‹ Collection Complette Des Œuvres de Mr. de VoltaireChapitre 74 sur 80 · APRES S A L A D I N · texte numérisé non relu

APRES S A L A D I N

te extrémité on traita avec le Sultan. Il fe fit rendre Damiette 5 il renvoya L'armée en Phénicie , après avoir fait jurer que de huit ans or* ne lui ferait la guerre ; & il garda le Roi Jean de Brienne en ôtage.

Les Chrétiens n'avaient plus d'elpérance que? dans l'Empereur Frédéric IL Jean de Brienne y forti d'ôtage , lui donna fa fille, & les droits an roïaume de Jérufalem pour dot.

L'Empereur Frédéric IL concevait très-bienr l'inutilité des croifades ; mais il fallait ménager les efprits des peuples & éluder les coups des Papes. Il me femble que la conduite qu'il tint» cft un modèle de la plus parfaite politique. Il négocie à la fois avec le Pape & avec le Sultan Mélédin. Son traité étant figné entre le Sultan & lui, il part pour la Paleftine, mais avec uix cortège, plutôt qu'avec une armée. A peine eft> il arrivé, qu'il rend public le traité par lequel on lui cède Jérufalem, Nazaret, & quelques villages. Il fait répandre dans l'Europe , que fans verfer une goûte de fang , il a repris les faints lieux. On lui reprochait d'avoir laifle par le traité une mofquée dans Jérufalem. Le Patriarche de cette ville le traitait d'Athée. Ailleurs il était regardé comme un Prince qui favait régner.

Il faut avouer, quand on lit Phiftoire de ces tems , que ceux qui ont imaginé des romans, n'ont guères pu aller par leur imagination au-delà de ce que fournit ici la vérité. C'cft peu que nous ayons vu quelques années auparavant un Comte de Flandres, qui ayant iait voeu d'aller à la Terre fainte , fe faifit en che-

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min de l'Empire de Conftantinople. Ceft peu que Jean de Briewte cadet de Champagne , .devenu Roi de Jérulalem , ait été iur le point de fubjuguer l'Egypte. Ce même Jean de Brieune, n'ayant plus d'Etats, marche prcfque feul au fecours de Conftantinopie. Il arrive pendant un interrègne , & on l'élit Empereur. Son fuccef.

*""4-{l-ur Baudouin IL dernier Empereur Latin de Conftantinopie, toujours prefle par les Grecs, courait , une bulle du Pape à la main , implorer en vain le fecours de tous les Princes de l'Europe. Tous les Princes étaient alors hors de chez eux. Les Empereurs d'Occident couraient à la Terre fainte : les Papes étaient prefque toujours en France , & les Rois prêts à partir pour la Paleftine. .

Thibaud de Champagne Roi de Navarre , fi célèbre par fon amour pour la Reine mére de

|»4o.&« Louis & par fes chaulons, fut aulli un de ceux qui s'embarquèrent alors pour la Paleftine. Il revint la même année : & c'étiit être heureux. Environ foixante & dix Chevaliers Français , qui voulurent fe fignaler avec lui , furent tous pris & menés au grand Caire, au neveu de Mèlèdin , nommé Mèlecfala , qui ayant hérité des Etats & des vertus de fon oncle , les traita humainement , & les laiiîa enfin retourner dans leur patrie pour une rançon modique.

En ce tems le territoire de Jérulalem n'apartient plus ni aux Syriens ni aux Egyptiens , ni «uix Chrétiens , ni aux Mufulmans. Une révolution qui n'avait point d'exemple , donnait une nouvelle face à la plus grande partie de l'A fie.

Gin*

Gingiskim & fes Tartares avaient franchi le Caucafe , le Taurus , Tlmmaùs. Les Peuples qui fuïaient devant eux, comme des bétes féroces chaifées de -leurs repaires par d'autres animaux plus terribles , fondaient à leur tour fur les ter. res abandonnées.

Les habitans du Chorazan , qu'on nomma iM# Communs ,. poulies par les Tartares, fe précipitèrent fur la Syrie, ainfi que les Goths au quatrième liécle, chattes par des Scythes , étaient tombés fur l'Empire Romain. Ces Corafmins idolâtres égorgèrent ce qui retrait à Jéruf ilem , de Turcs , de Chrétiens , de Juifs. Les Chrétiens qui reftaient dans Antioche , dans Tyr , dans Sidon & fur ces côtes de' la Syrie , fufpendfrent . quelque tems leurs querelles particulières pour réliiter à ces nouveaux brigands. Ces Chrétiens étaient alors ligués avec b Soudan de Damas.

Les Templiers, les- Chevaliers de St: Jecut\ les Chevaliers Teutoniques , étaient des defenfeurs toujours armés. L'Europe fourniifait fans' ccïïc quelques volontaires. Enfin, ce qu'on put i*ama£ fer, combattit les Corafmins. . La défaite des croifés fut entière. Ce n'était pas là le terme de leurs malheurs. De nouveaux Turcs vinrent ravager ces côtes de Syrie après les Corafmins t & 'ex* terminèrent prelque tout ce qui reftait de Chevaliers. Mais ces torrens paiïagers lailîèrent toujours aux Chrétiens les villes de la côte.- t 1 ,

Les Latins, reiifermés dans leurs villes maritimes , fe virent alors faris fecoùrs , & leurs querelles augmentaient leurs malheurs. Les Princes d' Antioche n'étaient occupés qu'à faire

la

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la guerre à quelques Chrétiens d'Arménie* Les factions des Vénitiens , des Génois & des Pifans fe difputaient la ville de Ptolemaïs. Les Templiers & les Chevaliers de St. Jean fe difputaient tout. L'Europe refroidie n'envoyait prêt que plus de ces pèlerins armés. Les efpérances des Chrétiens d'Orient s'éteignaient , quand St. Louis entreprit la deriûére croifade.

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