‹ Collection complète des inscriptions numidiques (libyques), avec des aperçus ethnographiques sur les Numides, par le général FaidherbeChapitre 2 sur 9 · IL GIT ICI · texte numérisé non relu

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En 1869 , le docteur Reboud alla encore découvrir quatorze ‘ inscriptions nouvelles dans la haute Cheffia.

A la suite de ces brillants résultats , plusieurs personnes se mirent à la recherche de ces curieux monuments épigraphiques. M. le conseiller Letourneux , qui avait déjà depuis longtemps ^ connaissance de la plupart des ruines si intéressantes qui cou-

vrent , sous le nom à'Enchir, cette partie de l’Algérie ; M. le curé Mougel de Duvivicrs, M. Zill des Iles, juge-de-paix de Mondovi , M. le capitaine d’étal-major De Salles, commandant supérieur de Souk-Ahras, et M. le lieutenant Dose , du bureau arabe de La Galle , en firent connaître un assez grand nombre , de sorte qu’au commencement de novembre 1869, j’en avais déjà réuni cent dix-neuf.

En deux excursions que je fis moi-même entre Bône et la Smala de Bou-Hadjar, comme Président de la Commission du Sénatus-Consulte , l’une en novembre 1869 et l’autre en février 1870, j’eus le bonheur d’en déterrer encore trente-sept nouvelles , portant ainsi le nombre total à cent soixante-deux inscriptions , que renferment les planches I , II, III, iV, Y du présent travail.

J’ai classé en général les inscriptions par localités; ainsi on voit qu’il y en a quarante-six qui proviennent de Kifan Beniferedj ; on pourrait en trouver un bon nombre encore en cet endroit en faisant des fouilles. Trente-trois proviennent de rOued-Mekkouz ou de Merméri , distants l’un de l’autre de moins d'un kilomètre. Ces trois localités sont entre Bône et la frontière , à peu près à moitié chemin de Bône à la Smala de Bou-Hadjar, sur la route ou à proximité de la route. Les autres inscriptions proviennent de beaucoup de localités différentes; mais une seule, le N° 157, a été trouvée à l’ouest d’Alger et elle présente cette particularité que l'écriture numidique s’v lit e n sens contraire de toutes les autres.

Nous pensons qûT^à Tu^ doit en renfermer un grand nombre ; malheureusement les recherches dans ce pays ne sont pas faciles.

J’ai dit plus haut que je préférais le nom de Numidiques à celui de Libyques pour désigner ces inscriptions ; je vais dire pourquoi : Ces inscriptions, qu’elles soient sur pierres tout-àfait brutes , ce qui est le cas de la grande majorité, ou sur stèles

plus OU moins dégrossies on taillées avec ou sans figures ou inscriptions latines, se trouvent, pour le plus grand nombre , pêle-mêle avec des stèles à inscriptions et à sculptures latines (voir le spécimen de ces différentes stèles à la fin de la planche V), à proximité de pierres taillées pour constructions , de ruines de villes romaines en un mot. On rencontre des stèles à inscriptions latines, plus ou moins régulièrement taillées, sur lesquelles une main plus inexpérimentée est venue tracer quelques caractères libyques ; d’autres où les caractères libyques sont gravés avec autant de soin et d'adresse que l'inscription latine supérieure ; d’autres enfin (N° 42 , planche V) , quoique purement libyques, sur tableau régulièrement taillé, avec un personnage sculpté aussi bien que sur la plupart des pierres funéraires latines et avec des caractères libyques très-bien gravés.

Ce pêle-mêle de vestiges romains avec les inscriptions dont nous nous occupons, existe à l'Oued-Mekkoiiz, à Merméri, à Kifan Beni-Feredj , à Aïn-el-Hafra, à Enchir-Mechta Si- Mohammed ben Resgui[ces deux localités ne sont éloignées

des premières que de quelques lieues ) etc. Il résulte

incontestablement de là que ces monuments épigraphiques datent de l'époque où les Romains , alliés d’abord aux chefs indigènes contre Carthage, puis suzerains de ces mêmes chefs, puis enfin complètement maîtres , administrateurs et colons du pays , y construisirent et nous y laissèrent tant du monuments de leur passage.

