QUARANTIÈME EMPEREUR
VErs le rems de l'avènement de Maximilien à l'empire, l'Eu-» rope commençait à prendre une face nouvelle. t,es Turcs y offedent déjà un vafte terrain ; les Vénitiens qui leur oppofent peine une barrière , confervaient encor Chypre , Candie , une partie de la Grèce , de la Dalmatie. Ils s'étendaient en Italie } & la ville de Venife feule valait mieux que tous fes domaines. L'or des nations coulait chez elle par tous les canaux du commerce.
î-es papes étaient redevenus fouverains de Rome , mais
fouverains
fouverains très gênés dans cette capitale ; & la plupart des terres qu'on leur avait données , & qui avaient toujours été conteftées , étaient perdues pour eux.
La maifon de Gonzague était en poneflion de Mantoue, ville de la comtefle Mathdde } & jamais le S. Siège n'a poffédé ce fief de l'empire. Parme & Plailance qui ne leur avaient pas appartenu davantage , étaient entre les mains des Sforres ducs de Milan. La maifon âtEflc régnait à Ferrare & à Modene. Les Bentivoglio avaient Bologne , les Bailloni Péroufe, les Po- Untini Ravenne , les Manfredi Faenza , les Rimario lmola & Forli : prefque tout ce qu on appelle la Romagne & le patrimoine de St. Pierre , était poffedé par des feigneurs particuliers , dont la plupart avaient obtenu aifément des diplômes de vicaires de l'empire.
Les Sforzes depuis cinquante ans n'avaient pas même daigné prendre ce titre. Florence en avait un plus beau , celui de libre , fous l'adnûniftxation , non fous la puiflànce des Médicis.
L'état de Savoie encor très reflerré , manquant d'argent & de commerce , était alors bien moins confidéré que les SuùTes.
Si des Alpes on jette la vue fur la France , on la voit commencer à renaître. Ses membres longtems féparés , fe réunûTent & font un corps puifiant.
Le mariage d'Anne de Bretagne avec Charles VIII, achevé de fortifier ce royaume , accru fous Louis XI de la Bourgogne & de la Provence. Elle n'avait influé en rien dans l'Europe , depuis la décadence de la race de Charlemagne.
L'Efpagne encor plus malheureufe qu'elle pendant fept cents années , reprenait en même tems une vie nouvelle. Ifabelle & Ferdinand venaient d'arracher aux Maures le royaume de Grenade , & portaient leurs vues fur Naples & Sicile.
Le Portugal a été occupé d'une entreprife & d'une gloire inouie jufqu'alors. Il commençait à ouvrir une nouvelle route au commerce du monde , en apprenant aux hommes à pénétrer aux Indes par l'Océan. Voilà les fourecs de tous les grands événements qui ont depuis agité l'Europe entière.
Annales Je l'Empire. S s
Les Turcs fous Bajazet II , moins terribles que fous Mahomet , rte lahTent pas de l'être encor. Ils font des incurfions en Hongrie , & fur les terres de la maifon d'Autriche. Mais ce ne font que quelques vagues qui battent les rivages après une grande tempête. Maximilien va raflurer la Croatie & la Carmole.
Il époufe à Infpruck la nièce de Ludovic Sforze, ou Louis le Maure , ufurpateur de Milan, empoifonneur de fon pupille, héritier naturel. Ce n'était pas d'ailleurs une maifon où la noblefTe du fang pût illuftrer les crimes. L'argent feul .fit le mariage. Maximilien prit à la fois Blanche de Sforze , & donna Pinveftiture du Milanais à Louis le Maure. L'Allemagne en fut indignée.
Dans le même tems ce Louis le Maure appelle aufli Charles VIII en Italie, & lui donne encor de l'argent. Un duc de Milan foudoyer à la fois un empereur & un roi de France !
Il les trompe tous deux. Il croit qu'il poura partager avec Charles VIII la conquête de Naples, & il veut que pendant que Charles VIII fera en Italie , l'empereur tombe fur la France. Ce commencement du feiziéme fiécle eft fameux par les intrigues les plus profondes , par les perfidies les plus, noires. C'était un tems de crife pour l'Europe , & furtout pour l'Italie , où plufieurs petits princes voulaient regagner par le crime ce qui leur manquait en pouvoir.
Nouvelle chambre impériale établie à Francforts Le comte de Hohenzollern , ainé de la maifon de Brandebourg , en eft le premier préfident. C'eft cette même chambre qui fut depuis transférée à Vorros , à Nuremberg , à Augsbourg , à Ratifbonne , à Spire , & enfin à Vetilar , où elle a des procès à juger qui durent depuis ùl fondation..
virtemberg érigé en duché.
Grande diipute pour favoir fi le duché de Lorraine eft un fief de l'empire. Le duc René fait hommage & ferment de
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fidélité comme duc de Lorraine & de Bar, en proteftant qu'il ne relevé que pour quelques fiefs. Qui doit avoir plus de poids , ou l'hommage , ou la proteftation ?
Pendant que Charles VIII appelle en Italie par Louis le Maure, & par le pape Alexandre IV, traverfe rapidement toute l'Italie en conquérant , & fe rend maître du royaume de Naplcs fur un bâtard de la maifon d'Aragon , ce même Louis le maure , ce même pape Alexandre IV , s'unifient avec Maximilien & les Vénitiens pour l'en chafler. Charles VIII devait s'y attendre : il paraiflait trop redoutable , & ne l'était pas aflez.
Maximilien va en Italie dès que Charles VIII en eft chafie. Il y trouve ce qu'on y a toujours vu , la haine contre les Français & contre les Allemands , la défiance & la divifion entre les puiflànces. Mais ce qui eft à remarquer , c'eft qu'il y arrive le plus faible. U n'a que mille chevaux , & quatre ou cinq mille landskenets : il paraiflait le penfionnaire de Louis le maure. Il écrit au duc de Savoie, au marquis de Saluées, au duc de Modene, feudataires de l'empire, de venir le trouver & d'aflifter à fon couronnement à Pavie. Tous ces feigneurs le refufent ; tous lui font fenrir au'il eft venu trop mal accompagné i & que l'Italie fe croit indépendante.
