‹ Collection complète des ouvrages publiés sur le gouvernement représentatif et la constitutionChapitre 8 sur 58 · III · texte numérisé non relu

III

(i)hn$û^ihaLrc}k9r, marchand d« vin; Yineent, ni«iiusiar iC

éclairée et Instruite (i), d'aulres ayant éié appelés par leurs fondions à connaître de la conduite des individus sonmis à leur surveillance (2), auesient(|ue Wilfrid Re^uaidr a perdu une partie desa fortune(et seulement une partie) par les événetnens de la révolution, et qu'il n'a renoncé à son commerce qu'après le décès de sa femme morte de maladie auprès de^Iui'.

Il est dit , secondement , dans la lettre miaistérielle,. que Regnaiilt a épousé la ûile d'un député à la convention nationale, et il s'est marié en 1787 , cinq ans avant l'eiistence de la convention (^) : il s'est marié à la iille d'un habitant de Vincennes , exerçant la même . profession que lui, et dont son frère a épousé plus< tard la seconde fille , et sa femme est morte le an fruc* tidot* an onze, c'est-à-dii*e, huit ans après que la convention n'eiiistait plus ; elle est morte chez lui , sans que leurs liens fussent rompus, de sorte qu'il n'a pu, ni durant, ni après la convention , contracter dé nooveaux liens (4).

La lettre n)inistérielle porte ensuite que Regnault a dissipé le bien de sa femme; et au contraire, tant qu'elle a vécu , il a continué son commet ce, et peu de temps avant qu'elle ne mourût , il hii avait fait donation pardevaut notaire dé son propre bien (6).

Sropnétaire; Pierre Leconte , boucher; Gabriel Benoît, maître e pensiou ; Wicol^ïs André , corroyeur ; P.-M. Leprompt , boucher; G» Guîchenière, ébéniste ; Jacques-Huliert , fripier; J.-M« Lebon , ex-coiriinissaire de police; J.-F. Daudey , voiturier. J'ai en main ce cerlilicaU

Ti) G. Benoit , maître de pension.

\2)Lebon , cx-commissaire de police.

(3) J'ai en main Pextrait du registre de la paroisse de Vinciennes , du 12 février 1787.

(4) J'«i eu main l'acte de décès de cette femme, extrait du registre delà douzième mairie» signé de Collette , maire , colla tionné par le secréiaire en chef de la mairie , et certifié par le président de l'-i quatrième section du tribunal de première instance.

(5) Pai en main la donation passée pardevant Dumez , notaire à Paris.

La quatrième assertion contenue dans la lettre du ministre, c'^est qu'après avoir dissipé le bien de sa fefnmè, Regnault a* divorce; et sa femme est morte auprès de lui, dans son domicile, étant sa femme ^' après seiz<B ans d'un mariage assez heureux pour qu'eiï mourant eUe le constituât sou héritier.

5^. Les renseiguemens fournis au ministre annoncaient que Regnauk avait fait banqueroute, et legref^ fier du tribunal de commerce du département de la Seinç certifie, en date du 20 août 1817, que Regnault n'a jamais cessé ses paiemeus , et il est constant que durant un commerce de trente années, il n'a pas été appelé une fois en justice , ni cité une fois devant un juge de paix (i)«

Enfin , suivant la sixième assertion de cette lettre inconcevable ^ Regnault devait encore à pluëieurs personnes ; et par une fatalité heureuse pour l'accusé , mais qui poursuit étrangement, jusque dans les plus petits détails^ l'auteur du rapport fait au ministre, le seul créancier indiqué dans ce rapport, comme n'ayant pu obtenir son remboursement , est un des signataires qui ont attesté Ta probité et la moralité de Regnault. Ce citoyen est évidemment celui qui est désigné dans la lettre ministérielle. C'est le sieur Dubosc , épicier , rue Quintiampoix , n®. 1 (2).

