‹ Collection complette des œuvres de VoltaireChapitre 63 sur 89 · I4IO · texte numérisé non relu

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VEnceflas n'était plus empereur qu'à Prague pour fes domeftiques. Sigifmond fon frère roi de Hongrie demande l'empire. JofTe , margrave de Brandebourg & de Moravie , fon coufin , le demande aufli.

Non feulement Joffe difpute l'empire à fon coufin , mais il lui difpute aufli le Brandebourg.

L'éle£teur palatin Louis , fils aîné du dernier empereur Robert, l'archevêque de Trêves , & les ambafladeurs de Sigiûnond , dont on compte la .voix en vertu du margraviat de Brandebourg , nomment Sigifmond empereur à Francfort.

Mayence, Cologne, PambafTadeur de Saxe , & un député de Brandebourg pour Joffe , nomment ce JolTe dans la même ville,

Venceflas protefte dans Prague • contre ces deux élections. L'Allemagne a trois empereurs , comme l'églife a trois papes fans en avoir un.

SIG1SMOND,

Roi de Bohême & de Hongrie , margrave de Brandebourg , TRENTE-SEPTIÈME EMPEREUR.

La mort de Jofle , trois mois après fon élection , délivre l'Allemagne d'une guerre civile qu'il n'eût pu foutenir par luimême , mais qu'on eût faite en fon nom.

Sigifmond refte empereur de nom & d'effet.

Tous les éle&eurs confirment fon éle&ion le 21 Juillet.

Les villes n'avaient alors d'évêque que par le fort des armes. Car dans les brigues pour les élections , Jean XXIII approuvant un évéque , & Corrario un autre , la guerre civile s'en* fuivait j & c'eft ce qui arriva à Cologne comme à Liège. L'archevêque Théodoric de la maifon de Mœurs , ne prit poffeffion de Ton fiége qu'après une bataille fanglante où il avait vaincu fon compétiteur de la maifon de Berg.

Les chevaliers teutoniques reprennent les armes contre la Pologne. Ils étaient fi redoutables, que Sigifmond fe ligue fecrettement avec la Pologne cootr'eux. La Pologne venait de céder la Prude aux chevaliers, & le grand-maître devenait infeniîblement un fouverain conlidcrable.

Sigifmond paraît s'embarrafler peu du grand fchilme d'Occident. Il fe voyait roi de Hongrie , margrave de Brandebourg , & empereur, il voulait affurer tout à la poftérité. Les Vénitiens qui s'agrandiflfaient , avaient acquis une partie de la Dalmatie , dans le tems des croifades -, il les défait dans le Fnoul , & joint cette partie à la Hongrie.

D'un autre côté Ladiflas , ou Lancelot , ce roi de Hongrie chafle par Sigifmond , fe rend maître de Rome & de tout le pays jufqu'à Horence. Le pape Jean XXIU l'avait appellé d'ajpord , à l'exemple de lès prédécefleurs , pour le détendre , 6c

il s'était donné un maître dangereux, de crainte d'en trouver ■un dans Sigifmond. Cefl cette démarche forcée de Jean XXIII qui lui coûta bientôt le trône pontifical.

Jean transférait les refies du concile de. Pife à Rome , pour extirper le fchilme, & confirmer fon élection. Il devait être le plus fort à Rome. L'empereur fait convoquer le concile à Confiance pour perdre le pape. On voit peu de papes Italiens pris pour dupes. Celui-ci le fut à la fois par Sigif inond , & par le roi de Naples Ladiflas ou Lancelot. Ce prince maître de Rome était devenu fon ennemi , & l'empereur l'était encor davantage. L'empereur écrit aux deux anti-papes , à Pierre Luna alors en Aragon, & à Corrario , réfugie à Ri mini j mais ces deux papes fugitifs proteflent contre fon concile de Confiance. *

Lancelot meurt. Le pape délivré d'un de fes maîtres , ne devait pas fe mettre entre les mains de l'autre. Il va à Constance , efpérant la protection de Frédéric duc d'Autriche , héritier de la haine de la maifon d'Autriche contre la maifon de Luxembourg. Ce prince à fon tour protégé par le pape , accepte de lui le titre in panibus de général des troupes de l'éclife, & même avec une penfion de fix mille florins d'or, aufli vaine que le généralat. Le pape s'unit encor avec le marquis de Bade , & quelques autres princes. Il entre enfin ert pompe dans Conilance le 28 Octobre, accompagné de neuf cardinaux.

