I. — INCISIVES A CROISSANCE CONTINUE, GRACE A UBUB PULPE PERSISTANTE
a. Canines poussant également au moyen d'une
pulpe moins persistante, ayant, ainsi que les
incisives externes, une couronne molariforme. I. Tainiudonta.
b. Canines rudimentaires ou nulles ; pouce non
opposable n. Ttllondonta.
c. Canines nulles; pouce opposable. III. Daubentonioidea(Cheiromys).
II. — INCISIVES A CROISSANCE NON CONTINUE, DÉPOURVUES DE PULPE PERSISTANTE.
a. Molaires supérieures à, quatre tubercules ;
pouce opposable iv. Prosimiœ.
b. Molaires supérieures à quatre tubercules ;
pouce non opposable v. Insectivora.
c. Molaires supérieures à trois ou deux tuber-
cules ; pouce non opposable VI. Creodonta.
Les familles comprises dans ces divers sous-ordres sont les suivantes :
Tœniodonta : Calamoduntidœ, Ectoyanldœ.
Tillodonta : TUlolheriidœ.
Daubentonioidea : Chiromyidœ.
Prosimls : Tarsiidœ, Anaptomorphidœ?, Mixodeclidœ?, Lemuridœ. Insectivora : Soricidœ, Talpidœ, Erinaceldœ, Macroscelidœ, Tupœidœ, Adapidœ, Arctocyonidœ.
Creodonta : ChrysochloridcB, Esthonychidœ, Centelidœ (comprenant
l'ancienne famille des Leptictidoe qui n'en diffère pas), Oxyœnidœ,
Miacidœ, Amblyctomdœ, Mesonychidœ.
Pour M. Cope, ses anciens « mésodontes », qu'il considère aujourd'hui comme do véritables insectivores (les Adapidœ), ne présentent aucune affinité avec les « pachydermes » ou les « porcins », quoi qu'en aient dit MM. Filhol et Lyddeker. Ce rapprochement, si souvent mis en avant par divers auteurs, lui semble en contradiction avec tout ce que l'on sait de la phjlogénie des mammifères. 11 n'est fonde que sur ce fait, que beaucoup do mésodontes présentent le type de dents bunodonte ; mais ce caractère a très peu d'importance, au point de vue systématique, chez les mammifères éocènes, et l'on peut dire qu'il a induit en erreur la plupart des paléontologistes depuis Cuvier jusqu'à nos jours. Pour trouver un lien commun entre les ongulés et les onguiculés, il faut remonier jusqu'à la famille des Periplychidœ qui fait partie du sous-ordre des Condylarthra. Le sous-ordre des damans (Hyracoïdea) peut être cite également comme un indice de la convergence de ces deux groupes de mammifères.
L'homologie des tubercules des dents des insectivores,
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telle qu'elle a été admise par M. Saint-George Mivart (1), ne semble pas exacte à M. Cope. Partant du type primitif à quatre tubercules, tel qu'on l'observe chez le gymnure et le hérisson, M. Mivart suppose que les deux tubercules externes se sont portés en dedans, de manière à former le sommet de deux prismes en forme de V (Talpa, Sorex), suivant le même mécanisme que dans le type des ongulés.
Mais il semble peu probable à priori que le "V des molaires supérieures des insectivores ait la môme origine que celui des ongulés. Le mouvement des mâchoires est différent dans les deux groupes, car il est vertical chez les premiers, en partie latéral chez ces derniers; les premiers ont besoin de tubercules aigus, les autres de sillons et de surfaces planes propres à broyer. On trouve bien mieux l'explication de cette forme de dents des insectivores, en les comparant à celles de la sarigue [Didelphy s), qui présentent trois séries longitudinales, de deux tubercules chacune, aux molaires supérieures. Dans le genre fossile Peralherium, les tubercules externes s'atrophient déjà, les tubercules intermédiaires s'allongent pour former les branches du V, et l'on a ainsi une molaire qui rappelle déjà beaucoup celles des Tal-
pidœ.
Nous ne suivrons pas l'auteur dans cette discussion toute technique et difficile à comprendre sans figures, où il passe successivement en revue les différents genres d'insectivores au point de vue de l'homologie des éléments de leurs molaires supérieures. Nous y renverrons le lecteur désireux d'approfondir la question. — Un tableau, qui termine ce mémoire, indique d'une façon méthodique la constitution de la molaire supérieure dans les différents genres des Bunotheria vivants et fossiles.
