‹ Collection Complette Des Œuvres de Mr. de VoltaireChapitre 50 sur 80 · DROIT DE LEGATION DANS CETTE ISLE · texte numérisé non relu

DROIT DE LEGATION DANS CETTE ISLE

.Lj nopte s'évanouit avec la vie de Robert. Mais les établi Hem ents de fa famille s'affermirent en Italie. Le Comte Roger fon frère refta maître de la Sicile. Le Duc Roger fon fils demeura poifeifeur de prefque tous les pais qui ont le îv >m du roïaume de Naplcs. Bohémo?id fon autre fils alla depuis conquérir Antioche, après . . { '. avoir

conquérir l'Empire de Conftanti-

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avoir inutilement tenté de partager les Etats du Duc Roger fon frère.

Pourquoi ni le Comte Roger Souverain de Sicile , ni fou neveu Rogei- Duc de la Pouill e, ne prirent-ils point dès lors le titre de Rois ? Il faut du tems à tout. Robert Gnifcard le premier Conquérant avait été invefti comme Duc par le Pape Nicolas IL Roger fon frère avait été invefti par Robert Guifcard en qualité de Comte de Sicile. Toutes ces cérémonies ne donnaient que des noms & n'ajoutaient rien au pouvoir. Mais ce Comte de Sicile eut un droit qui s'eft confervé toujours & qu'aucun Roi de l'Europe n'a eu : il devint un fécond Pape dans fon ifle.

Les Papes s'étaient mis en poflèffipn d'envoyer dans toute la Chrétienté des Légats qu'on nommait h latere, qui exerçaient une jurifdiction fur toutes les Eglifes , en exigeaient des décimes 9 donnaient les bénéfices , exerçaient & étendaient le pouvoir Pontifical autant que les conjonctures & les intérêts des Rois le permettaient. Le temporel prefque toujours mêlé au Ipirituel leur était fournis i ils attiraient à leur tribunal les caufes civiles. Pour peu que le facré s'y joignit au profane , mariages , teftaments , promefTes par ferment , tout était de leur reifort. C'étaient des Proconfuls que l'Empereur Eccléfiaftiquc des Chrétiens déléguait dans tout l'Occident. C'eft. par là que Rome toujours faible, toujours dans l'anarchie, efcîave quelquefois des Allemands, & en proie à tous les fléaux , continua d'être la maitreire des Nations. C'eft par là que l'hif-

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toire de chaque peuple eft toujours Phiftoire de Rome.

Urbain IL envoya un Légat en Sicile dès que le Comte Roger eut enlevé cette ifle aux Âlahométans & aux Grecs , & que PEglife Latine y fut établie. C'était de tous les pais celui qui femblait en effet avoir le plus de befoin d'un Légat , pour y régler la Hiérarchie, chez un peuple dont la moitié était Mufulmanc, & dont l'autre était de la communion Grecque. Cependant ce fut le feul pais où la légation fut profcritte pour toujours. Le Comte Roger bienfaiteur de PEglife Latine, à laquelle il rendait la Sicile , ne put fourfrir qu'on envoiat un Roi fous le nom de Légat dans le pais de fa conquête.

Le Pape Urbain uniquement occupé des Croifades , & voulant ménager une famille de héros i(ï nécelfaire à cette grande entreprife, accorda la dernière année de fa" vie en 1098. une bulle au Comte Roger^ par laquelle il révoqua fon Légat , & créa Roger & fes fuccelfeurs Légats nés du St. Siège en Sicile , leur attribuant tous les droits & toute l'autorité de cette dignité qui était à la fois fpirituelle & temporelle. Voilà ce fameux droit qu'on appelle la Monarchie de SU cile , c'eft-à-dire le droit attaché à cette Monarchie, droit que depuis les Papes ont voulu anéantir & que les Rois de Sicile ont maintenu. Si cette prérogative eft incompatible avec la hiérarchie Chrétienne , il eft évident qu' Urbain ne put pas la donner ; iî c'eft un objet de difcipline que la Religion ne reprouve pas , il eft auiïî évident que chaque roïaume eft en droit de fe

l'attri-

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l'attribuer. Ce privilège au fonds n'cft que le droit de Confiantin & de tous les Empereurs de prélldcr à toute la police de leurs Etats > cependant il n'y a eu dans toute l'Europe Catholique qu'un gentilhomme Normand qui ait fçu le donner cette prérogative aux portes de Rome.