Cependant Sigifmond efl couronné à Aix-la-Chapelle, & tous les électeurs font au reflin royal les fonctions de leurs dignités.

Sigifmond arrive à Confiance le jour de Noël , le duc de Saxe portant l'épée de l'empire nue devant lui , le burgrave de Nuremberg , qu'il avait fait adminiflrateur de Brandebourg, portant le fceptre. Le globe d'or était porté par le comte de Cillei fon beau-pere. Ce n'efl pas une fonction électorale. Le pape l'attendait dans la Cathédrale. L'empereur y fait la fonction

de diacre à la mefle i il y lit l'évangile ; mais point de pieds baifés , point d'étrier tenu , point de mule menée par la bride. Le pape lui préfente une épee. Il y avait trois trônes dans lëglifè , un pour l'empereur^ un pour le pape , un pour l'impératrice j l'empereur était au milieu.

Jean XXIIt promet de céder le pontificat en cas que les anti-papes en faflent autant, & dans tous les cas où fa dépo- Jition Jera utile au bien de l'églife. Cette dernière claufe le perdait. Ou il était forcé à cette déclaration , ou le métier de pirate ne l'avait pas rendu un pape habile. Sigifmond baife les

{>ieds de Jean, dès que Jean eut lu cette formule qui lui ôtait e pontificat.

Sigifmond eft aifément le maître du concile en l'entourant de (oldats. Jl y parailTait dans toute fa gloire. On y voyait les électeurs de Saxe , du Palatinat , de Mayence , l'admininrateur de Brandebourg , les ducs de Bavière , d'Autriche , de Siléfie , cent ving-huit comtes, deux cents barons qui étaient alors quelque chofe ; vinet-fept ambafladeurs y repréfenterent leurs (ouverains. On y difputait de luxe , de magnificence. Qu'on en juge par le nombre de cinquante orfèvres qui vinrent s'établir à Conftance. On y compta cinq cents joueurs d'inftruments. Et ce que les ufages de ces tems-là rendent très croyable , il y eut fept cents abc-huit courtifannes fous la protection du magiftrat de la ville.

Le pape s'enfuit déguifé en portillon fur les terres de Jean d'Autriche, comte du Tirol. Ce prince eft obligé de livrer le pape & de demander pardon à genoux à l'empereur.

Tandis que le pape elt prifonnier dans un château de ce duc d'Autriche fon protecteur, on inftruit fon procès. On l'accule de tous les crimes , on le dépofe le 29 Mai ; & par la fentence le concile fe réferve le droit de le punir.

Le 6 Juillet de la même année 141 ^ , Jean Hus, confeffeur de la reine de Bohême, docteur en théologie , eft brûlé vif par fentence des percs du concile, malgré le iauf- conduit très formel que Sigifmond lui avait donné. Cet empereur le remet aux mains de l'électeur palatin , qui le conduifit au bûcher

dans

dans lequel il loua Dieu jufqu'à ce que la flamme étouffa

fa voix.

Voici les propofitions principales pour lefquelles on le condamna à ce lupplice horrible. « Qu'il n'y a qu'une églife ca- „ tholique qui renferme dans fon fein tous les prédeltinés ; que „ les feigncurs temporels doivent obliger les prêtres à ob- „ ferver la loi. Qu'un mauvais pape n'eu: pas vicaire de „ Jesus-Christ.

Croyei-vous funivcrfel à parte rei , lui dit un cardinal? „ je crois l'univerfel à parte mentis , répondit Jean Hus : Vous „ ne croye^ donc pas la prêfence réelle r s'écria le cardinal ? „

Il eft manifefte qu'on voulait que Jean fût brûle , & il le fut.

