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que l'Europe, arrachée de fes fondemens , allait tomber fur l'A fie. Qu'au rait-ce donc été , (i prcs de trois cent mille hommes , dont les uns avaient fuivi Phermite Pierre, les autres le prêtre Gode/caïd^ n'avaient déjà difparu.
On propofa au Pape de fe mettre à la tète de ces armées immenfes qui reftaient encore. C'était 1a feule manière de parvenir à la Mortarchiè univerfelle, devenue l'objet de la Cour Romaine. Cette entrepriiè que le Fape Grégoire VIL avait ofé méditer , demandait le génie d'un Mahomet ou d'un Alexandre. Les obitacles ét.iient grands, & Urbain ne vit que les obftacles.
Le Pape & les Princes croifés avaient dans ce grand appareil leurs vues différentes, & ConC tantinople les redoutait toutes. On y haïifiit les Latins, qu'on y regardait comme des hérétiques & des barbares.
Ce que les Grecs craignaient le plus , & avec raifon, c'était ce Bohémond & fes Napolitains, ennemis de L'Empire. Mais quand même les intentions de Bohémond eu lie ut été pures , de quel droit tous ces Princes d'Occident venaient - ils prendre pour eux des provinces que les Turcs avaient arrachées aux Empereurs Grecs?
On peut juger d'ailleurs quelle était l'arrogance féroce des Seigneurs croiiés , par le trait que raporte la Princelfe Amis Comnéne de je ne iai quel Comte François , qui vint s'alîeoir à côté de l'Empereur fur fon trône dans une cérémonie publique. Baudouin frère de Godefroy de Bouillon, prenant par la main cet homme indiferet pour le
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faire retirer , le Comte dit tout haut dans fott jargon barbare: „ voilà un plailànt ruftre que „ ce Grec , de s'alïèoir devant des gens comme „ nous. „ Ces paroles furent interprétées à Alexis , qui ne fit que foûrire. Une ou deux indiferétions pareilles fuffifent pour décrier une Nation.
Il était moralement impoflîble que de tels hôtes n'exigealfent des vivres avec dureté , & que les Grecs n'en refufairent avec malice. C'était un fujet de combats continuels entre les Peuples & l'armée de Godefroy, qui parut la première après les brigandages des croifés de Pierre Phermite. Godefroy en vint jufqu'à attaquer les fauxbourgs de Conftantinople , & l'Empereur les défendit en perfonne. L'Evêque du Puy en Auvergne, nommé Monter! 9 Légat du Pape dans les armées de la croifade , voulait ablbl ument qu'on commençât les entreprifes contre les infidèles par le fiége de la ville où réfidait le premier Prince des Chrétiens. Tel était l'avis de Bohêmonâ , qui était alors en Sicile, & qui envoyait couriers fur couriers à Godefroy pour l'empêcher de s'accorder avec l'Empereur. Hugues frère du Roi de France, eut alors l'imprudence de quitter la Sicile , où il était avec Bohêmonâ , & de paffer prefque feul fur les terres êC Alexis. Il joignit à cette indiferétion celle de lui écrire des lettres pleines d'une fierté peu féante à qui n'avait point d'armée. Le fruit de ces démarches fut d'être arrêté quelque tems prifonnier. Enfin la politique de l'Empereur Grec vint à bout de détourner tous ces
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orages. Il fit donner des vivres. Il engagea tous les Seigneurs à lui prêter hommage pour les terres qu'ils conquéreraient. Il les fit tous palier en Afie les uns après les autres , après les avoir comblés de préfens. Bohêmond qu'il redoutait le plus , fut celui qu'il traita avec le plus de magnificence. Quand ce Prince vint lui rendre hommage à Conftantinople , & qu'il lui fit voir les raretés du palais , Alexis ordonna qu'on remplit un cabinet de meubles précieux , d'ouvrages d'or & d'argent , de bijoux de toute et pèce , entaiiés Pans ordre , & de lailfcr la porte du cabinet entr'ouverte. Bohêmond vit en pak fant ces tréfors , auxquels les conducteurs affectaient de ne faire nulle attention. „ Elt-il pof- „ fible, s'écria-t-il, qu'on néglige de fi belles cho- 33 fes ? Si je les avais , je me croirais le plus „ puiflant des Princes. „ Le foir même l'Empereur lui envoya tout le cabinet. Voilà ce que raporte fa fille, témoin oculaire. C'en: ainfi qu'en ufait ce Prince , que tout homme defin* térefTé appellera fage & magnifique , mais que la plupart des hiftoriens des croifades ont traité de perfide , parce qu'il ne 7 voulut pas être l'efclave d'une multitude dangereufe.
Enfin , quand il s'en fut heureufement débarrafle , & que tout fut paffé dans l' Afie mineure, on fit la revue près de Nicée , & il fe trouva cent mille cavaliers & fix cent mille homme de pied en comptant les femmes. Ce nombre, joint avec les premiers croifés qui périrent fous i'hermite & fous d'autres, fait environ onze cent
mille. Il juftifie ce qu'on dit des armées des
. , . Rois
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Rois de Perte , qui avaient inondé la Grèce , & ce qu'on raconte des tranfplantations de tant de Barbares. Les Français enfin, & fur-tout Raimond de Toiiloufe , Te trouvèrent par-tout fur le même terrain que les Gaulois méridionaux avaient parcouru treize cent ans auparavant , quand ils allèrent ravager l'Alie mineure & donner leur nom à la province de Galatie.
