‹ Collection complette des œuvres de J.J. RousseauChapitre 17 sur 24 · T R A 1 TÉ · texte numérisé non relu

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d'affronts ! que d'humiliations ne faut-il pas qu'il efTuye , avant de perdre, parmi les inconnus, les préjugés de fon importance pris & nourris parmi les fiens ! Enfant, tout lui cédoit, tout s'empreiToit autour de lui; jeune homme, il faut qu'il cède a tout le monde; ou , pour peu qu'il s'oublie & conferve fes anciens airs , que de dures leçons vont le faire rentrer en lui-même ! L'habitude d'obtenir aifément les objets de fes defirs, le porte à beaucoup defirer , & lui fait fentir des privations continuelles. Tout ce qui le flatte, le tente; tout ce que d'autres ont, il voudroit l'avoir; il convoite tout, il porte envie à tout le monde ,il voudroit dominer par-tout; la vanité le ronge , l'ardeur des defirs effrénés enflamme fon jeune cœur, la jaloufie & la haine y naiffent avec eux ; toutes les paffions dévorantes y prennent à la fois leur effor ; il en porte l'agitation dans le tumulte du monde; il la rapporte avec lui tous les foirs; il rentre mécontent de lui & des autres : il s'endort plein de mille vains projets, troublé de mille fantaifies; & fon orgueil lui peint jufques dans fes fonges , les chimériques biens dont le defir le tourmente, & qu'il ne poffédera de fa vie. Voilà votre élevé; voyons le mien.

Si le premier fpeclacle qui le frappe eft un objet de trifteiTe, le premier retour fur lui-même eft un fentiment de plaifir. En voyant de combien de maux il eft exempt, il fe fent plus heureux qu'il ne penfoit l'être. 11 partage les peines de fes femblables ; mais ce partage eft volontaire & doux. Il jouit à la fois de la pitié qu'il a pour leurs maux, & du bonheur qui l'en exempte; il fe fent dans cet état de force qui nous étend au de la de nous , & nous fait porter ailleurs l'activité fuperflue à notre bien être. Pour plaindre le mal d'autrui, fans doute il faut le connoître, mais il ne faut pas le fetitir. Quand on a foufferr, ou qu'on craint de fouffrir , on plaint ceux qui fouffrent; mais tandis qu'on fouffre , on ne plaint que foi. Or, fi , tous étant aflujettis aux misères de la vie, nul n'accorde aux autres que la fenfibilité dont il n'a pas actuellement bcfoin pour lui-même, il s'enfuit que la commifération doit être un (èntiment très-doux, puifqu'elle dépofe en notre faveur, & qu'au contraire un homme dur eft toujours malheureux, puifque

état

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l'état de fon cœur ne lui Iaiflë aucune fenfibilité furabondante , qu'il puiffe accorder aux peines d'autrui.

Nous jugeons trop du bonheur fur les apparences ; nous le fuppofons où il eft le moins ; nous le cherchons où il ne fauroit être : la gaité n'en eft qu'un ligne très-équivoque. Un homme gai n'eft fouvent qu'un infortuné, qui cherche a donner le change aux autres, & à s'étourdir lui-même. Ces gens fî rians , fi ouverts, fi fereins dans un cercle , font prefque tous triftes & grondeurs chez eux, & leurs domeftiques portent la peine de l'amufement qu'ils donnent a leurs fociétés. Le vrai contentement n'eft ni gai ni folâtre; jaloux d'un fentiment fi doux, en le goûtant on y penfe, on le favoure, on craint de l'évaporer. Un homme vraiment heureux ne parle guères , & ne rit guères ; il refTerre , pour ainfi dire , le bonheur autour de fon cœur. Les jeux bruyans, la turbulente joie voilent les dégoûts & l'ennui. Mais la mélancolie eft amie de la volupté; l'attendriffëment & les- larmes accompagnent les plus douces jouiffances, & l'exceflive joie elle-même arrache plutôt des pleurs que des ris.