C’est donc à peu près entre l’an 200 avant Jésus-Christ et quelques siècles après Jésus-Christ qu’il faut placer l’époque de ces inscriptions. Il y a au musée d’Alger deux épitaphes illustrées, de deux chefs indigènes , datant d’un peu plus de 200 ans après Jésus-Christ; elles sont purement latines, et elles sont loin d'être les seules dans ce cas. Il semblerait donc que si les indigènes parlaient encore leur langue du temps de

Saînt-Âugustin (Saint Augustin appelle cette langue le punique, mais c*est évidemment le libyque qu’il veut dire, les Romains ne disiinguaint pas ces deux langues l’une de l’autre), comme, . du reste , beaucoup d’entre eux la parlent encore aujourd’hui , . ils avaient cependant renoncé de bonne heure à leur écriture spéciale , qui ne s’est conservée , en se modifiant, que dans la seule peuplade des Touaregs.

Du reste , cette écriture n’a dû toujours avoir qu’un usage j très-borné , et nous ne pouvons nous imaginer qu’elle ait jamais | pu servir à autre chose qu’à l’épigraphic , comme cela a lieu j aujourd’hui pour l’écriture touareg.

Remarquons maintenant que, jusqu’à présent du moins, les inscriptions dites libyques proviennent presque toutes de la partie orientale de l’Algérie , et q"^uelques-unes (celles de Falbe ) de la Tunisie. Il en résulte que la contrée où on les trouve correspond à celle qui portait, à l’époqne romaine, le nom de Nuinidie , de même que leur époque co’incide avec celle où les habitants indigènes étaient appelés Numides par les Romains.

D’un autre côté , il n’y avait à cette époque et dans cette région aucune autre population que les indigènes, dits alors Numides, qui pussent avoir fait ces inscriptions; les Carthaginois écrivaient leurs épitaphes en phénicien et les Romains . en latin ; donc il nous semble très-rationnel d’appeler ces inscriptions Numidiquei , quelles que soient d’ailleurs l’origine et la justesse du nom Numide qui se trouve, concurremment avec ceux de Maures et de Gétules, avoir succédé, comme nom national , nous ne savons pas trop ni quand , ni comment, aux noms des nations Libyennes des écrivains antérieurs et entre autres d’Hérodote. Les noms de Libyens, Libyques étaient déjà inusités à l’époque de nos inscriptions et res noms n’ont pas une acception assez Gxée pour qu’on n’évite pas de s’en servir, quand c’est possible.

Remarquons qu’en fait de monuments antiques, distincts

des monuments romains et puniques, il existe dans laBerbérie une catégorie de tombeaux essentiellement difrérents de ceux dont nous nous occupons ici. Je veux parler des dolmens ou tombeaux mégalithiques. Les grands groupes de dolmens sont tout-à-fait indépendants des ruines romaines et même de ruines quelconques. Ainsi les 3,000 dolmens de Roknia , les 2,000 de rOued-Berda , à Mazela , n’ont pas de ruines de villes dans leur voisinage. Les 2,000 du Bou-Merzoug sont à plusieurs lieues des ruines de Sigus. De plus , les dolmens ne se composent que de pierres brutes ; jamais il ne s'y trouve traces d'inscriptions quelconques. Les nombreux vases et les rares bracelets enbronze que nous en avons extraits (voir nos recherches anthropologiques sur les tombeaux mégalithiques de Roknia j sont d’un travail tout-à-fait primitif. Tout indique que ces sépultures datent presque toutes d’une époque beaucoup plus reculée que celle de la période romaine et par suite des inscriptions numidiques.

En effet , s’il faut les attribuer aux Tamehou de Libye , comme cela nous parait certain , cela nous reporte jusqu’à 1400 ans avant Jésus-Christ, et par conséquent plus de 1000 ans avant ces rois Numides , si avides de civilisation , comme Massinissa et ses successeurs , rois sous lesquels prit naissance l’écriture de nos inscriptions , rois qui firent graver des médailles et finirent même, plus tard , par élever les magnifiques tombeaux de Juba II (tombeau de la Chrétienne) et de Syphax (Medracen).

