M AT H I A S
Cette année & les fuivantes font remplies de négociations & d'intrigues. Mathias était fans enfants, « avait perdu fa fanté & fon activité. U falait pour affiner l'empire à fa maifon commencer par lui affurer la Bohême & la Hongrie. Les conjonctures étaient délicates ; les états de ces deux royaumes étaient jaloux du droit d'éleftion; l'efprit de parti y régnait; & l'efprit d'indépendance encor plus : la différence des religions y nourrirait la difcorde : mais les proteftants & les catholiques aimaient également leurs privilèges. Les princes d'Allemagne paraiffaient encor moins difpofes à choifîr un empereur autrichien , & l'union évangelique toujours fubfiftante , lauTait peu d'efpérance à cette mailon.
D lui faut donc commencer par affurer la fucceffion de la Bohême & de la Hongrie. Il avait ravi ces états à fon frère, u n'en fait point paner l'héritage aux frères qui lui reftent, Maximilien & Albert. Il n'y a guère d'apparence qu'ils y aient tous deux renoncé de bon gré. Albert furtout , à qui le roi d'Efpagne avait laiffé les Pays-Bas, aurait été plus qu'un autre en état de foutenir la dignité impériale, s'à eût régné fur la Hongrie & fur la Bohême. Ceft fur un coufin , fur Ferdinand de Gratz, duc de Stirie, que Mathias veut faire tomber ces couronnes. Le droit du fâng fut donc peu confulté.
Ferdinand eft élu & reconnu fucceffeur au royaume d© Bohême par les états, & couronné en cette qualité le 29 Juin. L'union evangélique commence à s'effaroucher de voir ces premiers pas oe Ferdinand de Gratz vers l'empire. Mathias & Ferdinand ménagent plus que jamais l'électeur de Saxe, qui n'eft point de l'union évangelique , & oui dans l'efpérance d avoir Clèves , Berg & Juners , embraflê toujours le parti de la maifon d'Autriche. La maifon Palatine ayant des intérêts tout contraires , eft toujours à la tête des proteftanrs. Et c'eftlà l'origine de la funefte guerre entre Ferdinand & la maifon Palatine : c'eft celle de la guerre de trente ans qui défola tant de provinces , qui fit venir les Suédois au milieu de
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^Allemagne , & qui produifit enfin le traité de Veftphalie , & donna une nouvelle face à l'empire.
Mathias engage la branche d'Autriche espagnole à céder les prétentions qu'elle peùt avoir fur la Hongrie & fur la Bohême. Philippe III , roi d'Efpagne , abandonne fes droits fur ces royaumes à Ferdinand , à condition qu'au défaut de la poftérité mâle de Ferdinand , la Hongrie & la Bohême appartiendront aux fils de Philippe III , ou à fes filles , & aux enfants de fes filles , félon l'ordre de la primogéniture. Par ce pa&e <le famille ces états pouvaient aifément tomber à la maifon de France: car fi une fille héritière de Philippe III époufait un roi de France , le fils ainé de ce roi acquérait un droit à la Hongrie & à la Bohême.
Ce pa&e de famille était évidemment contraire au teftament de l'empereur Ferdinand L Les difpofitions des hommes pour établir la paix dans l'avenir , préparent prefque toujours la divifion. Enhn ce nouveau traité révoltait les Hongrois & les Bohémiens, qui voyaient qu'on difpofait d'eux fans les confulter. Les proteflants de Bohême commencent par fe confédérer à l'exemple de l'union évangélique. Bientôt ils entraînent les catholiques dans leur parti, parce qu'il s'agit des droits de l'état & non de la religion. La Siléûe , ce grand fief de la Bohême , fe joint à elle. La guerre civile eft allumée. Un comte de Turm , ou de la Tour , homme de génie , eft à la tête des confédérés ; il fait la guerre régulièrement & avec avantage -, fes partis vont jufqu'aux portes de Vienne.
L'empereur Mathias meurt au mois de Mars , au milieu de cette révolution fubite , fans pouvoir prévoir quel fera le deftin de fa maifon.
Son coufin Ferdinand de Gratz eft afTez heureux d'abord pour ne point éprouver de grandes contradictions en Hongrie , dont il avait chafTé les Turcs par un traité qui le rendait agréable au royaume ; mais il voit la Bohême , la Siléfie , la Moravie, la Luface liguées contre lui, les protestants de TAurriclie prêts à éclater , & ceux de l'Allemagne peu diipofés à l'élever à l'empire. La maifon d'Autriche n'avait point encor e»
de moment plus critique. D'un côté quatre électeurs offrent la couronne impénale à Maximilien duc de Bavière , de l'autre, la Bohême offre fa fouveraineté d'abord au duc de Savoie, trop éloigné pour l'accepter , & eniuite à i'élecleur Palatin , Frédéric V , qui l'obtint pour fon malheur. Cependant on * s'affemble à Francfort pour élire un roi des Romains , un roi d'Allemagne, un empereur. Prefque toutes les cours de l'Europe font en mouvement pour cette grande affaire. Les états de la Bohême députent à Francfort pour faire exclure Ferdinand du droit de iuffrage. Ils ne le reconnoiflaient pas pour roi j & conféquemment ils ne voulaient pas qu'il eût de voix. Non feulement il était menacé de n'être pas empereur, mais même de n'être pas électeur. Il fut l'un & l'autre. ïl fe donna fa voix pour l'empire, il eut celles des catholiques & même des proteftants. Chaque électeur fut tellement ménagé, que chacun crut voir fon inttrêt particulier dans l'élévation de Ferdinand de Gratz. L'éleéteur Palatin lui-même , à qui la Bohême déférait fa couronne , fut obligé de donner fa voix , dont le refus aurait été inutile. Cette eleftion fut faite le 19^ Août 1619 i il eft couronné à Aix-la-Chapelle le 9 Septembre * il figne auparavant une capitulation un peu plus étendue que celle de fes prédéceffeurs.