DE FREDERIC II
De fes querelles a vec les Papes , g? de P Empire Allemand.
VErs le commencement du treizième fiécle , tandis que Philippe Angufie régnait encore , que Jean fans terre était dépouillé par Louis VIII. y qu'après la mort de Jean & de Philippe Augujie, Louis VIII. chafle d'Angleterre régnait en France & laiifait l'Angleterre à Henri III: dans ces tems, dis- je les croifades , les perfécutions contre les Albigeois épuifaient toujours PLurope. L'Empereur Frédéric IL faifait faigner les plaies mal fermées de l'Allemagne & de l'Italie. La querelle, de la couronne Impériale & de la mitre de Rome, |^ factions des Guelphes & des Gibelins, les haines des Allemands & des Italiens, troublaient le monde plus que jamais. Frédéric II. fils de Henri VI. & neveu de Philippe, joui/Tait de l'Empire qu'Othon IV. fou compétiteur avait abandonné 3vaiit de mourir.
Les Empereurs étaient alors bien plus puiffans que les Rois de France 3 car outre la Souabe^ & les grandes terres que Frédéric poifédait en Allemagne, il avait aufîi Naples & Sicile par héritage. La Lombardie lui apartenâit H. G. Tom, L X par
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par cette longue poifeiîion des Empereurs ; maïs cette liberté dont les villes d'Italie étaient -alors idolâtres , reipeelait peu la polîeilion des Céfars Allemands. C'était en Allemagne un tems d'Anarchie & de brigandage , qui dura longtems.
Ce brigandage s'était tellement accru , que les Seigneurs comptaient parmi leurs droits celui d'être voleurs de grand chemin dans leurs territoires , & de faire de la faillie monnoie. Frédéric IL les contraignit dans la Dictte d'Egra en 12 19. de faire ferment de ne plus exercer de pareils droits : & pour leur donner l'exemple , il renonça au droit que fes prédécclfeurs s'étaient attribué de s'emparer de toute la dépouille des Evèqucs à leur décès.
Les ufages les plus ridicules & les plus barbares étaient alors établis. Les Seigneurs avaient imaginé le droit de cuiiîagc , de markette, de prélibation ; c'était celui de coucher la première nuit avec les nouvelles mariées leurs vailales roturières. Des Evèques , des Abbés curent ce droit en qualité de hauts Barons \ & quelques-uns fc Sont fait payer au dernier iiécîe par leurs fujets la renonciation à ce droit étrange , qui s'étendit en Ecolîe & en France dans les Provinces. Voilà les mœurs qui régnaient dans le tems des croifades.
L'Italie était moins barbare , mais n'était pas moins malheureufe. La querelle de l'Empire & du Sacerdoce avait produit les fa&ions Guelfe & Gibeline qui divifaient les villes & les familles.
Milan , Brefcia , Mantoue , Vicence , Padoue, Trévize, Fèrrare, & prefque toutes les villes
de
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de la Romagiie , fous lu protection du Pape , étaient liguées entr'ellcs contre PEmpereur.
Il avait pour lui Crémone , Bcrgame , Modéne , Parme , Reggio , Trente. Beaucoup d'autres villes étaient partagées entre les factions Guelfe & Gibeline. L'Italie était le ( théâtre non d'une guerre, mais de cent guerres civiles , qui en aiguifant les efprits & les courages, n'accoutumaient que trop les nouveaux Potentats Italiens à l'afiaifinat & à Pempoifonnement.
Frédéric IL était né en Italie. Il aimait ce climat agréable , & ne pouvait fouffrir ni le pais , ni les mœurs de l'Allemagne dont il fut abfent quinze années entières. Il parait évident que fon grand denein était d'établir en Italie le trône des nouveaux Cefars. Cela feul eût pu changer la face de l'Europe. C'eft le nœud fecret de toutes les querelles qu'il eut avec les Papes. Il emploïa tour à tour la fouplefle & la violence , & le St. Siège le combattit avec les mêmes armes.
Honorius III. & Grégoire IX. ne peuvent d'abord lui réfifter qu'en l'éloignant , & en l'envoyant faire la guerre dans la terre Sainte. Tel était le préjugé du temps , que l'Empereur fut
de n'être pas regardé par les Peuples comme Chrétien. Il fit le vœu par politique, & par po-nz^ litique il différa le voyage.