Dans une note antérieure, présentée à l'Académie des sciences de Philadelphie (2), M. Cope fait remarquer combien le type de molaires supérieures à trois tubercules est général chez les premiers mammifères tertiaires : la plupart de ceux du groupe de Puerco ont des molaires triangulaires avec deux tubercules externes et un seul interne. Ainsi, sur quarante et une espèces de mammifères de ce gisement dont les molaires supérieures sont connues, il ny en a que quatre qui ne présentent pas cette particularité. Mais il faut noter que parmi les trente-sept autres se trouvent trois espèces de Peryplichus, qui présentent un petit lobe supplémentaire de chaque côté du tubercule interne principal.
Ce fait a son importance, car il montre le mode de développement des différents types de molaires supérieures, mode au sujet duquel on n'avait encore aucune donnée certaine. Ce type ne se trouve plus aujourd'hui que chez les marsupiaux insectivores et carnivores, chez les insectivores monodelphes et dans la tuberculeuse des carnivores proprement dits, chez ceux qui possèdent cette dent, à l'exeep-
(1) Journal of anatomy and physiologie, II, p. 13K ; Annales des sciences naturelles, zoologie, 5" série, 1. IX, p. 3iG.
(2) Proceedings Academy of natural sciences of Philadelphia, 1883. part. 1, p. 56.
tion des plantigrades. Chez les ongulés, les dernières formes qui présentent ce type de molaires sont les Coryphodonlidœ, du Wasatch et les Dinncerata, de l'éocène de Bridger: vers la fin de cette période, on ne l'observe plus que sur la dernière molaire supérieure.
Il est évident que les molaires à quatre tubercules sont dérivées de celles à trois tubercules par l'addition d'un lobe interne se développant aux dépens du collet postérieur de la dent. On voit les formes transitionnelles de ce processus dans les dents des Periplychidœ (Anisonchus), et dans la carnassière des Procyonidœ.
La classification des ongulés a été remaniée par M. Cope d'une façon plus complète encore que celle des onguiculés (1). Il y admet actuellement quatre ordres bien distincts, qui sont caractérisés essentiellement par la constitution du carpe et du tarse, comme le montre le tableau suivant :
Ordre I. — Scaphoîde porté par le trapézoide et non par le grand os qui porte le semilunaire. Face proximale du cuboide s'articulant seulement avec le calcanéum Taxeopoda.
Op.dp.e II. — Scaphoîde porté par le trapézoide et non par le grand os qui porte le semilunaire. Cuboide se prolongeant en dedans et s'articulant avec la face distale du naviculaire Proboscidea.
Ordre III. — Scaphoîde porté par le trapézoide et non par le grand os qui porte le semilunaire en commun avec l'unciforme. Cuboide se prolongeant en dedans et s'articulant avec l'astragale Amblypoda.
Ordre IV. — Scaphoîde porté par le grand os, qui porte aussi la semilunaire en commun avec l'unciforme. Cuboide assez prolongé en dedans pour s'articuler avec l'astragale Diplarthra.
Chacun de ces ordres peut se subdiviser lui-même en plusieurs sous-ordres. Ainsi les Taxeopoda comprennent deux et peut-être trois sous-ordres, représentés par les damans (Hyracoïdea) encore vivants, et les Peryplichus et genres voisins (Condylarthra) de l'époque éocène. Si les toxondontes n'appartiennent pas à l'ordre suivant, ils doivent aussi prendre place ici.
L'ordre des Proboscidea comprend les éléphants et peutêtre aussi les toxodontes ; mais le carpe de ces derniers est encore inconnu, ce qui laisse quelques doutes au sujet de leurs affinités réelles.
Les Amblypodes comprennent deux sous-ordres : les Panladonla, dont le type est le genre Coryphodon, et les Dinocerala représentés par YL'intatherium (ou Dinocerasi.
Les Diplarthra enfin sont les ongulés proprement dits de la plupart des auteurs, qui se subdivisent, comme on sait, en deux sous-ordres connus depuis longtemps : les Perissodactyles et les Artiodactyles.
Abordant ensuite l'histoire phylogénétique des ongulés, l'auteur fait remarquer que la disposition des os du carpe et du tarse, qui caractérise les taxéopodes, est probablement
(1) American l'hilosophical Society, 19 mai 1883 (Palœont. Bulletin. n° 35, p. 438).
