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PEndant que l'Allemagne commençait à prendre ainti une nouvelle forme d'adminiftration, & que Rome & l'Italie n'en avaient aucune; la France devenait, comme l'Àlleniagnc , un gouvernement entièrement féodal.
Ce roïaumc s'étendait des environs de i'EC caut & de la Mcufe jufqu'à la mer Britannique & des Pyrénées au Rhône. C'était alors fes bornes; car quoique tant d'Hiftoriens prétendent que ce grand fief de la France allait par-delà les Pyrénées jufqu'à l'Ebre, il ne paraît point du tout que les Efpagnols de ces Provinces entre l'Ebre & les Pyrénées fuflent fournis au faible Gouvernement de France en combattant contre les Mdhométans.
La France , dans laquelle ni la Provence ni le Dauphiné n'étaient compris , était un allée grand roïaume ; mais il s'en fallait beaucoup que le Roi de France fut un grand Souverain. Louis , le dernier des defcendans de Charlemagne, n'avait plus pour tout domaine que les villes M. G. Tom. L Q te
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de Laon , de Solfions , & quelques terres qu'on hii contenait. L'hommage rendu par la Normandie ne fervait qu'à donner au Roi un va£ fal qui aurait pu foûdoyer fon maître. Chaque Province avait ou fes Comtes ou fes Ducs héréditaires ; celui qui n'avait pu fe failîr que de deux ou trois bourgades , rendait hommage aux ufurpateurs d'une province ; & qui n'avait qu'un château, relevait de celui qui avait ufurpé .une ville. De tout cela s'était fait cet aflembiage monftrueux de membres qui ne formaient point un corps.
Le tems & la nécerîité établirent que les Seigneurs des grands fiefs marcheraient avec des troupes au fecours du Roi. Tel feigneur devait 40. jours defèrvicc, tel autre 2>. les arriérevaflaux marchaient aux ordres de leurs Seigneurs immédiats. Mais fi tous ces Seigneurs particuliers fèrvaient l'Etat quelques jours , ils fe faifaient la guerre entre eux prefque toute l'année. En vain les Conciles , qui dans ces tems de crimes ordonnèrent fouvent des chofes juftes , avaient réglé qu'on ne fe battrait point depuis le jeudi jut qu'au point d u jour du lundi, & dans les tems de Pâques & dans d'autres folemnités; ces réglemens n'étant point appuyés d'une jultice coercitive, étaient fins vigueur. Chaque château était la capitale d'un petit état de brigands; chaque monaftère était en armes : leurs Avocats , qu'on apellait Avoyexs , inftitués dans les premiers tems pour préfi-nter leurs requêtes au Prince & ménager leurs arlaires, étaient les généraux de leurs troupes: les moiffons étaient ou brûlées , ou coupées avant
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le tems , ou défendues l'épée à la main : les villes prefque réduites en folitude, & les campagnes dépeuplées par de longues famines.
Il lèmble que ce Roïaume , fans chef, fans police , fans ordre , dût être la proie de l'étranger ; mais une anarchie prefque femblable dans tous les Roïaumes , fit fa lureté -, & quand fous les Otbons l'Allemagne fut plus à craindre , les guerres inteftines l'occupèrent.
C'elt de ces tems barbares que nous tenons Pufage de rendre hommage pour une maifon & pour • un bourg au Seigneur d'un autre village. Un praticien , un marchand qui fe trouve polfefleur d'un ancien fief, reçoit foi & hommage d'un autre bourgeois ou d'un Pair du Roïaume qui aura acheté un arriére-fief dans fa cenfive. Les loix de fiefs ne fubfiilent plus ; mais ces vieilles coutumes de mouvances , d'hommages , de redevances fubfiftent encore : dans la plupart des tribunaux on admet cette maxime , mille tore fans Sei~ gneur : comme fi ce n'était pas aifez d'appartenir à la patrie.
Quand la France , l'Italie & l'Allemagne furent ainfi partagées fous un nombre innombrable de petits tyrans , les armées , dont la principale force avait été l'infanterie fous Charlejnagne , ainiî que fous les Romains, ne furent plus que de la cavalerie. On ne connut plus que les gens d'armes ; les gens de pied n'avaient pas ce nom , parce qu'en comparaifon des hommes de cheval ils n'étaient point armés.
; Les moindres poffelfeurs de Chatellemes ne fe mettaient en campagne qu'avec le plus de che-
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vaux qu'ils pouvaient ; & le fafte confiftait alors à mener avec foi des écuyers , qu'on appel la vaf* le Af , du mot vajfalet , petit vadal. L'honneur étant donc mis à ne combattre qu'à cheval , on prit l'habitude de porter une armure complette de fer , qui eût accablé un homme à pied de ton poids. Les bradais , les cuiifars furent une partie de l'habillement. On prétend que Charlemagne en avait eu i mais ce fut vers l'an mille que î'ufage en fut commun.
