‹ Collection complette des œuvres de VoltaireChapitre 62 sur 89 · I4OO · texte numérisé non relu

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RObert , comte palatin du Rhin , eft élu à Rens par les quatre mêmes électeurs. Son élection ne peut être du 22 Août, comme on le dit , puifque Venceflas avait été dépofé le 20 ; & qu'il avait falu plus de deux jours pour choifir le duc de Brunfvick , préparer fon couronnement , & l'aflafliner.

Robert va fe préfenter en armes devant Francfort fuivant Tufage ; & y entre en triomphe au bout de fix femaines & trois jours ; c'eft le dernier exemple de cette coutume.

Quelques princes, & quelques villes d'Allemagne tiennent encor pour Venceflas , comme quelques Romains regrettèrent Néron. Les magiftrats de la ville libre d'Aix-la-Chapelle ferment les portes à Robert quand il veut s'y faire couronner. Il l'eft à Cologne par l'archevêque.

Pour gagner les Allemands , il veut rendre à l'empire le Milanais que Venceflas en avait détaché. Il fait une alliance avec les villes de Suiflè & de Suabe , comme s'il n'était qu'un prince de l'empire , & levé des troupes contre les Vifcontis. La circonstance était favorable. Venife & Florence s'armaient contre la puiflance redoutable du nouveau duc de Lombardie.

Etant aans le Tirol il envoie un défi à Galéas j A vous , Jean Galéas , comte de Vérone , lequel lui répond ; A vous , Robert de Bavière , nous duc de Milan par la grâce de DlEU , & de Venceflas , &c. : puis il lui promet de le battre. Il lui tient parole au débouche des gorges des montagnes.

Quelques princes qui avaient accompagné l'empereur , s'en retournent avec le peu de foldats qui leur reftent j & Robert fe retire enfin prefque feuL

Robert.'

Jean Galéas refte maître de toute la Lombardie, 8c protecteur de prefque toutes les autres villes, malgré elles.

Il meurt , lauTant entr'autres enfants une fille mariée au duc d'Qrléans, fource de tant de guerres malheureufes.

A fa mort l'un« des papes , Boniface , qui n'eft ni affermi dans Rome , ni reconnu dans la moitié de l'Europe profite heureufement de la haine que les conquêtes de Jean Galéas avaient infpirée , & fe failit par des intngues , de Bologne , de Pérouie, de Ferrare, de quelques villes -de cet ancien héritage de la comteflê Mathilde, que le St. Siège réclame toujours.

Venceflas éveillé de fon fommeil léthargique , veut enfin défendre fa couronne impériale contre Robert. Les deux concurrents acceptent la médiation du Roi de France Charles VI , & les électeurs le prient de venir juger à Cologne Venceflas & Robert , qui feraient préfents , tk s'en rapporteraient à lui.

Les électeurs demandaient vraifemblablement le jugement du roi de France , parce qu'il n'était pas en état de le donner. Les accès de fa maladie le mettaient hors d'état de gouverner fes propres états j pouvait -il venir décider entre deux empereurs r

Venceflas dépofé comptait alors fur fon frère Sigifmond , roi de Hongrie. Sigifmond par un fort bizarre elt dépofé luimême , & mis en prifon dans fon propre royaume.

Les Hongrois choiliflent Ladiflas roi de Naples pour leur roi ; & Boniface qui ne fait pas encor s'il eft pape , prétend que c'eft lui qui donne la couronne de Hongrie à Ladiflas ; mais à peine Ladiflas eft-il fur les frontières de Hongrie que Naples le révolte. Il y retourne pour éteindre la rébellion.

Qu'on fe fane ici un tableau de l'Europe. On verra deux papes qui la partagent ; deux empereurs qui déchirent l'Allemagne 5 la difcorde en Italie après la mort de Vifconti ; les Vénitiens s'emparant d'une partie de la Lombardie, Gènes d'une autre partie ; Pife aflujettie par Florence ; en France des troubles affreux fous un roi en démence ; en Angleterre des guerres civiles ; les Maures tenant encor les plus belles provinces de Annales de l'Empire. N n

l'Efpagne ; les Turcs avançant vers la Grèce, & l'empire de Coultantinople touchant à {a fin.

rlobert acquiert du moins quelques petits terrains qui arrondùTent fon palatinat. L'évêque de Strasbourg lui vend Offenboure , Celle , & d'autres feigneuries. Celt prefque tout ce que lui vaut l'on empite.

Le duc d'Orléans , frère de Charles VI , acheté le duché dé Luxembourg , de Jofl'e , marquis de Moravie , à qui Venceflas l'a vendu. Sigifmond âvait vendu auffi le droit d'hommage. Par-là le duché de Luxembourg , & le duché du Milanais font regardés par leurs nouveaux poffefleurs , comme détachés de l'empire.

Le nouveau duc de Luxembourg & le duc de Lorraine, fê font la guerre fans que l'empire y prenne part. Si les chofes èuflent continué encor quelques années fur ce pied, il n'y avait plus d'empire , ni de corps germanique.

Le marquis de Bade & le comte de Virtemberg , font impunément une ligue avec Strasbourg & les villes de Suabc contre l'autorité impériale. Le traité porte que fi L'empereur oje toucher à un de leurs privilèges , tous enftmble ils lui feroni la guerre.

Les Suifles (e fortifient toujours. Les feuls Bâlois ravagent les terres de la maifon d'Autriche dans le Sundgau & dans TAlface.

