‹ Collection complète des inscriptions numidiques (libyques), avec des aperçus ethnographiques sur les Numides, par le général FaidherbeChapitre 4 sur 9 · C. h. Midigt(N® 84), 40 ans · texte numérisé non relu

C. h. Midigt(N® 84), 40 ans

Une chose certaine encore , comme nous le reconnaîtrons , c’est qu’il y a dans la partie numidique des généalogies qui ne se trouvent pas dans la partie latine.

Quant à l’exactitude de l'orthographe et de la transcription des noms propres , nous croyons devoir faire une observation préliminaire.

Quand on réfléchit que beaucoup d’épitaphes latines d’Algérie renferment des fautes grossières d’orthographe, quand on pense à l’orthographe fantaisiste de certaines enseignes de nos villages ou petites villes , quand on songe à la manière dont un colon d’un de nos villages algériens , sachant tout juste lire et écrire , habillerait les noms dans une épitaphe où il aurait à écrire les noms français en lettres arabes et les noms arabes en lettres françaises , on est effrayé de penser au nombre d’erreurs que l’on doit supposer dans ces inscriptions numidiques , faites par des barbares dégrossis , possédant à peine l’usage d’une écriture imparfaite , ou par des artisans latins dans une langue étrangère se modifiant d’une localité à l’autre, avec un alphabet probablement mal fixé et dont les lettres ne correspondent pas toutes exactement à des lettres latines. Erreurs de tracé , de sens des figures, de correspondance avec les lettres latines, etc.... il doit y en avoir de toute espèce, et cela doit évidemment aller jusqu’à rendre des nomstoul-à-fait méconnaissables.

Le corsaire àaàa ifaroudy n’est-il pas devenu fiaràerotaw dans les langues néo-latines de la Méditérranée?

Do reste , Corripus , dans sa Johannide ou récit d'une guerre entre les Grecs du Bas-Empire et les Numides et Maures de la Bysacène révoltés sous leur chef Antalas, 546 ans après J. -G., exprime l’embarras où il est pour faire passer dans des vers latins , les noms barbares de ses personnages :

' Quis mihi tôt populos , gentesque et prælia vates Ordinet arte nova ? Tu , Justiniane favendo Guncta doce : Àdmisce blandâ dulcedine musam .

Temperet Insuetis nntantia carmina verbis ;

Nam fera barbariex latrant sua nomina linguæ.

— •lOT —

Examinons d’abord l'inscriplion N° 34 , nous y trouvons pour première ligne de la partie latine :

SaCTuTi HIMiR

C'est trop long pour un seul nom ; c’est donc au moins deux noms et deux noms qui n’ont rien de latin.

Examinons la partie numidique ; Nous avons déjà dit que les lignes numidiques sont verticales; mais chose plus bizarre encore, H. Judas a reconnu qu’elles se lisent de bas en haut. Cela résulte incontestablement de ce fait que dans plusieurs inscriptions, entre autres le N° 29, on voit que le graveur, manquant de place , a incliné ses lignes pour pouvoir les allonger en arrivant vert le haut.

Dans d'autres , par exemple les N** 18 et 71 , il a bravement, pour pouvoir terminer des mots , empiété sur le tableau supérieur. Il n’y a , à cette règle de lecture , qu’une seule exception, comme nous le ferons voir, pour l'inscription bilingue N* 157.

