SECONDE LETTRE
MoRsiec»,
J'ai dit, en terminant ma premièrclc)li'e,qiiet'e encore , avant de répondre à vos questions , la conduite des proleslans au moment du retour de Bonaparte. Je ne m'arrêterai cependant pas à réfuter certains griefs qu'on veut faire remonter à i8i4i griefs qui ont pu être accueillis en iSiS, comme ils l'avaient été sous une autre forme eu 1793, mais qu'il auQit maintenait d'énoncer, pour les couvrir du ridicule et du mépris qu'ils méritent. Les uns reposent sur la suppression d'une devise, royaliste, il est vrai , mais qui ressenûilait déplgrablement aux inscriptions révolu tionnairci (iti). Les autres sur une pensée coupable (>7), ou sur une arietle d'un opéra cpnuu (18)^ pti sur un itrojet que rien n'atteste, ou sur le nom d'un café (ig), ou même sur le sileucc (ao).
Certes, si je laisse de côté ces griefs absurdes, ce n'est pas qu'ils pussent m'embarrasser dans la défense que j'ai enlrepriae. 11 me serait tacile de prouver que ce que l'onanommé la malveillance des protcstans en 1814» n'était qu'une inquiétude a^SBz naturelle. Cette inqwiélude ne provenait d'aucun doute sur les intentions du, Roi, mais ellii éljit le produit inévitable des. démonstrations imprudentes 4p q^elquas
bomnlps (]ui voiilafent alors , comme ils le venlent encore atljoard'bui , faire tourner tounles événemens ao profit d'une fûction(2i). Ces hommes, dès le i5avrll i8i4i avaieot Iroi»- "bié, par des insultes prodiguées au maire, en sa qualilé de jn-otegtant, des réiouixtances publiques (23}. Dans le mois de inai, ils avaient invoqué le pouvoir absolu au lieu de la constilutlnn que Louis XVIIl avait promise (95). Ils avaient déposé pliez un notaire une pétition pour solliciter le rétabliscemeiil des Jésuites (2^). Enfin , durant dix mois, ils avaient répandu l'incerliUide et l'alarme sur la liberté den cultes,' omme snr toutes les autres garanties que la Charte a consacrées. Toutefois, les prolestans ne fournirent, par aucun •i;;te, un prétexte d'accusation raisonnable, et, pour les calomnier, il a fallu recourir à ta logique et aux induction» dont la loi des suspects nous a laissé un si brillant et si heureux modèle.
Je n'ai point retracé ceS imprudences de leurs ennemis , afin de me livrer à des récriminations contraires au but que ft me pmpow, mais afin d'indiquer ^ue, si je repousse g« f;enre de souvenirs, ce n'est nullement que les prolestans aient besoin de mes réticcncest mais parce que je retranche fout ce qui. n'étant pas indisjwns.tble, réveillerait sansutilité «les ressentimens qu'il faut étouffer. Pour juger l'innocence «u In culpabilité des protestans lors du retour de Bonaparte, ta seule chose qu'il ïmporle de déterminer, c'est k quel point liront contribué à son triomphe avant ta soumission du reste Sa royaume. Or, la révolution Aa 30 mars n'était-elie pas iTccomplic , le Itoi et les ministres n'avaient-ils pas quitté- PitHs , les citambres'n'élaicnt-elieg pas dissoute^ j tous les rentres auxquels les prolestans auraient pu se rallier pour défendre le gouvernement royal, n'avaient-ils pas dispara treize fours avant que te drapeau Iricdlore ne flotlAt dans Situes (25)? Si aucune de ces questions ne peut se résoudre qu'affirmativement, si Dîmes est l'une des dernières villes qui ail arboré l'étendard dé l'empire, si le déparlement d« Card n'a cédé qu'avec la France, et après la France, Wmes, It'Gard, et les prolestans qui l'habitent n'ont aucun tort parficulier. Pour les regarder comme coupables , il faudrait prouver qu'avant le débarquement de l'er-empereur , ilgont eonspiré pour lui. Mais les preuves d'une conspiration pareille, recherchées long-temps et partout, avec le zèle le plus implacable , n'ont pu se trouver nulle part. Croil'Ktn qu'on les eût passées sous silerfce , si elles se fussent offertes , ou si elles eussent pu être décDUTlsrtes ou seulement supposées par
D,a,i,;t!dbïGoogIe
25i an ttommes qui en avaient besoin pour se iustifier, et (]ui devaient tran^onner en crimipels leur§ victimes , sous peine de s'avouer eux-mêmes les plus odieux et tes [dus Ucbes des criminels ? -
. Maintenant, Monsieur, j'aurais à traiter des événeroens des cent jours, et de l'horrible réaction qui les a suivis ; mais vous avez vous-même approfondi ce sujet avec tant d'étendtie et tant de clarté, qu'il ne me reste rien k dire. Aucun des faits que vous avez allégués n'a été réfuté de manière à ébranler la conviction des hommes impartiaux. Vous avez repoussé victorieusement, et par des preuves incontestables, quelques déni^gat ions audacieuses. Vos adversaires mémo ont ooniirmA vos aSNertions par les aveux qui leur ont échappé, ou malgré eux, ou à leur insu. Le succès a déjà , en récompensant vos efforts, rendu hommage k votre véracité. Les mesures réparatrices qui ont eu lieu, et celles qui s'annoncent sttnt en partie la suite d'une publicité salutaire à laquelle vos écrits ont puissamment contribué.