Toutefois il est probable que T usage de faire des dolmens n’a pas cessé tout d’un coup et comme nous trouvons plusieurs cas où quelques dolmens sont à proximité de ruines , romaines ou non, comme à Khamissa, à Sigus, et même d’inscriptions numidiques comme à Kifan Beni-FeredJ , à la Bou Namoussa , .... etc., on peut supposer, comme l’on voudra, ou que la superposition de ces deux genres de monuuents a eu lieu à des intervalles de temps considérables , ou bien que l’usage

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des dolmens s'est perpétué pour une partie des indigènes jusqu'au temps où une autre partie , ayant modifié ses mœurs et usages , se faisait enterrer à la manière des Phéniciens et des Romains.

Une particularité caractéristique des tombes numidiques c'est que , presque toujours , devant et au pied de la stèle se trouve placée horizontalement une pierre plate , dans laquelle sont creusées deux , trois , quatre ou cinq fosses ; dans le dernier cas , celle du milieu est plus grande que les autres. (Voir l^pécimen d'une de ces pierres en bas de la planche V]. Je n’ai Jamais trouvé , en déterrant les stèles numidiques , ni vases , ni ossements , ni objets quelconques ; les corps étaient probablement incinérés à la mode latine.

Nos planches I, II, III, IV, Y donnent des copies que nous croyons exactes , pour la plupart , de ces 162 inscriptions dont la première est la punico-libyque deTiigga ; nous gardons ici le mot libyque , parce que cette inscription , qui emploie quelques caractères que ne renferment pas les numidiques , est probablement plus ancienne que celles-ci , et qu’elle peut être attribuée , en raison de sa traduction punique et de sa proximité de Carthage à ceux des indigènes que les auteurs désignent par le nom de Liby-Phéniciens. C’étaient ceux des Libyens qui avaient complètement subi l'influence des Carthaginois. D’après la forme et l'emploi de certaines lettres du punique decette inscription , M. Judas pense que le monument de Tugga doit être du règne de Massinissa.

Dix des inscriptions suivantes sont latino-numidiques, mais la partie numidique , contrairement à ce qui a eu lien, comme nous le verrons pour celle de Tugga , n'est pas la traduction complète de la partie latine et renferme, en revanche, des détails généalogiques qui ne se trouvent pas dans le latin.

Nous avons eu soin de désigner pour chaque inscription, quand nous les connaissions , le lieu où elle a été trouvée et le

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nom de la personne qui l'a fait connaître ; cela est nécessaire pour assurer l'identité et l’authenticité de ces documents épigraphiques , qu'il serait si facile de contrefaire.

A la suite des inscriptions numidiques nous avons donné, planche VI , les inscriptions rupestres rapportées du Sahara par MM. Duveyrier, Prax et Barth , et enfin six inscriptions louaregs contemporaines , données et traduites par M. le colonel du génie Hanoteau , commandant du cercle de Fort-Napoléon , dans sa grammaire kabyle.

Dans cette même planche VI se trouve le tableau des lettres actuellement en usage chez les Touaregs , avec leur valeur.

Dans la planche V nous avons mis un tableau des lettres de l’alphabet phénicien ou plutôt punique, ayant en regard les noms des lettres hébra'iques correspondantes, et leur valeur. Les lettres phéniciennes affectent des formes bien diverses dans les nombreux monuments épigraphiques que l’on connaît de cette langue; notre tableau, destiné à l’intelligence de l’inscription de Tugga, donne les formes employées dans cette inscription.

Nous avons enfin ( même planche Vj dressé un tableau général des lettres qui se rencontrent dans les inscriptions numidiques ou libyques et rupestres , en leur donnant des numéros d’ordre, par lesquels nous les désignerons dans la dwcuMJon à laquelle nous nous livrerons pour déterminer leur valeur.

Dans un autre tableau de la même planche nous indiquons celles de ces lettres dont nous croyons la valeur acquise à peu près définitivement.

Nous allons maintenant développer quelques considérations ethnographiques que nous croyons nécessaires pour l'inlelligence du sujet.