J'ajouterai qiie parmi les signataires de toutes les pièces qui démontrent la fausseté de ces fatales allégations, se trouvent des hommes qui avaient connu Regnault depuis vingt années , qui avaient assisté à son mariage, de qui nulle particularité de sa vie privée B^était ignorée , et qui certifient l'avoir vu probe ^ humain ^ attaché à, ses devoirs de fils , de frère , d'époux f de citoyen , s^étant , par exemple^ acquitté sans inter^

f i) J^aî en maîn le certificat de ce greffier, (a) J'ai en maîn cette attestation du sieur ]

Duboic»

'ruptionie son service dans la garde nationale, depuis son organisation fusqù'à son licenciement , et s'étant toujours , telles sont leurs expressions littérales , jporfait^ment bien comporté.

Les faits étaient donc faux. Les indnctions de ^a partie publique n'étaient pas fondées. Ce caractère orlieux ^ c|ui disposait le procureur du Roi de Louviera è signaler Begnault comme capable de tout y on né le retrouve point dans Rcgnault , comme ce magistrat TafBrme (i). Cette inconduite qui expliquait le toI, et pour le vol l'assassinat , Regnault n'en était point coupable. Le besoin do se procurer des fonds , d^une manière quelconque ^ sans se soucier peut-être de êes autres créanciers (étrange affirmation dans la boqche d'un organe de la justice, qui doit s'interdire les conjectures et ne raisonner que d'après les faits), ce besoin n'existait pas. Jusqu'au moment où, sur de sim|:Jea inductions^ sur la déposition d'un seul témoin, contredit et par tous les autres et par lui-même, Regnauit déjà chargé de fers, et jeté dans un cachot^ a été traité par MM. les procureurs du Roi ^ d^ homme froidement ntroce, prévoyant ^ calculant j agissant de sang^ froid y avant et pendant le crime (quel langage contre un ncciisé non convaincu! quel langage^ dans un résumé transnits secrètement à ses juges)! jusqu'à ce moment 9 dis-je, Regnault avait été un citoyen irré-

Îrochahle, un débiteur exact , un commerçant probe, lais l'espion chargé de recueillir les faits , a rassemblé H la hâte, sans examen, sans discernement, sans rechercher peut-être si c'était vraiment de Regnault qu'on lui parlait , les bruits vagues de tout un quartier : il s'est ielicité de former un ensemble qui prouvât de

(i) Toutes les expressions en italique sont extraites littéraltment des observations de M. le procureur du Roi k Louviers, envoyée» par lui au tribunal , et miseï s#us les yeux des juréi.

•omblen de circonstances son adresse Pavait informa ; le ministre a signé , sans lire ; et le misérable amour* propre d'un espion , et Terreur d'un ministre ont flétri cinquante-cinq ans d'une vie sans tache.

J'ai prouvé ma cinquième assertion : l'on reconnaîtra qu'elle était importante. Tous les faits que la police avait énoncés , tons ées faits qui , suivant MM. les procureurs du Roi de Rouen et de Louviers, démontraient que RegnauU avait dû commcure le crime ^ tous ces faits répétés avec tant d'affectation, commentés avec tant d'acharnement , tous ces faits étaient faux.

Mais ont-ils influé sur le jugement ? Regnault pourrait être innocent de tous ces faits , et l'évidence de son crime avoir frappé les jurés et les juges, indépendamment des souvenirs fâcheux qu'on avait fait planer à tort sur sa vie passée,

^ Traitons ces questions séparément, et démontronsd'aboi*d combien les bruits faux répandus ont dû influer, et combien en effet ils ont influé sur la sentence:

N'est-il pas manifeste , en premier lieu ,. que la lettre de M. le ministre d'Etat, préfet de police, a dû pa* raîireune autorité irrésistible et commander une confiance implicite? Cette lettre, développée, étendue par deux procureurs du Roi > semblait un témoin irré*ensable. Quel tribunal « quel juré pouvait soupçonner que, de six allégations contenues dans une lettre mi- ^nistérieile , pas une seule n'était vraie ? Aussi l'on a vu comment MM. les procureurs du Roi partent toujours de cette lettre pour conclure^ et renvoient tou- ]oursà cette lettre pour prouver. Quand ils trouvent, dans les dépositions de quelque témoin un mot défa-» vorable , et je dois ajouter qu'ils n'en rencontrent que bien rarement,. et que ce sont eux qui, dans leur prévention I les appellent el les sollicitent , quand

ifs recueillent sur les relations privées de Regnauh^ daprèb des oui-d'ires que celui là même qui les rapporte, ne garantit pas, une circoustance équiToqne et que cependant ils affirment; quand ils saisissent au hasard une expression fâcheuse, attribuée sans preuves à une femme mécontente, qn^ls ne font point comparaître^ ils rattachent aussitôt ces faibles indices» si même on peut qnaliûer ainsi des i*umeurs qif\ n& deviennent des indices que grâce à des combinaisons, forcées et à des interprétations laborieuses, à la terrible lettre du ministre.

