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L'ECOLE DE SALERNE

nification des qualre éléments, c'est encore un lustre sur une institution médicale formée par les quatre peuples les plus savants au moyen âge. Remarquez le nombe quatre, il est en quelque sorte sacramentel à Salerne : quatre maîtres auraient fondé l'école, quatre maîtres commentent plus tard la chirurgie, écrite elle-même par Roger et trois compagnons. Il y a des pilules composées par quatre maîtres salernitains.

Ackermann a prétendu à tort que Constantin l'Africain, vers l'an 1075, a été le vrai fondateur de l'Ecole de Sealrne et qu'avant lui, apportant la science des Arabes, les médecins salernilains n'avaient pas de réputation. L'histoire démontre le contraire. En 984, Adalbéron, évêque de Verdun, vient se faire soigner à Salerne, probablement pour une pierre vésicale. En 1050, l'abbé du mont Cassin, Desiderius ou Didier, qui devint p^pe sous le nom de Victor 111, se rend à Salerne, atteint d'une maladie de langueur. En 1059, Itodolphe, surnommé Mala C.orona, arrive dans cette ville « où se tenaient depuis les temps reculés les meilleures et les plus célèbres écoles de médecine ». Avant Constantin, il est fait mention de plusieurs médecins dont quelques-uns ont déjà l'épithùte de maîtres. Enfin, pour vous prouver la fausseté de l'opinion d'Ackermann, il n'est pas absolument certain que Constantin ait habité Salerne ; il a composé ses ouvrages dans le monastère du mont Cassin; nulle part, on ne lui donne le titre de maître.

La fondation de l'École de Salerne, suivant de Renzi, n'est pas due aux princes lombards du Iiénôvent, vers le milieu du vne siècle, non plus qu'aux bénédictins en 700 ou 900. Je n'admets pas l'opinion de Sprengel disant que les moines bénédictins ont établi deux écoles célèbres, l'une à Monte- Cassino, l'autre à Salerne, ni celle de Puccinotti soutenant que Salerne provient d'une corporation bénédictine à laquelle se sont affiliés peu à peu des laïques. 11 en est de môme pour Meyer (de Kœnigsberg") pensant que l'École de Salerne a été dans le principe une sorte de franc-maçonnerie médicale.

Les plus anciens écrits salernitains n'offrent aucune trace de doctrines sacrées, d'enseignement réservé à des initiés; les noms laïques sont mêlés avec des noms de clercs. A l'origine, toutes les autorités et tous les livres sont laïques. La somme médicale, le Compendium salernUanum, est un ouvrage tiré des vieilles sources classiques, d'où il est possible de conclure que les commencements de l'Ecole de Salerne ont été laïques, mais que par la suite les moines ainsi que les clercs séculiers ont enseigné la médecine à Salerne et y ont composé des ouvrages. Ceci, du reste, rentre dans la condition des institutions médicales fondées ou transformées dans cette première partie du moyen âge.

En résumé, les archives du royaume de Naples ayant fourni les noms de médecins salernitains dès l'année 8Z|6, les textes des xic et xne siècles s'accordant à présenter cette École comme fort ancienne, elle est bien antérieure à Constantin l'Africain. Remarquez ce titre d'École, réservé dans la langue du temps à une réunion de savants chargés d'un enseignement officiel. 11 ne s'agit pas de médecins isoles, mais d'un institut médical où les membres prirent d'abord le tilre

de maîtres, celui de docteur n'apparaissant dans la chirurgie de Roger qu'au xm" siècle. Salerne, si bien dotée au point de vue hygiénique, a été le lieu de formation peu après la chute de l'empire de Rome, d'une école médicale où dominait l'élément laïque et où le clergé tenait également une grande place.

Comment rattacher cette école florissante au u* siècle aux écoles grecques anciennes? Un texte de Cassiodore,qui écrivait dès le vie siècle, vous montrera ce qui a eu lieu, non seulement pour Salerne, mais pour fout l'Occident. Cassiodore prescrit à ses moines : « Si la littérature grecque ne vous est pas familière, lisez Dioscoride, llippocrale, Galien, traduits en latin, Cœlius Aurelianus et bien d'autres livres que vous trouverez dans la bibliothèque. » En effet, dès le vic siècle, dès que la langue grecque cessa, par le malheur des temps, d'être répandue en Italie, il y eut une foule de traductions : Hippocrate, Dioscoride, Oribase, Galien, Soranus, Rufus, Moschion et beaucoup d'autresont passé du grec dans un latin plus ou moins barbare et compréhensible. 11 y a plus, une Somme, une Collection médicale, empreinte de méthodisme, de cette doctrine hélérodoxe combattue si violemment par Galien, a joui d'une grande faveur au début du moyen âge. Plus tard, cette Somme médicale, formée d'extraits de divers auteurs, a été mise en meilleur ordre et en meilleur latin vers 10/|0. On trouve une association de méthodisme pour les doctrines et de galénisme pour les recettes. Le galénisme au début n'était pas omnipotent. On méconnaissait l'autorité de Galien comme on avait méconnu celle des Césars. Les compilations et les encyclopédies étaient préférées aux œuvres originales: les méthodiques passèrent avant les dogmatiques, Soranus avant Galien. Mais quand l'ordre est bien rétabli, l'influence de Galien reprend le dessus; en 1220 règne déjà la vraie doctrine d'Hippocrate et de Galien ; Salerne reçoit et garde le surnom glorieux de civitas hippocratica, cité hippocratique.

Occupons-nous présentement des médecins ou maîtres salernitains, en commençant par ceux qui ont précédé Constantin, pour finir par ceux qui sont venus après lui.

Petrocellus, vers 1035, nous a légué un traité intitulé Pratique, et Gariopunlus, un Passion/taire {Passionaritu Galeni). Dans ces deux ouvrages, les plus anciens qui nous soient parvenus, il règne une association de méthodisme et de galénisme. 11 semble que des circonstances indépendantes des auteurs aient mis les livres méthodiques entre leurs mains; on les dirait méthodistes sans le savoir et en croyant être plutôt galénistes.

Une femme remarquable apparaît à Salerne sous le nom de Trotula. On l'a appelée liros, mais elle n'appartient plus à la légende, grâce à de Renzi. Elle vivait en 1059, enseignant et pratiquant. Rodolphe Mala Corona trouva prêle à discuter avec lui une matrone fort savante (quamdam sa/iiat- Icm malronam). Cette femme-médecin, Trotula, Trotla ou

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