Si d'abord la multitude & la variété des amufemensparoît contribuer au bonheur, fi l'uniformité d'une vie égale paroit d'abord ennuyeufe en y regardant mieux, on trouve, au contraire, que la plus douce habitude de l'ame confifte dans une modération de jouiflance , qui latfle peu de prife au defir & au dégoût. L'inquiétude des defirs produit la curiofité, l'inconftance; le vuide des turbulens plaifirs produit l'ennui. On ne s'ennuie jamais de fon état, quand on n'en connoît point de plus agréable. De tous les hommes du monde , les Sauvages font les moins curieux & les moins ennuyés ; tout leur eft indifférent : ils ne jouiffent pas des chofes, mais d'eux; ils paffent leur vie à ne rien faire, & ne s'ennuient jamais.

L'HOMME du monde eft tout entier dans fon mafque. N'étant prefque jamais en lui-même, il y eft toujours étranger & mal à fon aife, quand il eft forcé d'y rentrer. Ce qu'il eft, n'eft rien ; ce qu'il paroit, eft tout pour lui.

Traité de l'Êduc. Tottii I Pp

Traité

Je ne puis m'empêcher de me repréfenter fur le vifage du jeune homme dont j'ai parlé ci-devant, je ne fais quoi d'impertinent, de doucereux, d'affefté , qui déplaît, qui rebute les gens unis; & fur celui du mien, une phyfionomie intéreffante & fimple, qui montre le contentement, la véritable férénité de l'âme, qui infpire l'eftime, la confiance, & qui femble n'attendre que l'épanchement de l'amitié , pour donner la fienne à ceux qui l'approchent. On croit que la phyfionomie n'eft qu'un fimple développement de traits déjà marqués par la nature. Pour moi , je penferois qu'outre ce développement, les traits du vifage d'un homme viennent infenfiblement à fe former & prendre de la phyfionomie par l'impreflion fréquente & habituelle de certaines affections de l'ame. Ces affections fe marquent fur le vifage, rien n'eft plus certain; & quand elles tournent en habitudes, elles y doivent laifTer des impreffions durables. Voila comment je conçois que la phyfionomie annonce îe caractère , & qu'on peut quelquefois juger de l'un par l'autre , fans aller chercher des explications myftérieufes, qui fuppofent des counoiflances que nous n'avons pas.

Un enfant n'a que deux affections bien marquées, la joie & la douleur, il rit ou il pleure, les intermédiaires ne font rien pour lui : fans ceffe il paffe de l'un de ces mouvemens à l'autre. Cette alternative continuelle empêche qu'ils ne faffent fur fon vifage aucune impreflion confiante, & qu'il ne prenne de Ja phyfionomie; mais dans l'âge où, devenu plus fenfible , il efî plus vivement ou plus conftamment affecté, les impreffions plus profondes laiffent des traces plus difficiles à détruire, & de l'état habituel de l'ame réfulte un arrangement de traits que le temps rend ineffaçables. Cependant il n'eft pas rare de voir des hommes changer de phyfionomie a différens âges. J'en ai vu plufieurs dans ce cas, & j'ai toujours trouvé que ceux que j'avois pu bien obferver & fuivre, avoicnt auffi changé de partions habituelles. Cette feule obfervation bien confirmée me paroîtroit décilîve , & n'eft pas déplacée dans un traité d'éducation, où il importe d'apprendre à juger des mouvemens de l'ame par les fignes extérieurs.

Jiï ce fais, fi, pour n'avoir pas appris limiter des manières ôj

convention, & à feindre des fentimens qu'il n'a pas , mon jeune homme fera moins aimable; ce n'eft pas de cela qu'il s'agit ici ; je fais feulement qu'il fera plus aimant, & j'ai bien de la peine à croire que celui qui n'aime que lui, puiffe artèz bien fe déguifer pour plaire autant que celui qui tire , de fon attachement pour les autres , un nouveau fentiment de bonheur. Mais quant à ce fentiment même , je crois en avoir afTez dit pour guider fur ce point un Ieâeur raifonnable , & montrer que je ne me fuis pas contredit.

