‹ Collection complète des ouvrages publiés sur le gouvernement représentatif et la constitutionChapitre 22 sur 58 · PREMIÈRE LETTRE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE LETTRE

ONSiiva,

J^ai été aussi surpris que flatté de la lettre que vous avez bien voulu m'adresser, et des questîoQS sur lesquelles vous m^avez fait Tlionneur de croire que mes réponses pourraient ne pas être sans utilité. Quelque difficiles que ces questiont puissent être à résoudre , je dois m'efforcer de me montrer digne, au moins par l'intention ^ de la confiance que vous semblez m^accorder.

Sans avoir résidé danf le département du Gard, je n^ai rien négligé pour connaître avec précision tout ce qui s'eçt passé depuis la révolution dans ce département , si malheureux par nos dissensions civiles. La persécution qui a réveillé la sympathie des protestans jusques chez les nations

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(i) Cet ouvrage y composé de troîs parties , se trouvd chez Téditear du Cou/v dt PoUtique , et se vend Ç fr.

Toîsînes , a dû produire un effet plus puksant encore sur U cœur d'un protestant français ^ dont les ancêtres ont été vie* tune» du même esprit de fanatisme et d'intolérance.

J'espère toutefois que ma qualité de protestant ne me fera point tomber dans une partialité contraire au reste de mes opinions et de mes principes. Le protestantisme ne prescrit la haine d'aucune religion; il enjoint, au contraire, le respect poyr toutes les croyances. Ce n'est jamais qu'en s*écartant dé ces maximes fondamentales, que les protestans ont imi^ à^autres sectes qui ont voulu faire prévaloir leurs doctrines par la force.

Sans doute , et tous les protestans éclairés en gémissent y Ton peut citer quelques faits qui prouvent que les réforma^ ieurs n^ont pas toujours-pratique leur théorie. Mais ces faits sont en bien petit nombre; et , quoique le supplice de Servet soit un crime exécrable , l'on aurait mauvaise grâce en opposant un exemple isolé , et une seule victime à quatre sièeles d'oppression, et à trente mille victimes périssant sur les bûchers de l'inquisition.

Je voudrais pouvoir, en répondant aux questions que vous m'avez adressées, monsieur, laisser de côté toutes les époques propres à réveiller de tristes souvenirs. Mais obligé d'examiner, dès le commencement de mes recherches , s'il existe un moyen d'opérer une fusion entre les protestans et les catholiques , il faut bien que je dise quelques mots des faits qui ont causé leurs dissentimens , et des accusations qui les perpétuent. Je le dois d'autant plus, qu'ainsi que le lecteur le verra tout-à-l'heure , des écrits récens ont reproduit ces accusations avec toutes les amplifications de la haine et toute la. mauvaise foi du crime, empressé d'attaquer, parce • qu'il ne peut se défendre. Il est naturel de chercher une ressource dans la calomnie » quand la justification est désespérée. .

Je renonce toutefois aux avantages du terrain sur lequel je pourrais me placer , en. remontant aux premiers temps - du protestantisme! Il* est bien' certain qu'alors les protestans ne réclamaient que la liberté religieuse.

Leurs excès même n'étaient que des actes de résistance auxquels les contraignait racharnement de leurs ennemis. ' Leur désir d^acqu'érir de Tlmportance et du pouvoir dans r£tat était justifié par le besoin de-eonquérir des garanties , et il n'est pas étonnant qu'ils fussent des sujets inquiets , et, fi Ton vOut rebelles, qu^^nd François i*' les faisait brûler, et

que Charles IX. les fusillait. Depuis Henri IV, aucun reproche fondé ne peut être dirigé contre eux. Ils se sont affligés probablement de l^abjuralion d'un prince qu*ils lavaient si fidèlement soutenu dans Tadversité. Cependant leurs chefs ne se sont point séparés de lui. Henri , devenu catholique , a trouvé parmi eux ses serviteurs les plus Ué- -voués et les plus utiles (i)« Leur lutte contre Richelieu n*a été qu*une légitime et naturelle défense , PefiBet d'une prévoyance que révénement n*a que trop justifiée. Ils savaient •quVn se laissant dépouiller de toutes leurs forces , ils per^ datent toutes leurs sauve -gardes. Le siège de La Rochelle était la p.éface de la révocation de Tédit de Nantes. La résistance même des protestaus, à cette époque, doit être attribuée bien moins au protestantisme , qu'aux habitudes du siècle dans lequel ils vivaient. Lorsqu'ils prenaient les armes jpour demander des villes de sûret^, ils obéi§ftaient, comme ^observe très-îustemeut M. de Rhulières, à l'esprit géuéral des temps, plus qu'à l'esprit particulier de leur secte. Leur conduite sous Louis XIY a été plus irréprochable encore. -C'est après soixante-dix ans d'une tranquillité que rien n'avait troublée et d'une loyauté non démentie , c'est après être restés étrangers à la crise orageuse de la Fronde qu'ils ont TU l'arrêt de proscription prononcé contre eux. Cet arrêt même, ils lont supporté avec une résl^^nation admirable. Bossuet, dont la superbe intolérance lie repaissait <le leurs désastres; Bossuet qui a souillé sa gloire en exaltant les per- •siécuteim et.en insultant aux victimes ; Bossuet leur rend cet hommage <1aiis l'éioge de leur IxHirreau le plus acharné. C'est dans l'oraison funèbre de Le Tellier qu'il atteste que

tout est rtsU cainu dans un «s grand mouvemerU

Quel mouvement, grand Dieu I que l'expulsion de cent mille pères de famille 1 quel mouvement que dix mille hommes expirant sur les échafauds ! quel mouvement que le massacre d'innocens désarmés , réunis pour prier Dieu 1 quel mouvement, enfin, que les confiscations et les dragonades ! Sons le régent, malgré les intrigues de l'Espagne, la fidélité des prolestans a été inébranlable. Privés encore , durant le rëgiie de Louis XV , des droits qui appartiennent à tous les hommes en so<âété, quelles révoltes outils excitées ? 4}uelle vengeanoe ont-ils tenté d'exercer? El, cependant, sous Louis XV, iis étaient arrêtés, bannis, traînés aux galères; leurs ministres étaient condamnés à mort, et l'exécution du dernier arrêt c!c - ce genre remonte à la date bien récente du i8 février 176'i. Aiélablis, sous Louis XVI , dans quelques-unes des conditions

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