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la forme primitive du type des ongulés. Les modifications que l'on observe chez les périssodactyles et les artiodactyles modernes peuvent se réduire à ce fait que les os de la seconde rangée du carpe ont glissé sur ceux de la première, par suite d'un mouvement de rotation en dedans. Ce mouvement de rotation a coïncidé probablement avec la perte du pouce, devenu inutile dans un membre destiné simplement à soutenir le corps pendant la marche. L'alternance des deux rangées du carpe donne évidemment plus de force au pied que leur disposition sériale, et Kowalevsky a bien indiqué l'importance de ce fait, en montrant que tous les types dont l'articulation carpienne ou tarsienne était double avaient survécu, tandis que ceux dont l'articulation était simple ont disparu. On comprend, du reste, qu'au point de vue mécanique, une double articulation est une garantie contre les luxations et les fractures.
On ne connaît encore aucun type formant par la forme de son carpe le passage des Taxeopodes aux Amblypodes, ainsi que celui de ces derniers aux Diplarlhra ou ongulés modernes ; les premiers périssodactyles, tels que l'Hyracotherium, VHyrachyus et le Triplopus, ont déjà la môme forme de carpe que les types actuels, tels que le rhinocéros et le tapir. L'ordre des Amblypodes constitue un intermédiaire très intéressant entre les deux autres groupes, car les animaux rangés dans cet ordre avaient à la fois le carpe du type primitif et le tarse des types modernes. Les os des deux rangées du tarse alternent, et l'astragale seul conserve quelques particularités d'un type .-intérieur.
Les taxeopodes se rapprochent beaucoup des Bunolheria, et cet ordre est incontestablement celui qui forme le mieux le passage des ongulés aux onguiculés. Les Condylarlhra ne diffèrent des Mesodonla que par le caractère même des ongles, et, dans les créodontes, cette distinction est réduite à sa plus simple expression, puisque les ongles du Mesonyx sont presque des sabots. D'un autre côlé, la dentition de plusieurs genres des Periptychidœ ressemble beaucoup à celle des créodontes.
Le squelette tout récemment découvert du Periplychus, dont on ne connaissait encore que le crâne, vient admirablement confirmer ces vues théoriques formulées à l'avance par l'auteur. L'astragale est, dans ce genre, dépourvu detrochlée et ressemble beaucoup à celui de l'éléphant. Cependant le Periplychus est trop voisin, sous d'autres rapports, des Phenacodon idœ pour qu'on puisse l'en séparer autrement qu'à titre de famille.
Quoi qu'il en soit, M. Cope se croit en droit de prédire la future découverte des deux types qui manquent encore pour que l'arbre généalogique des ongulés soit complet. Le premier, qu'il désigne sous le nom de Plalyarthra, serait caractérisé comme le Periplychus par l'absence de trochlée à l'astragale et formerait un troisième sous-ordre des taxeopodes ; le second, qu'il nomme Hyodonta, serait pourvu de celte trochlée ou tête astragalienne et formerait le passage les amblypodes aux ongulés modernes. Les précédentes prédictions de M. Cope se sont réalisées si heureusement que
Ton est en droit d'avoir confiance dans celles-ci. L'arbre généalogique des ongulés serait donc ainsi constitué :
Condytarthra
II yracoidea. \
PllOBOSCIDIiA.
Taxeopoda.
Plalyarlhra
(Groupe hypothétique).
Amblypoua.
Hyodonta. Pantodonta.
(Groupe hypothétique). |
I Dinocerata.
DlPLARTHTlA.
Perissodaclyla. Artiodactyla.
Le professeur H.-G. Seeley vient de publier un mémoire lu par lui à la Société des sciences de King's Collège, et qui a pour but de préciser l'état actuel de nos connaissances sur l'origine du crâne des vertébrés (1).
Les principaux points sur lesquels insiste l'auteur sont résumés dans les propositions suivantes :
1° L'anatomie comparée nous montre une simplification et un rapprochement toujours croissant dans le plan du type vertébré, quand on remonte l'échelle de ce type, en passant des poissons aux mammifères, et cependant l'embryologie nous montre que le crâne tire son origine d'une structure qui n'a que peu de rapports avec celle des vertèbres.
2° Le crâne est difficile à définir, bien que les arcs branchiaux paraissent dériver des fentes buccales de YAmphioxus, et que les fentes viscérales de l'embryon des mammifères soient homologues aux arcs branchiaux des poissons.
3° Un crâne, tel qu'on le conçoit d'ordinaire, consiste d'abord en une boîte cérébrale, deuxièmement en mâchoires, et troisièmement en organes servant à la respiration et qui peuvent, comme dans les squales, avoir été primitivement distincts du crâne lui-môme.