Jepuisdonc m'affranchtr de la tâdie afRigeante de raconter encore des crimes et des erreurs, et me livrer au travail plus doux d'indiquer tes moyens de réparer (ies erreurs et dA taire oublier ces cri mas.
. Je prends vos questions dans l'ordre dans lequel vous mé les avez adressées, Monsieur, et je les traaticris pour essayer de les résoudre l'une après l'autre.
"E«ste-t-il, demandez- vous, un moyen d'opérer «ne fi(-
■ sion entre les catholiques et les protestans, formant des
■ sociétés séparées, et quel est ce moyen ? *
' J'ai ditprécédemmentqiieienecn^ais point les dissensions religieuses susceptibles , de nos jours , d'exciter un véritable fanatisme. Ceuc qui s'en servent comme d'une arme sont, -au fond de l'âme , indifférens à loate croyance. On ne. fait point de la religion un instrument, quand nn la respecte. Ceux qui se rendent les agens des vengeances illégales que l'on couvre de ce prétexte , sont mus par des motife plus ignobles qu'ils s'empressent de déguiser. L'histoira des troubles du Gard prouve ces deux assertions d'une manière évidenla. Hais, indépendamment des haines que la religion peut faire naître , il y a une .autre e^ëce de liaiues qui peuvent être produites et prolongées dans les partiHans de chaque croyance , par une malheureuse conviction que le» sectateurs de la croyance opposée nourrissent contre eux <ifis dessein* funestes. Les catholiques nesont plus,' ccmmc daiis les temps d'intolérance , disposés à faire nain basse sut- les prot^sUini
Doiiz.dbï'Googk"'
ptmr Ifs Torcer à devenir catholiques. Les prôtestans ne l'ont . lamais été à coutrjîndre tes catholiques à se fuire proteitaDS. Nais la partie peu éclairée des uns et des autres peut encore ajouter foi à des su^estîons perfides , et cédant à la persuasion qu'elle est menacée , se trouver entraînée li Valtaque lorsqu'elle ne son^e cju'à la défense. Ain)4, comme vous le rapportez vous-même, les liabitaus des Cévennes IMiut doux et paisibles : mais une nouvelle imprévue peut troubler leur tranquillité et répandre dans leurs montagnes une alarme universelle. Au bruit d'un danger pour leurs co-. Tel igionna ires , ils deviennent terribles envers ceux qu'ils croient leurs ennemis- De m fuie, dans l'année 1790, ce fui en répandant le bruit que les catholiques étaient proscrits * qu'on souleva contre les malheureux proteslttus les villages voisins do Mmes.
Ce n'est donc pas le fanatisme proprement dit, c'est la crainte et la défiance réciproque qu'il est désirable d'extirper.' Protivez à chacune des communions que l'autre ne veut et GUF-tout qu'elle ne peut pas lui faire du mal , vous les verres toutes deux tranquilles. Cette con\1ction doit précéder les mesures partielles que vous indiquez, monsieur, et dont je reconnais d'ailleurs la sagesse, mais qui resteraient sans tISet aussi lea^-tems qAe les appréhensions ne seraient pas di^pées.
Or , comment produire cette couviotion. Remontons & tjuelques principes bien simples.