Etait-ce la faute des empereurs , s'ils avaient en Italie fi peu de crédit ? Il paraît que non. Les princes , les dictes d'Allemagne ne leur fourniraient prefque point de fubfides. Ils tiraient peu de chofes de leurs domaines. Les pays-Bas n'appartenaient pas à Maximilien, mais à fon fils. Le voyage d'Italie était ruineux.
Le droit féodal caufe toujours des troubles. Une dicte de Vorms ayant ordonné une taxe légère pour les befoins de l'empire, la Frife ne veut point payer cette taxe. Elle prétend toujours n'être point nef de l'empire. Maximilien y envoie le duc de Saxe en qualité de gouverneur , pour réduire les Frifons, peuple pauvre & amoureux de fa liberté, refte des anciens Saxons ( du moins en partie ) qui avaient combattu
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Charlemagne. Ils fe défendirent , mais non pas Ci heùreufement que les Suifles.
Charles VIII venait de "mourir ; & malgré les trêves, malgré les traités , Maximilien fait une irruption du côté de la Bourgogne ; irruption inutile , après laquelle on fait encor de nouvelles trêves. Maximilien perfiftait toujours à réclamer pour fon fils, Philippe U beau , toute la fucceffion de Marie de Bourgogne.
Louis XII rend plufieurs places à ce jeune prince, qui prête hommage- lige au chancelier de France dans Arras, pour le Charolois, F Artois & la Flandre ; & on convient de part & d'autre qu'on fe rapportera pour le duché de Bourgogne à la décifion du parlement de Paris.
Maximilien négocie avec les SuùTes, qu'on regardait comme invincibles chez eux.
Les dix cantons alliés font une ligue avec les Grifons. Maximilien efpere les regagner par la douceur. Il leur écrit une lettre flatteufe. Les Suiûes dans leur affemblée de Zurich s'écrient, point de confiance en Maximilien.
Les Autrichiens attaquent les Grifons. Les Suiflès défont les Autrichiens , & foutiennent non-feulement leur liberté , mais celle de leurs alliés. Les Autrichiens font encor défaits dans trois combats.
L'empereur fait enfin la paix avec les dix cantons comme avec un peuple libre.
La ville impériale de Bâle , Schaffoufe , Appenzel entrent dans l'union fuiflè , laquelle eft compofée de treize cantons.
Confeil auhque projeté par Maximilien. Ceft une image de l'ancien tribunal qui accompagnait autrefois les empereurs. Cette chambre eft approuvée des états de l'empire dans la diète d'Augsbourg. Il eil libre d'y porter les caufes , ainfi qu'à la chambre impériale : mais le confeil aulique ayant plus de
pouvoir , fait mieux exécuter des arrêts , & devient un des grands foutiens de la puiffance impériale. Cette chambie ne prit fa forme qu'en 1512.
L'empire eft divifé en dix cercles. Les terres électorales y font comprifes ainfi que tout le relie de l'empire. Et ce règlement n'eut encor force de loi que douze ans après à la diète de Cologne.
Les directeurs de ces dix cercles font d'abord nommés par l'empereur. Le cercle de Bourgogne qui comprenait toutes les terres, &même toutes les prétentions de Philippe d'Autriche, eft dans les commencements un cercle effectif comme les neuf autres.
Naiffance de Charles- Quint dans la ville de Gand , le 24 Février , jour de St. Mathias ; ce qu'on a remarqué , parce que ce jour lui fut toujours depuis favorable. 11 eut d'abord le nom de duc de Luxembourg.
Dans la même année la fortune de cet enfant Ce déclare. Don Michel , infant d'Efpagne , meurt , & l'infante Jeanne , mere du jeune prince , devient l'héritière préfomptive de la monarchie.
Ceft dans ce tems' qu'on découvrait un nouveau monde, dont Charles-Quint devait un jour recueillir les fruits.
Maximilien avait été variai de la France pour une partie de la fucceffion de Bourgogne. Louis XII demande d'être le lien pour le Milanais. Il venait de conquérir cette province fur Louis le Maure, oncle & feudataire de l'empereur, fans que Maximilien eût paru s'inquiûer de la deftinée d'un pays fi cher à* tous fes predécefTeurs.
Louis XII avait aufli conquis & partagé te royaume de Naples avec Ferdinand roi d'Aragon , fans que Maximilien s'en fût inquiété davantage.
Maximilien promet l'inveftiture de Milan , à condition que madame Claude , fille de Louis XII & d'Anne de Bretagne , époufera le jeune Charles de Luxembourg. Il veut déclarer le Milanais fief féminin : il n'y a certainement ni fief féminin , ni fief mafeulin par leur nature. Tout cela dépend de l'ufage infenûblement établi , qu'une fille herite ou n'hérite pas.
yiS Maximilien.
Louis XII devait bien regarder en effet le Milanais comme un fief féminin , puifqu'il n'y avait prétendu que par le droit de ion aïeule Valentine Vifconti.
Maximilien voulait qu'un jour le Milanais & la Bretagne duflent pafTer à Ton petit-fils : en ce cas Louis XII n'eût vaincu, & ne fe fut marié que pour la mailbn d'Autriche.
L'archiduc Philippe &: fa femme Jeanne, fille de Ferdinand & d'Ilabelle , vont fe faire reconnaître héritiers du royaume d'Efpagne. Philippe y prend le titre de prince des Afturies.
Maximilien ne voit que des grandeurs réelles pour fa poftériré & n'a guère que des titres pour lui-même \ car il n'a qu'une ombre de pouvoir en Italie , & la préféance en Allemagne. Ce n'eft qu'à force de politique qu'il peut exécuter fes moindres defleins.
Il tente de faire un éle&orat de l'Autriche j il n'en peut venir à bout.
