ET DE PALÉONTOLOGIE
E.-D. Cope ; Classification des mammifères : l'ordre des fiunotlteria. — Ancienneté du type de molaires supérieures à trois tubercules. — L'arbre généalogique des ongulés. — ff.-G. Seeley : L'histoire du crâne des . rtébrés. — W.-K. Parker : La condition primordiale des vertébrés, d'après le squelette -lu têtard rA de la lamproie. — v-// Seudder : Les inse' t bonifères de la Grande-Bretagne. — H.-D. Lacoe : Liste des insectes zoiques des États-Unis et du Canada. — Seudder : NouTeau type de myriapodes fossiles et relations des arthropodes primitifs. — E. 1'"" Beneden : Embryogénie de la limute et signification de l'appareil respiratoire des arachnides.
Parmi les travaux récents de M. E.-D. Cope, nous choisirons de préférence ceux qui ont rapport à la classification des mammifères. Ce qui fait l'intérêt de cette étude, c'est que l'infatigable paléontologiste américain a cherché depuis longtemps à fonder sa classification sur la filiation réelle ou supposée des groupes dont il s'occupe, en tenant compte à la fois des types vivants et des types éteints, qui ne sont plus connus que par leurs débris fossiles. Aussi ses tableaux méthodiques sont-ils de véritables arbres généalogiques, que l'on ne saurait trop recommander aux méditations des naturalistes qui voudront désormais s'occuper de la question du transformisme.
La haute compétence de M. Cope en cette matière est indiscutable. Peu d'hommes ont manié un plus grand nombre d'ossements fossiles de vertébrés. Oulre ceux qu'il a découcouverts de ses propres mains ou avec l'aide de ses élèves dans les territoires de l'ouest des États-Unis, M. Cope a pu examiner, dans un récent voyage en Europe, les principales collections de fossiles tertiaires récemment formées en Angleterre et en France, et notamment celles de MM. Lemoine et Filhol qui jettent un jour tout nouveau sur la faune primitive de notre pays. La comparaison que le savant paléontologiste a pu faire entre cette faune et celle de l'Amérique du Nord à la même époque présente un très grand intérêt. On sait que, dès l'année 1875, M. Cope a proposé de réunir sous le nom de Hunotheria plusieurs types de mammifères vivants et fossiles que l'on considère généralement comme constituant des ordres distincts (1). L'ordre des Hunotheria devra probablement constituer un groupe d'une valeur supérieure et subdivisible lui-même en plusieurs ordres ou sous-ordres distincts. Mais ce que l'on peut affirmer dès à présent, c'est que ce vaste groupe, dont les insectivores font partie, doit occuper, suivant l'expression de M. Huxley, « une position centrale dans la classe des mammifères », car l'évolution des divers ordres des onguiculés et des ongulés semble pivoter autour de ces types variés, très inférieurs et dont la haute antiquité est incontestable. C'est de ce groupe des liunolheria que s'occupe M. Cope
(1) r>ui. suit. Geogr. Surveys West of I00'1' Meridian, t. IV. part. 2 (l'aleontolony). p. "•-' ( 1 S 7 7 > . — Voyez aussi : E.-L. Troaessart, Catalogue des mammifères vivants et fossiles, introduction (Revue et Magasin tic zoolmjie, IST'.H, ri le Catalogue des insectivores, publié en tirage .'i part ( 1882).
KEVUE DE ZOOLOGIE ET DE PALÉONTOLOGIE
dans son mémoire intitulé : On the mutual relations of the Bunolherian Mammalia (1). Il est intéressant de comparer la nouvelle classification de cet ordre adoptée par l'auteur avec celle qu'il avait primitivement proposée il y a huit ans, et qu'il a successivement modiliëe d'année en année sous l'impulsion des nouvelles découvertes qui venaient l'accroître chaque jour. Disons tout de suite que le changement le plus important consiste dans l'introduction dans cet ordre des Prosimiens, ou makis actuels, qui viennent se fondre en partie dans les Mesodonta de ses précédents tableaux; ce nom de mésodontes devient donc inutile; on devra lui substituer celui de prosimiens, qui a l'antériorité. L'aye-aye (Cheyromys ou Daubenlonla) forme à lui seul un sous-ordre voisin, servant de transition vers les Tllludonta et les Tceniodonta.
Les quatre sous-ordres que l'auteur admettait primitivement dans ses Bunotheria, à coté des insectivores modernes, étaient composés de types fossiles, presque tous éocènes et présentant de prime abord une très grande diversité : ainsi les lusniodontes rappelaient les édentés ; les tillodontes, les rongeurs; les mésodontes, les prosimiens; les créodontes, les carnivores. Mais plusieurs types récemment découverts sont venus combler les vides qui séparaient ces différents groupes : ainsi le Psiitacotherium relie les tieniodontes aux tillodontes; le genre Eslonyx est intermédiaire entre les tillodontes et presque tous les autres sousordres; YAchœnodon rattache les créodontes aux mésodontes, et le Cyiiodonlomys est presque un prosimien. Enfin l'ayeaye, encore vivant, forme incontestablement la transition des tillodontes aux prosimiens.
La définition des différents sous-ordres doit reposer essentiellement sur la forme et la disposition des dents. Après les incisives et les canines, ce sont les molaires supérieures qui fournissent les meilleurs caractères pour la distinction des groupes, ainsi que M. Gill l'a déjà fait remarquer en montrant que les insectivores actuels formaient deux grandes séries, l'une à molaires supérieures à quatre tubercules, l'autre dont les molaires supérieures n'ont que trois tubercules. Une étude approfondie du sujet a convaincu M. Cope que ce caractère prime tous ceux que l'on peut tirer de la forme du crâne, à laquelle on a donné jusqu'ici trop d'importance au point de vue de la classification.
D'un autre coté, il est impossible de séparer les insectivores des créodontes sur le seul caractère du manque de canines coïncidant avec un grand développement des incisives. En effet, dans le lihynvlwcyon les canines sont grandes, et les incisives supérieures absentes, tandis que chez les Tanrccs (Ce/Uctes), la disposition de ces dents est identique à celle des créodontes. Lutin chez VAchœnodon et d'autres Arclocyonidw de grande taille, on ne trouve aucun caractère qui permette de les distinguer des mésodontes, qui sont généralements très petits.
C'est en se fondant sur ces considérations que M. Cope
(1) Proceedinyx of the Academy uf natural sciences of Philadelphia,
avril 1883, p. 77.
propose de réunir les insectivores à molaires supérieures à trois tubercules aux créodontes, bien que plusieurs de ces insectivores [Polamogale ou Mythomys, Solenodon, Chryscchloris) aient des canines faibles, ou de grandes incisives (comme dans le genre Chrysocldorls). De même, il rattache les Arclocyonidœ et tous les mésodontes qui ne sont pas de véritables prosimiens aux insectivores où ils viennent se placer près des tupaïas (Tupœidœ). — La classification de ces divers sous-ordres est résumée dans le tableau suivant :