Sigifmond après la condamnation du pape & de Jean Hus , occupé de la gloire d'extirper le fchifme , obtient à Narbonne des rois de CaiHlle, d'Aragon &de Navarre, leur renonciation à l'obédience de Pierre de la Lune , ou Luna.

Il va delà à Giambéri ériger la Savoie en duché, & en donne l'inveftiture à Amédée VIII.

Il va à Paris, fe met à la place du roi dans le parlement, & y fait un chevalier. On dit que c'était trop , & que le parlement fut blâmé de l'avoir fouffert. Pourquoi ? û le roi lui avait donné fa place , il devait trouver très bon qu'il conférât un honneur qui n'eft qu'un titre.

De Paris il va à Londres. Il trouve en abordant des feigneurs qui avancent vers lui dans l'eau l'épée à la main„ pour lui faire honneur , & pour l'avertir de ne pas agir en maître. C'était un aveu des droits que pouvait donner dans l'opinion des peuples ce grand nom de Céfar.

Il difait qu'il était venu à Londres pour négocier la paix entre l'Angleterre & la France. C'était dans le teins le plus malheureux de la monarchie Françaife , lorfque le roi Anglais Henri V voulait avoir la France par conquête & par héritage.

L'empereur au lieu*de faire cette paix, s'unit avec l'Angleterre contre la France malheureufe. Il l'eft lui-même davantage en Hongrie. Les Turcs qui avaient renverfé l'empire des Annales de F Empire, O 0

Califes & qui menaçaient Conftantinople , ayant inondé la terre depuis l'Inde jufqu'à la Gicce , dévaluaient la Hongrie & l'Autriche , mais ce n'étaient encor que desincurhons de brigands, On envoie des troupes contr'eux quand ils le retirent.

Tandis que Sigifmond voyage , le concile après avoir brûlé Jean Hus, cherche une autre victime dans Jérôme de Prague. Hiéronime ou Jérôme de Prague , difciple de Jean Hus , qui lui était très fupéneur en efpnt & en éloquence , fut brûlé quelque tems après fon maître. Il harangua l'aflemblée avec une éloquence d'autant plus touchante qu'elle était intrépide. Condamné , comme Socrate , par des ennemis fanatiques , iL mourut avec la même grandeur d'ame.

Les papes avaient prétendu juger les princes & les dépouiller quand ils l'avaient pu ; le concile fans pape crut avoir les mêmes droits. Frédéric d'Autriche avait, vers le Tirol , pris des villes que l'évêque de Trente réclamait , & il retenait l'évêque prilbnnier. Le concile lui ordonne de rendre l'évêque & les villes , fous peine d'être privé lui & fes enfants de tous leurs, fiefs , de Péghfe & de l'empire.

Ce Frédcric d'Autriche, lbuverain du Tirol, s'enfuit de Confiance. Son frère Erneft lui prend le Tirol , & l'empereur met Frédéric au ban de l'empire. Tout s'accomode fur la na de l'année. Frédéric reprend fon Tirol , & Ernefi fon frère s'en tient à la Stirie, qui était fon apanage. Mais les SuuTes. qui s'étaient làilis de quelques villes de ce duc d'Autriche % les gardent & fortifient leur ligue.

L'empereur retourne à Confiance * il y donne avec la plus, grande pompe, l'inveftiture de Mayence, de la Saxe, de la Poméranie , de plufieurs principautés : invefiiture qu'il faut prendre à chaque mutation d'empereur ou de vaflaL

Il vend fon éleftorat de Brandebourg à Frédéric de Hohenzollcrn , burgrave de Nuremberg , pour la fomme de quatre cents mille florins d'or, que le burgrave avait amaûee ; fomme très confidérable en ce tems-là. Quelques auteurs difent feulement cent mille , & font plus croyables.

Sigifmond fe réferve par le contrat , la faculté de rachetée

le Brandebourg pour la même fomme , en cas qu'il ait des enfants.