Qu'est-ce qui maintient l'ordw dans les sociiïtés? N'est-c« pas la fermeté el l'impartialité du pouvoir suprême ? Ca moyen , qui s'applique aux germes innombrables do dissenlions et ilKninaîlié, résultats nécessaire! de l'oppositioa des intérêts, est le seul dont le niecès t<uit infaillible. Quand le gouvernement n'est faa d'une impartialité constante et cuinplète, touK let autres palliaftKs sont îneflïcaoes. Protection à tous ies innooena , châtiment pour tous les coupables, et la sécurité renaîtra; et cette sécurité produira aiiMitât l'amour de l'ordre. U ^t iobéreut à l'homnu. L'imiti«ttse majorité, la presquo totalité des individus qui composent les assocîaUooa humaines, n'a de bien-être, de prospérité . du moyens d'industrie qu'au sein du repos. Le gou- «eriHimeat, qui garanlit ce repos, est sur d'être entouré et soutenu par une JSCtiiHse JnDO«sbraUe: et invincible. Par le mot de r«pos, j'entends kt liberté légale! car, sous l'arbitraire , il n'y a point de repos. Pourquoi les propriétaires *^ lea non-propriétaices > d*nt les diiacl» iatér£ts semblflat
DiailizodbvGoOgle
a53 bien oppoiéi, ae MOt-ils pan dans une Intts Constante? C'est que lei uns savent fjue U loi lea protège dun ce qu'ils possèdent; les, autre», (ju'elle les garantit dam ce qu'ils acquièrent parie travail; et en conséquence, ils transigent an lieu de combattre. Appliquez ce principe à la religion comme k tous les autres intérêts , à toutes les autres passions des hommes. Que chaque croyance sache en même temps , et qu'elle est en sûreté, et qu'elle ne peut rien contre le* croyances différentes : toutes co-eusterunt en paix..
Sansdoute, silesagens d'un gouveme,meot avaient pratiqua long-tem psunsystêmedéplorahle de bascule; si, appelant tour-* à-tour à l'appui de leur politique incertaine et vacillante chaque opinion et chaque intérêt, ils les avaient armés ds leurs propres mains, p^ureffrayerlepartiourinlérët opposé,' jusiju'à ce que , effrayés eux-mêmes de la force de leurs alliés du moment, ils se fussent jetés de l'autre c<^té, reniant et livrant leurs précédcus auxiliaires , cette conduite astucleuio et faible aurait répandu sur leur sincérité de tels doules, que les premières preuves d'impartialité qu'ils donneraient ,ne suffiraient pas pour rassurer la oonuanœ effjrouchéc- Mais elle reviendrait néanmoins, si l'impartialité était- dU' rable. Les gouvernés ont besoin de se fier aux gouvemans. llsouhlient volontiers les fautes qu'on répare. Quelques actes de fidélité financière fout reuattre le crédit après mainte banqueroute; quelques actes de justice raniment la sécurité aprèsdes. années darhitraire. ' -
Bonaparte nous a légué un mémorable exemple de la possibilité de fondre ensemble les partis, soit politiques, soit religieux, et de U rapidité avec laquelle celte fusion s'opère, quand la volonté de l'opérer est ferme , et sur-tout.qiiand elle est franche. Sous san empire, et mal^é son concordat de i8oa, Ibs protestant sont toujours restiïs eu paix. Bien que le principe de tout concordat avec le chef d'une église' soit une préférence accordée à celte église, et, par ciiisr-' queut une délaveur pour les autres croyances, cependant la connaissance qu'avaient les protestansde l'impartialité, ou si l'on veut, de l'indifférence du chef de l'Etat, leur conviction qu'il ne permettrait poiut qu'ils fussent persécutés , Les préserva de toute inquiétude, et les catholiques ntt songèrent jamais à laire valoir une prééminence idéale, parce que les partis s'arrêtent toujours devant oe qu'ils savent n'être pas possible.
A Dieu ne plaise que je recommande au gouvernement •Ituel d'imiter Bonaparte swis d'autre* rapports! M'ais la
D,a,l^t!d.bïG00glc
tateot des hommes d'état est de profiter d« toutes 1er expériences. Il serait Utoheux que l'on marchât sur ses traces* pour emprunter des traditions d'arbitraire^ et qu'on s'en écartât précisémeut dans ce qui tient au respect pour les con'<cienee8 et à la liberté des opinioug religieuses.