Grégoire IX. l'excommunie félon l'ufage ordinaire. Frédéric part ; & tandis- qu'il fait une crohade à Jérusalem, le Pape en fait une con-
obligé de le vouer
tre
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tre lui dans Rome. Il revient après avoir ne- ;i230. gocic avec les Soudans , fe battre contre le St. Siège. Il trouve dans le territoire de Capoue fon propre beau-pere Jean de Br tenue Roi titulaire de Jcrufalem à la tète des foldats du Pontife qui portaient le figne des deux clefs fur rcpaule. Les Gibelins de l'Empereur portaient le figne de la croix , & les croix mirent bientôt les clefs en fuite.
Il ne reliait guères alors d'autre rcifource à Grégoire IX. que de foulever Henri Roi des Romains fils de Frédéric IL contre fon pere , ainfi que Grégoire VIL Urbain IL & Pafcbal IL avaient armé les enfans de Henri IV. Mais Fréi»35- déric plus heureux que Henri IV. fe laifit de fon fils rebelle , le dépofe dans la célèbre Diète de Mayence , & le condamne à une prifon perpétuelle.
Il était plus aifé à Frédéj-ic IL de faire condamner fon fils dans une Diette d'Allemagne , que d'obtenir de l'argent & des troupes de cette Diète pour aller fubjuguer l'Italie. Il eut toujours allez de forces pour l'enfanglanter , & jamais alfez pour l'aller vir. Les Guelphes ces partifans de la Papauté , & encor plus de la liberté , balancèrent toujours le pouvoir des Gibelins partifms de l'Empire.
La Sardaigne était encore un fujet de guerre entre l'Empire & le Sacerdoce , & par confequent d'excommunications. L'Empereur s'empara en 1238- de prefque toute {Pille. Alors Grégoire !X. aceufa publiquement Frédéric IL d'incrédulité. „ Nous avons des preuves , dit-il dans fa
lettre
lettre circulaire du premier Juillet 1239. » qu'il „ dit publiquement , que l'univers a été trom- „ pc par trois impoltcurs , Moyse , Jésus- „ Christ, & Mahomet. Mais il place Jesus- „ Christ fort au-deilbus des autres ; car il dit , „ ils ont vécu pleins de gloire , & l'autre n'a „ été qu'un homme de la lie du peuple, qui „ prêchait à Tes pareils. L'Empereur , ajoûte-t-il, „ îoLitient qu'un Dieu unique & créateur ne „ peut être né d'une femme , & furtout d'une „ vierge. w
Ces accufations , qui n'avaient rien de commun avec la Sardaigne n'empêchèrent pas que l'Empereur ne la gardât : les divifions entre Frédéric & le St. Siège n'eurent jamais la Religion pour objet , & cependant les Papes l'excommuniaient , publiaient contre lui des croilades , & le dépotaient. Un Cardinal nommé Jaques , Evèque de Palelline , aporta en France au jeune Louis IX. des lettres de ce Pape Grégoire , pQï lefquelles fa Sainteté , ayant dépofé Frédéric //. transférait de fon autorité l'Empire à Robert Comte d'Artois , frère du jeune- Roi de France. C'était mal prendre fon tems 1 la France & l'Angleterre étaient en guerre , les Barons de France foûlevés dans la minorité de Louis , étaient encor puiuans dans là majorité. On prétend qu'ils répondirent , qu'un frète d'un Roi de France n'avait pas befoin d'un Empire, & que le Pape avait moins de Religion que Frédéric IL Une telle réponfe cil trop peu vraifcmblable pour être vraie.
Rien ne fait mieux connaître les mœurs &
X 3 les
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les ufages de ce tems , que ce qui fe pafla au fujet de cette demande du Pape.
Il s'adretfa aux moines de Citeaux , chez le£ quels il favait que St. Louis devait venir en pèlerinage avec là mére. Il écrivit au Chapitre : M Conjurez le Roi qu'il prenne la protection „ du Pape contre le £ls de Satan Frédéric ; il „ elt néceiîaire que le Roi me reçoive dans fon „ Roiaume , comme Alexandre III. y fut reçu „ contre la perfécution de Frédéric I. ; & St. „ Thomas de Cantorberi contre celle de Henri „ //. Roi d'Angleterre.