Les électeurs conviennent de s'alTembler tous les deux ans pour maintenir leurs privilèges.
L'extinétion des grands fiels en France réveillait en Allemagne l'attention des princes.
Les papes commençaient à former une puiflance temporelle , & Maximilien les laiflait agir.
Urbin , Camerino , & quelques autres territoires venaient d'être ravis à leurs nouveaux maîtres par un des bâtards du pape Alexandre VI. C'eft ce fameux Céfar Borgia diacre , archevêque , prince féculier \ il employa pour envahir fept ou huit petites villes , plus d'art que les Alexandre , les Gengis» & les Tamerlan n'en mirent à conquérir l'Afie. Son père le
{>ape & lui réunirent par l'empoifonnement & le meurtre \ & e bon roi Louis XII avait été longtems lié avec ces deux hommes fanguinaires , parce qu'il avait befoin d'eux. Pour l'empereur, il lemblait alors perdre de vue toute l'Italie.
La ville de Lubeck déclare la guerre au Dannemarck. U femblait que Lubeck voulût alors être dans le Nord , ce que Venife était dans la mer Adriatique. Comme il y avait beaucoup de troubles en Suéde & en Dannemarck , Lubeck ne fut pas Agrafée*
Maximilien.
Les querelles du Dannemarck & de la Suéde n'appartiennent pas à l'hiftoire de l'empire } mais il ne faut pas oublier que les Suédois ayant élu un adminiirxateur , le roi de Dannemarck Jean ne le trouvant pas bon , & ayant condamné les fénateurs de Suéde comme rebelles & parjures, envoya fa fentence à l'empereur pour la faire confirmer.
Ce roi Jean avait été élu roi de Dannemarck , de Suéde & de Norvège ; & cependant il a befoin qu'un empereur , qui n'était pas puiflânt , approuve & confirme fa fentence. C'eft que le roi Jean, avec lès trois couronnes, n'était pas puùTanr lui-même , & furtout en Suède , dont il avait été chafle. Mais ces déférences , dont on voit de tems en tems des exemples , marquent le refpeft qu'on avait toujours pour l'empire. On s'adrelTait à lui quand on croyait en avoir nefoin ; comme on s'adreua fouvent au St. Siège pour fortifier des droits incertains. Maximilien ne manqua pas de faire valoir au moins par desrefaits l'autorité qu'on lui attribuait. Il manda aux états de Suède qu'ils euflent à obéir, qu'autrement il procéderait contr'eux félon les droits de l'empire.
Cette année vit naître une guerre civile entre la branche Palatine , & celle qui poflede la Bavière. La branche Palatine eft condamnée d'abord dans une diète à Augsbourg. Cependant on n'en fait pas moins la guerre : trille conftitution d'un état r quand les loix font fans force. La branche Palatine perd dans cette guerre plus d'un territoire.
On conclut à Blois un traité fingulier entre les ambafladeurs de Maximilien , & fon fils Philippe d'une part , & le cardinal d'Amboife de l'autre, au nom de Louis XII.
Ce traité confirme l'alliance avec la maifon d'Autriche; alliance par laquelle Louis XII devait à la vérité être inverti du duché de Milan , mais par laquelle , fi Louis XII rompait le mariage de madame Claude avec l'archiduc Charles de Luxembourg,, le prince aurait en dédommagement le duché de Bourgogne r le Milanais & le comté d'Aiti : comme aufli en cas que la rupture vînt de la part de Maximilien , ou de Philippe prince d'Èfpagne, père du jeune archiduc, la maifon d'Autriche cederoic
328 Maximilien.
non-feulement fes prétentions fur le duché de Bourgogne , mais aufli l'Artois & le Charolois , & d'autres domaines. On a peine à croire qu'un tel traité fut férieux. Si Louis XII mariait la princeffe, il perdait la Bretagne ; s'il rompait le mariage, fl perdait la Bourgogne. On ne pouvait excufer de telles promefles , que par le deflein de ne les pas tenir. C'était fauver une imprudence par une honte.
La reine de Caftille Ifabelle meurt : fon teftament déshérite fon cendre Philippe , pere de Charles de Luxembourg , & Charles ne doit régner qu'à l'âge de vingt ans j c'était pour conferver à Ferdinand d'Aragon fon mari le royaume de Caitille.
La mere de Charles de Luxembourg, Jeanne fille d'Ifabelle héritière de la Caftille, fut , comme on fait, furnommée Jeanne la jolie. Elle mérita des-lors ce titre. Un ambaffadeur d'Aragon vint à Bruxelles , & l'engagea à figner le teftament de fa mere.
Accord entre Ferdinand d'Aragon & Philippe. Celui-ci confent à régner en commun avec fa femme & Ferdinand } on mettra le nom de Ferdinand le premier dans les aftes publics, enfuite le nom de Jeanne , & puis celui de Philippe ; manière iure de brouiller bientôt trois perfonnes , aufli le turent-elles.
Les états de la France , d'intelligence avec Louis XII & avec le cardinal d'Amboife , s'oppolènt au traité qui donnait madame Claude & la Bretagne à la maifon d'Autriche. On fait époufer cette princefle à l'héritier préfomptif de la couronne, le comte d'Angoulême , depuis François 1. Charles VIII avait eu la femme de Maximilien $ François I eut celle de Charles- Quint.
Pendant qu'on fait tant de traités au deçà des Alpes $ que Philippe & Jeanne vont en Efpagne j que Maximilien fe ménage partout , & épie toujours l'héritage de la Hongrie , les papes pourfuivent leur nouveau deifein, de fe faire une grande lbuveraineté par la force des armes. Les excommunications
étaient
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étaient des armes trop ufées. Le pape Alexandre VI avait commencé ; Jules 11 achevé : il prend Bologne fur les Bentivoglio $ & c'eft Louis XII , ou plutôt le cardinal d'Amboile qui l'affîfte dans cette entreprife. Il avait déjà réuni au domaine du St. Siège ce que Céfar Borgia avait pris pour lui. Alexandre VI n'avait en eftet agi que pour £bn fus $ mais Jules II conquérait pour Rome.