Si donc nous lisons de bas en haut les deux premières lignes de gauche du N° 34 et si nous y supposons à trois lettres toutà-fait semblables aux T, M , R touaregs et à une autre sc rapprochant beaucoup de l’Y, les mêmes valeurs , nous avons ;

ou en mettant ces deux lignes à la suite l’une de l’autre , dans l’ordre horizontal :

??TT?YMR

Ces huit lettres en deux lignes sont bien évidemment la

transcription du latin , comme l’a remarqué M. le docteur Judas :

SaKTuTiHIMiR

Le hasard ne produit pas de concordance de cette valeur ; si nous appliquons à ce cas le calcul , nous trouvens une trèsgrande probabilité. Si à cette probabilité purement matérielle , nous ajoutons la probabilité morale que les deux inscriptions placées sur une même pierre doivent faire mention du même personnage , nous pouvons dire que la probabilité de la correspondance de la première ligne du latin et des deux premières de gauche du numidique est une certitude. Donc le T, l’Y, TM et l’R , c’est-à-dire nos lettres N“ 16, 14. 8 et 6 sont les mêmes en numidique et en touareg , et nous avons vu plus haut qu'elles étaient aussi les mêmes dans l’inscription de Tugga. La figure double assez remarquable qui est la seconde de la première ligne , figure N° 9 du tableau général , et qui ne se trouve pas dans l'alphabet touareg , doit donc être un K. Nous lui avons en effet trouvé cette valeur dans l’inscription de Tugga, aux mots Ouraçàan et Anoéan.

Autre confirmation: dans les nuroidiques bilingnes N"* 29 , 39 et 84, les inscriptions latines commencent par un e (ie e latin toujours dur, c’est-à-dire 4), eh bienl dans les trois textes libyques, une des lignes extrêmes, celle de droite dans les N°* 29 et 39 , celle de gauche dans le N° 84, commence par ce même signe.

Parmi les 162 autres inscriptions , il n’y a que huit lignes commençant par ce même signe. Nous pouvons donc encore regarder ce fait comme confirmant la valeur 4 de notre lettre N° 9 du tableau général, pour les inscriptions numidiques comme pour l'inscription de Tugga.

Mais, dira-t-on, le raisonnement précédent suppose que les inscriptions N*” 29 et 39 sc lisent en commençant par la droite

Üooglc

et que le PP 84 se lit en commençant par la gauche Sur quoi TOUS basez-vous pour admettre cette nouvelle bizarrerie? Il est facile de prouver qu’il en est ainsi :

Qu’on jette les yeux sur les 36 inscriptions N“ 3 , 6 , 13 , 19 , 30, 31, 32, 33, 40, 42, 46, 66, 57, 59, 60, 75, 76, 82, 99, 118, 121, 122 et 4, 5, 8, 41, 50, 53, 54, 58, 61, 77, 79, 80, 96, 133, 162; on verra qu'elles renferment toutes le même groupe de trois lettres formant une ligne : un rond (ou carré , ces deux figures se remplaçant à volonté) pointé , une barre verticale et un huit de chiffres. II est évident que ce groupe n’est pas un nom , mais qu’il a une signification commune , comme: tombeau de, on bien, ci-gft, ou bien, qu’il repose en paix, ou bien quelque chose d’analogue; et la colonne d’à cêté, qui est généralement de trois à quatre lettres , donne le nom du défunt. Or , sur ces 37 inscriptions , les 22 premières portent ce mot commun à droite , et les 15 dernières le portent à gauche ; cela démontre bien que certaines inscriptions ont leur commencement à droite et d’autres à gauche.

Il y a même une iuscriptioa, le N° 119, qui porte ce même mot commun entre deux lignes. On doit supposer qu’on a agi par un sentiment de symétrie. La colonne de gauche donne le nom du défunt, la colonne de droite, commençant par le signe de filiation, donne le nom de son père.

Ce mot commun à tant d'inscriptions , M. le docteur Judas avait d’abord eu l'idée toute naturelle qu’il voulait dire tombeau, puis changeant d’avis, il avait proposé de le traduire par c a enseveli lui a , l’autre colonne donnant le nom , non du défunt , mais de la personne qui avait pris soin de le faire enterrer, parce que, ajoutait M. Judas, par suite d’une superstition nationale encore existante chez les Touaregs , on ne doit jamais mentionner le nom d’un mort, et il citait à l'appui de son hypothèse , entre autres , l’inscription bilingue N° 24 , oh l'on

ne voit que les deux lignes latines :

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