SECONDE LETTRE
MONSIEtA,
J*ai dit, en terminant ma premièrclettre, quei'examinerais encore , avant de répondre à vos questions , la conduite des protestans au mioment du retour de Bonaparte. Je ne m'arrêterai cependant pas à réfuter certains griefs qu'on veut faire remonter à 1814» griefs qui ont pu .être accueillis en i$i5, comme ils l'avaient été sous une autre forme eu 1 790 , mais qu'il suffît maintenant d'énoncer, pour les couvrir du ridicule et du mépris qu'ils méritent. Les uns reposent sur la suppression d'une devise, royaliste, il est vrai, mais qui resseniblait déplordblement aux inscriptions révolutionnaires (16). Les autres sur une pensée coupable (17)9 ou sur une ariette d'un opéra connu (18)» pu sur un projet que rien n'atteste, ou sur le nom d'un café (19), ou même sur le silence (20).
Certes, si je laisse de côté ces griefs absurdes, ce nVstpas qu'ils pussent m'embarrasser dans la défense que j'ai entreprise. Il me serait Cacllede prouver que ce que l'on a nommé la malveillance des protestans eu 1814» n'était qu'ime inquiétude assez naturelle. Cette ixiquiélude ne provenait d'au* cun doute sur les intentions du, Roi, mais elle était le produit inévitable des démonstrations imprudentes de quelqi.it>»
Itomiites qui voulaient alors , comme ils le veulent enconr aoiourd*hui, faire tourner tous les événemens au proGt d*iine faction (21). Ces hommes , dès le 1 5 avril 18149 avarient trouvé , par des insultes prodiguées au maife , en sa qualité de p*of estant, des réjouissances publiques (as). Dans le mois de inaî, ils avaient invoqué le pouvoir absolu au Heu de la constitution que Louis XYTIl avait promise (25). Us avaient déposé chez un notaire une pétition pour solliciter le rétablissement des Jésuites (24)* Enfin , durant dix mois, ils avaienà répandu Hncertitude et l'alarme sur la Uberté des cultes , c«>mme sur toutes les autres garanties que la Charte a consacrées. Toutefois, les protestans ne fournirent, par aucun acte y un prétexte d'accusation raisonnable,- et, pour les calomnier, il a fallu recourir à la logique et aux inductions dont la loi des suspects nous a laissé un si brillant et si heu* reux modèle.
Je n'ai point retracé cetf imprudences de leurs ennemis» afin de me livrer à des récriminations contraires au but que je me propose, mais afin dMndiquèr que , si je repousse ce f»enre de souvenirs^ ce n'est nullement que les protestans aient besoin de mes réticences, mais parce que je retranche fout ce qui, nVtant pas indisf)ensable , réveillerait sansutilité des rcssentimens quMl faut étouffer. Pour juger l'innocence ou la culpabilité des protestans lors du retour de Bonaparte, la seule chose qu'il importe de déterminer, c'est à quel point ils ont contribué à son triomphe avant la soumission du restef du royaume. Or, la révolution du 20 mars n'était-elle pas accomplie , le Roi et les ministres n'avaient-ils pas quitté Paris , les chambres n'étaient-elles pas dissoutes j tous les rentres auxquels les protestans auraient pu se raUier pour défendre le gouvernement royal, n'avaient -ils pas dispara treize fours avant que le drapeau tricolore ne flottât dans iSiuies (25)? Si aucune de ces questi«>ns ne peut se résoudre qu'affirmativement, si Nîmes est l'une des dernières villes qui ait arboré l'étendard dé l'empire, si le département du Card n'a cédé qu'avec la France, et après la France , IStmes^ I^'Gard, et les protestans qui l'habitent n'ont aucun tort particulier. Pour les regarder comme coupables , il faudrait prouver qu'avaut le débarquement de l'ex-empereur , ils ont conspiré pour lui. Mais les preuves d'une conspiration pareille , recherchées long-temps et partout , avec le zèle le plus implacable , n'ont pu se trouver nulle part. Croit-on qu'on les eût passées sous sileifce, si elles se fussent offertes, ou si elles eussent pu être découvertes ou seulement supposées par
des hommes qui en avaieût besoin pour se juslHlei* , el qui devaient transformer en criminels leurs victimes, sous peine de s^avouer eux-mêmes les plus odieux et les plus lâches des criminels ?