Mais ce n'est pas tonl. La prévention produite par ce rapport dans l'esprit de» magistrats , les a conduits plus loin. Celte prévention les a empêchés de reconnaître l'innocence de Regnault, sur les charges mêmw dont le mini^tre l'avâii justifié.

Il est évident (|ue la lettre du ministre au procureur du Roi à Louviers n'était qu'une réponse. Ce procureur du Roi avait écrit au ministre qu^on présumait que lic^nault était Vun des auteurs des mas^ sacres coinmis dans les prisons de Paris , les a et 5 septembre, i^c minisire avait déclaré qu'il n'existaîr sur ce fait horrible auctme présom|>tion contre Regnault. 11 avait déclaré plus encore. Taifait compul-' ser açec soin , at^ait-il dit y les différens registr^istenus à ma préfecture. Je me suis assuré qu^il n^y existait aucune note contre cet individu.

Certes, lorsqu'à la police^ qui est consultée sur* tout, ei (chose que peut-être on refuserait de croirej^ est appelée j comme on le voit^ à déposer en quelque sorte eu justice, à l'insu des accusés, lorsqu'à. )'a

Ï)oUce il n'existe couire un individu aucune note, il* iaut qu'il n'y ait pas contre lui un seul fait à citer. Les.' espions ne sont pas si discrets de leur nature. Ils vi- \enl d<^s renseigueniens qu'il.^ fournissent , faux ou* vrais» Ils parleut souvent^ quaud ib n*ojat rleu ji

dire; el quand ils sq taisent, c'est qu'ils -n'ont pas trouvé, malgré tout leur zèle, un ûl auquel rattacher leurs inventions.

Il est donc certain qu'avant la réponse du ministre on avait affirmé que ftegnault avait trempé dans les attentats du 3 septembre. Le ministre atteste le contraire : il rapporte par erreur d'autres faits^ bien moins graves à la charge de Regnault ; et le niagidirat auquel sa réponse est adressée s'empare de ces derniers faiis, et passé sous silence la jusiiticaiion du prévenu sur l'accusation la pins horrible !

J'ai dit que je n'inculperais les intentions de personne, et je m'impose de persister dans cette règle difficile ; mais ce ne sera pas., je pense , m'en écarter , > que d'observer que ce silence du procureur du Roi' sur des soupçons affreux qui étaient disNi|>és , laissant plauer ces soupçons sur l'accusé^ eA le chargeant d'inculpations nouvelles, avait, quelle que fùtrintention, l'effet inévitable de grossir la prévention et d'accréditer l'imputation fausse, en l'entourant d'imputations qui paraissaient vraies.

Qu'on ne dise pas qu'en invitant les juges à con-* su] ter la lettre du ministre d'Etat préfet de police, on leur faisait connaître, par là même , la. justification de Regnault. Le soin qu'avaient piis MM. les deux

i)rocureurs du Roi , de transcrire tout ce que cette ettre contenait . de défavorable , semblait annoncer que tout ce qu'elle renfermait d'importani; était transcrit, et dispensait ainsi les jurés d'en consulter le texte. Singulier hasard que. cette omission de tout le Lien , et cette fidèle transcription de tout je tnal ! Singulière abréviation que celle qui porte sur l'innocence, tandis que tout ce qui est aggravant est scrupuleusement cité ! Qnoi ! vous saviez qu'on avait dirigé contre Regnault les imputations les plus atroces, vous ne pouviez ignorer quQ ces imputs^tions parviendraient

