LE NEUVIEME SIECLE
T Es Anglais, ce peuple devenu puilfant, cé- 1 j lébre par le commerce & par la guerre, gouverné par l'amour des fes propres loix, & de la vraie liberté qui confifte à n'obéir qu'aux loix , n'étaient rien alors de ce qu'ils font aujourdhui. : . \
Ils n'étaient échapés du joug des Romains que pour tomber fous celui de ces Saxons qui » ,
aïant conquis l'Angleterre vers le fixiéme hecle , furent conquis au huitième par Cbarlemûh gîte. Ces usurpateurs partagèrent le pais en fept„ petits cantons malheureux qu'on appella roïaumes. Ces fept provinces s'étaient enfin réunies 828 fous le Roi Egbert de la race Saxonne , lorfque tes Normands vinrent ravager l'Angleterre, aulEbien que la France. On prétend qu'en 8^2» il? remontèrent la Tamîfe avec trois cent voiles. Les Anglais ne fe défendirent guères mieux que les Francs. Ils payèrent , comme eux, leurs vainqueurs. Un Roi , nommé Ethdbert , fuivit le malheureux exemple de ChUvles le chauve. Il donna de l'argent j la même faute eut la même
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punition. Les pirates fe fer virent de cet argent pour mieux fubj liguer le pais. Ils conquirent la moitié de l'Angleterre. Il fallait que les Anglais , nés courageux , & défendus par leur iîtuation , euHcnt dans leur gouvernement des vices bien eflentiels , puifqu'ils furent toujours aifujettis par des peuples qui ne devaient pas aborder impunément cbez eux. Ce qu'on raconte des horribles dévaluations qui défolèrent cette if le , furpaiîè encore ce qu'on vient de voir eh France. Il y a des tems où la terre entière n'efl: qu'un théâtre de carnage : & ces tems font trop trequens.
Il me femble que le lc&cur refpire enfin un peu, lorfque dans ces horreurs il voit s'élever quelque grand -homme qui tire la patrie de la fervitude , & qui la gouverne en bon Roi.
Je ne fai s'il y. a jamais eu fur la terre un ïiommc plus digne des refpcfts de la poftérité qu'Alfred le grand , qui rendit ees fervices à fd patrie , fuppofc que tout ce qu'on raconte de lui foit véritable.
Il fuccédait à fon frère Etheîred /, qui ne lui laina qu'un droit contefté fur l'Angleterre , partagée plus que jamais en fouverainetés , dont pluiîeurs étaient pofledées par les Danois. De nouveaux pirates venaient^ encore , prefque chaque année , difputer aux premiers ufurpateurs le peu de dépouilles qui pouvaient refter.
Alfred , n'ayant pour lui qu'une province de l'Oueft , fut vaincu d'abord en bataille rangée par ces barbares, & abandonné de tout le monde. Il ne fe retira point à Rome dans le collège
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VERS LE NEUVIEME SlECLE. Ifî
Anglais , comme Butred fon oncle , devenu Roi d'une petite province & chafle par les Danois 5 mais feul & fans fecours, il voulut périr ou venger fa patrie. Il fe cacha fix mois chez un berger dans une chaumière environnée de marais. Le feul Comte de Dcvon , qui défendait encore un faible château , favait fon fecret. Enfin , ce Comte ayant ralfemblé des troupes & gagné quelque avantage , Alfred , couvert de haillons d'un berger , ola le rendre dans le camp des Danois , en jouant de la harpe: voïant ainfi par fes yeux la fituation du camp & fes défauts , inftrait d'une fête que les barbares de- . voient célébrer, il court au Comte de Dévon qui avait des milices prêtes ; il revient aux Danois avec une petite troupe , mais déterminée : il les furprend , & gagne une victoire complctte. La difeorde divilait alors les Danois. Alfred fut négotier comme combattre ; & , ce qui eft étrange , les Anglais & les Danois le reconnurent unanimément pour Roi. Il n'y avait plus à réduire que Londres ; il la prit , la fortifia , l'embellit , équipa des flottes , contint les Danois d'Angleterre , s'ôpofa -aux defeentes des autres, & s'apliqua enfuite , pendant douze années d'une: polfelfion paiiible , à policer la patrie. Ses loix furent douces , mais févérement exécutées. Ceft lui qui fonda les jurés , qui partagea l'Angleterre en Shires ou Comtés , & qui le premier encouragea fes fujets à commercer. Il prêta , dit-on , des vailfeaux & de l'argent à des hommes entreprenant & fages, qui allèrent jut qu'à Alexandrie , & de - là , palTant l'ifthme de
Suez,
if4 De l'Angleterre, l^c.
Suez, trafiquèrent dans la mer de Perfe. Il inftitua des milices , il établit divers confeils , mit par-tout la régie & la paix qui en eft la fuite.
Il me femble qu'il n'y a point de véritablement grand - homme , qui n'ait un bon efprit. Alfred jetta les fondements de l'académie d'Oxford. Il fit venir des livres de Rome. L'Angleterre , toute barbare , n'en avait prefque point. Il fe plaignait qu'il n'y eût pas alors un prêtre Anglais qui fut le Latin. Pour lui , il le favait. Il était même affez bon Géomètre pour ce temslà. Il polfédait i'Hiftoire. On dit même qu'il faifait des vers en Anglo-Saxon. Les momens qu'il ne donnait pas aux foins de l'Etat , il les donnait à Pétude> Une fage œconomie le mit en état d'être libéral On voit qu'il rebâtit plufieurs églifes , mais aucun monaftére. Il penfait fans-doute que dans un Etat défolé qu'il fallait repeupler , il eût mal fervi fa patrie en favo* rifant trop ces familles immenfes fans pére & fans enfans , qui fe perpétuent aux dépens de la nation : aiuTi ne futr-tl pas au nombre des Saints ; mais l'hiftoire , qui d'ailleurs ne lui reproche ni défaut ni faibledè , le met au premier rang des héros utiles au genre - humain , qui fans ces hommes extraordmaires eût toujours été femblablc aux bêtes farouches.
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