Si nous n'en sommes plus au temps (avant notre conquête de l’Algérie) où tous les habitants du nord de l'Afrique étaient

désignés par les Européens sous le nom de Mauret et où ceux qui ne les avaient pas vus les croyaient tous noirs , on peut dire que , jusqu’en ces derniers temps , les personnes qui ne connaissent que superficiellement ces contrées, pensaient généralement que scs habitants sont tous ou à peu près tous des Arabes. Bien des documents officiels , depuis l’occupation , ont malheureusement été établis sous l’empire de cette erreur ethnographique.

Cependant, depuis nombre d’années , la lumière se fait peu à peu sur cette question et l’importance de l’élément non-arabe s’affirme de plus en plus.

Dans des renseignements publiés à la fin de sa grammaire touareg , le colonel Hanoteau a montré que sur 2,500,000 habitants l’Algérie comptait 850,000 indigènes qui ne .savent même pas l’arabe et qui n’ont rien de commun avec la race arabe, et que sur 1,650,000 qui parient arabe , il y en a plus de la moitié ( on trouve un exemple frappant de cela dans le cercle de Djijelli) qui a adopté cette langue avec l’islamisme, mais qui n’est pas non plus de race arabe. En un mot, en Algérie , il n’y aurait peut-être pas plus de 500,000 vrais Arabes , ce qui ne ferait pas un cinquième de la population indigène.

Si, au lieu de l’Algérie, on considère l’ensemble de la Berbérie ( états barbarcsques ], on pourra peut-être dire que sur environ 12,000,000 d'habitants qu’on y compte, il n’y a pas plus de 2,000,000 d’Arabes. Les dix autres millions .'-out les descendants des populations qui habitaient ces contrées lorsque les Arabes les envahirent, à partir du VII siècle.

Ces populations, avant cette époque, avaient été soumises, depuis les temps historiijues , à bien des révolutions , des invasions , des conquêtes , des dominations étrangères. Ces faits étaient à peu près connus en remontant jusqu’à quelques siècles avant Jésus-Christ, mais au-delà commençait la période préhistorique pour ces contrées. Il n’en est plus ainsi aujourd’hui,

grâce aux découvertes des égyptologues dont nous parlerons plus loin.

Pour traiter analytiquement cette question ethnographique, observons telles qu’elles sont aujourd’hui ces populations indigènes non-arabes , c’est-à-dire , en Algérie , les Kabyles et les Chaouia; nous reconnaissons, au milieu d’une grande majorité aux cheveux et aux yeux noirs, un certain nombre d’individus aux cheveux blonds ou châtains et aux yeux bleus ou au moins de teinte claire. Les renseignements que nous connaissons sur le Maroc établissent que le même fait se présente dans ce pays parmi toutes les populations non-arabes, qu’on y désigne par les noms d’Amazirg, de Chlouah et de Brabeur. La proportion des blonds aux bruns pourrait être moyennement et ^ro<«o modo^ évaluée au dixième. Elle varie d’une tribu à l’autre.

S’il n’y avait que des individus isolés présentant cette particularité, et cela de nos jours seulement, il serait facile de l’expliquer par le grand nombre d’esclaves européens qui se faisaient musulmans et s’établissaient dans les états barbaresques du temps de la piraterie des Turcs. Mais les blonds ne se trouvent pas seulement isolés et près des villes de la côte , ils se trouvent dans les tribus et assez bien groupés sur quelques points.

La première idée qu’on eut , ce fut d’expliquer ce fait par l’événement historique le plus récent et le mieux connu : La conquête de l’Afrique par les Vandales , au V® siècle , et leur domination qui dura un siècle. Ceux d’entre ces Germains qui furent vaincus et chassés par les Grecs du Bas-Empire , ne formaient plus qu’un petit noyau de guerriers restés fidèles à leur dernier roi , mais évidemment , pendant cent ans y les Vandales s’étaient répandus dans le pays et mêlés à la population ; ils avaient dû former des groupes. Il est bien certain que des traces de le\ir sang doivent subsister çà et là dans le pays.

