‹ Collection complette des œuvres de VoltaireChapitre 74 sur 89 · QUARANTE-CINQUIÈME EMPEREUR · texte numérisé non relu

QUARANTE-CINQUIÈME EMPEREUR

IVI Athias , frère de Rodolphe , eft élu unanimement , & cette unanimité furprend l'Europe. Mais les tréfors de fon frère l'avaient enrichi , & le voifinage des Turcs rendait néceûaire élection d'un prince de la maifon d'Autriche , roi de Hongrie»

La capitulation de Charles- Quint n'avait point jufques-la été augmentée. Elle le fut de quelques articles pour Mathias r dont l'ambition s'était aflez manifeiïée.

La Hongrie & la Tranfilvanie étaient toujours dans le même état. L'empereur avait peu de terrain pardela Presbourg j & le nouveau prince de Tranfilvanie , Gabriel Battori était vaûai du fultan-

Ces deux grandes ligues , la proteftante & la catholique qui avaient menacé PAllemagne a une guerre civile , s'étaient comme diffipées elles-mêmes , après la mort de Henri IV. Les

Î>roteftants le contentaient feulement de rclufer de l'argent à 'empereur dans les diètes. La querelle fur la fucceffion de Juliers , qu'on croyait qui embraferait l'Europe , ne devint plus qu'une de ces petites guerres particulières , qui ont troublé de tout tems quelques cantons d'Allemagne , fans duToudre le corps germanique.

Le duc de Neubourg , & l'électeur de Brandebourg s'étant mis en pofTeflion de Clèves & de Juliers , devaient être néceffairement brouillés pour le partage. Un foufflet donné par l'électeur de Brandebourg au duc de Neubourg, ne pacifia pas le différend. Les deux princes fe firent la guerre. Le duc de Neubourg fe fit catholique pour avoir la protection de l'empereur oE du roi d'Efpaene. L'électeur de Brandebourg introduit le calvinifme dans le pays pour animer la ligue proteftante en fa faveur.

Cependant les autres princes demeuraient dans l'inaction ; & l'électeur de Saxe lui-même, malgré le jugement impérial rendu en fa faveur, ne remuait pas. Les pays-Bas efpagnols & hollandais fe mêlaient de la querelle. Deux grands généraux , le marquis de Spinola , de la part de l'Efpagne , fecourait Neubourg ; le comte Maurice , de la part des états généraux , était armé pour Brandebourg. Ceft une fuite de la conftitution de l'Allemagne , que des puifTances étrangères pufTent prendre plus de part à ces querelles inteftines , que l'Allemagne même. L'intérieur du corps germanique n'en était point ébranlé. Cette paix intérieure était fouvent troublée par les fréquents démêlés d'une ville avec une autre , des princes avec les villes , des princes avec les princes. Mais le corps germanique fubfîftait par ces divifions mêmes , qui mettaient une balance à-peupres égale entre fes membres.

Il n'en était pas de même en Hongrie & en Tranfilvanie.

L'empereur

L'empereur Mathias fe préparait contre le Turc. Le vaivode de Tranfilvanie , Gabriel Battori , fe ménageait entre l'empereur chrétien & l'empereur mufulman. Les Turcs pouriuivent Battori. Il eft abandonné de fes fujets } l'empereur ne peut le fecourir -, Battori fe fait donner la mort par un de fes loldats. Exemple unique parmi les princes modernes.

Un pacha invertit Bethlem-Gabor de la Tranfilvanie. Cette province femblait à jamais perdue pour la maifon d'Autriche. Le nouveau fultan Achmet, maître d'une fi grande partie de la Hongrie , jeune & ambitieux , faifait craindre que rresbourç ou Vienne ne fit les limites des deux empires. On avait été toujours dans ces alarmes fur la fin du règne de Rodolphe j mais la vafte étendue de l'empire ottoman , qui depuis fi longtems inquiétait les chrétiens , fut ce qui les fauva. Les Turcs étaient fouvent en guerre avec les Perfans. Leurs frontières du côté de la mer Noire foufFraient beaucoup des révoltes des Géorgiens , & des Mingreliens. On contenait difficilement les Arabes ; & il arrivait fouvent que dans le tems même qu'on craignait en Hongrie & en Italie une nouvelle inondation de Turcs , ils étaient obligés de faire une paix même défavantageufe pour la défenfe de leur propre pays.

L'empereur Mathias a le bonheur de conclure avec le fultan Achmet un traité plus favorable que la guerre n'eût pu 1 erre. 11 ftipule fans tirer l'épée la reftiturion d'Agria , de Canife , d'Albe-Royale , de Peu , & même de Bude : ainfi il eft en polie lîion de prefque toute la Hongrie , en laifTant toujours ta Tranfilvanie & Bethlem-Gabor fous ia protcétion des Ottomans. Ce traité augmente la puùTance de Mathias. L'affaire de la fucceflion de Juhers eft prefque la feule chofe qui in^ quiete l'intérieur de l'empire ; mais Mathias ménage les princes proteftants , en lauTant toujours ce pays partagé entre la maifon Palatine de Neubourg, & celle de Brandebourg. 11 avait be« foin de ces ménagements pour perpétuer l'empire dans la maifon d'Autriche.

Annales de l'Empire»

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