Maintenant, Monsieur, j'aurais à traiter des événemeus ^ des cent jours, et de l'horrible réaction qui les a suivis ; mais vous avez vous-même approfondi ce sujet avec tant d'étendue et tant de clarté, qu'il ne me reste rien à dire. Aucun des faits que vous avez allégués n'a été réfuté de manière à ébranler la conviction des hommes impartiaux. Vous avez repoussé victorieusement, et par des preuves incontestables, quelques dénégations audacieuses. Yosadvei*saires mémo ont oonQrmé . vos assertions par les aveux qui leur ont échappé, ou malgré eux, ou à leur insu. Le succès a déjà , en récompensant vos efforts, rendu hommage à votre véracité. Les mesures réparatrices qui ont eu lieu, et celles qui s'annoncent sont en partie la suite d'une publicité salutaire à laquelle vos écrits ont puissamment contribué.
Je puis donc m'afiranchir de la tâche affligeante .de raconter encore des crimes et des erreurs, el me livrer au travail Elus doux d'indiquer les moyens de réparer des erreurs et de lire oublier ces crimes.
Je prends vos questions dans l'ordre dans lequel vous me les avez adressées. Monsieur, et je les tranHcris pour essayer de les résoudre Tune après l'autre.
« Existe- t-il, demandez-vous, un moyen d'opérer unefuk sion entre les catholiques et les protestans, formant des > sociétés séparées, et quel est ce moyen ? »
J'ai ditprécédemmentmie je ne croyais point les dissensions religieuses susceptibles, de nos jours, d'exciter un véritable fanatisme. Ceux qui s'en servent comme d'une arme sont ^ au fond de l'âme, indifférens à toute croyance. On ne fait point de la religion un instrument , quand on la respecte. Ceux qui se rendent les agens des vengeances illégales que l'on couvre de ce prétexte , sont mus par d<;s motifs plus ignobles qu'ils s'empressent de' déguiser. L'histoire des troubles du Gard prouve ces deux assertions d'une manière évidente. Mais,' indépendamment des haines que la religion peut faire naître, il y a une autre espèce de haines qui peuvent être produites et prolongées dans les partisans de chaque croyance, par une malheureuse conviction que les HC'Ctateurs de la croyance opposée nourrissent contre eux des desseins funestes. Les catholiques ne sont plus, comme dans les temps d'intolérance, disposés à faire main basse suv les protestans
pour les forcer à devenir catholiques. Les prôtestaos ne Kent jamais été à coutraindre les catholiques à se faire protettans. Hais la partie peu éclairée des uns et des autres peut encore ajouter foi à des suggestions perfides , et cédant k la persuasion qu'elle est menacée , se trouver entraînée h Taltaque lorsqu'elle ne songe qu'à la défense. Ainsi, comme vous le rapportez vous-même , les habitans des Cévennes sont doux et paisibles : mais une nouvelle imprévue peut troubler leur tranquillité et répandre dans leurs montagnes une alarme universelle. Au bruit d'un danger pour leurs coreligionnaires, ils deviennent terribles envers ceux qu'ils croient leurs ennemis. De même, dans l'année 1790, ce fut en répandant le bruit que les catholiques étaient proscrits , qu'on souleva contre le» malheureux protestans les villages voisins do Nîmes.
Ce n'est donc pas le fanatisme proprement dit, c*e8t la erainteetla défiance réciproque qu'il est déiiirable d'extirper. Prouvez à chacune des communions que l'autre ne veut et sur-tout qu'elle ne peut pas lui faire du mal , vous les verrez toutes deux tranquilles. Cetîe conviction doit précéder les mesures partielles que vous indiquez, monsieur» et dont )e reconnais d'ailleurs la sagesse , mais qui resteraient sans ed'ct aussi long-tems que les appréhensions ne seraient pas di^ipées.
Or , comnicfit produire cette conviction» Remontons à qucIqucH principes bien simples.