Zi° Les os qui entourent les vésicules nasales, optiques et auditives sont remarquablement constants, spécialement ces derniers, de sorte que l'on peut dire que la boîte cérébrale « est formée par la soudure des os propres des organes des sens qui ont enveloppé le cerveau», bien que cette définition n'explique ni le nombre ni la disposition de ces os.
5° Le crâne cartilagineux tire son origine des paracordes et des trabécules, éléments primitifs qui n'impliquent pas la segmentation tripartite du crâne qui, finalement, se développe.
6° Du moment que le crâne cartilagineux (celui des squales, par exemple) devient segmenté chez les animaux supérieurs, cette segmentation doit suivre certaines lois qui consistent probablement dans une répétition, sur le crâne, du processus suivant lequel la colonne vertébrale se segmente, les lignes de section passant par le milieu de chaque proto-vertèbre, de telle sorte que ses paracordes et ses trabécules forment, par une division médiane après leur union, trois portions distinctes.
(.1) The hislory of thi Skull, Londres. [883.
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7° En ce qui a rapport à l'os médian de la base du crâne, le parasphénoïde, qui est un élément vertébral mèdiu». formé par des trabécules cartilagineux pairs, et qui théoriquement ne devrait pas s'ossifier de cette manière, le l'ait ne peut s'expliquer que par cette loi que «plus un type souffre longtemps, plus est parfait le plan vertébral que ce type imprime à son crâne ».
8° La distinction en os membraneux et en os cartilagineux n'est pas de grande importance, les premiers étant dus seulement à ce fait que la substance nerveuse du cerveau « se développe si rapidement que les éléments du cartilage sont impuissants à la recouvrir ».
9° La face tire son origine des mâchoires qui, dans les élasmobranches, sont séparées du crâne. Les mâchoires se développent aux dépens des cartilages mandibulaires, de telle sorte qu'en embryologie la mâchoire inférieure est la plus importante. Les os de la face semblent former, comme l'a suggéré Balfour, deux séries, dont l'interne comprend le vomer, l'os palatin et le ptérygoïde ; l'externe, le maxillaire, l'intermaxillaire et le jugal. 11 est possible que ces six os dérivent des séries interne et externe, de trois arcs chacune, qui se développent à la région palato-maxillaire de l'embryon. Dans tous les cas, tout ce que l'on a dit pour expliquer la segmentation de l'os hyoïde et des arcs branchiaux peut s'appliquer aussi à ceux de la face. L'auteur pense que les cartilages nasaux et labiaux des élasmobranches sont la base des os nasaux et prémaxillaires.
Quant à savoir comment ces cartilages, y compris les arcs branchiaux, peuvent te façonner en forme de crâne, M. Seeley estime simplement que cela dépasse notre connaissance et ne peut s'expliquer que par cette loi que « la fonction modifie, adapte et transforme les organes, en prenant pour base leurs éléments primitifs». 11 termine en faisant remarquer que bien des difficultés disparaîtraient en anatomie comparée « si l'embryologie voulait se mettre au service de la morphologie, au lieu de prétendre à lui imposer des lois».
Un mémoire d'une assez grande importance a été lu par M. W.-lv. Parker à la Société royale de Londres (1). Prenant pour point de départ la morphologie des cyclostomes ou marsipobranches, l'auteur étudie les conditions primordiales du squelette des vertébrés. Les myxinoïdes sont à ce point de vue très instruclifs, puisque, même à l'âge adulte, ils ne présentent ni membres, ni vertèbres, ni aucune séparation entre la tête et le corps, sauf les rudiments, dans la première, d'un crâne cartilagineux, formé d'une seule pièce, ne montrant pas trace de segmentation secondaire, et dont la plus grande partie se trouve placée eu avant de la notocorde ou axe de l'organisme. Le développement est ici graduel (gradatiunal), dans toute l'acception du mot, car les arcs du crâne se développent constamment avant les cartilages secondaires que l'on trouve entre les myotomes en arrière de la tête. Il est évident, par conséquent, que les premiers
(1) 'Ihe primordial condition uf Verlebrates as seen in ihe Skeleton of ihe Bog-Fisch and Ihe Lamprey (Entrait de Nature, 1883).
craniata ont dû fournir des supports solides à l'extrémité antérieure de leur axe neural, bien avant que le tronc possédât autre chose que de fortes lames fibreuses entre les segments musculaires du reste du corps. Quant au développement linéaire, le plus ou moins d'extension en arrière des organes centraux (circulatoire, respiratoire, digestif, urogénital) n'est déterminé, chez les formes primaires, que par les conditions du milieu environnant.