Cette première base étaut posée, et l'impartialité de tous les agens du gouvernenient uiise hors de doute, j'adopterais volonlicrs, comme moyen local et subsidiaire, la société de bieufaisauce dont vous présentez le plan, et que vous voudriez composer d'une portion égale des commerçans les plu& riches des duux religions. Mais je désirerais écarter de cet établissement toute intervention de l'autorité. Je ne voudrais pas qu'un négociant, qui aurait refusé d'être membre de cette asHOciation , pût être «t^nafe comme n'étant pas ennemi des troubles. Si l'on veut reHter iidèle aux principes de la liberté individuelle ( et s'en écarter, c'est marcher k tâtons vers un abime ) , il ne faut exiger d'aucun citoyen ce qui Ji'est pas d'obligation stricte. Le préjugé qui empêcherait un catholique de s'associer à des prôtestans dans un but de bienfaisance, serait absurde sans doute: mais on ne petit savoir comment les préjugés se glissent dans la tête des hommes, et par quelle route détournée ces préjuges se rattachant à la conscience , se transfonuent en scrupules. Alors l'autorité les irrite et ne les surmonte pas. D'aiUeurs ,' quel emploi ferait-on de ces tignalemetu flcheux? Ils nepourraient servir devant les tribunaux. Exciter des troubles,o» y participer, est un délit : mais n'être pas ennemi des troubles ne Mauruit trouver une place dans on code pénaL Ces aignatemens seraient-ils destinés à motiver, dans des circonstances extraordinaires, des mesures extraordinaii-es . des lois d'exception? Loin de nous cette idée, Itlonsîeur; ni' vous, ni moi , ni aucun ami de la charte ne peut admettre cette pensée. Le règne des lois d'exception doit fitre âai, ou' la révolution ne sera jamais finie.
Vous rendrez justice, je l'espère, aux motifs qui mo dictent ces objections. Âlon estime sincère pour vos intentions et vos lumières me fait une loi de chercher à m'éclairer avec vous et de vous soumettre tous mes doutes.
> Fcul-on , sans danger , telle est votre seconde question ,
■ mêler (les hommes den différens cultes dans la garde' Il natiouale; et si L'on ne le peut pas, lequel vaut mieux , H ou d'enavoiruue conipcséed'homniesd'une seuls religion,'
■ ou de n'en point avdir ? ■
La ré|K>nse à cette question devient moins urgente, dcpuéi»
DoiizrfbïGoogle
Im sages miMÔre» qui «nt ordoDoé la ^Bohi&on de la Bst4e
nationale du Gard (Ordounance royale du 36 juillet 1818).. Cependant, comme sa réorganisation dédaitive est anaouoée 4anf) la mèaie Ordonnance, je pense avec vous. Monsieur j qu'avant de mettre en présence des hommes armén que.doi ressentimens trO|i récena agitent encore , il faut que la force publique sait bien assurée demaintenir Tordre ; et, quoique la garde nationale me paraisse l'une de nos plus salutaires et . nobles institutions, uu ajournement vaut mieux que le renouvellement de scènes cruelles qui ont Tinconvéoient double de jeter de la défaveur sur la plus civique garantie de notre tranquillité intérieure, et de léguer à l'avepir de nouvelles ^uses de haine et do nouveaux germes de disGOide.
t Comment peut-on dissiper, continuez -vous, la craints ■ qui empêche les témoins d'un crîmed'aller déposer, et qui » force ainsi les tribunaux à acquitter les assassins? •
Je crois avoir répondu k cette question, en examinant la première de celle» que vous m'avez proposées. Comme vous le remarque! très-bien, la translation des procédures dans an autre département ne suffit pas. Le danger qa'on veut prévenir attend les témoins à leur rentrée. C'est à la fermeU dugouveru.ment, à la surveillance de la police, à la sévère impartialité de l'autorité locale, à les rassurer, en tes entourant d'une protection forte et vigilaute. Ou s'exagère beaucoup la diiOanlté. N'avons-nous pas vu, dans le fameux procès de Khodez , tous lès moyens mis en œuvre pour que les témoins fussent glacés d'épouvante? N 'annonçait-on pas une ligue secrète déterminée à punir l'indiscret qui trahirait les auteurs du crime! Aucun témoin cependant n'a péri; aucun n'a même été attaqué. Toutes les fois qu'un gouvernement veut le triomphe de la fuslice, il est le plus tort. Avec les moyens immenses que nos lois donnent aux dépositaires du pouvoir pour étouuer toutes les semences de désordre» c'est toujours leur faute, ù les citoyens que la justice appelle & déposer devant elle ont le sentiment qu'il y a du danger* 1.0 préfet,. dans le département duquel un témoin tremble de dire la vérité , est un préfet mal iotentiouné ou un préfet inepte. Dans les deux cas , il faut àter à ses mains suspectes ou Inhabiles la direction d'un pouvoir dont il ne sait ou nç vent pas t^ire usage.
