‹ Collection Complette Des Œuvres de Mr. de VoltaireChapitre 73 sur 80 · APRES SALADIN · texte numérisé non relu

APRES SALADIN

fc réfugia avec quelques vailTeaux vers la Colchide y & là , entre la mer & le mont Caucafe, forma un petit Etat, qu'on apella V Empire de Trebizonde : tant on abufait de ce mot $ Empire,

Hriodore Lafcaris reprit Nicce , & s'établit dans la Bithinie, en fc fervant à propos des Arabes contre les Turcs. Il le donna aulU le titre d'Empereur , & fit élire un Patriarche de fa communion. D'autres Grecs , unis avec les Turcs même , apellèrent à leur fecours leurs anciens ennemis les Bulgares, contre le nouvel Empereur Baudouin de Flandres , qui jouit à peine de fa conquête. Vaincu par eux près d'Andrinople , on lui coupa les bras & les jambes , & Il0 f' il expira en proie aux bètes féroces.

On s'étonne que les fources de ces émigrations ne tarilfent pas. On pourrait s'étonner du contraire. Les efprits des hommes étaient en mouvement. Les Çonfeffeurs ordonnaient aux pénitens d'aller à la Terre fainte. Les faunes nouvelles qui en venai«nt tous les jours , donnaient de fauflès efpérances.

Un moine Breton nommé Esloin conduifk en Syrie vers Tan 1 204. une multitude de Bretons. La veuve d'un Roi de Hongrie fe croifa avec quelques femmes , croyant qu'on ne pouvait gagner le ciel que par ce voyage. Cette maladie épidémique paifa jufqu'aux enfans : & il y en eut des milliers , qui conduits par des maîtres d'école & des moines , quittèrent les maifons de leurs parens, fur la foi de ces paroles : Seigneur , tu as tiré ta gloire des enfans. Leurs condudeurs en vendirent une partie aux Mu^

Aa 2 fulmans;

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fulmans : le re&e périt de mifére. <

L'Etat d'Antioche était ce que les Chrétiens avaient conlcrvé de plus conlidérable en Syrie. Le Roiaume de jérufalem n'exiftait plus que dans Ptoiémaïs. * Cependant il était établi dans l'Occident qu'il falait un Roi de jérufalem.

Un Eaicry de bttfignan, Roi titulaire, étant tnort vers Pan- I20f. , TEveque de Ptoiémaïs propoik d'ailcr demander en France un Roi de Judée. Philippe Augvjie nomma un cadet de la rnaifon de Brîenne en Champagne, qui avait à peine un Patrimoine. On voit par le choix du Roi quel était le roïaume;

Ce Roi titulaire , les Chevaliers , les Bretons qui avaient palfé la mer, plufieurs Princes Allemands , un Duc d'Autriche , un Roi de Hongrie , nommé André , luivi d'aiiez belles troupes, les Templiers, les Hofpitaliers , les Evëques de Mu ni ter & d'Utrecht > tout cela pouvait encore faire une armée de conquérans , fi elle avait eu un Chef; mais c'en: ce qui manqua toujours.

Le Roi de Hongrie s'étant retiré , un Comte de Hollande entreprit ce que tant de Rois & de Princes n'avaient pu faire. Les Chrétiens Semblaient toucher au tems de fe relever : leurs efpémnces s'accrurent par l'arrivée d'une foule de Chevaliers qu'un Légat du Pnpe leur amena. Un Archevêque de Fourdeaux , les Evëques de Paris, d'Angers , cî'Aurun , de Beauvais, accompagnèrent 'e Légat avec des troupes coniidérablcs. Quatre mille Anglais, autant d'Italiens vinrent Ions ' diverfcs- bannières. Enfin Jean de Briome, qui était arrivé à Ptoiémaïs prefque

feul y

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feul, fe trouvé à la tète de près de cent raille combat tans.

Saphadin , frère du fameux Saladin , qui avait joint depuis peu l'Egypte à fes autres Etats s venait de démolir les rertes des murailles de Jerufalem, qui n'était plus qu'un bourg ruiné:

mais comme Saphadin paraillait mal affermi dans l'Egypte , les croifés crurent pouvoir s'en .emparer.

De Ptolémaïs le trajet eft court aux embouchures du Nil. Les vailfeaux qui avaient aporté .tant de Chrétiens, les portèrent en trois jours vers l'ancienne Pelufe.

Près des ruines de Pelufe eft élevée Damiette v fur une chauffée qui la défend des inondations du Xi). Les croifés commencèrent le fiége pen-i*i8. dant la dernière maladie de Saphadin^ & le con- ç tinuèfent après fa mort. Mèlédin ,- l'aine de fes fils, régnait alors en Egypte, & panait pour aimer les loix , les feiences & le repos plus que la guerre. Corradin , Sultan de Damas-, à qui la Syrie était tombée en partage , vint le féequrir contre les Chrétiens. Le liège , qui dura deux ans, fut mémorable en Europe , en Afie & en Afrique.

St. François d'Affize, qui établiffait alors Ton Ordre, palfa lui-même au camp des aiiïégeans: & s'étant imaginé qu'il pourrait aifément convertir le Sultan Mèlédin , il s'avança avec fon compagnon , frère Illuminé , vers le camp des Egyptiens. On les prit , on les conduifit au Sultan. François le prêcha en Italien. Il propofa à Mèlédin de faire allumer un grand feu , dans le- • A a 3> quel

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quel fes Imans d'un côté , François & Illuminé de l'autre , fe jetteraient , pour faire voir quelle était la Religion véritable. Mèlèàin répondit en riant, que fes prêtres n'étaient pas hommes à fe jetter au feu pour leur foi. Alors François propofa de s'y jetter tout feul. Mèlèàin lui dit, que s'il acceptait une telle offre, il paraîtrait douter de fa Religion. Enfui te il renvoya François avec bonté , voyant bien qu'il ne pouvait être un efpion dangereux.

Damiette cependant fut prife , & femblait ouvrir le chemin à la conquête de l'Egypte. Mais i»io. Vêlage Albano^ Bénédi&in Efpagnol, Légat du Pape, & Cardinal , fut caufe de là perte. Le Légat prétendait que le Pape étant Chef de toutes les croifades, celui qui le repréfentait , en était inconteftablement le Général; que le Roi de Jérufalem n'étant Roi que par la permuTion du Pape , devait obéir en tout au Légat. Ces divifions confumèrent du tems. Il falut écrire à Rome. Le Pape ordonna au Roi de retourner au camp , & le Roi y retourna pour fervir fous le Bénédidlin. Ce Général engagea l'armée entre deux bras du Nil , # précifément au tems que ce fleuve, qui nourrit & qui défend l'Egypte, commençait à fe déborder. Le Sultan par des cclufes inonda le camp des Chrétiens. D'un côté, il brûla leurs vaifleaux ; de l'autre côté le Nil croilfait & menaçait d'engloutir l'armée du Légat. Elle fè trouvait dans l'état où l'on peint les Egyptiens de Pharaon , quand ils virent la mer prête à retomber fur eux.

Les contemporains conviennent que dans.'cet-

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