NORMANDIE
TAndis que les enfàns de Tancreâe de Hauteville fondaient fi loin des Roïaumes, leurs Ducs en acquéraient un qui eft devenu plus confidérable que les deux Siciles. La Nation Britannique était, malgré fa fierté, deftinée à fc voir toujours gouvernée par des étrangers. Après la mort &Aljred#tnvée en 900. l'Angleterre retomba dans la confufion & la barbarie. Les anciens Anglo- Saxons fes premiers vainqueurs , & les Danois fes ufurpateurs nouveaux, s'en difputaient toujours la polfelîion* & de nouveaux pirates^ Danois venaient encore fouvent partager les dépouilles.
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Ces pirates continuaient d'être fi terribles , & les Anglais fi faibles, que vers l'année rooo. on ne put fe racheter d'eux qu'eu payant quarantehuit mille livres fterling. On impoia, pour lever cette Tomme , une taxe qui dura depuis aflez longtems en Angleterre , ainii que la plupart des autres taxes , qu'on continue toujours de lever après le befoin. Ce tribut humiliant fut apellé argent Danois , Danngelt.
Canut Roi de Dannemarc , qu'on a nommé le grand , & qui n'a fait que de grandes cruautés, remit fous fa domination en 1017. le Dannemarc & l'Angleterre. Les naturels Anglais furent traités alors comme des cfclaves. Les auteurs de ce tems avouent que quand un Anglais rencontrait un Danois , il fallait qu'il s'arrêtât jufqu'à ce que le Danois eut palfc.
La race de Canut ayant manqué en 104.Ï.
les états du roïaume, reprenant leur liberté, déférèrent la couronne à Edouard, un dépendant des anciens Anglo - Saxons , qu'on apelle le Saint & le Confeueur. Une des grandes fautes ou un des grands malheurs de ce Roi , fut de n'avoir point d'enfans de fa femme Edithe , fille du plus puuTant Seigneur du roïaume. Il hailfait fa femme ainfi que fa propre mére pour des raifbns d'état , & les fit éloigner Tune & l'autre. La ftérilité de fon mariage fervit à fa canonifation. On prétendit qu'il avait fait vœu de chalteté: vœu téméraire dans un mari , & abfurde dans un Roi qui avait befoin d'héritiers. Ce vœu , s'il fut réel, prépara de nouveaux fers à l'Angleterre,
Vous
par Guillaume Duc de Normandie. 237
Vous voyez toujours les ufages & les mœurs de ces temps là abfulument différents des nôtres. Guillaume Duo de Normandie , qui conquit l'Angleterre , loin d'avoir aucun droit fur ce roïaume, n'en avait pas même fur la Normandie,
fi la naûTance donnait les droits. Son pére le , Duc Robert qui ne s'était jamais marié , l'avait eu de la fille d'un péletier de Falaife, que Phiftoire apelle Harlot , terme qui lignifiait & lignifie encore aujourdhui en Anglais concubine ou femme publique. Ce bâtard , reconnu du vivant de ion » pére pour héritier légitime, le maintint par fon habileté & par fa valeur contre tous ceux qui lui dilputaient fbn duché. Il régnait paifiblement en • Normandie, & la Bretagne lui rendait hommage. Lorfqu'iîV/o/Mr^ le Confefleur étant mort , il prétendit au roïaume d'Angletef re , le droit de . fuccclfion ne paraiifait alors établi dans aucun Etat de l'Europe. La couronne d'Allemagne était élective : l'Efpàgne était partagée entre les . \ Chrétiens & les Àlululmans. La' Lombardic-; - . . changeait chaque jour de maître. La race Carlo-; vingienne, détrônée en France , 'faifait voir ce que peut la force contre le dfôlt du f mg. Edouard le Confelfeur n'avait point ' joui du trône* à titre d'héritage. Hayald fuccefleur Edouard n'était point de fa race \ mais il avait le: plus inconte--
(table de tous les droits , les furfrifoes de toute *
la Nation. Guillaume le bâtard n'avait pouf lui ni le droit d'élection, ni celui d'héritage , ni même aucun parti en Angleterre. ïlprétendit que dans ■ un voyage qu'il fit autrefois dans cette iflc, le Roi Edouard avait Fait en fa laveur un teftament. .
que
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que perfbnne ne vit jamais. Il difait encore qu'autrefois il avait délivré de prifon Harold, & qu'il lui avait cédé fes droits fur l'Angleterre. Il appuia fes faibles raifons d'une forte armée.