Les Hiftoriens nous informent rarement comment on nourriifait ces multitudes. C'était une entrepriiè qui demandait autant de foins que la guerre même. Venife ne voulut pas d'abord s'en charger. Elle s'enrichûfait plus que jamais par ion commerce avec les Mahométans , & craignait de perdre les privilèges qu'elle avait chez eux. Les Génois , les Pifans & les Grecs équipèrent des vailTeaux chargés de pro-< virions , qu'ils vendaient aux croiiés en côtoyant l'Aile mineure. La fortune des Génois s'en accrut , & on fut étonne bientôt après de voir Gènes devenue une puilfance.
Le vieux Turc Soliman Soudan de Syrie, qui était fous les Califes de Bagdat ce que les Maires avaient été fous la race de devis , ne put avec le feeours de fon fils réfifter au premier torrent de tous ces Princes croifés. Leurs troupes étaient mieux choifies que celles de Pierre rhermite, & difeiplinées autant que le permettait la licence & l'enthoufiafme.
On prit Nicée , on battit deux fois les ar- |( mées commandées par le fils de Soliman. Les Turcs & les Arabes ne foûtinrent point dans ' ces commencement le choc de ces multitudes
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3fO Prise de
couvertes de fer , & de leurs grands chevaux de bataille, & des forêts de lances auxquelles il» top%, n'étaient point accoutumes.
Eohémond eut l'adrene de fe faire céder par les croifés le fertile pais d'Antioche. Baudouin alla juiqu en Méfopotamie s'emparer de la ville d'£dciie , & s'y forma un petit Etat. Enfin on mit le fjége devant Jérufalem, dont le Calife d'iigypte s'était faiii par les Lieutenants. La plupart djs hi£ toriens difeiit que l'armée des aiiîégeans, diminuée par les combats, par les maladies & par les garnifons miles dans les villes conquises, était réduite à vingt mille hommes de pied & à quinze cent chevaux, & que jérufalem , pourvue 4e tout, était défendue par une garuifon de quarante miile foldats. On ne manque pas d'ajouter qu'il y avait outre cette garnifon vingt mille habitons déterminés. Il n'y a point de lecteur fenfé qui ne voie qu'il eit moralement, impollible qu'une armée de vingt mille hommes en allié^e une de foîxante nulle dans une place fortifiée j mais les hiftoriens ont toujours voulu du merveilleux.
Ce qui eft vrai , c'elfc qu'après cinq femaînes de liège la ville fut emportée d'aflaut, & que tout ce qui n'était pas Chrétien, fut maÛaçré, UhermUe Pierre, de Générai devenu Chapelain, JTe trouva à la prife & au maûacre. Quelques Chrétiens q\ie les Mufulmans avaient laine vivre dans la ville, conduifirent les vainqueurs dons les caves les plus reculées 3 où les mères fe cachaient avec leurs enfans: & rien ne fut épargné. Tous les hiiioriens convieiuient qu'après
cette
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Jérusalem. 3fi
cette boucherie, les Chrétiens tout dégoûtons de fang allèrent en proceliîon à l'endroit qu'on dit être le fépulcre de Jesus-Christ, & y ton- i dirent en larmes. Il eit très-vraifemblable qu'ils y donnèrent des marques de Religion* mais cette tendreiFe qui fe manifeita par des pleurs, n'elt gueres compatible avec cet efprit de "vertige , de fureur , de débauche & d'emportement. Le même homme peut être furieux & tendre , niais non dans le même tems.
Jérufalcm fut prife par les croifés le f Jofr îet 1099. tandis qu'Alexis Comméne était Empereur d'Orient , Henri IV. d'Occident, & qu'Urbain IL chef de l'Eglife Romaine vivait encor. Il mourut avant d'avoir apris ce triomphe de la croifade dont il était l'auteur.
Les Seigneurs» maîtres de Jérufalcm, s'a£ femblaient déjà pour donner un Roi à la Judée. Les ecclcfialtiques luivans l'armée, le rendirent dans l'aiîemblée , ce olérent déclarer nulle l'élecTâon qu'on allait faire, parce qu'il fallait, dilàient-i!s, faire un Patriarche avant de faire un» Souverain.
Cependant Godejroy de Bouillon fut élu non pas Roi , mais Duc de Jçruiàleilk Quelques mois après arriva un Légat nommé àAmberto , qui Te fit nommer Patriarche par . le Clergé > & la première chofe que fit ce Patriarche, ce fut de prétendre le petit roïaume de Jérufalcm pour lui-même. Il fallut que Godefroy de Bouillon, qui avait conquis la ville au prix de fon fàng, la cédât à cet Evèquc. Il fe réferva le port de Joppé & quelques droits dans Jérufalem. Sa pa-
Croisades après
trie qu'il avait abandonnée valait bien au delà de ce qu'il avait acquis en Paleftine.