Qu'esl-ce qui maintient l'ordre dans les sociétés? N'est-ce pas la fermeté et rimparlialité du pouvoir suprême ? Ce moyen , qui s'applic{ue aux germes innombrables de dissentions et d'inimitié, résùllats nécessali'cs de l'opposition des intérêts, est le seul dont le succès soit infaillible. Quand le gouvernement n'est pas d'une impartialité constante et complète, tous len autres palliatifs sont încHicaces. Protection à tous les lonocens , châtiment pour tous les coupablest et la sécurité renaîtra; et cette sécurité produira aussitôt l'amour de l'ordre. Il est inhérent à l'homme. L'imxiienso majorité, la presque totalité des individus qui composent les associations humaines, n'a de bien-être, de prospérité, de moyens d'industrie qu'au sein du repos. Le gouvernement, qui garantit ce repos, est sûr d'être entouré ci soutenu par une maHse innombrable et invincible. Par le mot de repos, l'entends la liberté légale! car, sous l'arbitraire , il n'y a point de repos. Pourqxioi les propriétaires tt lesnon-propriétaii^cs, diiutles directs inlérêts S6mi>teut
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bien opposés 9 ne sont-ils pas clans une lutte ôonstante? C'est que les uns savent que la loi les protège dans ce qu'ils possèdent; les autres , qu'elle les garantit dans ce qu'ils acquièrent parle travail; et en conséquence» ils transigent au lieu de conibattre. Appliquez ce principe à la religion comme à tous les autres intérêts , à toutes les autres passions des hommes. Que chaque croyance sache en même temps , et qu'elle est en sûreté, et qu'elle ne peut rien contre les croyances différentes : toutes co-existeront en paix..
Sans doute, si lesagens d'un gouvernement a valent pratiqué long-tempsunsystème dèplorablede bascule; si,appelanttourà-tour à l'appui de leur politique incertaine et vacillante chaque opinion et chaque intérêt , ils les avaient armés de leurs propres mains , ppur effrayer le parti ou l'intérêt opposé,' )US({u'à ce que, effrayés eux-mêmes delà force de leurs alliés du moment, ils se fussent jetés de l'autre côté, reniant et livrant leurs précédcns auxiliaires , cette conduite astucieuse et faible aurait répandu sur leur sincérité de tels douiez , que les premières preuves d'impartialité qu'ils donneraient , ne suffiraient pas pour rassurer la conuance effarouchée. Mais elle reviendrait néanmoins , si l'impartialité était durable. Les gouvernés ont besoin de se fier aux gouverna ns. Ils oublient volontiers les fautes qu'on répare. Quelques actes de fidélité financière fout renaître le crédit après mainte banqueroute; quelques actes de justice raniment la sécurité après des années d'arbitraire. ^
Bonaparte nous a légué un mémorable exemple de la possibilité de fondre ensemble les partis, soit politiques, soit religieux, et de la rapidité avec laquelle celte fusion s'opère, quand la volonté de l'opérer est ferme , et sur-tout .quand elle est franche. Sous son empire, et malgré son concordat de 1802, les protestan;s sont toujours restés eu paix. Bien que le principe de tout concordat avec le chef d'une église soit une préférence accordée à cette église, et, par cinséquent une défaveur pour les autres croyances, cependant la connaissance qu'avaient les protestansde l'impartialité, ou si l'on veut, de l'indifférence du chef de l'Btat, leur conviction qu'il ne perm;::ttrait point qu'ils fassent persécutés , les préserva de toute inquiétude, et les catholiques n« songèrent jamais à faire valoir une prééminence idéale, parce que les partis s'arrêtent toujours devant ce qu'ils savent n'être pas possible.
A Dieu ne plaise que je recommande au gouvernement actuel d'imiter Bonaparte sous d'autres rapports! Mais 1«
talent des hommes d'état est de profiter de toutes les expériences. Il serait fâcheux que l'on marchât sur ses traces ^ pour emprunter des traditions d'arbitraire, et qu'on s*eD écartât précisément dans ce qui tient au respect pour les con*>cîenee8 et à la liberté des opinions religieuses.
Cette première base étant posée, et l'impartialité de tous les agens du gouvernement mise hors de doute, j'adopterais volontiers, comme moyen local et subsidiaire , la société de bienfaisance dont vous présentez le plan , et que vous voudriez composer d'une portion égale des commcrçans les piua riches des deux religions. Mais je désirerais écarter de cet établissement toute intervention de l'autorité. Je ne voudrais pas qu'un négociant, qui aurait refusé d'être membre de cette association , pût être n<^/»a^' comme n'étant pas ennemi des troubles. Si l'on veut rester fidèle aux principes de la liberté individuelle ( et s'en écarter, c'est marcher à tatous vers un ab«me ) , il ne faut exiger d'aucun citoyen ce qui ji'est pas d'obligation stricte. Le préjugé qui empêcherait un catholique de s'associer à des prolestans dans un but de bienfaisance, serait absurde sans doute: mais on ne peut savoir comment les préjugés se glissent dans la tête des hommes, et par quelle route détournée ces préjugés se rattachant à la conscience , se transforment en scrupules. Alors l'autorité les irrite et ne les surmonte pas. D'ailleurs , quel emploi ferait-on de ces signaletnens fâcheux? Ils ne pourraieut servir devant les tribunaux. Exciter des troubles, ou y participer, est un délit: mais n'être pas ennemi des troubles ne sauroit trouver une place dans un code pénal. Ces signaiemens seraient-ils destinés à motiver , dans des circonstances extraordinaires^ des mesures extraordinaîi*es « des lois d'exception? Loin de nous celte idée, Monsieur; ni vous, ni moi , ni aucun ami de la charte ne peut admettre cette pensée. Le règne des lois d'exception doit être fini, ou la révolution ne sera jamais finie.
