BRONZES
Bonus Eventus, statue découverte près d'Annecy.
Haut., o m. 63. — Planche II.
Le dieu est représenté sous les traits d’un homme jeune, imberbe, entièrement nu, laissant porter tout le poids de son corps sur sa jambe droite, le pied gauche légèrement retiré en arrière. L’avant-bras droit est replié à la hauteur de la poitrine, et la main est un peu ouverte, geste d’un homme sur le point de parler ; dans la main gauche abaissée il tient encore l’extrémité inférieure, légèrement courbée, d’une corne d’abondance, aujourd’hui détruite, qui s’appuyait a son épaule. Le bout des seins est en cuivre rouge ; le pied droit est moderne, le morceau antique n’ayant pas été retrouvé. L’exécution de ce bronze est très-soignée. Les oreilles et la bouche sont fortes, la figure large, le menton arrondi, le volume de la tête considérable par rapport au reste du corps. L’ensemble n’a pas cette maigreur calculée qui donne tant de vigueur et d’élégance aux œuvres grecques, et l’on n’y retrouve pas plus l’application du canon de Lysippe que de celui de Polyclète. Nous devons donc y reconnaître la main d’un artiste habile, mais romain et non point grec, et contemporain des Antonins. Il est même probable que le bronze a été exécuté à cette époque dans la Gaule, peut-être à Lugdunum, et n’a pas été importé d’Italie au-delà des Alpes.
Ce morceau capital a été découvert en 1867 au lieu dit les Fins d’Annecy, avec trois bustes, dont les deux numéros qui suivent, et plusieurs autres
débris de sculpture en bronze *. Il a été déjà publié par M. W. King1 2 et M. Ant. Héron de Villefosse3. Le premier de ces savants y a vu une image d’athlète antérieure à Lysippe et à son école, opinion que les caractères de l’art démentent de la manière la plus formelle. Le second, appréciant très- justement la date du monument et y reconnaissant le cachet des œuvres romaines, me paraît avoir été moins heureux dans la détermination du sujet. Il envisage le bronze d’Annecy comme représentant un Mercure, ce qu’avaient, du reste, fait aussi avant lui plusieurs autres archéologues, également d’une haute compétence. Cette interprétation repose sur une appréciation inexacte de la nature du débris d’objet, qui subsiste encore entre les doigts de la main gauche de la statue. M. Héron de Villefosse, et les savants qui partagent son opinion, l’ont compris comme l’extrémité du manche d’un caducée. Mais on y remarque une courbure prononcée qui ne saurait cadrer avec cette manière de voir. Pour moi, un examen très-minutieux et très-approfondi, répété à plusieurs reprises, ne me permet pas d’y reconnaître autre chose que la terminaison inférieure d’une corne d’abondance. La nature réelle de l’attribut principal de la figure une fois déterminée de cette façon, le nom à attribuer à la divinité qu’elle représente en est la conséquence nécessaire et forcée. C’est celui de Bonus Eventus , figuré le plus souvent, sur les monnaies où son image est accompagnée de son nom, comme un jeune homme nu, imberbe, tenant une patère et des épis, mais qui se montre aussi, dans d’autres exemples très-bien caractérisés, portant la corne d’abondance de la même manière que la statue des Fins d’Annecy. Il suffira de citer, comme termes de comparaison particulièrement décisifs, une monnaie de Nicopolis sur l’Ister à l’effigie de l’empereur Macrin 4, et une intaille du Musée de Berlin5. Taylor Combe et M. Wieseler .ont, du reste, déjà
1. Louis Revon, Revue archéologique, janvier 1868, p. 97 et suiv. ; Galette archéologique, 1875, p. 1 14 et suiv.
2. The Annecy athlete, Londres, 1874; voy. aussi Pall-Mall Galette, 20 mars 1874; Athenœum , 21 mars 1874.