‹ Collection Complette Des Œuvres de Mr. de VoltaireChapitre 52 sur 80 · Conquête de l'Angleterre · texte numérisé non relu

Conquête de l'Angleterre

Français mêlé d'un peu de Danois : idiômc barbare , qui n'avait aucun avantage fur celui qu'on parlait en Angleterre. On prétend qu'il traitait non feulement la nation vaincue avec dureté , mais qu'il affedait encore des caprices tiranniques. On en donne pour exemple la loi du couvre-feu, par laquelle il falait, au fon de la cloche, éteindre le feu dans chaque maifon à huit heures du foir. Mais cette loi, bien loin d'être tirannique , n'eft qu'une ancienne police établie prefque dans toutes les villes du Nord ; elle s'eft longtemps confervée dans les cloitres. Les maifinis étaient bâties de bois : & la crainte du feu était un objet des plus importans de la po-' lice générale.

On lui reproche encore d'avoir détruit tous les villages qui fe trouvaient dans un circuit de quinze lieues , pour en faire une forêt , dans laquelle il pût goûter le plaifir de la chalfe. Une telle action eft trop infenfée pour être vraifemblable, Les Hiftoriens ne font pas attention qu'il fout au moins vingt années pour qu'un nouveau plan d'arbres devienne une forêt propre à la chaf. îè. On lui fait femer cette forêt en 1080. il avait alors 63 ans. Quelle aparence y a-t-il qu'un homme raifonnable ait à cet âge détruit des villages pour femer quinze lieues en bois dans Tefpèrance d'y chaifer un jour ?

Le Conquérant de l'Angleterre fut la terreur du Roi de France Philippe /, qui voulut abaiifer trop tard un valfal fi puilfant , & fe jetta fur le Mayne, dépendant alors de la Normandie.

*ar GûiLL tJME Dtjç de Normandie.

die. Guillaume repaflà la mer, reprit le Mayiie , & contraignit- le Roi de France à demande]- la paix.

Les prétentions de la Cour de Rome n'éclatèrent jamais plus finguliérement qu'avec ce Prhv ce. Le Pape Grégoire VIL prit le tems qu'il £11fait îa guerre à la France pou; demande qu'il lui rendît hommage du roïaume d'Angleterre. Cet hommage était fondé fur cet ancien denier de St. Pierre , que l'Angleterre payait à l'Eglilè de Rome. Il revenait à environ trois livres de notre monnoie par chaque maifon, affrande regardée enÀn;leterr e comme une forte aumône & à Rome comme un tribut. Guillaume le conquérant fit dire Vlu Pape , qu'il pourrait bien continuer l'aumône ; mais au lieu de faire hommage* il fit défenfe en Angleterre de ne reconnaître d'autre Pape que celui ïju'ii aprouverait. La proportion de Grégoire VIL devint par- là ridicule à force d'être audacieufe. C'eft ce même Grégoire VIL qui bouleverfaife l'Europe pour élever Le Sacerdoce audeflus de l'Empire; maïs avant de parler de cette querelle mémorable > & des croifades , qui prirent naiûance dans ces tems , il faut voir en peu de mots en quel état étaient les autres pi s de FEuropeV

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CHAPlT TRENTE-TROISIEME.

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