Je reviens donc a ma méthode , & je dis : quand l'âge critique approche, offrez aux jeunes gens des fpeftacles qui les retiennent, & non des fpeflacles qui les excitent : donnez le change a leur imagination naiflante par des objets qui, loin d'enflammer leurs fens , en répriment l'activité. Éloignez-les des grandes villes , où la parure & l'immodeftie des femmes hâte & prévient les leçons de la nature, où tout préfente à leurs yeux des plaifirs qu'ils ne doivent connoître que quand ils fauront les choifir. Ramenez-les dans leurs premières habitations , où la {implicite champêtre Iairte les partions de leur âge fe développer moins rapidement; ou fj leur goût pour les arts les attache encore a la ville, prévenez en eux, par ce goût même, une dangereufe oifîveté. ChoiiifTez avec foin leurs fociétés , leurs occupations, leurs plaifirs; ne leur montrez que des tableaux touchans, mais modefres, qui les remuent fans les féduire, & qui nourriffent leur fenfibilité , fans émouvoir leurs fens. Songez aufli qu'il y a par-tout quelques excès a craindre, & que les partions immodérées font toujours plus de mal qu'on n'en veut éviter. Il ne s'agit pas de faire de votre élevé un gardemalade, un frère de la Charité , d'affliger fes regards par des objets continuels de douleurs & de foufTrances, de le promener d'infirme en infirme, d'hôpital en hôpital, & de la grève aux prifons. Il faut le toucher & non l'endurcira l'afpect des misères humaines. Longtemps frappé des mêmes fpeftacles, on n'en fent plus les impreffions, l'habitude accoutume à tout; ce qu'on voit trop on ne l'imagine plus, & ce n'eft que l'imagination qui nous fait fentir les maux d'autrui ; c'cft ainfi qu'à force de voir mourir & fouflrir, les

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Prêtres & les Médecins deviennent impitoyables. Que votre élevé connoiffe donc le fort de l'homme & les misères defes {èmblables ; mais qu'il n'en foit pas trop fouvent le témoin. Un feul objet bien choifi , & montré dans un jour convenable, lui donnera pour un mois d'attendriffement & de réflexion. Ce n'eft pas tant ce qu'il voit, que fon retour fur ce qu'il a vu , qui détermine le jugement qu'il en porte; & l'imprefïïon durable qu'il reçoit d'un objet, lui vient moins de l'objet même , que du point de vue fous lequel on le porte a fe le rappeller. C'eft ainfi qu'en ménageant les exemples, les leçons, les images, vous émoufferez long-temps l'aiguillon des fens , & donnerez le change a la nature, en fuivant fes propres directions.

A mefure qu'il acquiert des lumières, choifîffez des idées qui s'y rapportent ; à. mefure que fes defirs s'allument , choififlez des tableaux propres a les réprimer. Un vieux militaire qui s'efl diftingué par fes mœurs, autant que par fon courage, m'a raconté que dans fa première jeunefle , fon père, homme de fens, mais trèsdévot, voyant fon tempérament naiffant le livrer aux femmes, n'épargna rien pour le contenir; mais enfin malgré tous fes foins, le fentant prêt a lui échapper , il s'avifa de le mener dans un hôpital de véroles, & fans le prévenir de rien, le fit entrer dans une falle , où une troupe de ces malheureux expioient , par un traitement effroyable, le défordre qui les y avoit expofés. Ace hideux afpecl , qui révohoit à la fois tous les féhs , le jeune homme faillit à fe trouver mal. Va, miférable débauché , lui dit alors le père d'un ton véhément, fuis le vil penchant qui t'entraîne ; bien-tôt tu feras trop heureux d'être admis dans cette falle, ou, victime des plus infâmes douleurs , tu forceras ton père à remercier Dieu de ta mort.