Les Barons de Normandie, aiièmblés en forme d'Etats, réfutèrent de l'argent à leur Duc pour cette expédition : parce que, s'il ne réullidait pas, la Normandie en relierait apauvrie, & qu'un heureux fuccès la rendrait province d'Angleterre; mais plufieurs Normands hazardèrent leur fortune avec leur Duc. Un feul Seigneur , nomme Fiz Otbforn* équipa quarante vaûTeaux à fes dépens. Le Comte de Flandre , beau-pére du Duc . Guillaume , le fecourut de quelque argent. Le Pape même entra dans fes intérêts. Il excommunia tous ceux qui s'opoferaient aux delfcins de GidU lawne. Ce PrinCe partit de St. Valeri avec une flotte nombreufe ; on ne fait combien il avait de ^ . Q.vaûleaux , ni de ibldats. Il aborda fur les cô- 'tfobretes de Sufiex: & bientôt après fe donna dans cette J066. province la fameufe bataille de Haftings, qui N décida feule du fort de l'Angleterre. Les Anglais ayant leur Roi Harold à leur tète , & les Normands conduits par leur Duc , combattirent pendant douze heures. La gendarmerie , qui commençait à faire ailleurs la force des armées , ne parait pas avoir été employée dans cette bataille. Les chefs y combattirent à pied : Harold & deux de fes frères y furent tués. Le vainqueur s'aprocha de Londres, portant devant lui une bannière bénite que le Pape lui avait envoyée. Cette bannière fut l'étendart auquel tous les Evèques fe rallièrent en fa faveur. Ils vinrent
aux
par Guillaume Duc de Normandie. 239
aux portes avec le magiftrat de Londres lui offrir la couronne qu'on ne pouvait refufer au vainqueur.
Guillaume fut gouverner , comme il fut con* quérir. Plufieurs révoltes étouffées, des irruptions des Danois rendues inutiles , des loix rigourcufcs durement exécutées , fîgnalèrent fon régne. Anciens Bretons, Danois , Anglo-Saxons , tous furent confondus dans le même efclavage. Les Normands qui avaient eu part à fa vi&oire, partagèrent par fes bienfaits les terres des vaincus. Dc-ià toutes ces familles Normandes , dont les defeendans , ou du moins les noms , fubfiftent encore en Angleterre. Il fit faire un dénombrement exact de tous les biens des fujets, de quelque nature qu'ils futlènt. On prétend qu'il en profita pour fe faire en Angleterre un revenu de quatre-cent-mille livres fterlingi ce qui ferait aujourdhui environ cinq millions fterling, & plus de cent millions de France. Il eft évident qu'en cela les Hiftoriens fe font trompés. L'Etat d'Angleterre d'aujourdhui, qui comprend PEcofïe & l'Irlande , n'a pas un fi gros revenu , fi vous en déduifez ce qu'on paye pour les anciennes dettes du Gouvernement. Ce qui eft fur , c'eft que Guillaume abolit toutes les loix du pais , pour y introduire celles de Normandie. Il ordonna qu'on plaidât en Normand 3 & depuis lui tous les actes furent expédiés en cette langue' jufqu'à Edortard UL II voulut que la langue des vainqueurs fut la feule du pais. Des écoles de la langue Normande furent établies dans toutes les villes & les bourgades. Cette langue était le
Fran-