‹ Collection Archeologique du Prince Pierre SoltykoffChapitre 2 sur 59 · HISTOIRE ABRÉGÉE DE LA MESURE DU TEMPS · texte numérisé non relu

HISTOIRE ABRÉGÉE DE LA MESURE DU TEMPS

Je ne dirai qu’un mot sur les cadrans solaires, les sabliers et les clepsydres; ceux des lecteurs qui voudraient avoir des notions plus étendues sur ces instruments, pourraient consulter mon Histoire générale de l'horlogerie, dans laquelle j’ai pu mettre à profil mes recherches sur la mesure du temps dans l'antiquité.

Les cadrans solaires sont aussi vieux que le monde, et leur usage subsistera probablement jusqu’à la fin des siècles, car ils ont l’avantage do donner l’heure vraie et de servir à la rectification des horloges mécaniques, qui toutes varient plus ou moins dans un intervalle de quelques mois. Les cadrans horizontaux se plaçaient, comme aujourd’hui, dans les jardins, sur des terrasses ou même dans des cours spacieuses ; on faisait aujsi des horloges solaires verticales, c’est-à-dire qui étaient tracées verticalement sur une muraille solide et convenablement exposée. Bientôt ces petites horloges devinrent iusufiisantes, car elles n’étaient accessibles qu'à ceux qui les faisaient construire ; on fut dans la nécessité d’élever des gnomons ou méridiennes monumentales pouvant servir de régulateurs au peuple en général.

Des personnages de la plus haute distinction n'ont pas dédaigné d’ériger de tels monuments et d’y attacher leur nom. On voit encore à Rome les vestiges d’un magnifique obélisque qu’ Auguste avait fait élever dans le Cbamp-de-.Mars, et dont Manlius profita pour en faire un gnomon. Pline dit qu’il avait ceut-seize pieds trois-quarts, et qu’il marquait les mouvements du soleil. Ex qui est in Campo, divus Augustus addidil mirabilem usum ad deprehendendas solis umbras , dxerumqve ac nocliutn magnitudines , etc.

(Lib. xxxv], cap. 9, tO et 11). Voyez aussi l’ouvrage de Randini : Dell' Obfliscodi Cesare Auguste, etc., Rome, 1750, in-folio.

Ulug-Brg, prince tartare , petit-bls de Tamerlan , vers 1 430, se servit à Samarkand d’un gnomon aussi élevé que la voûte du temple de Sainte- Sophie , à Constantinople, ou de cent quatre-vingts pieds romains. Paul Toscanelli, en 1467, pratiqua, dans la fameuse coupole que Brunelicseo a faite à la cathédrale de Florence, un gnomon de deux cent soixante-dixsept pieds et demi de hauteur; c’est le plus grand qui existe. Le P. Ximénés l’a rétabli, et en a donné une ample description : Del veceliio e nuovo Gnomone Fiorenlino, etc., in-4*.

En 1575 il y avait, dans l'église de Sainle-Pétronne, à Bologne, une ligne (racée près d’un méridien par Ignazio Dante; elle déclinait de 9 degrés. D. Cassini, en 1053, saisit l’occasion heureuse qui se présenta de changer l’ouvrage de Dante et de construire un gnomon parfait; on travaillait alors à restaurer et augmenter le temple de Saintc-Pétronne. Cassini, avec la permission du sénat de Bologne, traça, à l'endroit de l'église qui lui parut le plus convenable, une véritable et magnifique méridienne. Perpendiculairement au-dessus de cette ligne, et à la hauteur de mille pouces, ou cent vingt-cinq palmes bolonaises, qui font environ quatrevingt-trois pieds et demi de Paris, il plaça horizontalement une plaque de bronze, solidement scellée dans la voûte et percée d'un trou circulaire qui a précisément un pouce de diamètre; c’est par cette ouverture qu’entre le rayon solaire qui forme tous les jours, à midi, sur la méridienne, l’image elliptique du soleil. Cet important travail fut achevé en 1656, assez tût pour faire l’observation de l’équinoxe du printemps, à laquelle Cassini invita les astronomes.

Lorsque après trente ans de séjour en France, ce savant mathématicien retourna dans sa patrie, il ne manqua pas d’aller visiter son gnomon. Il reconnut que le cercle de bronze qui lui sert de sommet était un peu sorti de la ligne verticale où il devait être, et que le pavé sur lequel était placée la méridienne s’était un peu affaissé. Cassini rétablit les choses daus leur premier état; et Guglielmiui fut chargé, pour l'instruction de la postérité, de décrire les opérations (V. le livre intitulé : la Heridiana di S. Pelronio, revisita, etc.

La méridienne de la grande salle de l'Observatoire de Paris fut d'abord exécutée par Picard, en 1669; Cassini le lils, qui ne fut pas moins célèbre que soû (iére, la refit en 1750. Elle fut ornée de marbres, sur lesquels on

DO PRINCE SOLTYKOFF.

grava des divisions et des figures pour chaque signe, (if cm. de l'Acad., 1730.)

Lalande, dans son Voyage en Italie, dit que la méridienne des Chartreux de Rome, aux Thermes de Dioclétien, est la plus ornée que l’on connaisse. Elle a deux gnomons, l’un de 75 pieds de hauteur, l'autre de 62; cet ouvrage fut construit par Bianchini, en 1701.