Le roi titulaire d'Efpagne , Philippe , meurt à Burgos. Il nomme en mourant Louis Xll tuteur de fon fils Charles. Ce teftament n'eû fondé que fur la haine qu'il avait pour Ferdinand fon beau-pere ; & malgré la rupture du mariage de madame Claude , il croyoit Louis XII beaucoup plus honnêtehomme que fon beau-pere Ferdinand le catholique , monarque très religieux , mais très perfide , qui avait trompé tout le monde, furtout lès parents , & particulièrement fon gendre.
Chofe étrange -, les Pays-Bas dans cette minorité de Charles, ne veulent point reconnaître l'empereur Maximilien pour régent. Bs difent que Charles eft Français, parce qu'il eft né à Oand capitale de la Flandre , dont fon pere a fait hommage au roi de France. Sur ce prétexte les dix-fept provinces fe gouvernent elles-mêmes pendant dix-huit mois , fans que Maximilien puifTe empêcher cet affront. Il n'y avait point alors de pays plus libre fous des maîtres que les Pays-Bas. Il s'en falait beaucoup que l'Angleterre fut parvenue à ce degré de liberté.
Une guerre contre la maifon de Gueldre, chafTée depuis kmgtems de fes états , & qui en ayant recouvré une partie , combattait toujours pour l'autre , engage enfin les états à déférer la régence à Maximilien ; & Marguerite d'Autriche , fille chérie de Maximilien , en eft déclarée gouvernante.
Maximilien veut enfin efTayer fi en fe faifant couronner à Rome , il poura reprendre quelque crédit en Italie. L'entreprife était difficile. Les Vénitiens devenus plus puiflantsque jan.ais, lui déclarent hautement qu'ils l'empêcheront de pénétrer en Italie , s'il y arrive avec une efcorte trop grande. Le gou- Annalcs de F Empire, T t
verneur de Milan pour Louis XII , fe joint aux Vénitiens. Lé pape Jules II lui fait dire qu'il lui accorde le titre d'empereur > mais qu'il ne lui confeille pas d'aller à Rome.
Il s'avance jufqu'à Vérone malgré les Vénitiens, qui n'avaient pas aflez tôt gardé les paffages. Ils lui tiennent parole , & le Forcent à rebroulîer à Infpruck.
Le fameux Àlviano , général des Vénitiens , défait entièrement la petite armée de l'empereur vers le Trentin. Les Vénitiens s'emparent de prefque toute cette province ; & leur flotte prend Triefte , Capo d'Iitria , & d'autres villes. L' Alviano rentre en triomphe dans Venife.
Maximilien alors pour toute refîburce enjoint par une lettre circulaire à tous les états de l'empire de lui donner le titre $ empereur romain élu , titre que les fuccefleurs ont toujours
Eris depuis à leur avènement. L'ufage auparavant n'accordait : nom d'empereur qu'à ceux qui avaient été couronnés à Rome.
i ço9.
Il s'en falait bien alors que l'empire exiftât dans l'Italie. II n'y avait plus mie deux grandes puiflances avec beaucoup de petites. Louis XII , d'un côté maître du Milanais & de Gènes , & ayant une communication libre par la Provence, menaçait le Royaume de Naples imprudemment partagé auparavant avec Ferdinand d'Aragon , qui prit tout pour lui avec la perfidie qu'on nomme politique. L'autre puiflance nouvelle était Venife r rempart de la chrétienté contre les infidèles ; rempart à la vérité éboulé en cent endroits , mais réfiftant encor par les villes qui leur repaient en Grèce, par les illes de Candie, de Chypre, par la Dalmatie. D'ailleurs elle n'était pas toujours en guerre avec l'empire Ottoman ; & elle gagnait beaucoup plus avec les Turcs par fon commerce , qu'elle n'avait perdu dans fes pofleflions.
Son domaine en terre ferme commençait à être quelque chofe. Ils s'étaient emparés après la mort d'Alexandre VI , de Faenza, de Rimini,de Célène, de quelques territoires du Ferrarois & du duché d'Urbin. Ils avaient Ravenne ; ils juftifiaient la plupart de ces accmifitions , parce qu'ayant aidé les maifons.
dépoffédées par Alexandre VI à reprendre leurs domaines , ils en avaient eu ces territoires pour récompenfe.
Les Vénitiens poffédaient depuis long-tems Padoue , Vérone , Vicence, la Marche Trévifane, le Fnoul. Ils avaient vers le Milanais , Brefle & Bergame. François Sforze leur avoit donné Crème : Louis XII leur avait cédé Crémone & la Guiara d'Adda.
Tout cela ne compofait pas dans l'Italie un état fi formidable , que l'Europe dût y craindre les Vénitiens comme des conquérants. La vraie puinance de Venife était dans le tréfor de St. Marc. Il y avait alors de quoi foudoyer l'empereur & le roi de France.
Au mois d'Avril 1 509 , Louis XII marche contre Les Vénitiens fes anciens alliés, à la tête d'une gendarmerie qui allait à quinze mille chevaux , douze mille hommes d'infanterie Françaife , de huit mille SuhTes. L'empereur avance contr'eux du côté de l'Iftrie & du Frioul. Jules II , premier pape guerrier , entre à la tête de dix mille hommes dans la ville de la Romagne.
Ferdinand d'Aragon , comme Toi de Naples , fe déclare aufli contre les Vénitiens , parce qu'ils avaient quelques ports dans le royaume de Naples , pour fureté de l'argent qu'il* avaient prêté autrefois.
Le roi de Hongrie fe déclarait auflî , efpérant avoir la Dalmatie. Le duc de Savoie mettait la main à cette entrepnfe , à caufe de fes prétentions fur le royaume de Chypre. Le duc de Ferrare vaiTal du St. Siège en était aufli. Enfin hors le grand Turc , tout le continent de l'Europe veut accabler à la fois les Vénitiens.