Mais le fait des Vandales ne peut expliquer les blonds qui se

trouvent au Maroc , ni ceux que nous signalent dans l’Est les historiens de l’antiquité , antérieurement à l’invasion Vandale , le Périple de Scylax, par exemple, plusieurs siècles avant notre ère. •

Pour la Numidie et pour la période de temps commençant à quelques siècles avant Jésus-Christ, on aurait encore une origine possible et même probable à donner à une partie au moins de ces blonds , ce serait de les faire descendre des mercenaires gaulois de Carthage , qui étaient très-nombreux et dont , sans aucun doute , une partie se fixait dans le pays et faisait souche. Les Romains eux-mêmes avaient des troupes gauloises, et parmi les colons de la domination romaine, il se trouvaitcertainement des gens de cette race.

Mais nous ne pouvons encore nous en tenir là ; car voici que les documents égyptiens, ressuscités et traduits journellement par MM. de Rougé, Mariette, etc., nous montrent l’existence en Libye de blonds en grandes masses , il y a trois mille quatre cents ans , c’est-à-dire vers les premiers temps des comptoirs des Phéniciens en Afrique , et , par conséquent , lorsque ces marchands n’avaient pas encore de troupes mercenaires.

La race blonde était anciennement connue des Egyptiens sous le nom générique deTamehuu ; il n’est pas, il est vrai, tout-à-fait démontré que ce nom s’appliquât, dès le principe, à des Libyens comme aux Pélasges , quoique cela soit probable. Plus tard il n’y a plus de doute : Ainsi, sous la XIX* dynastie, environ quatorze cents ans avant Jésus-Christ, « Des déserts t> situés à l'occident du Delta , un flot de nomades aux yeux » bleus et aux cheveux blonds , descend des îles de la Méditer- » rannée sur le continent africain , menace les provinces du » nord de l’Egypte et n’est contenu qu’avec de grands efforts » parles armées égyptiennes. Ces envahisseurs, dont le noyau venait de la Libye, renfermaient aussi des Pélasges; leur chef était Maourmouïou , roi des Libyens. Ces envahisseurs

sont désignés dans les textes égyptiens sous les noms de Lebou, Maschouach, Kéhak, etc., qui sont des noms de tribus, des noms nationaux et non plus un nom générique , comme Tamehou.

Sous la XX? dynastie , Rhamsès III fait subir de sanglantes défaites à ces mêmes Libyens. Sous la XXII® dynastie, environ 1,000 ans avant Jésus-Christ, la garde des rois d’Egypte se compose, non d’Ëgytiens , mais de Libyens Maschouach.

Depuis la fin de cette dynastie , 800 ans avant Jésus-Christ, une foule de petits chefs , provenant de ces milices libyennes , occupaient les villes royales ; ils étaient devenus les véritables maîtres de la Basse-Egypte. Leurs divisions permirent aux rois d’Éthiopie , établis alors à Djebel-Barkal , de s’emparer de l’Egypte à plusieurs reprises , ce qui donna lieu à la XXV® dynastie, qui est Ethiopienne. Le troisième roi de cette dynastie , Tahraka , environ 700 ans avant Jésus-Christ , fit des guerres considérables en Libye , et passe pour avoir porté ses armes jusqu’au détroit de Gibraltar, ce qui me parait bien extraordinaire.

Après la dynastie éthiopienne, qui dura cinquante ans, que voyons-nous? L’Egypte à l’état de dodécarchie au Nord entre Egyptiens et Libyens Maschouach mélangés ; taudis qu’au Sud la province de la Thébaïde est tributaire du roi des Elbiopiens. Enfin, l’un des dodécarques, Psamméticus, avec l’aide de quelques auxiliaires grecs , rétablit l’empire égyptien dans son intégrité et devient le premier roi de la XXVI® dynastie, à Sais, 665 ans avant Jésus-Christ. Or, à certains indices sérieux , on pense qu’il était un des Libyens Maschouach , introduits depuis quelques siècles dans les corps d’élite de l’armée égyptienne; et la caste militaire nationale, humiliée et lésée, émigra en Ethiopie, au nombre de 200,000 hommes, ce qui prouve que les Egyptiens avaient plus d’affinité avec les noirs Ethiopiens qu’avec les blancs Libyens.