Le fils de ce Comte Roger recueillit tout l'héritage de la maifon Normande -, il fc fit cou- 1130, ronner & facrer Roi de Sicile & de la Pouille. Naplcs qui était alors une petite ville n'était point encor à lui & ne pouvait donner le nom au roïdUme. Elle s'était toujours maintenue en République fous un Duc qui relevait des Em- , pereurs de Conftantinople > & ce Duc avait ju£ qu'alors échapé par des prefents à l'ambition de la famille conquérante.

Ce premier Roi Roger fît hommage au St. Siège. Il y avait alors deux Papes : l'un le fils d'un Juif nommé Léon , qui s'appellait Anaclety & que St. Bernard appelle judûâcam fobolem , race hébraïque : l'autre s'appcllait Innocent IL Le Roi Roger reconnut Anaclet , parce que l'Empereur Lothaire IL reconnaiflait Innocent ; & ce fut à cet Anaclet qu'il rendit fon vain hommage.

Les Empereurs ne pouvaient regarder les conquérants Normands que comme des ufurpateurs.

Auifi. St. Bernard qui entrait dans toutes les a£faires des Papes & des Rois , écrivait contre Roger auili-bien que contre ce fils d'un Juif qui s'était fait élire Pape à prix d'argent. Vun , ditil , a ufurpé la chaire de S. Pierre , l'autre a ufurfè la Sicile , c'efi à Céfar à le punir.

Le Roi Roger foutenait Anaclety qui fut toujours

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jôurs reconnu dans Rome. Lothaire prend cette occafion pour enlever aux Normands leurs conquêtes. Il marche vers la Pouille avec le Pape Innocent IL II parait bien que ces Normands avaient eu raifon de ne pas vouloir dépendre des Empereurs & de mettre entre eux une barrière. Roger à peine Roi fut fur le point de tout perdre. II alîiégeait Naples quand l'Empereur s'avance contre lui. Il perd des batailles j il perd prefque toutes fes Provinces dans le Continent. Innocent IL l'excommunie & le pourfuit. St.

Bernard était avec l'Empereur & le Pape. Il vou-

In 3Mut en vain ménager un accommodement. Roger vaincu fe rétire en Sicile. L'Empereur meurt. Tout change alors. Le Roi Roger & fon fils reprennent leurs Provinces. Le Pape Innocent IL reconnu enfin dans Rome, ligué avec les Princes à qui Lothaire avait donné ces Provinces , ennemi implacable du Roi , marche comme Léon IX. à la tète d'une

'» 3* armée. Il eft vaincu & pris comme lui. Que peutil faire alors? Il fait comme les prédéecifeurs : il donne des abfolutions & des ûivèftitures , & il fe fait des protecteurs contre l'Empire , de cette même maifon Normande contre laquelle il avait apellé l'Empire à fon fecours.

Bientôt après le Roi fubjugue Naples, & le peu qui reftait encor pour arrondir fon roïaume de Gaieté jufqu'à Brindes : la monarchie fe forme telle qu'elle eft aujourdhui. Naples devient la capitale tranquille du roïaume , & les arts commencent à renaitre un peu dans ces belles Provinces.

Après avoir vu comment des gentilshommes

de

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de Coutance fondèrent le roïaume de Naples & de Sicile , il faut voir comment un Duc de Normandie Pair de France conquit l'Angleterre. C'eft une chofe étonnante que toutes ces invafions , toutes ces émigrations, qui continuèrent depuis la fin du quatrième fiécle julqu'au commencement du quatorzième, & qui finirent par les Croilàdes. Toutes les Nations de l'Europe ont été mêlées, & il n'y en a eu prefque aucune qui n'ait eu fes ufurpateurs.

CHAUT. ÏRENÏE- DEUXIEME.

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