Le pape Jules II avak été le^jtenier moteur de cette finguliere ligue des forts contre les faibles , fi connue par le nom de Ligue de Cambrai. Et lui qui aurait voulu fermer pour jamais l'Italie aux étrangers , en inondait ce pays.
Louis XII a le malheur de battre les Vénitiens à la Journée de Guiara d'Adda d'une manière complctte. Cela n'était pas bien difficile. Les armées mercenaires de Venife pouvaient bien tenir contre les autres condottieri d'Italie , mais non pas contre
" 6en<Wrie Fran^
Le malheur de Louis XII , en battant les Vénitiens , était de travailler pour l'empereur. Maître de Gènes & de Milan , il ne tenait qu'à lui de donner la main aux Vénitiens pour fermer à jamais l'entrée de l'Italie aux Allemands.
La crainte de la puiii'ance de Venife était mal fondée. Venife n'était que riche , & il falait fermer les yeux pour ne pas voir
Suc les nouvelles routes du commerce par le cap de Bonnefpérance , & par les mers de l'Amérique , allaient tarir les fources de la puilïance Vénitienne.
Louis XII pour lurcroit avait encore donné cent mille écus d'or à Maximihcn , fans lefquels cet empereur n'aurait pu marcher de fon coté vers les Alpes.
Le 14 Juin 1 509 , l'empereur donne dans la ville de Trente l'inveftiture du Milanais , que le cardinal d'Amboife reçoit pour Louis XII. Non-feulement l'empereur donne ce duché au roij mais au défaut de fes héritiers , il le donne au comte d'Angoulême , François I. C'était le prix de la ruine de Venife.
MaximiLen pour ce parchemin avait reçu cent foixante mille écus d'or. Tout fe vendait ainn" depuis près de trois liécles. Louis XII eût pu employer cet argent à s'établir en Italie : il s'en retourne en France après avoir réduit Vénife prefque dans fes feules lagunes.
L'empereur avance alors du côté du Frioul, & retire tout le fruit de la victoire des Français. Mais Venife , pendant l'abfence de Louis XII, reprend courage ; fon argent lui donne de nouvelles armées. Elle fait lever à l'empereur le iiége de Padoue ; elle le racommode avec Jules 11 , le promoteur de la ligue , en lui cédant tout ce qu'il demande.
Le grand deflein de Jules ïlijtait dï cacciare i barbari cTItalia ; de défaire une bonne fois l'fcrîc des Français & des Allemands. Les papes autrefois avaient Appelle ces nations pour s'appuyer tantôt de l'une, tantôt de l'autre. Jules voulait un nom immortel , en réparant les fautes de fes prédécefieurs , en s'afFermifîant par lui-même , en délivrant l'Italie. Maximilien aurait voulu aider Jules à cruuTer les Français.
if 10.
Jules II fe fert d'abord des Suiffes, qu'il anime contxç
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Louis XII. Il excite le vieux Ferdinand roi d'Aragon & de Naples. Il veut ménager la paix entre l'empereur & Venife ; &
{rendant ce tems-là il fonge à s'emparer de Ferrare , de Boogne, de Ravenne , de Parme, de Plaifance.
Au milieu de tant d'intérêts divers, une grande diète fe tient à Augsbourg. On y agite it Maximilien accordera la paix à Vernie.
On y afîure la liberté de la ville de Hambourg, longtems contefrée par la maifon de Dannemarck.
Maximilien & Louis XII font encor unis ; c'eft-à-dire , que Louis XII aide l'empereur à pourfuivre les Vénitiens , & que l'empereur n'aide point du tout Louis XII à conferver le Milanais & Gènes , dont le pape le veut chafler.
Jules II accorde enfin au roi d'Aragon Ferdinand , Pinveftiture de Naples, qu'il avait promife à Louis XII. Ferdinand maître affermi dans Naples , n'avait pas befoin de cette cérémonie : aufli ne lui en coûta-t-il que fept mille écus de redevance , au lieu de quarante-huit mille qu'on payait auparavant au St. Siège.
Jules II déclare la guerre au roi de France. Ce roi commençait donc à être bien peu puiflant en Italie.
Le pape guerrier veui conquérir Ferrare , qui appartient à Alphonle d'Efte , allié de la France. Il prend la Mirandole & & Concordia chemin faifant , & les rend à la maifon de ls Mirandole, mais comme fiefs du St. Siège. Ce font de petites guerres j mais Jules II avait certainement plus de reifources dans- Fefprit que fes prédécefléurs , pmfqu'il trouvait de quoi faire ces guerres ; & toutes les victoires des Français avaient bien peu iérvi, puifqu'eiles ne fervaient pas à metrre un frein aux entrepnfes du pape.
Jules II cède à l'empereur Modene, dont il s'était emparé, & ne le cède que dans la crainte que les troupes qui reftenr au roi de Fiance dans le Milanais, n'en faflent le fiege.
Enfin le pape réuUît à faire figner fecrettement à Maximilien
une ligue avec lui & le roi Ferdinand contre la France. Voilà quel rruit Louis XII retire de fa ligue de Cambrai , & de tant d'argent donné à l'empereur.
Jules II qui voulait i cacciare i barbari d'halia , y introduit donc à la fois, des AragDiois, des Suifles , des Allemands.
Galton de Foix , neveu de Louis XII, gouverneur de Milan, jeune prince qui acquit la plus grande réputation , parce qu'il le foutenait avec très peu de forces , défait tous les allies à la bataille de Ravenne ; mais il ell tué dans fa victoire, & Je fruit de la victoire eil perdu , ce qui arrive prefque toujours aux Français en Italie. Ils perdent le Milanais après cette célèbre journée de Ravenne , qui en d'autres tems eût donné J'empire de l'Italie. Pavie eft prefque la feule place qui leur refte.