Cette dynastie donnn cent trente-huit ans de prospérité à l’Ëgypte. Elle tenta la réouverture du canal du Nil à la mer Rouge et Gt faire le fameux voyage autour de l’Afrique par des marins phéniciens. Ce fut quelque temps après elle qu’Hérodote Gt en Égypte le voyage dont nous avons le récit.

Du reste les relations et alliances entre les Tamehou de Libye et les dynasties de l’Êgyptc apparaissent plus fréquentes à mesure qu’on ressuscite les annales de ce pays.

Près de dix-sept siècles avant Jésus-Christ (XTIII* dynastie) la reine Tafa, mère d’Amcnhotep IV, est représentée avec les cheveux blonds , les yeux bleus et les chairs roses. Les noms de son père et de sa mère ne sont pas Égyptiens. Elle venait d’une de ces familles étrangères établies dans le Delta et avait été épousée pour sa beauté par le roi Amenhotep III. [Nous avons dans la subdivision de Bdne le djebel Taia à quelques lieues de la nécropole mégalithique de Roknia.)

La XIX° dynastie , près de 1300 ans avant Jésus-Christ , Gnit à la princesse laouser , Glle deMérenpbtah 1". Nous avons dans le Sud de la Tunisie une oasis portant ce nom de Touzer, qui n’est pas arabe.

Le chef de la XX* dynastie , d’origine inconnue , s’appelle Nakhtset. Nous croyons reconnaître ce nom dans celui deNaklut de nos inscriptions N** 10 et 34..

De plus, nous ne pouvons nous empêcher de rapprocher du ma$ initial caractéristique des Tamehou de Libye et du nom de leur auteur Mazigbt, les met, mat, motit, matit (jui terminent tant de noms Egyptiens. Ainsi , sous la XIV” dynastie , 2214 avant Jésus-Christ , c'est pendant le règne d’un roi nommé Amintimaos qu’a lieu l’invasion des rois pasteurs. Sous la XVIII* c’est le roi Amatit , Gis de Kamet, qui rhasse ces mêmes rois pasteurs. Dans cette dynastie et dans la suivante on trouve des Amtttet, des Toutbmosis, des Ramsès, des Ramasses, des

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Ameornem. i — On ne peut non plus s'empêcher de rapprocher de ces noms , ceux de Massar^ Misraïm , que les Arabes et les Hébreux donnent vers ces temps-là pour ceux d’un des ancêtres des Égyptiens.

Dans ce qui précède , attachons^ous à ce fait que 1,400 ans avant Jésus-Christ , c’est-à-dire un siècle ou deux après que les Phéniciens avaient fondé leurs comptoirs de Cambé et d’Hippêne, une race blonde était assez nombreuse et puissante sur le littoral Libyen pour lutter contre l’Égypte.

Qu’étaient ces blonds ?

Les monuments égyptiens qui sont , il est vrai , un peu vagues, semblent dire qu’ils étaient venus en Libye par les lies de la Méditerrannée; il n’est guère possible , en effet, d’admettre que cesLibyensbIonds fussent des Libyens Autochthones. Pour nous, il est certaiu que la Libye n’est pas le berceau d’une race blonde. Lorsque les découvertes les plus récentes de l'anthropologie nous montrent le midi de l’Europe , et même le centre de la France occupée, dans une haute antiquité, par une race petite, aux yeux et aux cheveux bruns ou noirs , race qui est encore de nos jours celle qui convient à ces contrées , lorsqu’elles nous apprennent que l’élément blond y est toujours venu du Nord par invasion , nous ne pouvons admettre qu’une race blonde fût , vers ces temps-Ià , la race autocbthone appropriée à la contrée Atlantique.

Les hommes blonds , dont nous reconnaissons aujourd’hui les descendants dans le pays, qui envahirent l’Egypte en venant de la Libye, qui ont couvert la Libye de dolmens tout-à-fait semblables à ceux de l’Europe, venaient du Nord de l’Europe, qui a toujours été et qui est encore aujourd’hui le pays des blonds ;

1 Af«, mot ig'jrptien signifiant fila, na s'écrit pas comme le mat initial des noms tamehou. En berMre tmmi vent dire fils , et par snite m/t vent dire fils de lui.