Sentence de dépofition prononcée dans le concile en préfence de l'empereur , contre le pape Pierre Luna , déclaré dans la fcntence , parjure , perturbateur du repos public , hérétique , rejeté de Dieu & opiniâtre. La qualité d'opiniâtre était la ieule qu'il méritât bien.

L'empereur propofe au concile de réformer l'églife avant de créer un pape. Plufieurs prélats crient à l'hérétique , & on fait un pape fans réformer l'églife.

Vingt-trois cardinaux & trente-trois prélats du concile, députés des Nations , s'affemblent dans un conclave. C'eft le feul exemple que d'autres prélats que des cardinaux aient eu droit de fuffrage , depuis que le facré collège s'était réfervé à lui feul l'éleclion des papes } car Grégoire Vu fut élu par l'acclamation du peuple.

On élit le 1 1 Novembre Othon Colonne , qui change ce beau nom contre celui de Martin j c'eft de tous les papes celui xlont la confécration a été la plus augufte. Il fut conduit à l'églife par l'empereur & Télefteur de Brandebourg qui tenaient les rênes de fon cheval , fuivis de cent princes , des ambaftàdeurs de tous les rois , & d'un concile entier.

Au milieu de ce vafte appareil d'un concile, & parmi tant de foins apparents de rendre la paix à l'églife , & à rempire fa dignité quelle fut la principale occupation de Sigifmond ? celle d'amafler de l'argent.

Non content de 'vendre fon éleftorat de Brandebourg , il s'était hâté pendant la tenue du concile de vendre à fon profit quelques villes qu'il avait confifquées à Frédéric d'Autriche. L'accomodement fait, il falait les reftituer. Cet embarras & la dilètte continuelle d'argent où il était , mêlait de l'aviliflement à fa gloire.

Le nouveau pape , Martin V , déclare Sigifmond roi des Romains , en fuppléant aux d#auts de formalités , qui fe trouvèrent dans fon élection à Francfort.

Le pape ayant promis de travailler à la réformation de lëglife>

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publie quelques conftitutions touchant les revenus de la chambre apoftolique & les habits des clercs.

Il accorde à l'empereur le dixième de tous les biens eccléfiaftiques d'Allemagne pendant un an , pour l'indemnifer des frais du concile } c2 l'Allemagne en murmura.

Troubles appaifés cette année dans la Hollande , le Brabant & le Hainaut. Tout ce qui en réfulte d'important pour l'hiftoire , c'elt que Sigifmond reconnaît que la province de Hainaut ne relevé pas de l'empire. Un autre empereur pouvait enfuite admettre le contraire. Le Hainaut avait autrefois , comme on a vu , relevé quelque tems d'un évêque de Liège.

Comme le droit féodal n'clt point un droit naturel , que ce n'eft point la pofleffion d'une terre qu'on cultive , mais une prétention fur des terres cultivées par autrui, il a toujours été le fujet de nulle difputes indéciles.

De plus grands troubles s'élevaient en Bohême. Les cendres de Jean Hus & de Jérôme de Prague excitaient un incendie.

Les partilans de ces deux infortunés voulurent foutenir leur doctrine & venger leur mort. Le célèbre Jean Ziska fe met à la tête des Huilttes , & tâche de profiter de la faiblefle de Vencellas , du fanatifme des Bohémiens , & de la haine qu'on commence à porter au clergé , pour fe faire un parti puùTant , & s'établir une domination.

Vencellas meurt en Bohême prcfque ignoré. Sigifmond a donc à la fois l'empire, la Hongrie, la Bohême, la luzeraineté de la Silélie -y &: s'il n'avait pas vendu fon éleclorat de Brandebourg, il pouvait fonder la plus puilTante maifon d'Allemagne.

C'eft cojitre ce puiffant empereur que Jean Ziska fe foutient, & lui fait la guerre dans fes états patrimoniaux. Les moines étaient le plus iouvent les viétimes de cette guerre ; ils payaient de leur fong la cruauté des pères de Confiance.