jirsqTi'anx jures; vons arviez donné Pexcmple de leur aceoi-der nne confiance prématurée^ vous aviez cru , eoHime les. jurés devront bientôt le croire , que Re* gnauft était Pun des égorgeurs de septembre ; vous apprenez qu'i} |ie l'est pas, et vous ne daignez pas le dtr.e! Tous recueillez, à côté de sa justification sur un fait pareil, de vagues ariecdotes, vons les copiez te%^ fndlement, et vous ne consacrez pas une ligne à rendre hommage à la vérité qui s'est manifestée à vos yeux ! N*avTCz-vous pas entendu retentir autour de votis , ne prévoyiez- vous pas qu^autour du tribunalTetentiraient aussi ces mots calomnieux : a Regnault est un se^tembi^iseur, Regnault est un monstre couvert de sang. "» Vous aviez eu maiti la pretive de là calomnie , «t c» «pie vons vous hâtezd'apprendre àui j tiges de Regnault» ce n'est point qu^l n'est pas un septembriseur ,^ qn'îî n'est pas nn monstre couvert de sang; c'est qu'il parait. ^p^la divorcé , qu'il paraît qu'il a fait dés dettes !

L'on ne peut ^ dans cette marche , méconnaître Peffei d''une prévention aveugle et obstinée :*et bien heureiix encore ceux que celte prévention absout d'un grand crime., si leur conscience en effet ne leur fieproche que la prévention. Mais enfin les soupçons atccumniés sur Regnault ont pénétré dans le tribunal. Ceux que le ministre avait cru dissiper se sont, gr&ces au silence des organes de la justice , fortifiés au contraire de ceux que, dans son erreur, le ministre avait lait naître. Et c'est sous ces auspices que le procès s'est instruit; c'est par ces jurés prévenus que l'an'êt de jtoort a été prononcé.

Comment expliquer autrement , à moins de recourir à nne solution plus terrible; comment, dis je, explinner autrement tous les actes de cette procédure in ouie? rie reconnaît-on pas la prévention dans l'arrestation, même de Regnault? Nul indice ne le chargeait, et la voix publique accusait du meurtre un autre individu»

que je ne me permettrais pas de désigner si son innocence n'avait; été constatée. Cependant quarante jours avant la seule déposition qui l'inculpe , on arrête R^ gn'ault j et l'on prétend trouver matière à soupcan dans la circonstance même qui le justifie. On lui demande s'il ïi'a pasdesbilletssouscritsàson profit par l'hpmme dont la servante a été tuée; comme si avoir des billets d'un homme n'était pas une raison péremptoire de ne pas voler une faible partie de ce dont on doit recevoir le toutlégîtimément.'

N'éclaie-t* elle pas encore, cette prévention , dans les invectives qui remplissent tous les écrits des deux procureurs du Roi , dan» les soins qu'ils mettent à présenter tomes les circonstances favorables à Regdault comme des précautions qu'il avait prises d'avance pour se préparer des moyens de défense ? A-t il remis à un horloger une arme pour la faire arranger ? C'était pour çonstatej^ qu'il s'était défait de ses armes avant lé crime (i). S'il les eût conservées , on aurait dit qu'elles avaient dû lui servir à le commettre. Est-il resté à causer avec cet horloger, ce qui ne lui arrivait jamais (2) ? C'était pour que sa présence fût mieux remarquée. S'il l'avait quitté brusquement, ou s'il eut gardé le silence , on aurait vu dans ce départ ou dans cette taciturnité la préoccupation d'un forfait. A-t-il dii (ce qui était vrai) qu'il devait toucher de l'argent^' le a mars, de celui qu'on l'accuse d avoir volé le 1*', c^ était afin^ d^ éloigner la pensée qu'il eût intérêt ou besoin et y aller la veille (5) ? S'il l'avait tu , on eût affirmé qu'il voulait cacher ses relatrousavec le maître de sa victime. S'est-il montré de^vaut la porte de sa maison ? C'était pour qvHon r^ marquât peut-être la manière dont il était vêtu (4).