Vous rendrez justice, je l'espère, aux motifs qui me dictent ces objections. Mon estime sincère pour vos intentions et vos lumières me fait une loi de chercher à m'éclairer avec vous et de vous soumettre tous mes doutes.
a Peul>on , sans danger , telle est votre seconde question, » mêler des liommes des différens cultes dans la garde » nationale ; et si l'on ne le peut pas , lequel vaut mieux , » ou d'en avoir une composée d^hommes d'une seule religion, » ou de n'en point avdir ? »
La réponse à cette question devient moins urgente, dcpujj»
les sages mesureff qui ont ordonné la dissolution de la garde naitionale du Gard (Ordonnance royale du a6 juillet 1818). Cependant, comme sa réoiganisation définitive est annoncée dans la même Ordonnance 9 |e pense avec vous 9 Monsieur^ qu'avant de mettre eu présence des hommes armés que des ressentimens trop récens agitent encore » il faut que la force publique soit bien assurée de maintenir Tordre ; et, quoique la garde nationale me paraisse Tune de nos plus salutaires et nobles institutions, un ^ajournement vaut mieux que le re*nouvellement de scènes cruelles qui ont Finconvénient double de jeter de la défaveur sur la plus civique garantie de notre tranquillité intérieure , et de léguer à Tavenir de nouvelles causes de haine et do nouveaux germes de discorde.
t Comment peut-on dissiper, continuez-vous, la crainte » qui empêche les témoins d'un crimed'aller déposer, et qui » force ainsi les tribunaux à acquitter les assassins? »
Je crois avoir répondu à cette question, en examinant la
Î)remière de celle» que vous m'avez proposées. Comme vous e remarquez très-bien , la translation des procédures dans un autre département ne suffît pas. Le danger q«i*on veut prévenir attend les témoins à leur rentrée. C'est à la fermeté dugouverni^mcnt, à la surveillance de la police, à la sévère imipartialité de l'autorité locale, à les rassurer ^ en les entourant d'une protection forte et vigilante. Ou s'exagère beaucoup la diffîoulté. N'avons-nous pas vu, dans le fameux procès de Rhodez , tous lès moyens mis en œuvre pour que les témoins fussent glacés d'épouvante ? N'annonçait-on pas uiie ligue secrète déterminée à punir l'indiscret qui trahirait les auteurs du crime I Aucun témoin cependant n'a péri ; aucun n'a même été attaqué. Toutes les fois qu'un gouvernement veut le triomphe de la justice, il est le plus fort. Avec les moyens immenses que nos lois donnent aux dépositaires du pouvoir pour étouffer toutes les semences de désordre y c'est toujours leur faute, si les citoyens que la justice appelle à déposer devant elle ont le sentiment qu'il y a du dangei^ Le préfet, dans le département duquel un témoin tremble de dire la vérité , est un préfet mal intentionné ou un préfet inepte. Dans les deux cas , il faut 6ler à ses mains suspectes ou inhabiles la direction d'un pouvoir dout il ne sait ou uç veut pas £siire usage.
£u général , Monsieur , je profiterai de cette occasion pour dire qu'on me parait , à plus d'une époque, s'être prescrit, parmi nous, la règle opposée A celle que tracent l'intérêt public et oelui du gouvernement L'on a pardonné la
désobéissance dans les agens. et Ton s'est irrité de Toppositioa dans les citoyens. L'on a oublié qne dans les premiers Tobéissance était un devoir , et que dans les seconds les réclamations étaient un droit. Autant le gouvernemeut doit être lent et fcnipiileux avant de sévir contre Tindividu qui « D*oc(nipant aucune place et vivant de sa ibriune ou de son industrie, n'a d*obligation envers Taulorité que- de respecter les lois et d'acquitter les charges publiques, autant il doit être pronif>t à destituer le fonctionnaire qui marche dans une direction opposée à la sienne. Il faut bien se convaincre qu\ine destitution n'est |K)int une peine ; que le ^uvemement ne doit d'emplois qu'ik ceux qui les remplissent suivant SCS intentions; que celui qui ne veut pas les remplir ainsi peut être un citoyen très-estimable, mais qu'il ne doit pan feindre de servir une autorité qu'il désapprouve; que ses droits individuels demeurent sacrés, mais que sa place doit lui être ^téc. Souvent on a fait tout le contraire. On a toléré dars les agens ce qu'on eût puni sévèrement dans 1er particuliers. Mille arrestations arbitraires ont quelquefois été plus faciles à obtenir qu'une destitution légale , et de la sorte on a sans cesse eu l'anarchie, et l'on n'a pas eu la liberté.
