A LA FIN DU NEUVIEME SIECLE
L'Empire d'Occident ne fubfifta plus que de nom. Arnould, Arnolfe ou Arnold , bâtard de Carloman , fe rendit maître de l'Allemagne ; mais ^ lltalie était partagée entre deux Seigneurs, tous deux du fang de Charlemagne par les femmes ; l'un était un Duc de Spoléte , nommé Gui s l'autre Bêrenger , Duc de Frioul : tous deux inveC tis de ces Duchés par Charles le chauve , tous deux prétendans à l'Empire auffi-bien qu'au roïaume de France. Arnould, en qualité d'Empereur, regardait aufli la France comme lui apartenant de droit : tandis que la France, détachée de l'Empire, était partagée entre Charles le fimple qui la perdait , & le Roi Eudes , grand-oncle de Hugues Capet , qui l'ufurpait.
Un Bozou , Roi d'Arles , difputait encore l'Empire. Le Pape Formofe , Evcque peu accrédité de la malheureufe Rome, ne pouvait que donner 1 ontfion facrée au plus fort. Il couromia ce Gui de Spoléte. L'année d'après il couronna Bêrenger vainqueur : & il fut forcé de couronner enfin cetAruoud qui vint afRéger Rome & la prit 894: d'aflaut. Le ferment équivoque , que reçut Arnoud des Romains , prouve que déjà les Papes
préw
i%6 Etat de ^Empire d 1 Qccident
prétendaient à la fouveraineté de Rome. Tel était ce ferment : „ Je jure par les Jàmts myftercs, uue „,£iuf mon honneur, ma loi & ma fidélité à
Monfeigneur Formofe Pape, je ferai fidèle à PEnW „ pereur Amou d. r .
Les Papes étaient alors en quelque forte femblables aux Califes de Bagdat,. qui révérés dans tous les Etats Mufulmans cornue ies chefs de la Religion , n'avaient plus gueres d'autre droit que celui de donner les inveftitures des Roïaumes àr ceux qui les demandaient les armes à la mains niais il y avait entre ces Califes & ces Papes cette dit férence, que les Califes étaient tombés, & que les râpes s étaient élevés. i
Il n'y avait réellement plus d'Empire:, ni de droit ni de fait. Les Romains , qiû s'étaient don-p. nés à Charkmagnç par acclamation* ne voulaient, plus reconnaître des bâtards , dp étrangers , à peine maitres d'une partie, de 1-a Germanie, ,
.' Le peuple Romain dans Co}\, atyiiffement , dans fon mélange avec tant d'étrangers , conferyait p& } core, comme aujourdfiui » cette fierté feerctte qu« donne la grandeur paifée. II. trouvait ' infuportable que des Bructere$, des Caftes des Marco* mans, fe diUbnt les fi les rives du Mcin & centre de l'Empire de Titus & Trajaiu
On frémiifait à Rome d'indignation y & on riait; en même tems de pitié, lorsqu'on aprenait qu'a- ; près la mort d'4^^"^> fon fils Hiludoviç , que- ,. nous appelions Louis , avait été dc|igné Empereur des Romains à l'gge de trois ou quatre ans 900. dans un village barbare , nommé Fourkem , par
quel-
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quelques Seigneurs & Evêques Germains. Cet enfant ne fut jamais compté parmi les Empereurs ; niais on le regardait dans l'Allemagne comme celui qui devait fucceder à Charkmagne & aux Céfars. C'était en erlet un étrange Empire Romain que ce gouvernement qui n'avait alors ni les pais entre le Rhin & la Meufe , ni la France , , ni la Bourgogne , ni l'Efpagne , ni rien enfin dans l'Italie , & pas même une maifon dans Rome qu'on pût dire apartenir à l'Empereur.
Du tems de ce Lotus , dernier Prince Allemand du lang de Charlemagne par bâtardîlè , mort en 912. l'Empire Romain , reflerré en Allemagne, fut ce qu'était la France , une contrée dé vallée par les guerres civiles & étrangères, fous un Prince élu en tumulte & mal obéi.
Tout eft révolution dans les gouvernemens :
c'en eft une frapante que de voir une partie de ces Saxons fauvages , traités par Charlemagne comme les Ilotes par les Lacédémoniens , donner ou prendre au bout de cent-douze ans cette même dignité , qui n'était plus dans la maifon de leur vainqueur. Othon , Duc de Saxe , après la mort de Louis, met, dit-on„par fon crédit la couronne d'Allemagne fin* la tête de Conrad Duc de 9 12. Franconie ; & après la mort de Conrad , le fils du Duc Qthon de Saxe , Henri Nifeleur , eft élu. Tous ceux qui s'étaient faits Princes héréditaires 919. en Germanie , joints aux Evêques , faifaient ces élections , & y appelaient alors les principaux citoyens d«s bourgades.