' (i) Observations particulières de M. le proeui*eur du Roi , de Louvien ^ peg. 19. (s) Bùd. (3) Ibid. (4) Ibid. , pag. 9. '

9"^ Si on ne Peut pas aperçu devant ccue:poria» on e^% conclu qu'il était déjà dans le lieu où Taltentat s'est exécuté. Des charpentiers qui travaillaient dans 9» conr pfur leur compte j atiesient -ils qu ils l'ont va pendant presque toute la journce? // les aidait postés la pour se fabriquer d^avance un système fValiln (i)» Si ces charpentiers avaient déposé ne Tavoir pas vu ^ il eût été clair qu'il était d^à caché dans la maison du crime. Je me lasse de réfuter 'ces abstirdes interprétations^ fruit du préjugé le plus aveugle. Ce qu'on trouve et ce qu'on ne trouve |)as sert également. Dé* eouvre-t-on au fond d'une mare, après trois jours de- « recherche (tant le lieu, ou e|le était enteiTce était profond ) nue pierre entourée de linges où l'on croit voir de5 taches de sang ? C'est en vain cpi'il est évident quer nulle force humaine n'aurait pu faire pénétrer en un qiiart-d!heure cette pierre aussi avant dans la vase : c^est avec ces linges que Re^nault aura essuyé son arme homicide (2). Mais ne trouve-t-oo point che? hii le sabre qui doit avoir été l'instrument du meurtre:. c^est qu^il aura enterré ou enfoui. cette arme ensanglantée (3). Un habitant de la commune vient-il vo^ lontairement ches lui peu de momens a[)rè6 le crime qu'on lui impute : c'est qu^il le retient d causer Qk)^ sans doute pour lui faire oublier l'heure. Se rend-il chez son frère : c'est à l^effet d^y cacher ses yéte^ mens (4). Le public s'étonne -t -il ( tant on était loin de le soupçonner) y le public s'éionn« - 1 - il , dis- je, de le voir interroger par le juge de paii : c'est ile son entrée dans le lieu de Vassassinat que le public est étonné (5). Enfin , au moment de son arrestation , aa

(i) Observations particulières de M. le procureur du Roi , de» LouTÎers , pag. 10.

(2) Acte fJ'ticcusation de M. le procureur du Roî , de Rouen.

(33 Observations particuli^e& de M. ie procureur du Roi , dé liouviers , pag. iz. — (4j Ibii »-* (5) hnà. —^(6) Ibid. , pag. i5.

moment plus solennel encore de sa confronlalion avec son accusateur, ses iraii^ ne changent -ils pas : c'est rju^il sait montrer du calme/ et de la tranquillité ( i ) ; cWf qu^il est un homme froidement atroce , prévoyant , calctdant , agi'isant de Éang-froid avant et pendant le crime , et qui, après le crime , ne se dément pas (à).

Si Ton compare maîntenant à ces sinistres commentaires sur toutes les circonstances, quand' il s'agit d'accahier Regnault , la faveur dont les mêmes magistrats entourent le seul témoin à charge, le zè\e avec lequel ils le rassurent quand il hésite, le remettent sur ta voie quand il se coupe , coiicilient ses contradictions, quand elles sont trop palpables, pomplètent sou témoignage quand il est trop insuHisaut , la prévention paraici^a encore bien plus évidente^ (C Ce témoin , dit » M. le juge de paix Brouard (S),, est un homme » simple , facile à déconcerter^ mais de mœurs et y> d'une conduite irréprochaBlés/y> (^ Je n'ai pas le ^ droit de révoquer en doute la moralité d'un inconnu : raais.si l'on consulte les interrogatoires, on trouvera contre ce témoin irréprochable dés accusations trèsgraves. ) « Il a besoin de toute là patience et de toute » l'attention des magistrats. Il faut lui inspirer de y> la confiance^.... Il rocq^^^ bien le fait principal- .• )) quoiqu'il y ait des contradictions dî\ns ce qu'il dit

» des personnes , et qu il confonde les temps et

» les lieux {jk). » Léger inconvénient pour un témoin qui doit déposer sur un alibi , et quand la possi-

(i) Observations particulières de M. le procureur du Roi, de Louviers , pag. 14. — (2) Ibid. , pag. 12, , ^

(3) Lettre de M. le juge de pair Brouar4 , à M. le procnreor du- Roi Delafoj, à Louyiers,du 19 anîl 1817.