11 est certain que les marsipobranches et, non loin d'eux, les larves des batraciens anoures sont les craniates les plus archaïques actuellement existant : dans ces animaux les organes sont logés en arrière dans un appendice vermiforme, comme chez ces poissons inférieurs, ou dans un sac suspendu au-dessous de la tôle, le corps et la queue réunis formant un organe de propulsion, comme dans les têtards et particulièrement dans la gigantesque larve du Pseudis.
Ainsi l'on voit que dans un type inférieur et dépourvu de membres, comme ceux dont nous parlons ici, des métamères fibreuses suffisent pour le développement des autres organes ; mais le cerveau vésiculaire, les lèvres en forme de suçoir, les sacs branchiaux et les organes des sens réclament l'appui d'un tissu plus dense. Chez les myxinoïdes on trouve quatre modifications spéciales du tissu conneclif qui se sont produites pour servir de support aux seuls organes céphaliques, de sorte que ces poissons sont des crdnioles, mais ne sont pas des vertébrés.
En résumé, les myxinoïdes représentent une sorte de type resté ammocélien, tandis que l'ammocète transformée, la larve de lamproie, se rapproche du batracien non encore transformé, représenté par le têtard. Mais ce que cette comparaison met surtout en lumière, ce sont les pertes que la faune du globe a subies pendant l'évolution du type des crâniotes. Actuellement les myxinoïdes, les pétromyzoïdes (lamproies) et les amphibiens anoures peuvent être rapprochés sans aucun intermédiaire ; mais les types dont ils sont restés les seuls survivants ne peuvent se compter. Plusieurs aulres formes de poissons, par exemple le lépidostée, sont évidemment des descendants des marsipobranches primitifs.
Dans la seconde partie, après avoir comparé la lamproie au têtard, l'auteur conclut ainsi : « Ces faits nous monlrent comment ce pétromyzoïde temporaire, le têtard, arrive à un degré de spécialisation tout à fait inattendu : il devient un quasi reptile occupant une place bien plus élevée dans l'échelle des êtres que la lamproie, bien plus élevée même qu'aucun autre ichthyopside. »
Les débris fossiles d'insectes hexapodes recueillis jusqu'à ce jour dans les couches carbonifères sont très rares. Ceux quel 'on a trouvés en Angleterre se réduisent, d'après M. S. -H. Scldder (1), à sept espèces, dont deux sont nouvelles. Les cinq plus anciennement connues sont d'abord un coleoptère, le Curculioïdes Anslivii de Buckland (18o7), dont Giebel a
(1 ' The Carboniferous hexapods Insects ofGreat Britain (Memoirs of the Uoston Society of nalural Hislory, t. III, a° 7, 1883, avec uue planche).
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fait le genre Hevila (1856) ; l'autre espèce indiquée par Buckland est un arachnide. Viennent ensuite deux orthoptères : la Blatte de Kirkby (1867), ou Blaltidium mantidioïdes de Goldenberg (1877), dont M. Scudder fait actuellement le genre Eloblatlina (1879), et un Phasmide indéterminé. Enfin deux névroptères : le Corydalis d'Audouin (1833), C. Brongniarli de Mantell (I8Z1/1), rapporté à la famille des Sialida? par Piclet dans son Traité de paléontologie, placé dans le genre Gryllacris par Swinton (187/j), et que l'auteur a rebaptisé en 1881 sous le nom de Lilhosialis . La seconde espèce est le Lithomanlis carbonarius de Woodward (1876), que M. Scudder a désigné par suite d'un lapsus, en 1879, sous le nom à'Archimantis.
C'est encore à l'ordre des névroptères qu'appartiennent les deux espèces nouvelles décrites pour la première fois dans ce mémoire. La première, que M. Scudder appelle Arcliœoplilus ingens, est fondée sur une portion d'aile trouvée près de Chesterfield dans le comté de Derby. Ce fragment représente la plus grande aile d'insecte que l'on connaisse dans les roches paléozoïques, sans en excepter Y Acridiles formosus de Goldenberg trouvé à Saarbrùck, et le Megalhenlomum pustulalum (Scudder), de l'illinois. D'après la direction des nervures, leur force et la distance qui les sépare, l'auteur estime que cet insecte ne devait pas avoir moins de 25 à 35 centimètres d'envergure, et la figure qu'il donne de la restauration d'une de ces ailes n'a pas moins de 18 centimètres de long sur 6 de large. Toutes les nervures principales ont un millimètre et plus d'épaisseur.