' Eu général , Monsieur , je profiterai de cette occasion pour dire qu'on me paraît , à plus d'une époque, s'être prescrit y parmi nous , la règle opposée h celle que Iraccnl l'int<Srât publie et oeiui du gouvememenL L'on a pardonné la
D,a,l,zt!dbvG00glc
a5G âésob^îisance danxlei ageiu, etl'on ii'wt irrite de r<q>positi9n dans IcH citoyens. L'onaoïiUié que dans les premiers t'tdtéia- •aoce était un devoir , et que dans les secoada les réclamations «Paient un droit. Autant te gouvcrnenieii! doit ttre ieot et Ecnspiileus avant de sévir contre l'individu qui.n'occupaiit aucune place et vivant de sa i'urinne ou de son industrie» n'a d'obligation envfn l'autoritÉ que' de mpccter les lois et d'acqiiittt^r les charges publiques, autant il doit élre prompt à destituer le fonctionnaire qui marche dans une direction opposée à la sienne. 11 ikut bien te convaincre qu'une deslltutiou n'est point nue peine ; que le ^uvemement ne doit d'c^nplois qu'à ceui qui les remplissent suivant ses intentions; que celui qui ne vAut pas les remplir aiu« peut être un citojeu très^timable, mais qu'il ne doit pan feindre de servir une autorité qu'il désapprouve; que ses droits individuels demeurent sacrés, mais que sa place doit lui être Al«e. Jtuuvent on a fait tout le contraire. On a to- . léré dars les agecs ce qu'on eût puni sévèrement dans lesparticuliers. Mille arrestations arbitraires ont quelquefois ét4 plus faciles à obtenir qu'une destitution légale .et de la «mic on a sans cesse eu l'anarchie, et l'on n'a pas eu la liberté.
Aucun système n'est plus désastreux, plus propre h corrompre tous les dépositaires du pouvoir dans les dlfféresi degrés de la hiérarchie, plus destructif de toute conGance et de toute estime, que cette espèce de tolérance, dont notre histoire CMistitutionBctle nous offre malheureusement de trop nombreux exemples. En contemplant l'iodidgence bigarre témoignée à des agcns indisciplinés, le peuple aa sait plus quelle est la véritable pensée du gouvernement; îl ouvre l'oreille aux su^esliooslcs pltis dangereuses, h^ faction vaincue se prévaut de cette lotérance ineq>licable^ comme d'une preuve qu'elle est l'obiet d'une faveur secrète, et que l'autorité ne tardera pas à lui revenir. L'îasubordinatiou descend de ilegré en degré : chacun craint de se compromettre en exécutant les ordres qu'il reçoit. L» désofcéisMDce devient un caloMl. On ne sert le goavememeot qu'en apparence , et> rendant hommage par la conniveace DU par l'inerUe à la force occulte, qui parait d'autant phis ■ redoutaUe , qu'elle est mystérieuse. Alors la justice se revient de lu désorganisation générale. Les )i)ges Craignent d'appliquer les lois , tes jurés de déclarer les Taits , les témoïeit de révéler ce qu'ils savont. Chacun cliercke à se créée dea litres aupr^ du parti qa*!! «owidère comme l'Jiéritier de
D,a,i,;t!dbïGoogIe
a57 h poiaBancei Oe là le relâchement Îam les podntiita , IV* 4^u)arïté dans les procédures, les réti'ceocet dausies Mmoigiia^s, le scandale dans lea absolutloug.
C'est dooc an gouvernement qu'il faut s'adrCRser ; cVtt & lui à faù-e , non-seulemeiit: , cotiitne vous le dites , qus let 'hommei qui auraient mé parlé ailleurs soient certains d'être •«a sûreté à Ntmes; mais que même , dans Nîmes > parler .^vant la justice ne soit pas un péril.
