PAR DES GENTILSHOMMES NORMANDS
Rien ne reflemble plus aux temps fabuleux.
Ces trois frères avec les Normands d'Averfa, accompagnent le Catapan dans la Sicile * Guillaume fier-à-bras tué le Général Arabe , donne aux Grecs la victoire ; & la Sicile allait retourner aux Grecs , s'ils n'avaient pas été ingrats. Mais le Catapan craignit ces Français qui le défendaient ; il leur fit des injultices , & il s'attira leur vengeance. Ils tournent leurs armes contre lui : trois à quatre-cent Normands s'env parent de prefque toute la Pouille. Le fait pa*io4K rait incroïablc. Mais les avanturiers du pais fe joignaient à eux , & devenaient de bons foldats fous de tels maîtres; les Calabrois qui cherchaient la fortune par le courage devenaient autant de Normands. Guillaume fier-à-bras fe fait lui-même Comte de la Pouille fans confulter ni Empereur , ni Pape , ni Seigneurs voifins. Il ne confulta que fes foldats , comme* ont fait tous les premiers Rois de tous les pais. Chaque Capitaine Normand eut une ville ou un village pour fon partage.
Fier-à-bras étant mort , fon frère Drogon eft 104*. élu fouverain de la Pouille. Alors Robert Guif. card & fes deux jeunes frères quittent encor Coutance pour avoir part à tant de fortune.
Le vieux Tancrèâe eft étonné de fe voir pére d'une race de conquérants. Le nom des Normands faifait trembler tous les voifins de la Pouille & même les Papes. Robert Guifcard & fes frères fuivis d'une foule de leurs compatriotes vont par petites troupes en pèlerinage à Rome. Ils marchent inconnus le bourdon à la
main»
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.main , & arrivent enfin dans la Pouille.
L'Empereur Henri III. allez fort alors pour . régner dans Rome, ne le fut pas allez pour s'opio47.pofer d'abord à ces conquérants. Il leur donna folemnellement l'inveltiture de ce qu'ils avaient envahi. Ils pofledaient alors la Pouille entière , le Comté d'Averfe , la moitié du Bén-e ventin.
Voilà donc cette maifon devenue bientôt après maifon roïale , fondatrice des Roïaumes de Naples & de Sicile , feudataire de l'Empire. Comment s'eft-il pu faire que cette portion de l'Empire en ait été fi-tôt 'détachée , & foit deve- -iiue un. fief du St. Siège dans le tems que les Papes ne polfédaient prelque point de terrain , qu'ils n'étaient point maîtres à Rome , qu'on ne les reconnai liait pas même dans la marche d'Ancone qu'Othon le Grmid ïeur avait donnée '< Cet événement eu; prefqne aulïi étonnant que les conquêtes des gentilshommes Normands. Voici l'explication de cette énigme. Le Pape Léon IX. voulut avoir la ville de Bénevent qui apartenait aux Princes de la race des Rois Lombards dépofledés par Charlemagne. L'Empereur Henri icf III. lui donna en erFet cette ville en échange du fief de Bamberg en Allemagne. Les fouverains Pontifes font maîtres aujourdhui de Bénevent en vertu de cette donation. Les nouveaux Princes Normands étaient des voifins dangereux. Il n'y a point de conquêtes fuis de trèsgrandes injuftices : ils en commettaient, & l'Empereur aurait voulu avoir des vaiîaux moins . redoutables. Léon IX, après les avoir excommuniés >
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niés fe mit en tète de les aUer combattre avec une armée d'Allemands que Hairi III. lui fournit. L'Hiltoire ne dit point comment les dépouilles devaient être partagées. Elle dit feulement que Tannée était nombreufe , que le Pape y joignit des troupes Italiennes qui s'enrôlèrent comme pour une guerre {àinte, & quctojj. parmi les Capitaines il y eut beaucoup d'Evèques. Les Normands qui avaient toujours vaincu en petit nombre étaient quatre fois moins forts que le Pape :. mais ils étaient accoutumés à combattre.- Robert (riiifcarâ , fon frère Humfvoi, le Comte d'Averfe Richard, chacun à la tête d'une troupe aguerrie , taillèrent en pièces l'armée Allemande & firent disparaître l'Italienne. Le Pape s'enfuit à Civitade dans la Capitanate près du champ de bataille ; les Normands le fuivent , le prennent , remmènent prifonuier dans cette même ville de Bénevent qui était le premier Sujet de cette entrepiife.