Les Suifles qui , excités par le pape , avaient fervi à cette révolution , reçoivent de lui , au heu d'argent , le titre de défenfeurs du St. Siège.
Maximilien continue cependant la guerre contre les Vénitiens ; mais ces riches républicains fe défendent , & réparent chaque jour leurs premières pertes.
Le pape & l'empereur négocient fans cefle. Ceft cette année , que Maximilien fait propofer à Jules II de l'accepter pour fon coadjuteur dans le pontificat. Il ne voyait plus d'autre manière de rétablir l'autorité impériale eu Italie. Oeil dans cette vue qu'il prenait quelquefois le titre de Pontifex Maximus , à i'exemple des empereurs Romains. Sa qualité de laïque n'était point une exclufion au pontificat. L'exemple récent d'Amédée de Savoie le juftifiait. Le pape s'étant moqué de la proportion de la coadjutorerie , Maximilien fonge à lui fucceder ; il gagne quelques cardinaux ; il veut emprunter de l'argent pour acneter le refte des voix à la mort de Jules . qu'il croit prochaine. Sa fameufe lettre à l'archiduchefle Marguerite fa nlle, en eft un témoignage fubliftant encor en original.
L'inveftiture du duché de Milan , qui trois ans auparavant avait coûté cent foixante mille écus d'or à Louis XII , eft don- . née à Maximilien Sforre à plyjS bas prix , au (ils de ce Louis Je Maure que Louis XII avait retenu dans une prifon fi rude , mais fi julle. Les mêmes Suifles qui avaient trahi Louis le
Maximilien. 355
Maure pour Louis XII , ramènent fon fils en triomphe dans Milan.
Jules II meurt après avoir fondé la véritable grandeur des papes, la temporelle ; car pour l'autre elle diminuait tous les jours. Cette grandeur temporelle pouvait faire l'équilibre de l'Italie , & ne l'a pas fait. La faiblefle d'un gouvernement facerdotal & le népotifme en ont été caufe.
Guerre entre le Dannemarck & les villes anféatiques , Lubecfc r Dantuck , Vifmar , Riga. En voilà plus d'un exemple j on n'en verrait pas aujourd'hui. Les. villes ont perdu , les princes ont gagné dans prefque toute l'Europe, tant la vraie liberté eft difficile à conferver.
Léon X moins guerrier que Jules II , non moins entreprenant , & plus artificieux fans être plus habile , forme une ligue contre Louis XII avec l'empereur, le roi d'Angleterre Henri VIII & le vieux Ferdinand d'Aragon. Cette ligue eft conclue à Malines le 5 Avril paT les loins de cène même Marguerite d'Autriche , gouvernante des Pays-Bas , qui avait fait la ligue de Cambrai.
L'empereur doit s'emparer de la Bourgogne , le pape de la Provence, le roi d'Angleterre de la Normandie, le roi d'Aragon de la Guiene. Il venait d'ufurper la Navarre ûir Jean d'Albret avec une bulle du pape fécondée d'une armée. Ainfi les papes toujours faibles donnaient les royaumes au plus fort : ainfi la rapacité fe fervit toujours des mains de la religion.
Alors Louis XII s'unit à ces mêmes Vénitiens qu'il avait perdus avec tant d'imprudence. La ligue du pape fê diffipe prelque aufn-tôt que formée. Maximilien tire feulement de l'argent de Henri III. Cétait tout ce qu'il voulait. Que de faiblefle , que de tromperies, que de cruautés, que d'mconftance,. que de rapacité dans prefque toutes ces grandes affaires !
Louis XII fait une vaine tentative pour reprendre le Milanais» La Trimouiiie y marche avec peu de forces. Il eft défait à Navarre par les Suiflcs. On craignait alors que les Suifles n*
priiTent le Milanais pour eux-mêmes. Milan , Gènes font perdues pour la France aufli bien que Naples.
Les Vénitiens qui avaient eu dans Louis XII un ennemi fi mal-avifé & fi terrible, n'ont plus en lui qu'un allié inutile. Les Elpagnols de Naples fe déclarent contr'eux. Ils battent leur fameux général l'Alviano comme Louis XII l'avait battu.
De tous les princes qui ont ligné la ligue de Malines contre la France , Henri VIII d'Angleterre eit le feul qui tienne fa parole. 11 s'embarque avec les préparatifs & l'efpérance des Edouard III & des Henri V. Maximiiien qui avait promis une armte , fuit le roi d'Angleterre en volontaire , & Henri VIII donne une folde de cent écus par jour au fuccefleur des Célars qui avait voulu être pape. Il aflifte à une victoire que remporte Henri à la nouvelle, journée de Guinegafte, nommée la journée des éperons , dans le même lieu où lui-même avait gagné une bataille dans fa jeunefle.
Maximiiien le fait donner enfuite une fomme plus confîdérable : il reçoit deux cents mille écus pour faire en effet la guerre.
La France ainll attaquée par un jeune roi riche & puuTant, était en grand danger après la perte de fes tréfors & de fes hommes en Italie.
Maximiiien emploie du moins une partie de l'argent de Henri à faire attaquer la Bourgogne par les SuilTes. Ulric duc de Virtçmberg y amené de la cavalerie allemande. Dijon eft affiégé. Louis XII allait encore perdre la Bourgogne après le Milanais, & toujours par la main des SunTes, que la Tnmouille ne put éloigner qu'en leur promettant quatre cents mille écus au nom du roi ion maître. Quelles font donc les viciffitudes du monde , & que ne doit-on pas ëfpérer & craindre , puisqu'on voit les SuilTes encor fumants de tant de fang répandu pour foutenir leur liberté contre la maifon d'Autriche , s'armer en faveur de cette maifon , & qu'on verra les Hollandais agir <le même!
Maximiiien , fécondé des Efpagnols , entretient toujours un teftç de guerre contre les Vénitiens. Ceit tout ce qui refte
alors
alors de la ligue de Cambrai ; elle avait changé de principe & d'objet. Les Français avaient été d'abord lesnéros ae cette ligue , & en furent enfin les viétimes.