' Quiconque était riche , devint prefqu'invulnérable à la guerre ) & c'était alors qu'on fe fervit plus que jamais de mâftues , pour aifommer ces Chevaliers que les pointes ne pouvaient percer. Le plus grand commerce alors fut en cuiraifes , en boucliers , en cafques ornés de plumes.
- Les paifans qu'on traînait à la guerre, feuls expolès & mcprifcs , fervaient de pionniers plutôt que de combattans. Les chevaux , plus eltimés qu'eux , furent bardés de fer , leur tète fut armée de cham freins.
On ne connut guères alors de loix que celles que les plus puitfàns nient pour le fervice des fiefs. Tous les autres objets de la juftice diftributive furent abandonnes au caprice des maîtres-d'hôtel , prévôts , baillis , nommés par les poifeifeurs des terres.
• Les Sénats de ces villes , qui fous Charlemagne & fous les Romains avaient joui du gouvernement municipal , furent abolis prefque partout. Le mot de Senior , Seipmtr , afte&e longtems à ces principaux du Sénat des villes , ne fut plus donné qu'aux poiieiieurs des fiefs.
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Le terme de Pair commençait alors à s'introduire dans la langue Gallo-Tucîcfquc , qu'on parlait en France. Il venait du mot latin par , qui lignifie égal ou confrère. On ne s'en était fervi que dans ce fens fous la première & la fécond* race des Rois de France. Les enfans de Louis le débonnaire s'appellèrent Pares dans une de leurs entrevues , l'an 8ï *• & longtems auparavant Dagobert donne le nom de Pairs à des moines. Godegrand , Evèque de Metz, du tems de Charleniagne , appelle Pairs des Evéqucs & des Abbés, ain-
I î que le marque le lavant du Cange. Les vaifaux d'un même Seigneur s'accoutumèrent donc à s'apeller Pairs.
Alfred le grand avait établi en Angleterre les Jures : c'était des pairs dans chaque profelfion. Un homme dans une caufe criminelle choifufait douze hommes de fa profeiïion pour être juges. Quelques vaifaux en France en ufèrent aiiul ; mais le nombre des Pairs n'était pas pour cela déterminé à douze. Il y en avait dans chaque fief autant que de Barons qui relevaient du même Seigneur, & qui étaient pairs entre eux , mais non pairs do leur Seigneur féodal.
Les Princes qui rendaient un hommage immédiat à la couronne , tels que les Ducs de Guyenne , de Normandie , de Bourgogne, les Comtes de Flandres , de Touloufe , étaient donc en elfet des Pairs de France.
Hugues Capet n'était pas le moins puiffant.
II pollédait depuis longtems le Duché de France , qui s'étendait jufqu'en Touraine. Il était Comte de Paris. De vaftes domaines en Picar-
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die & en Champagne lui donnaient encore une grande autorité dans ces provinces. Son frérc avait ce qui compote aujourdhui le Duché de Bourgogne. Son grand-pére Robert & fon grandoncle Etides ou OdoH) avaient tous deux porté la couronne du tems de Charles le fimple.
Hugues fon pére , furnommé l'Abbé , à caufe des Abbaies de St. Devis , de St. Martin de Tours , de St. Germain-des-prez , & de tant d'autres qu'il pofledait, avait ébranlé & gouverné la France. Ainfi l'on peut dire que depuis l'année 810. où le Roi Eudes commença fon régne, fa niaifon a gouverné prefque fans interruption : & que fi on excepte Hugues l'Abbé qui ne voulut pas prendre la couronne Royale , elle forme une fuite de Souverains de plus de 8fO. ans, filiation unique parmi les Rois.
987- On fait comment Hugues Capet , Duc de France , Comte de Paris , enleva la couronne au Duc Charles oncle du dernier Roi Louis V. Si les fuifrages euffent été libres , le fang de C/wleinagne refpedé , & le droit de fucceilîon auffi facré qu'aujourdhui , Charles aurait été Roi de France. Ce ne fut point un Parlement de la nation qui le priva du droit de fes ancêtres ; ce fut ce qui fait & défait les Rois , la force aidée de la prudence.
Tandis que Louis ce dernier Roi du fang Carlovingien , était prêt à finir , à Page de vingt -trois ans, fa vie obfcurc par une maladie de langueur , Hugues Capet aifemblait déjà
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Par-
te m s de Hugues Capet. ûiç
Parlement qui fe tenait à Compiégne pour aflurer lafucceliion à Charles. La lettre de Gerbert, depuis Archevêque de Rheims & Pape fous le nom de Sylvefire IL déterrée par Duchefue , en en: un témoignage autentique.
Charles Duc de Brabant & de Hainaut, Etats qui compofaient la balle Lorraine, fuccomba fous un rival plus puiifant &plus heureux que lui > trahi par l'Evèque de Laon , furpris & livré à Hugues Capet , il mourut captif dans la tour d'Orléans > & deux enfans mâles qui ne purent le venger, mais dont l'un eut cette balle Lorraine , furent les derniers Princes de la poftérité mafculinc de Charlemagne. Hugues Capet, devenu Roi de fes Pairs , n'en eut pas un plus grand domaine.