Quint, le duc d’Urbin, Maximilien H, et entin Henri II , Charles IX , Henri III et Henri IV.

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