Louis XII chaffé d'Italie, menacé par Ferdinand d'Aragon, battu & rançonné par les SuhTes, vaincu par Henri VIII d'An-
fleterre , qui faifait revivre les droits de fes ancêtres fur la rance , n'a d'autre reffource que d'accepter Marie, fœur de Henri VIII , pour fa feconde femme.
Cette Marie avait été promife à Charles de Luxembourg. C'était le fort de la maifon de France d'enlever toutes les femmes promiiès à la maifon d'Autriche.
MM-
Le grand but de Maximilien eft toujours d'établir fa maifon. H conclut le mariage de Louis , prince de Hongrie & de Bohême avec fa petite-fille Marie d'Autriche ; & celui de la princefle Anne de Hongrie, avec l'un de fes deux petits- fils Charles ou Ferdinand , qui furent depuis empereurs l'un après l'autre.
C'eft le premier contrat par lequel une fille a;t été promife à un mari ou à un autre au choix des parents. Maximilien n'oublie pas dans ce contrat que fa maifon doit hériter de la Hongrie , félon les anciennes conventions avec la maifon <le Hongrie •& de Bohême. Cependant ces deux royaumes étaient toujours électifs ; ce qui ne s'accorde avec ces conventions , que parce qu'on efpere que les fufrrages de la nation féconderont la puhTance autrichienne.
Charles déclaré majeur à l'âge de quinze ans commencés, rend hommage au roi de France François I , pour la Flandre , l'Artois , & le Charolois. Henri <ie Naflau prête ferment au nom de Charles.
Nouveau mariage propofé encor à l'archiduc Charles. François I lui promet madame Renée fa belle- (ceur. Mais cette apparence d'union couvrait une éternelle difeorde.
Le duché de Milan eft encor l'objet àe l'ambition de François I comme de Louis XII. Il commence ainli que fon prédécefieur , par une alliance avec les Vénitiens, Cv par des victoires.
Il prend après la bataille de Marignan tout le Milanais en Annales de l'Empire* V v
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une feule -campagne. Maximilien Sforze va vivre obfcurément en France avec une penfion de trente mille écus. François I force le pape Léon X à lui céder Parme & Plaifance -, il lui fait promettre <le rendre Modène , Reggio au duc de Ferjare ; il fait la paix avec les Suifles qu'il a vaincus , & devient ainfi en une feule campagne l'arbitre de toute l'Italie. C'eft ainfi que les Français commencent toujours.
Ferdinand le catholique , roi d'Aragon , grand-pere de Charles- Quint, meurt le 23 Janvier, après avoir préparé la grandeur de fon petit-fils qu'il n'aimait pas.
Les hiccés de François I raniment Maximilien. U levé des troupes dans l'Allemagne avec l'argent que Ferdinand d'Aragon lui a envoyé avant de mourir ; car jamais les états de l'empire ne lui en fourmflent pour ces querelles d'Italie. Alors Léon X rompt les traités qu'il a faits par force avec François I , ne tient aucune de fes paroles, ne rend à ce roi ni Modene, ni Reggio , ni Parme , ni Plaifance i tant les papes avaient toujours à cœur ce grand deflein d'éloigner les étrangers de l'Italie, de les détruire tous les uns par les autres , & d'acquérir parla un droit fur la liberté italique dont ils auraient été les vengeurs } grand deflein digne de l'ancienne Rome que la nouvelle ne pouvait accomplir.
L'empereur Maximilien defeend par le Trentin , afliége Milan avec quinze mille SuuTes -, mais ce prince qui prenait toujours de l'argent , & qui en manquait toujours , n'en avant pas pour payer les Suiues , ils fe mutinent. L'empereur craint d'être arrête par eux, & s'enfuit. Voilà donc à quoi aboutit la fameufe ligue de Cambrai , à dépouiller Louis XII , & à faire enfuir l'empereur , de crainte d'être mis en prifon par ces mercenaires.
Il propofe au roi d'Angleterre Henri VIH de lui céder l'empire & le duché de Milan , dans le deflein feulement d'en obtenir quelque argent. On ne pourait croire une telle démarche , fi le fait n'était attefté par une lettre de Henri VIII.
Autre mariage encor ftipulé avec l'archiduc Charles , devenu roi d'Efpagnc. Jamais prince ne fut promis à tant de femmes avant d'en avoir une. François I lui donne & fille madame i-ouife , âgée d'un an.
Ce mariage qui ne réuffit pas mieux que les autres \ eft ftipulé dans le traité de Noyon. Ce traité portait que Charles rendrait juftice à la maifon de Navarre dépouillée par Ferdinand le catholique, & qu'il engagerait l'empereur Ion grandpere à faire la paix avec les Vénitiens. Ce traité n'eut pas plus d'exécution que le mariage , quoiqu'il dût en revenir à l'empereur deux cents mille ducats que les Vénitiens devaient lui compter. François I devait auffi donner à Charles cent mille écus par an, jufqu'à ce au'il fut en pleine poue/fion du royaume d'Efpagne. Rien n'eft plus petit ni plus bizarre. Il femble qu'on voie des joueurs qui chercnent à fe tromper.
Immédiatement après ce traité , l'empereur en fait un autre avec Charles fon petit-fils & le roi d'Angleterre contre la France.
Charles pane en Efpagne. Il eft reconnu roi de Caftille conjointement avec Jeanne la mcre.
Le pape Léon X avait deux grands projets ; celui d'armer les princes chrétiens contre les Turcs, devenus plus formidables que jamais fous le fultan Selim II , vainqueur de l'Egypte ; Vautre était d'embellir Rome , & d'achever cette bafîhque de St. Pierre commencée par Jules II , & devenue en effet le plus beau monument d'arcnitec~lure qu'aient jamais élevé les hommes.
Il crut qu'il lui ferait permis de tirer de l'argent de la chrétienté par la vente des indulgences. Ces indulgences étaient originairement des exemptions d'impôts , accordées par les empereurs , ou par les gouverneurs aux campagnes maltraitées.
