LE DEBONNAIRE, OU ' LE FAIBLE
A Près la mort du fils de ÇSwrlemagne , {on Empire éprouva ce qui était arrivé à celui $ Alexandre , & que nous verrons bientôt être la dcftinée de celui des Califes. Fondé avec précipitation , il s'écroula de même , les guerres inteftines le divilerent.
Il n'eft pas lurprenant que des Princes qui avaient détrôné leur pére, fe foient voulu exterminer l'un l'autre. C'était à qui dépouillerait Ton fré* re. Lothaire , Empereur , voulait tout. Charles le chauve , Roi de France, & Louis , Roi de Bavière, s'unifient contre lui. Un fils de Pépin, ce Roi d'Aquitaine fils du débonnaire, & devenu Roi après la
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mort de Ton pére , fe joint à lothaire. Ils défo-
841 lent l'Empire s ils l'épuifcnt de foldats. Enfin, deux Rois contre deux Rois, dont trois font frères , & dont l'autre eft leur neveu , fe livrent une bataille à Fôntenai dans l'Auxerrois , dont
842 l'horreur eft «ligne de guerres civiles. Plufieurs auteurs alfûrent qu'il y périt cent mille hommes. Il eft vrai que ces auteurs ne font pas contemporains , & que du moins il eft permis de douter que tant de fong ait été répandu. L'Empereur Lothaire fut vaincu. Il donna alors au monde l'exemple d'une politique toute contraire à celle de Charlemagne.
Le vainqueur des Saxons les avait affujettis au Chriftiauifme comme à un frein nécclîàire.
Quelques révoltes, & de fréquens retours à leur culte , avaient marqué leur horreur pour une Religion qu'ils regardaient comme leur châtiment. Lothaire , pour fe les attacher , leur donne une liberté entière de confeience. La moitié du païs redevint idolâtre , mais fidèle à fon Roi. Cette conduite & celle de Charlemagne fon grand-pére, firent voir aux hommes combien diverfement les Princes plient la Religion à leurs intérêts.
Les difgraces de Lothaire en fournirent un autre exemple: fes deux frères, Charles le chauve & Louis de Bavière , aifemblérent un Concile d'Evèques & d'Abbés à Aix-la-Chapelle. Ces Prélats , d'un commun accord , déclarèrent Lothaire déchu de fon droit à la couronne , Se les fu jets déliés du ferment de fidélité: promettezvous de mieux gouverner que lui ? difent-ils aux
deux
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deux frères Charles & Louis : nous le p'omettons, répondirent les deux Rois : ^5? nous , dit l'Evèque qui préfidait , nous vous permettons par Patitoritè divine , ç§ nous vous commandons de régner à fa place.
En voyant les Evêques ainfi donner les couronnes , on fe tromperait H on croyait qu'ils fuflent alors tels que des Electeurs de l'Empire. Ils étaient puiflans à-la-vérité , mais aucun n'était fouverain. L'autorité de leur caractère & le refped des Peuples étaient des inltrumens dont les Rois fe fervaient à leur gré. Il y avait dans ces eccléfiaftiques bien plus de faiblelfe que de grandeur , à décider ainfi du droit des Rois fuivant les ordres du plus fort.
On ne doit pas être furpris , que quelques années après , un Archevêque de Sens , avec vingt autres Evêques , ait oie , dans des conjonctures pareilles, dépofer Charles le chauve , Roi de France. Cet attentat fut commis pour plaire à Louis de Bavière. Ces Monarques , auffi méchans Rois que frères dénaturés , ne pouvant fe faire périr l'un l'autre , faifaient anathématifer tour - à - tour ; mais ce qui fiirprend , c'eft l'aveu que fait Charles le chauve dans un écrit qu'il daigna publier contre l'Archevêque de Sens : au moins cet Archevêque ne devait pas me dépofer avant que feujfe compaiti devant les Evêques qui m'avaient facrê Roi} il fallait qu'auparavant feujfe fubi leur jugement, ayant toujours été prêt h me foumettre à leurs corretlions paternelles à leur châtiment. La race de Çbarlemagnc , réduite à parler ainfi,
mar-
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marchait vifiblement à fa ruine.
Je reviens à Lothaire , qui avait toû jours un grand parti en Germanie , & qui était -maître paifible en Italie. Il palfc les Alpes , fait couronner fbn fils Louis , qui vient juger dans Ro- 844 me le Pape Serghis IL Le Pontife comparaît, répond juridiquement aux aceufations d'un E- % vêque de Mets , fe juftific , & prête enfuite ferment de fidélité à ce même Lothaire dépofé par fes Evèques. Lothaire même fit cette célèbre & inutile ordonnance , que pour éviter les féditions trop fréquentes , le Pape ne fera plus élu par le Peuple , & que Ton avertira l'Empereur de la vacance du faint fiége.
On s'étonne de* voir l'Empereur tantôt fi humble , & tantôt fi fier ; mais il avait line armée auprès de Rome quand le Pape lui jura obéïflance , & n'en avait point à Aix-la-Chapelle quand les Evèques le détrônèrent.
Leur fentence ne fut qu'un fcandale de plus ajouté aux défolations de l'Europe. Les Provinces depuis les Alpes au Rhin ne favaient plus à qui elles devaient obéir. Les villes changeaient chaque jour de Tyrans, les cam- * pagnes étaient ravagées tour à tour par différens partis. On n'entendait parler que de combats -, & dans ces combats il y avait toujours des Moines , des Abbés ., des Evèques qui périmaient les armes à la main, Hugues , un des fils de Charlcmagne , forcé jadis à être moine , devenu depuis Abbé de St. Quentin , fut tué devant Touloufc avec l'Abbé de Fcrriére : deux Evèques y furent faits prifonniers.
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Cet incendie s'arrêta un moment , pour recommencer avec fureur. Les trois frères , Lothaire , Charles & Louis , rirent de nouveaux partages , qui ne furent que de nouveaux fujets de divifions & de guerre.
L'Empereur Lothatre, après avoir bouleverfé8Çf l'Europe fans fuccès & fans gloire , fe {entant affaibli , vint fe faire moine dans l'abbaïe de Prum. Il ne vécut dans le froc que fix jours, & mourut imbécile après avoir régné en Tyran.
A la mort de ce troifiéme Empereur d'Occident , il s'éleva de nouveaux Royaumes en Europe , comme des monceaux de terre après les fecouifes d'un grarfd tremblement.
Un autre Lothaire , fils de cet Empereur , donna fon nom de Lotharinge à une aifez grande étendue de pais , nommé depuis par contraction Lorraine , entre le Rhin , PEfcaut , la Meufe & la Mer. Le Brabant fut apellé la baffe Lorraine ; le refte fut connu fous le nom de la haute. Aujourdhui de cette haute Lorraine il ne refte qu'une petite province de ce nom , engloutie depuis peu dans le Royaume de France.
Un fécond fils de l'Empereur Lothaire , nommé Charles , eut la Savoye , le Dauphiné , une partie du Lyonnois , de la Provence & du Languedoc. Cet Etat compofa le Royaume d'Arles , du nom de la capitale , ville autrefois opulente & embellie par les Romains : mais alors petite, pauvre , ainu* que toutes "les villes en-deçà des Alpes.
Un barbare , qu'on nomme Salomon , fe fit bientôt après Roi de la Bretagne, dont une