Le Roi alla en effet à Citeaux , où il fut reçu par cinq cent Moines , qui le conduillrent au Chapitre : là ils fe mirent tous à genoux devant lui, & les mains jointes le prièrent de - laifièr paiTer le Pape en France. Louis fe mit aulft à genoux devant les Moines, leur promit de défendre l'Eglifc, mais il leur dit expreiTément qu'il ne pouvait recevoir le Pape fans le confentement des Barons du Roiaume ? dout un Roi de France devait fuivre les avis. Grégoire meiïrt: mais i'efprit de Rome vit toujours. /;/noceut IV. l'ami de Frédéric quand il était Cardinal devient nécessairement fon ennemi dès qu'il eft fouverain Pontife. Il fallait a quelque prix que ce fut affaiblir la puiflance Impériale en Italie , & réparer la faute qu'avait fait Jean XII. d'appel 1er à Rome les Allemands.
Innocent IV. après bien des négociations inu- H4j.tiles ailèmblc dans Lyon ce fameux Concile, qui a cette infeription encor auiourdhui dans la bibliothc^ue du Vatican : trei&èwe Concile
. génê*
querelles avec les Papes, &c. 1 327
général , premier de Lyon. Frédéric IL y ejl déclaré ennemi de PEglife , Ç«? privé dujiége Impérial.
Il fcmble bien nardi de dépoter un Empereur dans une ville Impériale, mais Lyon était fous la protection de la France , & fes Archevêques s'étaient emparés des droits régaliens. Frédéric IL ne négligea pas d'envoyer à ce Concile , où il devait être aceufé , des Ambatfadeurs pour le défendre: \
Le Pape , qui fe conftituait Juge à la tête du Concile , fit auffi la fonction de ibn propre Avocat > & après avoir beaucoup inGfté fur les droits temporels de Naplcs & de Sicile > fur le patrimoine de la Comtcîfe Matilde: il accufa Frédéric d'avoir fait la paix avec les Mahométans , d'avoir eu des concubines Mahométanés , de ne pas croire en Jesus-Christ , & d'être hérétique. Comment peu on être à la fois hérétique & incrédule ? & comment dans ces fiécles pouvait-on former fi fou vent de telles aceuf itions ? Jean XII. Etienne VU L Frédéric I. Frédéric IL le Chancelier des Vignes , Main~ froi l'ufurpateur de Naples, beaucoup d'autres elfuïent cette imputation. Les Ambanadeurs de l'Empereur parlèrent en fa faveur avec fer été, & aceufèrent le Pape à leur tour de rapine & d'ufure. Il y avait à ce Concile des Ambaffadeurs de France & d'Angleterre. Ceux-ci fe plaignirent bien autant des Papes que le Pape fe plaignait de l'Empereur. „ Vous tirez par vos M Italiens , dirent-ils , plus de foixante mille „ marcs par an du Roïaume d'Angleterre : vous „ nous avez en dernier lieu envoyé un Légat
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» qui a donne tous les bénéfices à des Italiens- „ Il extorque de tous les Religieux des taxes „ excefllves, & il excommunie quiconque fe „ plaint de fes vexations. Remédiez-y promp- „ tement , car nous ne^burfrirons pas plus long- „ tems ces avanies. „
Le Pape rougit , ne répondit rien , & prononça la dépolition de l'Empereur. U eft très à remarquer qu'il fulmina cette Jentenco, non pas, dit-il , de Paprobation du Concile , mais en préfence du Concile. Tous les Pérès tenaient des cierges allumés , quand le Pape prononçait. Ils les éteignirent enfuite. Une partie ligna l'arrêt , line autre partie fortit en geminunt.
