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M. TERQUEW. — LES ORIGINES DE LA PHYSIQUE

dévoiler aux yeux des sénateurs de Venise : les phases de Vénus, les satellites de Jupiter, les montagnes de la lune, l'anneau de Saturne, les taches du soleil. Mais il fallait tout le génie de Galilée pour découvrir les principes fondamentaux de la dynamique , pour détruire irrévocablement les idées erronées d'Aristole sur le mouvement des corps pesants. Nous avons peine à concevoir quelle révolution capitale fut accomplie par la simple découverte et la démonstration expérimentale des lois de la chute des corps, lois qui aujourd'hui font presque partie des programmes de l'instruction primaire. Mais les appareils, les méthodes, Galilée dut les créer, se trouvant dans des conditions bien plus défectueuses que celles dans lesquelles nous nous trouvons maintenant, puisque les instruments propres à la mesure des petits intervalles de temps n'existaient pas; en outre, la conception de la vitesse dans les divers mouvements dut se présenter d'elle-même à ce vaste génie. Aussi est-ce avec raison que l'on considère Galilée comme le véritable créateur de la méthode expérimentale et le fondateur, non seulement de la physique moderne, mais aussi de toutes les autres sciences d'observation qui s'y rattachent. A lui donc la gloire d'avoir déraciné à jamais du domaine de la science le principe d'autorité qui y régnait depuis tant de siècles, non pas en lui substituant une méthode erronée ou incertaine comme celle de Descartes (1) ou simplement théorique comme celle de Bacon (2), mais en montrant, par ses propres travaux, quelle était la voie à suivre. Après Galilée, en effet, les découvertes se succèdent rapidement. La dynamique, grâce aux travaux de Huyghens (3) , Newton, Leibniz (&), prend enfin possession de ses principes fondamentaux et passe ensuite, pour ses développements postérieurs, entre les mains des géomètres, tout en donnant une base inébranlable à l'étude des propriétés générales des corps. Un des derniers combats, un combat d'arrière-garde pour ainsi dire, contre la physique d'Aristote, fut livré à l'occasion de la découverte de la pesanteur de l'air et du baromètre. Ce ne fut pas, en effet, sans lutte ni controverse que Pascal (5) parvint à démontrer l'existence du vide dans le tube Toricelli. Voici, à ce sujet, le début de la dédicace au prince de Conti, d'un opuscule intitulé : le Plein du Vide, publié en I6Z18, par le père Noël, l'un des adversaires de l'auteur des Provinciales :

a Monseigneur,

« La nature est aujourd'hui accusée de vide, et j'entreprends de l'en justifier en la présence de Votre Altesse : elle en avoit bien été auparavant soupçonnée; mais personne n'avoit encore eu la hardiesse de mettre des soupçons en fait et de lui confronter les sens et l'expérience; je fais voir ici son intégrité et montre la fausseté des faits dont elle est chargée et les impostures des témoins qu'on lui opppose. Si elle étoit connue comme elle l'est de Votre Altesse, à qui elle a découvert tous ses secrets, elle n'auroit été accusée de personne, et on

(1) DescarlcR (René), la Haye (Touraine), 1596-1050.

(2) Bacon (François), Londres, 1526-1661.

(3) Huyghens (Christian) de Zuylich.cn. la Haye, hi2'.i-IO'.i.'>.

(4) Leibniz (Godefroid, Guillaume'. Leipzig, 1010-1710.

(5) Pascal (Biaise), Clerniont-Ferrand, 1023-1002.

se seroil bien gardé de lui faire un procès sur de fausses dépositions et sur des expériences mal reconnues et encore plus mal avérées. Elle espère, Monseigneur, que vous lui ferez justice de toutes ces calomnies... »

Pour montrer à quel point la croyance à l'horreur de la nature pour le vide élait invétérée, il me suffira de citer l'explication suivante que donne Rabelais de la cause des effels balistiques de la poudre à canon, lui qui, cependant, ne se faisait pas faute de se moquer de l'enseignement officiel de s*n temps :

« ... Puis mettoit le feu au faulconneau par la bouche du pulvérin. La poudre consommée, advenoit que pour éviter vacuité, laquelle n'est tolérée en nature (plutost seroil la machine de l'univers, ciel, aer, terre, mer, réduicte en l'antique chaos, qu'il advint vacuité en lieu du monde), la balolte et dragée estoient impétueusement hors jectées par la gueule du faulconneau, aftin que l'aer pénétrast en la chambre d'icellui, laquelle aultremeut restoit en vacuité, estant la pouldre par le feu soubdain consommée. »

A la môme époque sont inventés le thermomètre, la machine pneumatique et la machine électrique; la physique moderne se développe rapidement à partir du milieu du xvne siècle, grâce surtout à l'impulsion donnée par Galilée et l'école si célèbre qu'il créa à Florence.

Je m'arrête, messieurs, étant arrivé au terme que je m'étais prescrit, c'est-à-dire, comme je le disais en commençant, à l'époque où les principes de la méthode expérimentale se sont nettement affirmés. Aujourd'hui nous pouvons apprécier déjà tous les résultats surprenants qu'a produits depuis bientôt trois siècles l'emploi éclairé et intelligent de cette méthode. Heureusement elle n'est pas restée appliquée seulement aux sciences qui s'en servirent d'abord, l'astronomie, la mécanique, la ptiysique. Toutes les sciences d'observation la considèrent comme le seul moyen d'investigation pour la recherche des lois de la nature.

(Juelle plus belle application et dans un but plus élevé, plus humanitaire pouvait-on en faire, que celle qu'en a faite un des savants les plus illustres dont se glorifie la France et que notre Société a eu l'insigne honneur de compter parmi ses membres? Vous connaissez tous trop bien, messieurs, les recherches de M. Pasteur sur le rôle de certains êtres microscopiques dans les modifications que subissent les substances organiques, dans la propagation des maladies épidémiques, pour que j'aie besoin de vous les rappeler longuement. A son instigation, et animés par son exemple, ses élèves n'ont pas craint d'aller affronter celte terrible maladie, qui, à plusieurs reprises, a porté ses ravages à travers l'Europe et l'Asie; ils voulaient lui demander le secret de sa cause, trouver rationnellement le moyen d'en arrêter la marche et même l'anéantir dans son berceau, comme nous avons vu détruire successivement la maladie des vers à soie, et l'épidémie charbonneuse qui occasionnait tant de pertes à l'a"riculture. Malheureusement un des jeunes émules du grand maître a payé de sa vie son dévouement a la science. Mais, messieurs, nous avons le droit de nous enorgueillir

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