Jean Ziska fait foulever toute la Bohême. Pendant ce tems il y a de grands troubles en Danueraarck au fujet du duché de

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SIefvich. Le roi Eric s'empare de ce duché } mais la guerre des HufÙKs cil bien plus importante & regarde de plus près l'empire.

Sigilinond afiiége Prague , Jean Ziska le met en déroute & lui fait lever le licgc ; un prêtre marchait avec lui à la tête des Hulntes , un calice à la main , pour marquer qu'ils voulaient communier fous les deux efpeces.

Un mois après Jean Ziska bat encor l'empereur. Cette guerre dura feize années. Si l'empereur n'avait pas violé l'on faufconduit, tant de malheurs ne feraient pas arrivés.

Il y avait longtems qu'on ne faifait plus de croifades que contre les chrétiens. Martin V en. fait prêcher, une en Allemagne contre les Huflites , au lieu de leur accorder la communion avec du vin.

Un évêque de Trêves marche à la tête d'une armée de croifés contre Jean Ziska , oui n'ayant pas avec lui plus de douze cents hommes, taille les croifés en pièces.

L'empereur marche encor vers Prague , & eft encor battu.

• ii

Coribut , prince de Lithuanie , vient fe joindre à Ziska dans l'efpérance d'être roi de Bohême. Ziska qui méritait de l'être , menace d'abandonner Prague.

Le mot Ziska fignifiait borgne en langue efclavonne , & on appellait ainli ce guerrier , comme Horatïus avait été nommé Codes. Il méritait alors celui $ aveugle , ayant perdu les deux veux i & ce Jean l'aveugle était bien un aurre homme que l'autre Jean l'aveugle , pere de Sigifmond. Il croyait , malgré la perte de fes yeux , pouvoir régner , puifqu'il pouvait combattre , & être chef de parti.

L'empereur chafle de la Bohême par les vengeurs de Jean Hus, a recours à fa relTource ordinaire, celle de vendre des provinces. Il vend la Moravie à Albert, duc d'Autriche > c'était vendre ce que les Huflites poffédaient alors.

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Procope, furnommé le rafé, parce qu'il était prêtre , grand capitaine , devenu l'œil & le bras de Jean Ziska , défend la Moravie contre les Autrichiens.

Non feulement Ziska l'aveugle fe foutient malgré l'empereur , mais encor malgré Coribut Ion détenteur , fon rival. Il défait Coribut après avoir vaincu l'empereur.

Sigifmond pouvait au moins profiter de cette guerre civile entre fes ennemis j mais dans ce tems-là même , il eft occupé à des noces. Il affilie avec pompe dans Presbourg , au mariage d'un roi de Pologne , tandis cjue Ziska chafle fon rival Coribut , & entre dans Prague en triomphe.

Ziska meurt d'une maladie contagieufe au milieu de fon armée. Rien n'eft plus connu que la difpofition qu'on prétend qu'il fit de fon corps en mourant. Je veux qu'on me laijfe en plein champ, dit-il ,* j'aime mieux être mangé des oifeaux que des vers { qu'on faffe un tambour de ma peau , on fera fuir nos ennemis au fon de ce tambour.

Son parti ne meurt pas. Ce n'était pas Ziska , mais le fanatifme qui l'avait formé. Procope le rafé fuccede à fon gouvernement & à fa réputation.

La Bohême eft divifée en plufieurs factions , mais toutes réunies contre l'empereur , qui ne peut le refTaiftr des ruines de fa patrie. Coribut revient, & eft déclaré roi. Procope fait la guerre a cet ufurpateur & à Sigifmond. Enfin l'empire fournit une armée de près de cent mille hommes à l'empereur , & cette armée eft entièrement défaite. On dit que les foldats de Procope , qu'on appellait les Taborites , fe fer virent dans cette grande bataille ae haches à deux tranchants , & que cette nou~^ veauté leur donna la vi&oire.

