VINGT-QUATRIÈME EMPEREUR
D'Abord les feigneurs & les évêques affemblés dans Arnsberg en Thuringe , accordent l'adminiftration de l'Allemagne à Philippe , duc de Suabe , oncle de Frédéric II , mineur , reconnu déjà roi des Romains. Ainfi le véritable empereur était Frédéric II. Mais d'autres feigneurs indignés de voir un empire éie&if devenu héréditaire, choifinent à Cologne un autre roij & ils élifent le moins puiffant pour être plus puiflàns fous fon nom. Ce prétendu roi ou empereur , nommé Berthold , duc d'une petite partie de la SuuTe , renonce bientôt à un vain honneur qu'il ne peut foutenir. Alors l'aflemblée de Cologne élit le duc de Brunfvick, Othon, fils de Henri le lion. Les électeurs étaient le duc de Lorraine , un comte de Kuke , l'archevêque de Cologne , les évêques de Minden , de Paderborn , l'abbé de Corbie , deux autres abbés moines bénédiétins.
Philippe veut être aufli nommé empereur ; il eft élu à Erfort y voilà quatre empereurs en une année r & aucun ne l'eft véritablement.
Othon de Brunfvick était en Angleterre : & le roi d'Angleterre Richard fi indignement traite par Henri VI , & jufte ennemi de la maifon de Suabe , prenait le parti de Brunfvick. Par conféquent le roi de France Philippe-Augufte elt pour l'autre empereur Philippe.
C'était encor une occafion pour les villes d'Italie de fecouer le joug allemand. Elles devenaient tous les jours plus punTantes. Mais cette pmflance même les divifait. Les unes tenaient pour Othon de Brunfvick, les autres pour Philippe de Suabe. Le pape Innocent III reliait neutre entre les compétiteurs. ^Allemagne fouffre tous les fléaux d'une guerre civile.
Dans ces troubles inteftins de l'Allemagne , on ne voit que changements de parti , accords faits & rompus > faibleiTe de
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tous les côtés. Et cependant l'Allemagne s'appelle toujours l'empire romain.
L'impératrice Confiance reftait en Sicile avec le prince Frédéric fon fils : elle y était pailîble , elle y était régente : & rien ne prouvait mieux que c'était elle qui avait conipiré contre ion mari Henri VI. Elle retenait fous l'obéuTance du fils ceux qu'elle avait foulevés contre le pcre. Naplcs & Sicile aimaient aans le jeune Frédéric le fils de Confiance, & le fàng de leurs rois. Ils ne regardaient pas même ce Frédéric II comme le fils de Henri VI i & il y a très grande apparence qu'il ne l'était pas , puifque fa mère en demandant pour lui l'invefliture de Naples & de Sicile au pape CélefHn III , avait été obligée de jurer que Henri VI était Ion père.
Le fameux pape Innocent III , fils d'un comte de Segni , étant monté fur le fiége de Rome , il faut une nouvelle inveftiture. Ici commence une querelle fingulière qui dure encor depuis plus de cinq cents années.
On a vu ces chevaliers de Normandie devenus princes & rois dans Naples & Sicile , relevant d'abord des empereurs , faire enfuite nommage aux papes. Lorfque Roger encor comte de Sicile , donnait de nouvelles loix à cette ille , qu'il enlevait à la fois aux mahométans & aux grecs , lorfqu'il rendait tant d'églifes à la communion romaine ; fe pape Urbain II lui accorda folemnelle ment le pouvoir des légats à lattre , & des légats nés du St. Siège. Ces légats jugeaient en dernier reflbrt touies les caufes eccléfîalHquts, conféraient les bénéfices, levaient des décimes. Depuis ce tems les rois de Sicile étaient en effet légats, vicaires du St. Siège dans ce royaume, & vraiement papes chez eux. Ils avaient véritablement les deux glaives. Ce privilège unique que tant de rois auraient pu s'arroger , n'était connu qu'en Sicile. Les fucceffeurs du pape Urbain II avaient confirme cette prérogative foit de gré, fut de force. Céleftin III ne l'avait pas conteftée. Innocent III s'y oppofa , traita la légation des rois en Sicile de fubreptice , exigea que Conftance y renonçât pour fon fils , & qu'elle fît un nonun. ge lige pur & fimple de la Sicile.
Confiance meurt avant d'obéir , & biffe au pape la tutelle du roi & du royaume.
Philippe 1°
Innocent m ne reconnaît point l'empereur Philippe, il reconnaît Othoo ; & lui écrit : dot l'autorité de Dieu à nous donnée ^ nous vous recevons roi des Romains , & nous ordonnons qu'on vous ooéijfe ; & après les préliminaires ordinaires nous vous donnerons la couronne impériale.
Le roi de France Philippe -Augufte , partifan de Philippe de Suabe , & ennemi d'Othon , écrit au pape en faveur de Philippe. Innocent III lui répond ; il faut que Philippe perde l'empire , ou que je perde le pontificat.
Innocent III publie une nouvelle croifade. Les Allemands n'y ont point de part. C'eft dans cette croifade que les chrétiens d'Occident prennent Conftanônople , au lieu de fecourir la Terre-fainte. Ceft elle qui étend le pouvoir & les domaines de Venife.
L'Allemagne s'affaiblit du côté du Nord dans ces troubles. Les Danois s'emparent de la Vandalie ; c'eft une partie de la Prulîe & de la Poméranie. Il eft difficile d'en marquer les limites. Y en avait -il alors dans ces pays barbares? Le Holftein annexé du Dannemarck , ne reconnaît plus alors l'empire.
Le duc de Brabant reconnaît Philippe pour empereur , 6V fait hommage.
Plufieurs feigneurs fuivent cet exemple. Philippe eft facré à Aix par l'archevêque de Cologne. La guerre civile continue en Allemagne.
Othon battu par Philippe auprès de Cologne, fe réfugie en Angleterre. Alors le pape confent à l'abandonner : il promet Annales de P Empire. Z
i7« Philippe L
à Philippe de lever l'excommunication encourue par tout prince qui fe dit empereur fans la permiffion du St. Siège. Il le reconnaîtra pour empereur légitime , s'il veut marier fa fœur à un neveu de fa fainteté -, en donnant pour dot le duché de Spoiette , la Tofcane , la marche d'Ancone. Voilà des proportions bien étranges 4 la marche d'Ancone appartenait de droit au St. Siège. Philippe refufe le pape , & aime mieux être excommunié que de donner une telle dot. Cependant en rendant un archevêoue de Cologne qu'il retenait prifonnier , il a fon ■abfoluaon, èc ne fait point le mariage.
Othon revient d'Angleterre en Allemagne. Il y paraît fans partifans. Il faut bien pourtant qu'il en eût de tecrets , puisqu'il revenait.
Le comte Othon qui était palatin dans la Bavière , afTafiïne l'empereur Philippe à Bamberg , & fe fauve aifément.