L'Empereur était à Turin , qui n'apartenait point encore à la maifbn de Savoye. C'était un £ef de l'Empire , gouverné par le Marquis de Suze. Il demanda une caflettc. On la lui aporta. Il en tira la couronne Impériale. „ Ce S5 Pape & ce Concile , dit-il , ne me Tout pas n ravie ; & avant qu'on m'en dépouille » il y „ aura bien du faug répandu. 11 ne manqua pas d'écrire , d'abord à tous les Princes d'Allemagne & de l'Europe par la plume de fon fameux Chancelier , Pierre des Vignzs , tant aceufé d'avoir compofé le livre des trois iwpnjîeurs. „ Je ne fuis pas le premier , difait-il dans fes lettres, que le Clergé ait ainfi indignement „ traité , & je ne ferai pas le dernier. Vous en „ êtes caufe , en obéillàut à Ces hipocrites dont „ vous connaiTez l'ambition fans bornes. Com- „ bien, fi vous vouliez, découvririez-vous dans w la Cour de Home d'infamies qui font frémir
„ la pudeur ? Livres aii ficelé , enivrés de dé- „ lices , l'excès de leurs richeiles étoutfe en eux „ tout {intiment de Religion. C'eft une œuvre „ de charité de leur ôter ces richenes pernicieu- „ fes qui les accablent : & c'eft à quoi vous de- „ vez travailler tous avec moi , &c. .
Cependant le Pape, ayant déclaré l'Empire vacant , écrivit à fept Princes ou Evèques : c'étaient les Ducs de Bavière, de Saxe, d'Autriche & de Brabant , les Archevêques de Saltzbourg , de Cologne & de Mayence. Voilà ce qui a fait croire que fept Electeurs étaient alors folemnellcmcnt établis. Mais les autres Princes de l'Empire & les autres Evèques prétendaient auili avoir le même droit.
Les Empereurs & les Papes tâchaient ainfi do fe faire dépofer mutuellement. Leur grande politique confîftait à exciter des guerres civiles.
On avait déjà élu Roi des Romains eu Alleu magne Conrad fils de Frédéric IL mais il fallait, pour plaire au Pape , choiOr un autre Empereur. Ce nouveau Céfar ne fut choifi ni par les Ducs de Saxe , ou de Brabant , ou de Bavière , ou d'Autriche, ni par aucun Prince de l'Empire.
Lés Evèques de Strasbourg , de Wirtsbourg , de Spire , de Metz , ayee ceux de Mayence , de Cologne & de Trêves , créèrent cet Empereur. Ils choifirent un Landgrave de Thuringe , qu'on apeîla le Roi des Prêtres.
Quel étrange Empereur de Rome qu'un Landgrave qui recevait la couronne feulement de quelques Evèques de fon pais ? Alors le Pape fait renouvellcr la çroifade contre Frédéric, Elle
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le était prèchée par les Frères Prêcheurs, , que nous apellons Dominicains , Se par les Frères Mineurs que nous apellons Cordeliers ou Francifcfiins. Cette nouvelle milice des Papes commençait à s'établir en Europe. Le St. Siège ne s'en tint pas à ces anefures. Il ménagea des confpirations contre la vie d'un Empereur qui lavait réfifter aux Conciles, aux Moines , aux Croifades ; du moins l'Empereur fe plaignit que le Pape fufcitait des anaiïins contre lui , & le Pape ne répondit point à ces plaintes.
Les mêmes Prélats qui s'étaient donné la liberté de faire un Céfar , en rirent encore un autre après la mort de leur Thuringien , & ce fut un Comte de Hollande. La prétention de l'Allemagne fur l'Empire Romain ne fervit donc jamais qu'à la déchirer. Ces mêmes Evèques qui élifaient des Empereurs , fe divilercnt entr'eux : leur Comte de Hollande fut tué dans cette guerre civile.
Frédéric IL avait à combattre les Papes depuis l'extrémité de la Sicile jufqu'à celle de l'Allema- 1*49. gne. On dit qu'étant dans la Pouillc , il découvrit que fon médecin , feduit par le Pape /wwocent IV. voulait Pempoifonner. Le fait me parait douteux , mais dans les doutes que fait naître Phiftoire de ces tems , il ne s'agit que du plus ou du moins de crimes.