La disposition de ces nervures indique un névroptère très voisin génériquemenl du Lilhosialis Brongniarli et du Lilhomanlis carbonarius, et la comparaison de ces trois ailes avec les types actuellement vivants ne permet pas de soutenir l'opinion de Woodward qui rapportait ce dernier à la famille des Manlidœ. 11 est encore moins admissible de rapprocher ce type des orthoptères de la famille des Locustidœ, comme l'a fait Swinton en le plaçant dans le genre Gryllacris, et le prétendu « appareil de stridulation » qu'il croit avoir découvert sur l'aile du Lilhomantis n'est, d'après l'examen ultérieur de M. R. Etheridge, au Brilish Muséum, pas autre chose qu'une fracture du nodule sur lequel l'empreinte de l'aile est conservée.
11 n'est pas douteux que ces trois types appartiennent bien réellement, comme Audouin l'avait déjà reconnu, aux névroptères planipennes, qui renferment actuellement les Raphidiidœ et les Sialidœ avec le genre Corydalis, dont le naturaliste français avait rapproché, avec tant de sagacité, le Lilhosialis.
La seconde espèce nouvelle, trouvée à Tipton, dans le comté de StafTord, et que l'auteur désigne sous le nom de Brodia priscotincla, est fondée sur une aile presque entière, de la taille de celles de nos grandes libellules (Œschna), et qui a conservé d'une façon bien remarquable sa coloration primitive ; on y distingue très nettement trois bandes transversales foncées analogues à celles que l'on voit sur les ailes de certaines espèces actuellement vivantes.
11 esi à remarquer que tous les névroptères carbonifères
trouvés jusqu'à ce jour en Angleterre (les quatre espèces décrites dans ce mémoire) appartiennent à un seul et même type qui n'a plus de représentants connus, ni en Europe ni en Amérique. En outre, les insectes qui prédominent ailleurs dans la houille (les Dietyoneurœ, les Termites, etc.) sont absents de l'Angleterre. C'est là une remarquable exception à l'uniformité que présente, en général, la distribution géographique des insectes dans les couches carbonifères, et l'on sait, par les travaux de M. Woodward, que cette exception ne s'étend ni aux myriapodes ni aux arachnides, qui sont largement représentés parmi les fossiles de cette époque provenant de la Grande-Bretagne.
M. R.-D. Lacoe a réuni dans une petite brochure (1) publiée par les soins de la Société historique et géologique du H'yoming, fondée en 1858, tous les renseignements bibliographiques que l'on possède sur les arthropodes découverts dans les couches paléozoïques des États-Unis et du Canada. Cette liste comprend ko genres et 72 espèces qui se répartissent ainsi : Hémiptères, 1 genre et 1 espèce; Névroptères, 16 genres, 21 espèces; Orthoptères, 9 genres, 26 espèces; Myriapodes, 9 genres, 19 espèces; Arachnides, 5 genres et 5 espèces.
Parmi les myriapodes signalons le genre Xylohius de Dawson qui ne peut conserver ce nom préoccupé depuis longtemps par un genre de coléoptères voisin des taupins et appartenant à la famille des Eucnemidœ, genre appelé Xylobius par Latreille il y a plus de cinquante ans. Ce double emploi, quand bien uiOme il serait permis par les règles de la nomenclature moderne, donnerait lieu à des confusions continuelles entre le Julide fossile xylophage et la larve également xylophage du coléoptère actuel. Nous proposons de substituer à ce nom préoccupé celui de Xyliulus, suivant une terminaison assez généralement employée dans le groupe auquel ce genre appartient.
Dans une précédente revue (2) nous avons rendu compte d'un travail récent de M. S. -H. Scudder sur un nouveau groupe de myriapodes fossiles gigantesques, les Archypolypoda. — Aujourd'hui le même auteur s'occupe des l'alœocampa (Meek et Worthen), et de la diversité de type des premiers myriapodes connus (3). Ce mémoire est, pour ainsi dire, le complément du précédent. Le fossile qui fait l'objet de ce nouveau travail n'est, d'après l'auteur, ni une chenille ni un ver, comme on l'avait d'abord supposé, mais un myriapode d'un type nouveau et fort singulier. Grâce à l'examen de nouveaux spécimens mieux conservés du l'alœocampa (!i), dont un muni de ses pieds, il est permis de se faire aujourd'hui une idée plus exacte de ses véritables affinités.