La méridienne de Saint-Sulpice de Paris fut entreprise en 1727 par Sully, horloger, qui est inhumé vis-à-vis des portes du sanctuaire. M. Le Monnier l’a refaite avec autant de soin que de magnificence, en 1743. Le gnomon a 80 pieds de hauteur, il a un objectif de 80 pieds de foyer. M. de Césaris et M. Reggio ont fait, pour la cathédrale de Milan, une méridienne qui n’est pas moins belle que celle de Saint-Sulpice : le gnomon a 73 pieds de hauteur. ( Epli . de Milan, 1788.)

La petite ville de Tonnerre, en Bourgogne, est la seule en France, et probablement en Europe, où il y ait une grande et belle méridienne avec la courbe du temps moyen. Elle est due à Beaudoin de Guémadeuc, ancien maître des requêtes, connu par différents mémoires sur les sciences positives. Ce savant avait choisi l’église de l’hôpital de Tonnerre pour y établir un gnomon. Plusieurs mathématiciens concoururent à l’exécution de ce monument. Ce furent l’avocat Daret, versé dans les calculs astronomiques, Camille Ferouillat, et enfin l’astronome Lalande, qui fit exprès le voyage de Tonnerre, pour se rendre compte de la possibilité de l’exécution. La courbe du temps moyen, qu’on a tracée autour de celle méridienne, est une partie importante que l’on devrait toujours employer; car le temps moyen est le seul que puissent suivre les horloges et les montres. Depuis déjà longtemps, en Angleterre, à Genève et en Frauce, on ne se sert de l’heure apparente que comme règle de proportion.

Le sablier est d’une origine fort ancienne. Les peuples de l’Asie en faisaient usage longtemps avant Jésus-Christ ; Wiuckclmannparlo d’un bas-relief antique représentant les noces de Thétis et Pélée, dans lequel on voit Morphéc tenant dans sa main gauche une horloge de sable ressemblant au sablier moderne. Cet instrument est trop connu pour que j’en donne ici la description. Je dirai seulement que sa marche a toujours été défectueuse. Cependant on s’en servit de préférence durant la longue période du moyeu âge, notamment dans les monastères, et aujourd'hui, malgré l’extrême modicité du prix des montres et des pendules, le sablier est encore en usage dans nos campagnes et dans la plupart des contrées de l’Asie et de l’Afrique.

La clepsydre n'est pas d’une antiquité moins reculée : elle était connue

chez les Egyptiens, dans la Judée, à Babylone, dans la Chaldée, dans la Phénicie, etc., et enfin chez les Grecs et les Latins bien avant l'ère chrétienne. Cet instrument, d'après la description qu'en donne Athénée, était, dans son origine, d’une extrême simplicité. Il consistait en un vase d'argile ou de métal, que l'on emplissait d'eau et que l'on suspendait dans une niche pratiquée pour cet objet A l’extrémité inférieure du vase, était un tuyau étroit d’où le liquide s’échappait goutte à goutte et venait tomber dans un récipient sur lequel les heures étaient divisées. L’eau, en atteignant successivement chacune de ces divisions, marquait ainsi les différentes parties du jour et de la nuit. Cette machine était susceptible de perfectionnements, et ceux qu’elle reçut par les soins de Ctésibius d’Alexandrie, l’an 600 de Rome, en firent un instrument nouveau. Cet habile mécanicien ajouta à la clepsydre primitive un rouage qui, mû par la pesanteur de l'eau, marquait les heures, les jours, les mois, les signes du zodiaque, etc.

Plutarque, dans la Pic de Dion, cite une machine hydraulique comparable à celle de Ctésibius.

Cardan mentionne une pièce fort remarquable ayant appartenu à Sapor, roi de Perse. Elle était tout en cristal et assez spacieuse à l'intérieur pour qu'un homme put s'y asseoir commodément. Le roi s’y installait souvent la nuit pour suivre le cours des astres.

La sphère d’Archimède fut encore un des instruments qui devaient être mus par l’eau ou le vent, sinon par des poids, des poulies et des ressorts élastiques. On ne sait rien de positif à cet égard. Cicéron et quelques autres auteurs disent que celte sphère imitait le cours du soleil, de la lune et des planètes connues à cette époque, c’est-à-dire vers l’an 020 de Rome.

Les contemporains d’Archimède étaient persuadés que sa sphère n’était pas animée par une force naturelle, mais bien par un esprit enfermé dans l’intérieur de la machine.

On conçoit que les instruments compliqués, du genre de ceux que nous venons de citer, ne pouvaient pas se propager dans les contrées de l’Asie ni dans celles de l’Europe ; l’usage des clepsydres primitives prévalut partout.

César dit qu’il a vu par les horloges d'eau en usage en Angleterre que les nuits étaient plus longues dans ce pays que dans les Gaules.

Les jésuites français et espagnols qui nous ont donné des détails intéressants sur les mœurs et les usages des Chinois, nous font connaître que, longtemps avant l'incarnation du Christ, on se servait de la clepsydre pour diviser

Page 1