Pendant que l'empereur Sigifmond eft chaffé de la Bohême, & que les étincelles forties des cendres de Jean Hus embrafent ce pays & la Moravie & l'Autriche , les guerres entre le roi

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de Dannemarck & le Holftein continuent. Lubeck , Hambourg , Vifnwr , Stralfund font déclarées contre lui. Quelle était donc l'autorité de l'empereur Sigifmond ? 11 prenait le parti du Dannemarck ; il écrivait à ces villes pour leur taire mettre bas les armes , & elles ne l'écoutaient pas.

Il femble avoir perdu fon crédit comme empereur , ain(î qu'en qualité de roi de Bohême.

Il fait marcher encor une armée dans fon pays , & cette armée elt encor battue par Procope. Coribut qui fe dilait roi de Bohême , elt mis dans un couvent par fon propre parti , & l'empereur n'a plus de parti en Bohême.

On voit que Sigifmond était très mal fecouru de l'empire, & qu'il ne pouvait armer les Hongrois. Il était chargé de titres & de malheurs. Il ouvre enfin dans Presbourg des conférences pour la paix avec fes fujets. Le parti nommé des orphelins , qui était le plus puiflant à Prague , ne veut aucun accomodemeut y & répond : Qu'un peuple libre n'a pas befoin de roi,

Procope le rafé , à la tête de fon régiment de frères , ( ferablable à celui que Crom\rell forma depuis ) fuivi de fes orphelins , de fes taborites , de fes prêtres, qui portaient un 'calice, & qui conduifaient les calirHns , continue à battre partout les impériaux. La Mifnie , la Luface , la Silélîe , la Moravie , l'Autriche , le Brandebourg font ravagés. Une grande révolution était à craindre. Procope fe fert de retranchements de bagages avec fuccès contre la cavalerie allemande. Ces retranchements s'appellent des Tabors, Il marche avec ces tabors , il pénètre aux confins de la Franconie.

Les princes de l'empiré ne peuvent s'oppofer à ces irruptions v ils étaient en guerre les uns contre les autres. Que faifait donc l'empereur ? il n'avait fu que tenir un concile & laiffer brûler deux prêtres.

Amurath II dévafte la Hongrie pendant ces troubles. L'empereur veut intcreiTer pour lui le duc de Lithuanie & le créer toi i il ne peut en venir à bout ; les Polonais l'en empêchent»

II demande encor la paix aux Huflites , il ne peut l'obtenir : & Tes troupes font encor battues deux fois. L'éleéteur de Brandebourg & le cardinal Julien , légat du pape , font défaits la féconde fois à Rifemberg d'une manière fi complette , que Procope parut être le maître de l'empire intimidé.

Enfin les Hongrois qu'Amurath 11 laùTe refpirer , marchent contre le vainqueur , & fauvent l'Allemagne qu'ils avaient autrefois dévaftée.

Les Huflites repoufles dans un endroit , font formidables dans tous les autres. Le cardinal Julien ne pouvant taire la guerre, veut un concile, & propofe d'y admettre des prêtres Huflites.

Le concile s'ouvre à Bâle le 23 Mai.

Les pères donnent aux Huflites des faufs-conduits pour deux cents personnes.

Ce concile de Bile tenu fous Eugène IV , n'était qu'une prolongation de pluficurs autres indiqués par le pape Martin V, tantôt à Pavie , tantôt à Sienne. Les pères commencent par déclarer que le pape n'a ni le droit de diflbudre leur aflemblée , ni même celui de la transférer , & qu'il leur doit être fournis fous peine de punition. Les conciles fe regardaient comme les états-généraux de l'Europe , juges des papes & des rois. On avait détrôné Jean XXlll à Conftance } on voulait à Bâle faire rendre compte à Eugène IV.

Eugène qui fe croyait au-delfus du concile, le diflbut, mais en vam. Il s'y voit cité pour y comparaître , plutôt que pour y prcfîder ; Se Sigifmoncf prend ce tems pour s'aller taire inutilement couronner en Lombardie , & enluite à Rome.