C'est aux chilopodes modernes que l'on peut comparer ce
(1) List of Palœozoic fussil Insects ofthe United States and Canada (publication n° 5), 1883.
(2) Revue scientifique, 23 septembre 1882, p. 408.
(3) The American Journal of science, 1882, p. 161.
(4) Voyez Proc. Acad. nat. se. Pltilad., 1865, p. 52.
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nouveau type, aussi ancien que les archipolypodes. Le corps du Palœocampa a 3 ou U centimètres de long et est composé de dix segments égaux, outre la tête qui est petite. Chaque segment porte une seule paire de pattes subfusiformes, aussi longues que la largeur du corps et paraissant composées de plusieurs articles. Chaque segment porte en outre quatre touffes cylindriques, mais un peu divergentes, d'épines raides et minces, un peu plus longues que les pattes. Chaque touffe est insérée sur une protubérance hémisphérique, et ces appendices sont rangés sur les faces dorso-pleurales et latérales du corps.
La structure de chacune des baguettes ou épines est assez compliquée, et il est bien remarquable qu'une ornementation aussi délicate et aussi parfaite nous ait été conservée par les couches carbonifères dans lesquelles on la retrouve avec tous ses détails. Ces baguettes ne sont pas striées, comme l'ont supposé MM. Meek et Worthen, mais portent chacune environ dix-huit cannelures longitudinales, équidistantes, dont le bord libre est régulièrement denté ou crénelé à intervalles réguliers^ et l'intervalle entre deux de ces cannelures est lui-même divisé par deux ou trois cannelures plus petites, également crénelées à plus grands intervalles. C'est cette disposition qui leur donne, à l'œil nu, un aspect strié et a pu faire croire que ces épines étaient articulées ; mais l'axe de chacune d'elles, examiné entre les cannelures, ne montre aucune solution de continuité. Le diamètre d'une de ses baguettes ne- dépasse pas un dixième de millimètre, et cependant on trouve dans cet étroit espace environ soixante-dix cannelures parfaitement régulières, dont une sur quatre est plus haute que les autres, et qui sont crénelées régulièrement à des intervalles encore plus rapprochés. — On ne connaît actuellement rien de semblable chez les arthropodes, à moins que ce ne soit sur les écailles de certains lépidoptères ou d'autres insectes : quelques vers chétopodes ont bien des poils d'une structure très délicate et compliquée, mais rien qui approche de ce que nous trouvons ici. La réunion de ces baguettes en faisceaux de cette forme est elle-même assez rare : elle rappelle cependant les touffes de poils des chenilles d'Orgyia, les pinceaux d'écaillés piliformes des mâles de certains lépidoptères, tels que ceux qui terminent l'abdomen des Heliconia, Damais, Agrotis, etc., ou les faisceaux de poils en forme de balai des myriapodes du genre polyxène.
Le fait que notre animal ne possédait qu'une seule paire de pattes à chaque segment sans compter la tête suffit pour écarter l'idée que l'on pourrait avoir affaire à un ver ou à une larve d'insecte. Les seules larves d'hyménoptères de la famille des Tenlhredinœ ont quelque rapport avec ce que nous voyons ici ; mais les pattes ne sont pas toutes semblables : on distingue très bien les vraies pattes thoraciques des fausses pattes attachées à l'abdomen. Tel n'est pas le cas dans le Palœocampa, et c'est seulement aux myriapodes que l'on peut le comparer. La présence d'épines assez compliquées chez les archipolypodes est de nature à diminuer la surprise causée par l'examen des singulières productions épidermiques que nous avons décrites. Mais le Palœocampa
ne peut être rapporté à ce groupe : il n'y a ici qu'une seule paire de pattes, et par suite qu'une seule plaque ventrale, tandis qu'il y en a deux et deux paires de pattes chez les archipolypodes, qui sont comparables sous ce rapport aux diplopodes. — Le nouveau genre est au contraire comparable aux chilopodes (scolopendres et centipètes), ce qui est d'autant plus intéressant qu'on ne connaît aucun véritable chilopode avant l'époque tertiaire, sauf le douteux Geophiliu proavus de Munster qui serait jurassique.
