TRENTE - HUITIÈME EMPEREUR
I L parut alors que la maifon d'Autriche pouvait être déjà la plus puiffante de l'Europe. Albert II , gendre de Sigifmond , fe vit roi de Bohême & de Hongrie , duc d'Autriche , fouvcrain de beaucoup d'autres pays, & empereur. Il n'était roi de Hongrie & de Bohême que par élection : mais quand le pere & l'aïeul ont été élus , le petit-fils fe fait aifément un droit héréditaire.
Le parti des Humtes qu'on nommait les Califlins , élit pour roi , Cafimir, frère du roi de Pologne: il faut combattre. L'armée de l'empereur commandée par Albert l'Achille, alors burgra\e de Nuremberg & depuis électeur de Brandebourg , afTuie par des victoires la couronne de Bohême à Albert II d'Autriche.
Dans une grande diète à Nuremberg , on réforme l'ancien tribunal des auftregues ; remède inventé , comme on l'a vu , pour prévenir l'efTulion du fang dans les querelles des feieneurs. L'ofTenfé doit nommer trois princes pour arbitres , ils doivent être approuvés par les états de l'empire & juger dans l'année.
On divife l'Allemagne en quatre parties , nommées cercks , Bavière, Rhin , Suabe & Veftphalie. Les terres électorales ne font pas comprifes dans ces quatre cercles , chaque électeur croyant de fa dignité de gouverner fon état fans l'aflujettir à ce règlement. Chaque cercle a un directeur & un duc ou général , & chaque membre du cercle eft taxé à un contingent en hommes ou en argent pour la fureté publique.
On abolit dans cette diète cette ancienne loi'veimique qui fubftftait encor en quelques endroits de la Veftphalie ; loi qui n'en mérite pas le nom, puifque c'était l'oppofe de toutes les loix. Elle s'appellait je jugement fecret , & confiftait à condamner un homme à mort , fans qu'il en lut rien. Elle rut inftituée, comme nous l'avons vu , par Charlemagne contre les Saxons.
Cette manière de juger , qui n'eft qu'une manière d'aiTalfiner,
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a été pratiquée dans plufieurs états & furtout à Venife , lorsqu'un danger preflant , ou qu'un intérêt d'état fupérieur aux loix pouvait 1er vir d'exeufe à cette barbarie. Mais le décret de la dicte abolit en vain cette loi exécrable : le tribunal fecret fubiifte toujours. Les juges ne ceflerent point de nommer leurs aflefteurs. Ils oferent même citer l'empereur Frédéric III. Il n'y a point d'excès à quoi ne puifle le porter une compagnie qui croit n'avoir point de comte à rendre. Cette cour infâme ne fut pleinement détruite que par Maximilien I.
D'un côté le concile de Bâle continue à troubler l'Occident: de l'autre les Turcs & les Tartares qui fe difputent l'Orient , portent leurs dévaluations aux frontières de la Hongrie.
L'empereur Grec Jean Paléologue , auquel il ne reliait guère plus que Conlrantinople , croit en vain pouvoir obtenir du fecours des chrétiens. Il s'humilie jufqua venir dans Rome foumetrre l'églife grecque au pape.
Ce fut dans le concile de Ferrare , oppofé par Eugène IV au concile de Bâle , que Jean Paléologue & fon patriarche furent d'abord reçus. L'empereur Grec & fon clergé , dans leur fourni/lion réelle , gardèrent en apparence la majefté de leur empire, & la dignité de leur églile. Aucun de ces fugitifs ne baifa les pieds du pape -y ils avaient en horreur cette cérémonie , reçue par les empereurs d'Occident , qui fe difaient fouverains du pape. Cependant on avait dans les premiers fiécles baifé les pieds des évoques grecs.
Paléologue & fes prélats fuivent le pape , de Ferrare à Florence. Il y cil folcmnellcment décidé (k convenu par les repréfèntants des églifes latine & grecque, que le St. Lfprit procède du Pere & du Fils par la production d 'inspiration ; que le Pere communique tout au Fils , excepté la paternité ; & que le Fils a de toute éternité la vertu productive , par laquelle le St. Efprit procède du Fils comme du Pere.
Le grand point intéreflant & glorieux pour Rome , était l'aveu de fa primatie. Le pape fut folemnellement reconnu le 6 Juillet pour le chef de l'églife univerfelle.
Cette union des Grecs & des Latins fut à la vérité délàvouéc
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bientôt après par toute l'églife grecque. La victoire du pape Eugène rut auffi vaine que les fubtilités métaphyfîques fur lefquelles on difputait.
Dans le même tems qu'il rend ce fervice aux Latins , & qu'il finit, autant qu'il elt en lui, le fchifme de l'Orient & de l'Occident, le concile de Bâie le dépofe du pontificat, le déclare rebelle , Jimoniaque , fchifmatique , hérétique & parjure.
Il faut avouer que les pères de Baie agirent quelquefois comme des fâcheux imprudents, & qu'Eugène le conduiiit comme un homme habile. Mais c'était un grand exemple des inconséquences qui gouvernent le monde, que la religion chrétienne étant née & détruite en Judée , le chef de cette religion , fouverain à Rome , fut jugé & condamné en SuifTe.
On ne doit pas oublier que Paléologue de retour à Conllantinople » fut iî odieuv à fon eglife pour l'avoir foumife à Rome , que fon propre fils lui refufa la fépulture.
Cyendant les Turcs avancent julqu'à Semendria en Hongrie. Au milieu de ces alarmes , Albert d'Autriche dont on attendait beaucoup, meurt le 17 Octobre, biffant l'empire affaibli , comme il l'avait trouvé , & l'Europe malheureufe.