(4) Observations de M. iè procureur du Roi, Dtlafoj, sur lef priucipaux témoins , pag. i5,

bilité physique da ciiiue dépend de la difiFérence d'uue deiui' heure ! «

En effet , il se trompe , ce témoin distingué par sa êimpleasB et sa bonhomie (j); ce paysan, simple et prai (2) , dont leipresbiaq est na^ife autant que sincère (5). Il indique des personnes auxquelles il a parlé; elies le démentent : d'autres. qu'il a rencontrées . sur diverses routes, elles déclarent ne l'avoir pas vu : d'autres. encore qui ont entendu tel ou tel propos suspect ou atroce de Wilfrid Regnauït {^] ; elles attestent que la chose ^l fausse. iVlais c'est que, lors de la première déposition, il n^a pas bien saisi les interpellations qui lui oni été faites {5) y ei vraiment il les saisit mieux (6) à. la deiixième , car il fait une déclaration toute différente. Ceux à qui il disait, avoir parlé sur un grand chemin , il dit seulement qu'ils étaient dans leurs masures. Et en effet l'un d'eux a appris qu^il avait passé dans sa masure , et M. le procuretir du Roi appelle cela confirmer l'explication (7). // a confondu une confidence faite à l^un avec une confidence faite à Vautre (8). Des témoins qui le contredisent , les uns sont suspects d*un peu de complaisance {q) y les autres ont peut-être été su-' bornés (lo). L'un d'eux est le débiteur de Françoîis Renault , frère de Wilfrid , et a pu être gagné (1 !)• Ces dépositions mêmes de ce témoin si véridique , un malheureux hasard fait qu'on les dénature et qu'on les tronquée , sans le vouloir sans doute et par. un oubli

(i) Acte d^accus9t ion de M. le procureur du Roi, à Rouen» — ( 2) Acte d'accusation .. — (3) Acte d'accusa tion .

(i) f^oyez les dépositioas de Loisel, de Levieux, de Monûce , de Lepage et de Dabiel . ' . ! . .

(5) Observations particulières de M. le procureur du Roi , de Louviers. ' .

(6) Expressions de Ml le procureur du Roi, dans ses observations paruculieres ,pag. 18.

parucuiières ,pag. 10.

(n) Observa tioias particulières , etc. , pag. 19. — (8) Ibi(

pag. 19»

qui est siDgnlier , car on avait ÎDsislé sur Vatientiam et sur la patience nécessaires pour Tccouier*

Déclare-i-il que Regnault était armé d'une espèce de lame en forme de sabre , de la longueur d'un pied et demi (i>? M le procureur du Roi, dans ses obserr valions particulières , oublie ces roots , en forme de sabre ^ il ajoute: c'était probablement un cùuleafê d^ épicier {2). '- ' ,

Mais ces démentis donnés à un 6eul térooia par tous les autres déposans, ces démentis donnés à cm témoin par lui-même , ces contradictions innoinbra' ' blés , palliées par d'autres contradictions non moins éndenies^ portent sur des circonstances très éloigniee et indépendantes des faits constitutifs du crime ^ ^ peuvent même être séparées de la preui^e complète de ce Crimée (5). > .

Quoi F ces contradictions, ces dérpenlîs, ces incohérences qui inculpent nécessairement ou la véracité ou l'intelligence du témoin unique, peuvent être se* jiares dé la preuve complète du crirpe, quand la véra-^ cité de ce témoin unique est , je ne dirai pas la seule preuve, mais la seule base sur laquelle on appuie la culpabilité dé ftegnault !

Ce n'est pas tout : nous allons voir la prévention se déployer plus «violente encore. Le 3 mars, le surlendemam de l'assassinat, le sieur Diard, chirurgien^ avait constaté l'état du cadavre de la femme assassinée j^ il avait remarqué des blessures en forme de T et des blessures en forme d équerre. U avait reconnu ( Ik procès-verbal le porte ) que ces blessures avaient été Élites par le moyen d'un tranchant^ tel qu'une serpù

(1) Voy£z Tûiterrogatoire dans I^extraît des minutes déposées aa greffe de la Cour d'assises du département de TEure , pa^j. 1.77,