Pendant que l'autorité impériale s'affaiblit , le fchifrae de Pégiife continue. A peine un des anti-papes eft mort , que fon parti en fait un autre. Ces fcandales euflent fait fecouer le joug de Rome à tous les peuples , fi on eût été plus éclaité & plus animé, & fi les princes n'avaient pas toujours eu en tête d'avoir un pape dans leur parti , pour avoir de quoi ©ppofcr les armes de la religion à leurs ennemis. C'eft là le

Robert. î8j

nœud de tant de ligues qu'on a vues entre Rome & les rois, de tant de contradictions , de tant d'excommunications demandées en fecret par les uns , & bravées par les autres.

Déjà l'églife pouvait craindre la fcience , l'efprit & les beaux arts ; ils avaient paffé de la cour du roi de Naples Robert , à Florence , où ils établiflaient leur empire. L'émulation des univerfités naiflantes commençait à débrouiller quelques chaos. La moitié de l'Italie était ennemie des papes. Cependant les Italiens plus inftruits alors que les autres nations , n'établirent jamais de ieéte contre l'églife. Ils faifaient fouvent la guerre à la cour romaine , non à l'églife romaine. Les Albigeois & les Vaudois avaient commencé vers les frontières de la France. "Wiclef s'éleva en Angleterre. Jean Hus, docteur de la nom elle université de Prague , & confefTeur de la reine de Bohême , femme de Vencellas, ayant lu les manuferits de Wiclef, prêchait à Prague les opinions de cet Anglais. Rome ne s'était pas attendue que les premiers coups que lui porterait l'érudition , viendraient d'un pays qu'elle appella (i longtems barbare. La doctrine de Jean Hus conliftait principalement à donner à l'églife les droits que le St. Siège prétendait pour lui feul.

Le teins était favorable. Il y avait déjà depuis la naiflance du fchifme une fucceffion d'anti-papes des deux cotés ; & il était aflez difficile de favoir de quel côté était le faint efprit.

Le trône de l'églife étant ainfi partagé en deux , chaque moitié en eft rompue & fanglante. Il arrive la même choie à trente chaires épùcopales. Un évêque approuvé par un pape , contefte à main armée fa cathédrale à un autre évêque confirmé par un autre pape.

A Liège , par exemple , il y a deux évêques qui fe font une guerre fanglante. Jean de Bavière élu par une partie du chapitre , fe bat contre un autre élu ; & comme les papes oppofes ne pouvaient donner aue des bulles , l'évêque Jean de Bavière appelle à fon fecours Jean duc de Bourgogne avec une armée. Ënfm, pour favoir à qui demeurera la cathédrale de Licge , la ville eft façcagée & prefque réduite en cendres.

Tant de maux auxquels on ne remédie pour l'ordinaire que quand ils font extrêmes t avaient produit un concile à ;Pue,

Robert.

où quelques cardinaux retirés appellaient le refte de l'églife. Ce concile eft depuis transféré à Confiance.

S'il y avait une manière légale & canonique de finir le fchifme qui déchirait l'Europe chrétienne, c'était l'autorité du concile de Pile.

Deux anti-papes , fucccfleurs d'anti-papes , prêtent leur nom à cette guerre civile & facrée. L'un eft ce fier Efpagnol, Pierre Lima, l'autre Corrario Vt'nitien.

Le concile de Pife les déclare tous deux indignes du trône pontifical. Vingt-quatre cardinaux, avec l'approbation du concile , élifent Philargi , né en Candie , le 17 Juin 1409. Philargi pape légitime, meurt au bout de dix mois. Tous les cardinaux qui fe trouvaient alors à Rome , nomment d'un commun contentement Baltazar Coffa , qui prend le nom de Jean XXIII. Il avait été nourri à la lois dans l'égltfe & dans les armes , s'étant fait corfaire dès qu'il fut diacre. Il s'était fignalé dans des courfes fur les côtes de Naples en faveur d'Urbain. Il acheta depuis chèrement un chapeau de cardinal, & une maîtrefle nommée Catherine qu'il enleva à fon mari. Il avait à la tête d'une petite armée repris Bologne fur les Vifcontis. C'était un foldat fans mœurs , mais enfin c'était un pape canoniquement élu.

Le fchifme paraiflait donc fini par les loix de l'églife ; mais la politique des princes le faifait durer ; fi on appelle politique cet efprit de jaloufie , d'intrigue , de rapine , de crainte & d'efpérance qui brouille tout dans le monde.

Une diète était affemblée à Francfort en 1 409. L'empereur Robert y préfidait , les ambafladeurs des rois de France , d'Angleterre , de Pologne y affiftaient. Mais qu'arrive-t-il ? L'empereur foutenait une faftion d'anti-pape , la France une autre. L'empereur & l'empire croyaient que c'était à eux d'afiembler les conciles. La diète de Francfort traitait le concile de Pile aflèmblé fans les ordres de l'empire , de conciliabule j & on demandait un concile oecuménique. Il était donc arrivé que le concile de Pife , en croyant tout terminer, avait laiffé trois papes à l'Europe au lieu de deux.

Le pape canonique était Jean XXIII , nommé folemneUement

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à Rome. Les deux autres étaient Corrario & Pierre Luna: Corrario errant de ville en ville } Pierre Luna enfermé dans Avignon par l'ordre de la cour de France , qui fans le reconnaître , confervait toujours ce fantôme pour l'oppofer aux autres dans le befoin.

Tandis que tant de papes agitent l'Europe , il y a une guerre fanglante entre les chevaliers Teutons maîtres de la Prune & de la Pologne , pour quelques bateaux de bleds. Ces chevaliers inftitués d'abord pour lervir des Allemands dans les hôpitaux , étaient devenus une milice , comme celle des mammelucs.

Les chevaliers font battus, & perdent Thorn , Elbing & plu- • fieurs villes , qui reftent à la Pologne.

L'empereur Robert meurt le 10 Mai à Oppenheim. Venceflas fe dit toujours empereur fans en faire aucune fonction.

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