Les papes & queloues évoques même avaient appliqué aux chofes divines ces indulgences temporelles, mais d'une manière toute contraire. Les indulgences des empereurs étaient des libéralités au peuple , & celles des papes estaient un impôt fur le peuple , furtouf depuis que la créance du purgatoire était généralement établie , & que le vulgaire , qui fait en tout pays au moins dix-huit parties fur vingt , croyait qu'on pouvait
racheter des fiecles de fupplices avec un morceau de papier acheté à vil prix. Une pareille vente publique eft aujourd'hui un de ces ridicules qui ne tomberaient pas dans la tête la moins fenfée ; mais alors on n'en était pas plus furpris , qu'on ne l'eft dans l'Orient de voir des bonzes & des talapoins vendre pour une. obole la remiflion de tous les péchés.
Il y eut partout des bureaux d'indulgences ; on les affermait comme des droits d'entrée & de fortie. La plupart de ces comptoirs fe tenaient dans des cabarets. Le prédicateur , le fermier , le diftributeur , chacun y gagnait. Jufques-la tout fut paifible. En Allemagne les Auguitins , qui avaient été longtems en pofleflion de prendre cette marotte à ferme,, furent jaloux des dominicains, auxquels elle tut donnée ; & voici la première étincelle qui embrafa l'Europe.
Le fils d'un forgeron né à lflèbe , fut celui par qui commença la révolution. C'était Martin Luther , moine auguftin > que fes fupéneurs chargèrent de prêcher contre ta marchandife qu'ils n'avaient pu vendre. La querelle fut d'abord entre les auguitins & les dominicains -, mais bientôt Luther , après avoir décrié les indulgences , examina le pouvoir de celui qui les donnait aux chrétiens. Un coin du voile fut levé. Les peuples animés voulurent juger ce qu'ils avaient adoré. Le vieux Frédéric électeur de Saxe , fumommé le fage , celui-là même qui après la mort de Maximilien eut le courage de refufer L'empire, protégea Luther ouvertement."
Ce moine n'avait pas encor de doctrine ferme & arrêtée. Mais qui jamais en a eu ? Il fe contenta dans ces commencements de dire " qu'il falait communier avec du pain ordinaire „ & du vin j que le péché demeurait dans un enfant après le
baptême ; que la confeffion auriculaire était allez inutile ; „ mie les papes & les conciles ne peuvent faire des articles n de foi ; qu'on ne peut prouver le purgatoire par les livres ca- „ noniques -, que les vœux monaftiques étaient un abus j qu'en- „ fin tous les princes devaient fe réunir pour abolir les moines „ mendiants „.
Frédéric duc & électeur de Saxe , était , comme on Ta dit r le protecteur de Luther & de fà doctrine. Ce prince avait dit-on, allez de religjon pour être chrétien, allez de raifoa
pour voir les abus , beaucoup d'envie de les réformer , & beaucoup plus peut-être encor d'entrer en partage des biens immenles que le clergé poffédait dans la Saxe. 11 ne fe doutait pas alors qu'il travaillait pour fes ennemis , & que le riche archevêché de Magdebourg ferait le parcage de la maifon de Brandebourg déjà fa rivale.
Pendant que Luther cité à la diète d'Augsbourg, fe retire après y avoir comparu ; qu'il en appelle au futur concile , & qu'il prépare fans le favoir la plus grande révolution qui fe foit faite en Europe dans la religion depuis l'extinétion du paganifme , l'empereur Maximiiien déjà oublié meurt d'un excès de melon à Infpruck le 1 1 Janvier.
Interrègne jusqu'au i Octobre rfio.
Les électeurs de Saxe & du Palatinat , gouvernent conjointement l'empire jufqu'au jour où le futur élu fera couronné.
Le . roi de France François I & le roi d'Efpagne Charles d'Autriche briguent la couronne impériale. L'un & l'autre pouvaient faire revivre quelque ombre de l'empire Romain. Le voifinage des Turcs devenu fi redoutable , mettait les électeurs dans la néceflité dangereufe de choiûmn empereur pui£ fant. Il importait à la chrétienté que François ou Charles fût élu j mais il importait au pape Léon X que ni l'un ni l'autre ne fût à portée d'être fou maître. Le pape avait à craindre également dans ce tems-là Charles , François-, le Grand-Turc r & Luther.
. Léon X traverfe , autant qu'il le peut, les deux concurrents. £ept grands princes doivent donner cette première place de l'Europe dans le tems le plus critique \ & cependant on acheté des voix.
Parmi ces intrigues , & dans cet interrègne , les loix de l'Allemagne anciennes & nouvelles ne font pas (ans vigueur* Les Allemands donnent une grande leçon aux princes de ne pas abufer de leur pouvoir. La ligue de Suabe fe rend rer commandabie en faikint la guerre au duc Ulric de Virtembergr qui maltraitait fes vaûaux»
34î Interrègne,
Cette ligue de Suabeeft la véritable ligue du bien public. Elle réduit le duc de fuir de fon état ; mais enfuite elle vend cet état à vil prix à Charles d'Autriche. Tout fe fait donc pour de l'argent ! Comment Charles prêt de parvenir à l'empire , dépouillait-il ainfi une maifon , oc achetait-il pour très peu de chofe le bien d'un autre ?
Léon X veut gouverner defootiquement la Tofcane.
Les électeurs s affemblent à Francfort. Eft-il bien vrai qu'ils offrirent la couronne impériale à Frédéric furnommé le faget électeur de Saxe, ce grand protecteur de Luther ? fut-il folemncllement élu ? Non. En quoi conlïlte donc fon refus ? en ce que fa réputation le faifait nommer par la voix publique qu'il donna fa voix à Charles , & que /a recommandation eiv traîna enfin les fuffrages.
Charles-Quint eft élu d'une commune voix le 18 Juin 1 519.