Il trouve l'Italie puifTante & divifée. Philippe Vifconti réégnait fur le Milanais, Se fur Gènes malheureufe rivale de Venife , qui avait perdu fa liberté , Se qui ne cherchait plus que .des maîtres. Le duc de Milan &: les Vénitiens fe députaient Vérone Cv quelques frontières. Les Florentins prenaient le Diirti de Venife, Lucques , Sienne étaient pour le duc de M.lan.

Sigumond *

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Sigifmond eft trop heureux d'être protégé par ce duc pour aller recevoir à Rome la vaine couronne d'empereur. Il prend enfuite le parti du concile contre le pape , comme il avait tait à Confiance. Les pères déclarent la fainteté contumace , & lui donnent foixante jours pour lé reconnaître , après quoi on le dépofera.

Les peres de Bâle voulaient imiter ceux de Conftance. Mais les exemples trompent. Eugène étair puilTant à Rome, & les rems n'étaient pas les mêmes.

Les députés de Bohême font admis au concile. Jean Hus & Jérôme avaient été brûlés à Conftance , les feclateurs font refpeétés à Bâle : ils y obtiennent que leurs voix feront comptées. Les prêtres Huflites qui s'y rendent, n'y marchent qu'à la fuite de ce Procope le rafi y oui vient avec trois cents gentilhommes armés ; & les peres difaient , Voilà le vainqueur de l'églife & de l'empire. Le concile leur accorde la permiflion de boire en communiant , & on difpute fur le refte. L'empereur arrive à Bâle*, il y voit tranquillement fon vainqueur , & s'occupe du procès qu'on fait au pape.

Tandis qu'on argumente à Bâle, les Huflites de Bohême joints aux Polonais , attaquent les chevaliers Teutons, & chaque parti croit faire une guerre fainte. Tous les ravages recommencent ; ' les Huflites fe font la guerre entr'eux.

Procope quitte le concile qu'il intimidait, pour aller fe battre en Bohême contre la faftion oppofée. Il eft tué dans un combat près de Prague.

JLa faérion vi&orieufe fait ce que l'empereur n'aurait ofé faire, elle condamne au feu un grand nombre de prifonniers. Ces hérétiques armés fi longtems pour venger la cendre de leur apôtre, fe livrent aux flammes les uns les autres.

Si les princes de l'empire laiflaient leur chef dans l'impuiffance de fe venger, ils ne négligeaient pas toujours le bien public. Louis de Bavière, duc d'Ingolftadt, ayant tyrannifé fesvaffaux , abhorré de fes voifins , & n'étant pas allez puiflant pour Annales de t Empire. r p

fe défendre , eft mis au ban de l'empire ; & il obtient fil grâce en donnant de l'argent à Sigifinond.

L'empereur était alors n* pauvre , qu'il accordait les plus grandes chofes pour les plus petites fournies.

Le dernier de la branche électorale de Saxe , de l'ancienne mailbn d'Afcanië , meurt fans enfants. Plulieurs parents demandent la Saxe. Et il n'en coûte que cent mille florins au marquis de Mifnie Frédéric le belliqueux pour l'obtenir. C'cft de ce marquis de Mifnie, landgrave de Thuringe, que defeend la maifon de Saxe fi étendue de nos jours.

MM-

L'empereur retiré en Hongrie négocie avec fes fujets de Bohême. Les états lui fixent des conditions auxquelles il poura être reconnu, & entr'autres ils demandent qu'il n'altère plus la monnoie. Cette claufe fait fa honte , mais honte commune avec trop de princes de ces tems-là. Les peuples ne fe font fournis à des fouverains ni pour être tyrannifes , ni pour être volés.

Enfin l'empereur ayant accepté les conditions, les Bohémiens fe foumettent à lui & à l'églife. Voilà un vrai contrat pafle entre le roi & fon peuple.

Sigifmond rentre dans Prague & y reçoit un nouvel hommage, coqpne tenant nouvellement la couronne du choix de la nation. Après avoir appaifé le refte des troubles , il fait reconnaître en Bohême le duc Albert d'Autriche fon gendre pour héritier du royaume. Ceft le dernier événement de là vie, qui finit en décembre 1437.

Albert II.

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