On a fait un Saint de ce Pape Léon IX. Apparemment qu'il fit pénitence d'avoir fait inutilement répandre tant de fang & d'avoir mené tant d'eccléfiaitiques à la guerre. Il eft fur qu'il s'en repentit , furtout quand il vit avec quel rfcfpect. le traitèrent fes vainqueurs , & avec quelle inflexibilité ils le gardèrent prifonuier une année entière. Ils rendirent Bénevent aux Princes' Lombards , & ce ne fut qu'après l'extinction, de cette maifon que les Papes curent enfin la ville.
On conçoit aifément que les Princes Normands étaient plus piqués contre l'Empereur H. G. Tom. I. P qui
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qui avait fourni une armée redoutable, que contre le Pape qui l'avait commandée. Il fallait s'affranchir pour jamais des prétentions ou des droits de deux Empires entre lefquels ils le trouvaient. Ils continuent leurs conquêtes ; ils s'emparent de la Calabre & de Capoue pendant la minorité de Henri IV. 8c tandis que le gouvernement des Grecs eft plus faible qu'une minorité.
C'étaient les enfans Je Tancrede de Haiitcville qui conquéraient la Calabre ; c'étaient les descendants des premiers libérateurs qui conquéraient Capoue. Ces deux dinafties vidlorieufes n'eurent point de ces querelles qui divifent Ci fouvent les vainqueurs & qui les affaiblirent. L'utilité de l'Hiftoire demande ici que je m'arrête un moment pour obferver que Richard tPAverfe qui fabjugua Capoue , fe fit couronner avec les mêmes cérémonies du facre & de l'huile fainte qu'on avait emploïées pour Clovis. Les Ducs de Bénevent s'étaient toujours fait facrer ainiï. Les fucceffeurs de Richard en ufèrent de même. Rien ne fait mieux voir que chacun établit les ufages à fon choix.
Robert Gui f car d Duc de la Pouille & de la Calabre , Richard Comte d'Averfe & de Capoue , tous deux par le droit de l'épée , tous deux voulant être indépendants des Empereurs, mirent en ufage pour leurs fouverainetés une précaution que beaucoup de particuliers prenaient dans ces tems de troubles & de rapines pour leurs biens de patrimoine : on les donnait à l'Eglife fous le nom d'offrande, ftohlata, & on en
jouit
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jouïlFait moïennant une légère redevance. C'était la reifource des faibles dans les gouvernements orageux de l'Italie. Les Normands quoique puiflants Pemploïèrent comme une fauvegarde contre des Empereurs qui pouvaient devenir plus puiiïànts. Robert Gnifcarâ & Richard de Capoue excommuniés par le Pape Léon IX. Pavaient tenu en captivité. Ces mêmes vainqueurs excommuniés par Nicolas IL lui rendirent hommage.
Rjobert Giiifcard & le Comte de Capoue mi- ioj; rent donc fous la protection de PEglife entre les malus de Nicolas IL non feulement tout ce qu'ils avaient pris , mais tout ce qu'ils pouraient prendre. Le Duc Robert rit hommage de la Sicile même qu'il n'avait point encore. I! ft déclara feud;i taire du St. Siège pour tous fes Etats, promit une redevance de douze deniers par chaque charué , ce qui était beaucoup. Cet hommage était un acte de pieté politique qui pouvait être regardé comme le denier de St. Pieyre que puiait l'Angleterre au St. Siège , comme les deux livres d'or que lui donnèrent les premiers Rois de Portugal , enfin comme la foumufioil volontaire de tant de Roïaumes à PEglife.