Ce peu de mots, joint a l'énergique tableau qui frappoit le jeune homme, lui firent une impre'iion qui ne s'effaça jamais. Condamné, par fou état, à pafTer fa jeune/Te dans des garni fons , il aima mieux efluyer toutes les railleries de fes camarades, que d'imiter leur libertinage. Tai été homme, me dit- il , j'ai eu desfoiblcf- Jls; mais parvenu jufqu'à mon âge, je n'ai jamais pu voir une fille publique fans horreur. Maître! peu de difeours ; mais appre-

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liez a choifir les lieux , les temps , les perfonnes; puis donnez toutes vos leçons en exemples , & foyez sûr de leur effet.

L'EMPLOI de l'enfance eft peu de chofe. Le mal qui s'y gliffa n'eft point fans remède, & le mal qui s'y fait, peut venir plu3 tard ; mais il n'en eft pas ainfi du premier âge où l'homme commence véritablement à vivre. Cet âge ne dure jamais affez pour l'ufage qu'on en doit faire, & fon importance exige une attention fans relâche : voila pourquoi j'infifte fur l'art de le prolonger. Un des meilleurs préceptes de la bonne culture eft de tout retarder tant qu'il eft poffible. Rendez les progrès lents & sûrs ; empêchez que l'adolefcent ne devienne homme au moment où rien ne lui refte a faire pour le devenir. Tandis que le corps croît, les efprlts deftinés à donner du baume au fang & de la force aux fibres , fe forment & s'élaborent. Si vous leur faites perdre un cours différent, & que ce qui eft deftiné a perfectionner un individu , ferve à la formation d'un autre, tous deux reftent dans un état de foibleffe , & l'ouvrage de la nature demeure imparfait» Les opérations de l'efprit fe fentent à leur tour de cette altération , & l'ame, aufli débile que le corps, n'a que des fondions foibles & languiffantes. Des membres gros & robuftes ne font ni le courage ni le génie, & je conçois que la force de l'ame n'accompagne pas celle du corps, quand d'ailleurs les organes de la communication des deux fubftances font mal difpofés. Mais quelque bien difpofés qu'ils puiffent être , ils agiront toujours foiblement , s'ils n'ont pour principe qu'un fangépuifé, appauvri, & dépourvu di cette fubftance qui donne de la force & du jeu à tous les refTorts de la machine. Généralement on apperçoit plus de vigueur d'ame dans les hommes dont les jeunes ans ont été préfervés d'une corruption prématurée, que dans ceux dont le défordre a commencé avec le pouvoir de s'y livrer; & c'eft , fons doute, une des r.iifons pourquoi les peuples qui ont des mœurs, furpaffent ordinairement en bon fens & en courage, les peuples qui n'en ont p.]*. Ceux-ci brillent uniquement par je ne fais quelles petites qualités déliées, qu'ils appellent efprit, fagacité, fineffe ; mais ces grandes û: nobles fondions de fageïle & de raifon qui diftinguent tk hono-

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rent l'homme par de belles aéYions, par des vertus, par des foins véritablement utiles , ne fe trouvent guères que dans les premiers.

Les maîtres fe plaignent que le feu de cet âge rend la jeunette indifciplinable, & je le vois; mais n'eft-ce pas leur faute? Si- tôt qu'ils ont laiffé prendre a ce feu fon cours par les fens , ignorent-ils qu'on ne peut plus lui en donner un autre ? Les longs & froids fermons d'un pédant effaceront- ils dans l'efprit de fon élevé , l'image des plaifirs qu'il a conçus? Banniront- ils de fon cœur les delirs qui le tourmentent? Amortiront-ils l'ardeur d'un tempérament dont il fait l'ufage ? Ne s'irritera-t-il pas contre les obftacles qui s'oppofent au feul bonheur dont il ait l'idée; & dans la dure loi qu'on lui prefcrit fans pouvoir la lui faire entendre, que verra-t-il, finon le caprice & la haine d'un homme qui cherche à le tourmenter ? Eft-il étrange qu'il fe mutine & le haïiïè à fon tour ?