•• sn —

il est à supposer quMls avaient envahi la Libye par les trois presqu’îles de TEurope dans la Méditerrannée. Les uns , arrivés par l’Espagne , s’étaient établis dans toute la contrée qui forme le Maroc actuel ; les autres , après avoir traversé l’Italie et la Sicile, s’étaient abattus sur la Numidie, pays où ils ont laissé tant de traces. Enfin d’autres étaient sans doute venus de la Grèce avec lesPélasges, si même ils ne doivent pas être confondus avec ceux-ci ; puis ceux de la Numidie se réunirent aux Pélasges pour conquérir la Basse-Égypte.

On objectera qu’on ne trouve de dolmens ni en Italie^ ni en Grèce. On peut répondre à cela que les Tamehou ne firent que traverser ces pays sans s’y établir , tandis qu’une partie d’entre eux étant restée dans la péninsule hispanique, ils y construisirent des dolmens.

M. Henri Martin pense que ces envahisseurs blonds étaient Âryas ; jusqu’à preuve du contraire nous sommes d’un avis opposé.

Nous partageons, au sujet des populations anciennes de l’Europe, les opinions développées par M. Broca dant son Mémoire sur les origines des races de V Europe, C’est-à-dire que nous pensons qu’il y avait déjà en Europe, les populations actuelles, blondes dans le Nord, brunes dans le Sud, avant l’invasion des Âryas, et que ces populations subirent l’influence Arya bien plus sous le rapport des idées et de la langue que sous le rapport physique.

Eh bien ! Nous pensons que les blonds des dolmens , tant dans le nord de TEiirope que dans le nord de l’Afrique , étaient une race Pré-Arya, que la partie d’entre eux qui resta dans le nord de l’Europe se soumit à l’influence Arya et que ceux qui envahirent l’Afrique avaient fui devant l’invasion Arya pour ne pas la subir. Ceci dans l’hypothèse que le Berbère n’est pas une langue Arya. Si les blonds , dominateurs de la Libye avaient été des Aryas, ils auraient sans doute imposé leur langue au pays comme les Aryas l’imposèrent partout ailleurs.

La population qui habitait la Berbérie à l’époque de ces invasions était sans doute de même race que celle du midi de l’Europe, car ces deux contrées se touchent, pour ainsi dire, par Gibraltar, tandis que la Berbérie est isolée sur toutes les autres parties de son pourtour par des mers et par des déserts. Cette population était donc de taille moyenne , blanche de peau , mais au teint bilieux, aux yeux et aux cheveux noirs ; la face non allongée, le nez court, les mâchoires assez fortes.

C’est encore là le portrait de la grande majorité des indigènes non arabes, seulement beaucoup d’entre eux présentent, depuis le moyen-âge , des traces évidentes d’altération par le mélange avec les races noires.

Les envahisseurs du nord de l’Europe étaient, eux, de farouches guerriers, de haute taille, à la peau très-blanche, au teint coloré, aux yeux bleus ou au moins clairs, aux cheveux et à la barbe blonds, au crâne dolycocéphale, au visage ovale, au nez assez long , busqué , un peu élargi aux ailes et non pincé comme le nez sémite.

En un mot , le type Kimri.

Comme nous l’avons dit, on trouve encore aujourd’hui, parmi les indigènes non arabes , des représentants de ce type.

Ces blonds avaient sans doute dominé, subjugué les indigènes, et quand Scylax nous dit, quelques siècles avant Jésus-Christ, le» Libyens sont tous beaux et blonds , c’est qu’il ne s’occupe que des chefs, de l’aristocratie ; chez les peuples barbares la plèbe ne compte pour rien , on ne la mentionne même pas.

Mais à la longue les dominateurs s’étaient fondus dans la masse indigène et leur langue avait disparu devant la langue indigène (le berbère), de même que les Francs, maîtres delà Gaule, adoptèrent la langue que. les Gaulois tenaient des Romains. C’est du moins notre opinion et nous l’étayerons plus loin , de quelques raisons. ,

Il n’est plus permis aujourd’hui de douter de l’invasion de ces

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