Mais félon toutes les loix du droit féodal établies en Europe , ces Princes vaffaux de l'Empire ne pouvaient choifir un autre fuzerain. Ils devenaient coupables de félonie envers l'Empereur y ils le mettaient en droit de conrifquer leurs Etats. Les querelles qui furvinrent entre le Sacerdoce & ir>mpirc,& encor plus les propres forces des Princes Normands , mirent les Eir.pe-
P % reurs
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reurs hors d'état d'exercer leurs droits. Ces conquérants en fe faifant valfaux des Papes devinrent les protecteurs & fouvent les maîtres de leurs nouveaux fuzerains. Le Duc Robert aiant reçu un étendait du Pape , & devenu Capitaine de PEglife de fon ennemi qu'il était, paife en Sicile avec fon frère Roger : ils font la conquête de cette ifle fur les Grecs & fur les Arabes qui la partageaient alors. Les Mahométans 1067. & les Grecs fe fournirent à condition qu'ils conferveraient leurs Religions & leurs ufages.
Il falait achever la conquête de tout ce qui compofe aujourdhui le roïaume de Naples. IL reliait encor des Princes de Salerne , dépendants de ceux qui avaient les premiers attiré les Normands dans ces pais. Les Normands enfin les chaflerent ; le Duc Bobert leur prit Salerne : ils fe réfugièrent dans la Campagne de Rome fous la protection de Grégoire VIL de ce même Pape qui faifait trembler les Empereurs. Robert , ce vaffal & ce défenfeur de l'Eglife, les y pourfuit. Grégoire VIL ne manque pas de l'excommunier , & le fruit de l'excommunication eft la conquête de tout le Béneventin que fait Robert après la mort du dernier Duc de Béncvent de la race Lombarde.
. ■ Grégoire VII 9 que nous verrons fi fier & fi terrible avec les Empereurs & les Rois, n'a plu* que des complaifances pour l'excommunié Robert. Il lui donne l'abfolution , & en reçoit la ville de Béncvent, qui depuis ce tems-là eft toujours demeurée au St. Siège.
Bientôt après éclatent les grandes querelles
dont
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dont nous parlerons entre L'Empereur Henri IV. & Grégoire VIL Henri s'était rendu maître de 1084; Rome & alïïégeait le Pape dans ce château qu'on a depuis appelle le château St. Ange. Kobert accourt alors de la Dalmatie où il faifait des conquêtes nouvelles , délivre le Pape malgré les Allemands & les Romains réunis contre lui , fe rend maître de fa pérfonnë & l'emmène à Salcrnc , où ce Pape qui dépofait tant de Rois mourut le captif* & le protégé d'un gentilhomme Normand
Il ne faut point être étonné Ci tant de romans nous repréfentent des Chevaliers errants devenus de grands Souverains par leurs exploits & entrants dans la famille des Empereurs. C'eft précifément ce qui arriva à Robert Guifcard, & ce que nous verrons plus d'une fois du tems des Croifàdes. Robert maria fa fille à Confiant. n fils de l'Empereur de Conftantinople Michel Ducas. Ce mariage ne fut pas heureux. Il eut bientôt fa fille & fon gendre à venger , & réfolut d'aller détrôner l'Empereur d'Orient après avoir humilié celui d'Occident.
La Cour de Conftantinople n'était qu'un continuel oraee. Michel Ducas fut chaifé du trône par Nicéplore furn«nmé Botoniate. Confiant* gendre de Robert fut fait Eunuque. Et enfin Alexis Comnéne, qui eut depuis tant à fe plaindre des croifés , monta fur le trône. Robert pendant ces révolutions s'avanqait déjà par la Dalmatie, par la Macédoine, & portait la terreur 1084, jufqu'à Conftantinople; Bohênwnd fon fils d'un premier lit, fi fameux dans les Croifàdes, l'ac-
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compagnait à cette conquête d'un Empire. Nous voions par là combien Alexis Commue eut raifort de craindre les Croifés , puifque Bobêmond commença par vouloir le détrôner.
. La mort de Robert dans rifle de Corfou mit En à fes entreprifes. La Princelïè Anne Commue fille de l'Empereur Alexis , laquelle écrivit une partie de cette hiftoire, ne regarde Robert que comme un brigand, & s'indigne qu'il ait eu l'audace de marier fa fille au rils d'un Empereur. Elle devait longer que l'hilloire même de l'Empire lui fourniifait des exemples de fortunes plus confidérables , & que tout cède dans le monde à la force & à la puiifance.