( Tous me demsndei enfin, Monsieur, s! la liberté dea n élections peut exister dans une ville Où une moitié dev' > habitans tremblé devant l'autre? ■
Non , sans doute ; mais une iholtié des habitans ne trem» tilers plus devant l'autre, quand les autorités seront impartiales et inébranlables dans leur impartialité. Jesuis contraint sans cesse & revenir à la. même idée. La liberté des peuple* est confiée à l'énergie de leurs représentans : mais la sûret£ des individus est sous la sauve garde de l'autorité executive* -Xes dépositaires de celte autorité sont responsables de toutf .)es attentats qu'ils négligent de réprimer. L<s mêmes moyens . qui maintiendront la paix entre les protestans et les catho^ Iiques, les mêmes moyens qui donneront aux témoins, dans les procédures criminelles, le courage de rendre hommage à la vérité , assureront aussi la liberté des élections. Tout sb tient dans l'administration des états Quand toutes tes .croyances jouissent de la protection qui leur appartient JL toutes également, quand les crimes sont putiis, quel que soit l'étendard de la faction qui s'en rend coupable , la trao* .quiUité règne, les citoyens exercent leurs droits, tés éle&* tions sont libres.
Hais, UoDsieur , un gouvernement qui veut que les partis -re^tectent cette liberté, doit la respex.ter lui-même. Si un .ministère Imagînaît queles élections ne doivent être que def cérémonies iUusoîres, se reproduisant iicriodiquement, pouc donner aux actes de l'autorité une sanction trompeuse; s'il .prétendait placer, parla ruse ou la crainte, sur h» bancs , de la représentation nationale , de» hommes à lui , nomiBés
Jiar lui , payés par lui , révocables par lui ; s'il voulait que es employés du gouvernement fussent en même-tpmpg lef mandataires du peuple, proposant au nom du premier , acceptant au nom de l'autre, et faisant ainsi de la tribun* le théitre d'un long monologue , divisé en demnnd^ et ea réponses , mais récité en chœur par les mêmes voix : ce mi< nistère, forcé, pour atteindre un but aussi anti-oaliunal, de a^ppayer sur un parti quelconque p lévciUerait I«s t»fi Torm ///, 5". /'artw. 17
itlau suoupiM) bRd fle traiter avec elles -, il leur Mndraîl
^e l'existence par hs appels , de l'importance par ses promesses, derirritation par ses manqueidefoiietce serait btea à tort q&'il se flatterait qu'après les avoir ainsi ressuscitées pour uD objet particulier , D les empêcherait de franchir ce ■cewcle. Elles se seraient retrouvées en préBeDce, elles s'attaqueraient sur tous les terrains ; et les discordes , et tes atten- 'fats, fruits inévU^les des haioes ranimées , seraient le résultat d'un calcul aussi dangereux qu'inconstitutionnel.
]e ne me livrerai point ici aux développimtens dont cette Inàtière serait susceptible. J'aime à croire qu'instruit par l'expérience , le ministère sentira qu'il doit rester impartial ^ndabt que le peuple exerce ses droits. Il n'oubliera pas , ;que ses alliés subits des élections dernières sont aiiidurd'hoi «es ennemis les plus implacables , et que sa transaction 'd'un jàur lui a valu de leur part des reproches et des atbr- 'ques de toute une année- Dans tes départemens, les prâTets "ne se petmeltroat point des moyens qui, même en réusui* 'lant , laissent au moins une tache f&cheuse sur qui les em- 'tilàie. Ils n'imposeront poi^t des exclusions aiiiitraires et in- 'justes, comme prix des réparations et des actes de justice. Ik 'lie répandront point de fausses nouvelles , ils n'accréditeront ',|Krïnt de iH'uîts calomnieux. De leur côté , les citoyens réflé- 'cbiront que , s'ils ont déjà obtenu quelque chose , ils doivent ce qu'ils ont obtenu aux hommes qui l'ont demandé, :êt non pas à ceux qui disaient toujours que tout était bien ; ' 'et iU ae verront qu'une dérision bizarre dans la promesse 'dé les écouter, à condition qu'ils renonceront k cnCMSÎr des 'organts qui aient le courage de se faire entendre.
Agréez ensore une fcns , Monsieur, mes remercîemens 'pour la confiance que vous m'avez témoignée , et pour l'oc- 'casion' que voua m'avez fournie de plaider ^une cause qui 'est celle 4e ma tamiUe et la mienne, et qui intéresse l'esprit *Iiamain sous le rapport des lumiër^ , la France sons celui -de Ifndustrie et de la tranquillité publique; la morale, 'parce que la tolérance est unt partie essentielle de la morale; Thumanité, enfin, parce qu'il s'agit d'eSacer les vestiges et '>de prévenir 4 jamais le retour d'une p^^éoutioD qui,>fi0Us 'averses fûrmes, à duré trois siècles.
* J'airiionarar^^M, «te-
* «t»JAttiN CONSTANT. \
DiaiiizodbïGoogle