La principale distinction entre le Palœocampa et les chilopodes, c'est que les pattes du segment qui suit immédiatement la tête sont absolument semblables aux autres et n'ont rien qui dénote des organes accessoires de la bouche comme chez ces derniers. C'est là une différence de grande valeur, à laquelle viennent s'en ajouter d'autres tirées de la disposition des téguments, de la forme des pattes, etc. En résumé, la différence est aussi grande qu'entre les archipolypodes et les diplopodes, et M. Scudder propose de donner au nouveau groupe, dont le Palœocampa est le type, le nom de Protosyngnatha, indiquant ses relations ancestrales avec les chilopodes auxquels Latreille avait donné le nom de Syngnatha.
Il est cependant deux groupes d'animaux actuellement vivants et plus ou moins voisins des myriapodes, avec lesquels il n'est pas sans intérêt de comparer le Palœocampa : le premier est celui des Péripates, connu surtout par les travaux de Moseley. Or tout indique dans le Palœocampa une organisation déjà beaucoup plus élevée que celle du péripate : il est fort probable en particulier qu'il y avait de véritables trachées, bien que les stigmates soient difficiles à trouver sur les exemplaires qui nous ont été conservés. — Un second groupe aberrant, le genre Scolopendrella, placé d'abord parmi les chilopodes, forme aujourd'hui une section distincte sous le nom de Symphdla, proposé par M. Ryder qui l'intercale entre les myriapodes et les thysanoures. Packard, de son côté, le réunit aux thysanoures dans le même groupe que le genre Collembola et les Thysanura proprement dits ou Cinura. — Les deux genres Palœocampa et Scolopendrella se ressemblent par la séparation de la tète du reste du corps et par l'uniformité des segments suivants ; mais là s'arrête la ressemblance, et l'on voit qu'elle porte surtout sur les caractères (sauf celui de la tête) que tous deux ont de communs avec les chilopodes, et que par conséquent notre fossile se rapproche plutôt de ceux-ci que des thysanoures.
Étant admis que le Palœocampa est un myriapode, nous pouvons conclure de cette étude deux faits parallèles et très remarquables : c'est d'abord que chez ce très ancien myriapode les appendices dermiques ont déjà acquis une organisation très compliquée et très élevée, telle que rien de semblable n'existe plus aujourd'hui ; — et ensuite, que par un contraste marqué avec ce qu'on observe dans les autres groupes d'arthropodes, à cette période primitive, la divergence de structure entre les divers types de myriapodes était déjà aussi grande que de nos jours. Ainsi les archipolypodes et les protosyngnathes diffèrent entre eux autant que les diplopodes et les chilopodes actuels. Quant au lien de parenté
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existant entre ces divers groupes, on peut considérer les archipolypodes comme les ancêtres communs des chilopodes et des diplopodes, et les protosyngnathes comme les descendants d'un type primitif, encore inconnu, dont le Peripalus d'une part, et peut-être même la Scolopendrella de l'autre, seraient deux branches collatérales, les seules qui soient parvenues jusqu'à nous. Il faut donc admettre, à cette époque primitive, une grande accélération dans la marche du développement en général, et dans celui des myriapodes en particulier, ou faire remonter la première apparition de ce type à une époque très reculée. On sait, du reste, que l'on trouve déjà des insectes ailés dans des couches beaucoup plus anciennes qu'aucune de celles où l'on connaît des myriapodes; et, comme les relations de structure existant entre les hexapodes et les myriapodes permettent de leur assigner une origine commune, il est bien probable que ce dernier type a dû apparaître avant les véritables insectes à métamorphoses. On ne peut guère douter que le type primitif de tous les trachéates ne fût marin, et M. Scudder a montré que la structure des Euphoberidœ indiquait un genre de vie aquatique. Cependant on n'a pas encore trouvé la moindre trace de myriapodes fossiles dans des couches inférieures à la période houillière. Il y a donc lieu de se livrer à de nouvelles recherches et d'examiner en particulier avec soin tous les articulés à formes d'annélides, signalés dans les roches les plus anciennes, et dont les affinités n'ont pas encore été déterminées d'une façon suffisante.
Pour en finir avec le Palœocampn, je dois dire que dans un récent article (Proc. Amer. Phil. Soc, XXI, p. 208), le docteur Packard, contrairement aux vues précédentes, considère ce type comme tout à fait étranger à la classe des myriapodes; ce serait, d'après lui, la larve poilue de quelque insecte névroptère voisin des Panorpidœ, — Adhuc sud judice lis est !
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