Frédéric , voyant avec horreur qu'il lui était impofîible de couSer £1 vie à des Chrétiens , fut obligé de prendre des Mahométans pour fa garde. On prétend qu'ils ne le garantirent pas des fureurs de [Mainfroy l'un de fes bâtards ,
qui l'étouifa , dit-on , dans fa dernière maladie. Quoi qu'il en Ibit , ce grand & malheureux Empereur , Roi de Sicile des le berceau , ayant porte trente-huit ans la vaine couronne de Jcrufalem , & celle des Céfars cinquante-quatre ans , ( puis qu'il avait été déclaré Roi des Romains en 1 196". ) mourut âgé de cinquantedeux ans dans le roïaume de Naples, & laiifaitf le monde aulfi troublé à fa -mort qu'à fa naiCfance. Malgré tant de troubles, fes roïaumes de Naples & de Sicile furent embellis & policés par fes foins. Il y bâtit des villes, y fonda des univerlités , y fit fleurir un peu les lettres. La langue Italienne commençait à fe former alors , c'était un compofé de la langue Romaine & du Latin. On a des vers de Frédéric IL en cette langue. Mais les traverfes qu'il elfiiïa nuifîrent aux feiences autant qu'à fes deffeins.
Depuis la mort de Frédéric IL jufqu'en 1268l' Allemagne fut fans Chef, non pas comme l'avait été la Grèce , l'ancienne Gaule , l'ancienne Germanie , & l'Italie avant qu'elle fût foumife aux Romains : l'Allemagne ne fut ni une république , ni un païs partagé entre plufieurs Souverains , mais un corps fans tète , dont les membres fe déchiraient.
C'était une belle occafion pour les Papes ; mais ils n'en profitèrent pas. On leur arracha Brefcia , Crémone , Mantoue , & beaucoup de petites villes. Il eût fallu alors un Pape guerrier pour les reprendre ; mais rarement un Pape eut ce caractère. Ils ébranlaient à-la-vérité 1©
monde
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monde avec leurs bulles. Ils donnaient des Roïaumes. Le Pape en 1247. déclara de fa propre autorité Haqiiin Roi de Norwégue , en le faifant enfant légitime de bâtard qu'il était. Un Légat du Pape couronna ce Roi Haquin , & reçut de lui un tribut de quinze mille marcs d'argent , & cinq-cent marcs des Eglifes de Norwégue ; ce qui était peut - être la moitié de l'argent comptant qui roulait dans un pais fi peu riche.
ix y 1. Le même Pape Innocent IV. créa aufli un certain Mando? Roi de Lithuanie, mais Roi relevant de Rome. Nous recevons, dit-il dans fa bulle du if. Juillet I2>ï. ce nouveau roïaunte de Lithuanie au droit à la propriété de St. Pierre, vous prenant fous notre p'Oteclion , vous , vôtre femme g? vos enfaus. C'était imiter en quelque forte la grandeur de Pancien Sénat de Rome , qui accordait des titres de Rois & de Tetrarques. La Lithuanie ne fut pas cependant un roïaume \ elle ne put même encor être Chrétienne que plus d'un ficelé après.
Les Papes parlaient donc en Maîtres du monde , & ne pouvaient être maîtres chez eux : il ne leur en coûtait que du papier pour donner ainfi des Etats ; mais ce n'était qu'à force d'intrigues qu'ils pouvaient fe reifaifir d'un village auprès de Mantoue ou de Ferrare.
Voilà quelle était la fituation des affaires de l'Europe : l'Allemagne & l'Italie déchirées, la France encore faible , l'Efpagne partagée entre les Chrétiens & les Mufulmans : ceux-ci entièrement chaifes de l'Italie \ l'Angleterre commençant
cant à difputer la liberté contre fes Rois ; le gouvernement féodal établi par-tout ; la Chevalerie à la mode ; les Prêtres devenus Princes & guerriers > une politique prefqu'en tout différente de celle qui anime aujourdhui l'Europe. Il femblait que les pais de la communion Romaine fuirent unp grande république dont l'Empereur & les Papes voulaient être les Chefs ; & cette république , quoique divifée , s'était accordée longtems dans les projets des croifades , qui ont produit éc fi grandes & de fi infâmes actions, de nouveaux Roïaumes , de nouveaux établiflemens , de nouvelles miféres , & enfin beaucoup plus de malheur que de gloire.