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L. Bariié

VARIETES

La civilisation des Arabes et l'étude scientifique de l'histoire (1).

La civilisation des Arabes règne depuis douze siècles sur l'immense région qui s'étend des rivages de l'Atlantique à la mer des Indes, des plages de la Méditerranée aux sables de l'Afrique intérieure. Les populations qui l'habitent possèdent la même religion, la môme langue, les mêmes institutions, les mêmes arts, et firent jadis partie du même empire.

A mesure qu'on pénètre dans l'étude de cette civilisation, on voit les faits nouveaux surgir et les horizons s'étendre. On constate bientôt que le moyen âge ne connut l'antiquité classique que par les Arabes; que, pendant cinq cents ans, les universités de l'Occident vécurent exclusivement de leurs livres, et qu'au triple point de vue matériel, intellectuel et moral, ce sont eux qui ont civilisé l'Europe. Quand on étudie leurs travaux scientifiques et leurs découvertes, on voit qu'aucun peuple n'en produisit d'aussi grands dans un temps aussi court. Lorsqu'on examine leurs arts, on reconnaît qu'ils possédèrent une originalité qui n'a pas été dépassée.

L'action des Arabes, déjà si grande en Occident, fut plus considérable encore en Orient. Aucune race n'y a jamais exercé une influence semblable. Les peuples qui ont jadis régné sur le monde : Assyriens, Perses, Égyptiens, Grecs et Romains, ont disparu sous la poussière des siècles et n'ont laissé que d'informes débris; leurs religions, leurs langues et leurs arts ne sont plus que des souvenirs. Les Arabes ont disparu à leur tour ; mais les éléments les plus essentiels de leur civilisation, la religion, la langue et les arts sont vivants encore ; et du Maroc jusqu'à l'Inde, plus de cent millions d'hommes obéissent aux institutions du Prophète.

Des conquérants divers ont renversé les Arabes : aucun n'a songé à remplacer la civilisation qu'ils avaient créée. Tous ont adopté leur religion, leurs arts et la plupart leur langue. Implantée quelque part, la loi du Prophète y semble fixée pour toujours. Elle a fait reculer dans l'Inde des religions pourtant bien vieilles. Elle a rendu entièrement arabe cette antique Egypte des Pharaons, sur laquelle les Perses, les Grecs et les Romains avaient eu si peu d'iniluence. Les peuples de l'Inde, de la Perse, de l'Egypte, de l'Afrique ont eu d'autres maîtres que les disciples de Mahomet ; depuis qu'ils ont reçu la loi de ces derniers, ils n'en ont pas reconnu d'autre.

C'est une merveilleuse histoire que celle de cet halluciné

(1) L'article qui va suivre est extrait d'un ouvrage qui paraîtra bientôt à la librairie Firmin-Didot sous le titre : /a Civilisation des Arabes, par le docteur Gustave Le Bon.

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