Je conçois bien qu'en fe rendant facile, on peut fe rendre plus fupportable, & conferver une apparente autorité. Mais je ne vois pas trop a quoi fert l'autorité qu'on ne garde fur fon élevé qu'en fomentant les vices qu'elle devroit réprimer; c'eft comme û pour calmer un cheval fougueux, l'écuyer le faifoit fauter dans un précipice.

Loin que ce feu de l'adolefcence foit un obftacle à l'éducation, c'eft par lui qu'elle fe confomme & s'achève; c'eft lui qui vous donne une prife fur le cœur d'un jeune homme, quand il cefle d'être moins fort que vous. Ses premières affections font les rênes avec lefquelles vous dirigez tous fes mouvemens ; il étoit libre, & je le vois dflervi. Tant qu'il n'aimoit rien, il ne dépendoit que de lui-même & de fes befoins ; fi- tôt qu'il aime, il dépend de fes attachemens. Ainfi fe forment les premiers liens qui l'uniflent à fon efpèce. En dirigeant fur elle fa fenfibilité naiflante , ne croyez pas qu'elle embralfera d'abord tous les hommes, & que ce mot de genre humain fignificra pour lui quelque chofe. Non, cette fenfibilité fe bornera premièrement à fes fcmblables, & fes femblables ne feront point pour lui des incon-.

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nus ; mais ceux avec lefquels il a des liaifons, ceux que l'habitude lui a rendu chers ou néceflaires, ceux qu'il voit évidemment avoir avec lui des manières de penfer & de fentir communes, ceux qu'il voit expofés aux peines qu'il a fouffertes , & fenfibles aux plaifirs qu'il a goûtés; ceux, en un mot, en qui l'identité de la nature plus manifeftée lui donne une plus grande difpofition h s'aimer. Ce ne fera qu'après avoir cultivé fon naturel en mille manières , après bien des réflexions fur fes propres fentimens , & fur ceux qu'il obfervera dans les autres, qu'il pourra parvenir a généralifer fès notions individuelles, fous l'idée abftraite d'humanité , & joindre à fès affections particulières celles qui peu- Tent l'identifier avec fon efpèce.

En devenant capable d'attachement, il devient fenfible à celui des autres ( 63 ) , & par-la même, attentif aux fignes de cet attachement. Voyez-vous quel nouvel empire vous allez acquérir fur lui ? Que de chaînes vous avez mifes autour de fon cœur avant qu'il s'en apperçût ! Que ne fentira-t-il point, quand, ouvrant les yeux fur lui-même , il verra ce que vous avez fait pour lui ; quand il pourra fe comparer aux autres jeunes gens de fon âge, & vous comparer aux autres gouverneurs ? Je dis quand il le verra, mais gardez- vous de le lui dire; fi vous le lui dites , il ne le verra plus. Si vous exigez de lui de l'obéiffance en retour des foins que vous lui avez rendus , il croira que vous l'avez furpris : il fe dira, qu'en feignant de l'obliger gratuitement, vous avez prétendu le charger d'une dette , & le lier par un contrat auquel il n'a point confenti. En vain vous ajouterez que ce que vous exigez de lui n'efl que pour lui-même; vous exigez, enfin; & vous exigez en vertu de ce que vous avez fait fans fon aveu. Quand un malheureux prend l'argent qu'on feint de Jui donner, & fe trouve enrôlé malgré lui, vous criez 2 l'injuftice ; n'êtes vous pas plus injufte encore de

(63) L'attachement peut fe palier latif que lui môme. Tout homme qui de retour, jamais l'amitié. Elle efl un n'efl pas l'ami de fon ami efl très- suéchange , un contrat comme les au- rement un fourbe; car ce n'eft qu'en très , mais elle eft le plus Paint de tous, rendant ou feignant de rendre l'amitié , Le mot d'ami n'a point d'autre corre- qu'on peut l'obtenir.

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