(2) Observations particulières de AI^ 1« procureur du Et^ 4 Louviers, pag. 12. — (3) Ibid. , pag. 19.

bnunê hachette (\). Rcgnanlt, cependant, avait été MU pnr le lémoiii nni(|ue armé d'une lame en form^ de sabre* Une kime pareille u^avait pu faire de lelles hle^^sines; on avait négligé cet indice dans le jugement contre Regna4ilt; on s'en aperçoit dans le procès en faux témoignage. Qn'arrivc-t-il? Le 19 novembre, le siour Diard déclare qu'il /z'a pas reconnu ce que contient le proccs-verbal signé par lui, et que les blessures n'avaient pu êirefaiies q«ie par un iustruriient trancfiani plus lé^er qu'une serpe ou qu'une hachette ; mais (lisez ces mots avec attention, ils le méritent ^ que , comme on soupçonnait en ce moment qiie le crime avait été commis par i^i nommé Dujmis , qui s'en est ensuite lavé ; qu^on publiait qu'il s'était serpî de sa hachette pou rie consommer : on consigna contre mon opinion , dans le procès-verbal QUE JE SIGNAI smis l'avoir rédigé, que les blessures trouvées sur lit tête de la femme Jouvin avaient été faites avec une serpe ou une hachette (2).

Encore une fois je n'inculpe personne , et je m'interdis toute réflexion sur celte déposition double du mcme homme. Mais cependant, si, quand on soup* çonnait de l'assassinat un malheureux qui devait plutôt avoir une hachette on une serpe qu'un sabre, le sieur Diard signait , contre son opinion^ q?t<) les blessures ïi'a valent pu être faites que par une hachette ou par une serpe; ce sieur Diard eî>t-il bien croyable, quand aujourd'hui qu'on im|,uic ce crime à Regnault , il signe que Ces ;bless','res onl été faites hvcc un instrument plus léger? Lorsqu'il signait le contraire, contre son opinion , c'était , il le dit lui-même , parce que le «otip-

(1) Extrait des minutes déposées nu greffe de la Cour d^assises du département de TEure, pag. 19.

(2) Extrait des minutes déposées au greffe du tribunal de première instance d'Evreux, pag. 168.

çon pesait sur DiipuÎ!>. Il contribuait doiaç t contre so^ opinion , à charger Dupuis de ce çrin^e ^ et si ce Diipui^ n'avait, par un hasard favorable, mais qui pouvait* facilement lui échapper , constaté de son alibi , il était traîné peut-être au supplice d'après le procèa-vOrbal que le sieur )>iard avait si^é, contre son opinion. Je ne conteste point sa conviction actuelle ; mais quand aa homme a signé contre son opinion ce qui aggravait dfa soupçons contre un prévenu , je n'accorderais pas^ )• l'avotiC , si j'étais jnge , une grande confiance à la signature de cet homme contre uu autre prévenu y car je ne saurais jamais s'il signe aujourd'hui auiuantou contre «or7 opmio/i. Je m'aperçois, Mon.âeur, qu'en détaillant lias preuves des préventions déplorables qui ont aveugle

conduite. J'ai néanmoins omis be^iucoup de choses. Je n'ai point parlé de ces témoignages enveloppant d'abord dans l'accusation une femme au. service de ^egnault , et qui n'a dû sa vie qu'à un alibi^ constaté en contradiction avec deux témoins qu'on n'a ni poursuivis ni blâmés. Si je complétais. le tableau de tout ce qui s'est dit , de tout ce qui s'est fait , de tout ce qui s'est toléré dans celte épouvantable aSaire, ce tableau serait bien plt^ terrible. Je le ferais si mes as|értioos étaient révoquées en doute.

J'ai indiqué aussi^ Monsieur, quelques-unes des probabilités morales équivalantes a la certitude, et qui démontrent l'innocence deRegnault. £t en effet, si l'on réfléchit qu'au moment où il tut arrêté, aucun indice nç le chargeait , qu'il n'était pas le débiteur , mais te créancier de celui dont on prétend qu'il a* assassiné Jia^

vante pour commettre un vol dans son domicile; 'il savait que cet individu n'ayant f>as assez de fonds

servani

qu'il savait que cet inaiviau n'ayant pas

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