Aucun système n*est plus désastreux, plus propre à cor* rompre tous les dépositaires du pouvoir dans les différens degn^ de la hiérarchie, plus destructif de toute confiance et de toute estime * que cette espèce de tolérance ^ dont notre histoire constitutionnelle nous offre malheureusement de trop nombreux exemples. £n contemplant l'indulgence bizarre témoignée à des agens indisciplinés, le peuple ne sait plus quelle est la véritable pensée du gouvernement; il ouvre l'oreille aux suggestions les plusdangereuses. L» faction vaincue se prévaut de cette tolérance Inexplicable^ comme d^une preuve qu'elle est l'objet d*une faveur secrète, et que l'autorité ne tardera pas à lui revenir. L'insubordina* tiou descend de degré en degré : chacun craint de se compromettre en exécutant les ordres qu'il reçoit. La désobéissance devient un calcul. On ne sert le gouvernement qu'en apparence , en rendant hommage par la connivence ou par l'inertie à la force occulte , qui parait d'autant plus redoutable 9 qu'elle est mystérieuse. Alors la justice se ressent de la désorganisation générale. Les juges craignent d'appliquer les lois , les jui'ésde déclarer les faits, les témoins de révéler ce qu'ils savent. Chacun cherche à se créer dos litres auprès du parti qu*il considère comme i'hérllier de
la poîMance. De là le relâchement dans les poursuite , Kr« replanté daiïs les procédures^ les réticences daus les témoignages, le scandale dans les absolutions.
C'est donc au gouvernement qu*il faut s*adresser ; cVsl à lui à faire , non-seulement , comme vous le dites , que les hommes qui auraient osé parlé ailleurs soient certains d*étre en sûreté à Mîmes; mais que même , dans Ntmes , parler devant la justice ne soit pas un péril.
«Vous me demandei enOn, Monsieur, si la liberté des n élections peut exister dans une ville où une moitié ieà n habitans tremble devant Taotre? •
Mon , sans doute ; mais une moitié des habitans ne trem« blera plus devant l'autre, quand les autorités seront impartiales et inébranlables dans leur impartialité. Je suis contraint sans cesse à revenir à la. même idée. La liberté des peuples est conGée à l'énergie de leurs représentans : mais la sûreté des individus est sous la sauve garde de l'autorité executive* •Les dépositaires de cette autorité sont responsxtbies de toufl les attentats qu*ils négligent de réprimer. Lts mêmes moyens qui maintiendront la paix entre les protestans et les catho-^ liques, les mêmes moyens qui donneront aux témoins, dians les procédures criminelles, le courage de rendre hommage à la vérité, assureront aussi la liberté des élections. Tout s^ tient dans l'administration des états Quand toutes les . croyances jouissent de la protection qui leur appartient k toutes également, quand les crimes sont punis,. c|uel que soit l'étendard de la faction qui s'en rend coupable , la tran* quiUité règne, les citoyens exercent leurs droits, les éleo« tions sont libres.
Mais, Monsieur , up gouvernement qui veut que les partis
. req>ectent cette liberté , doit la respecter lui-même. Si un
ministère imaginait queles éhctions nt doivent être que des
cérémonies illusoires, se reproduisrint fieriodiquement, pour
dobaer aux actes de l'autorité une sanction trompeuse; s'il
prétendait placer, par la ruse ou la crainte, sur les bancs
de la représentation nationale , des hommes à lui , uomnàés
par lui , payés par lui , révocables par lui ; s'iî voulait que
. les employés du gouvernement fussent en même-temps les
mandataires du peuple, proposant au nom du premier^
acceptant au nom de l'autre, et faisant ainsi de la tribune
le théâtre d'un long monologue , divisé en demandas et en
réponses , mais récité eu chœur par les mêmes voix : ce mi^
nistère, forcé , pour atteindre un but aussi anti-national , de
s^appoyer sur un parti quelconque^ révejtfsrait les fa^^