THEODORE SCHWANN
pour recueillir, manipuler et cultiver les germes des organismes inférieurs; il a varié les expériences de cent façons différentes, de manière à convaincre les plus difficiles. Enfin il a étendu la doctrine des microbes à la pathogénie des maladies infectieuses. Pour beaucoup de savants de premier ordre qui acceptent les idées de Pasteur, les maladies contagieuses ou infectieuses sont probablement toutes dues au développement de bactéries ou d'autres êtres infiniment petits qui envahissent notre organisme et s'y multiplient avec une rapidité et une profusion effrayantes.
Le virus du charbon, celui du choléra des poules, du rouget des porcs, etc., est un être vivant, une réalité palpable qu'on peut aujourd'hui combattre d'une façon rationnelle, grâce à l'admirable découverte de l'alténuation des virus. Ces mêmes bactéridies charbonneuses, par exemple, qui propagent au loin la contagion et la mort, deviennent, quand elles ont été soumises à une culture appropriée, un préservatif efficace, un véritable vaccin contre la terrible maladie.
Tout un essaim d'émulés ou d'élèves de Pasteur se livre en ce moment avec ardeur à cette étude; et le jour n'est peutêtre pas éloigné où, grâce à leurs travaux, l'humanité sera en possession de spécifiques infaillibles contre le typhus, le choléra, la tuberculose, et où elle pourra combattre victorieusement les ennemis invisibles qui la menacent de toutes parts. N'est-ce pas en s'inspirant des idées de Pasteur que Lister a imaginé son fameux pansement antiseptique des plaies qui a révolutionné la chirurgie et auquel chaque jour des milliers de malheureux doivent la vie ?
Les travaux dont j'ai rendu compte jusqu'à présent auraient seuls suffi à illustrer le nom de Schwann. Cependant ces travaux sont relativement peu connus ; leur renommée a pâli devant l'éclat incomparable de la grande découverte de noire collègue. La publication du petit livre où il jette les fondements de la théorie cellulaire a ouvert une ère nouvelle à l'étude de la biologie. On chercherait en vain, a dit Simon, dans l'histoire des sciences naturelles l'exemple d'une révolution plus radicale dans la direction et le caractère des travaux scientifiques que celle qui fut opérée de 1838 à 1839 par la mise en lumière de la théorie histogénétique de Schwann. Cette révolution fut subite et triompha, pour ainsi dire, sans combat.
C'est une fortune bien rare qu'une doctrine d'une portée aussi générale que la théorie cellulaire rallie dès son apparition tous les suffrages. Comme le fait remarquer Henle, le sol scientifique sur lequel cette théorie germa et se développa avait été favorablement préparé à deux points de vue différents : l'un philosophique ou idéal, l'autre positif ou histologique. La préparation au point de vue philosophique date des débuts de l'étude de la nature; l'esprit humain est invinciblement poussé à rechercher et surtout à imaginer une cause simple chargée d'expliquer la diversité des phénomènes. C'est à ce besoin inné de schématisation, de simplification que nous devons les monades d'Épicure ou de Leibniz et la philosophie de la nature d'Oken.
Nous lui devons jusqu'à un certain point les théories plus
positives d'observateurs tels que Fontana, Milne-Edwards, Raspail, Dutrochet, qui tour à tour crurent apercevoir dans le champ du microscope l'élément fondamental auquel se réduit la nature animée tout entière. Malheureusement l'hypothèse de cette forme unique et primordiale reposait en partie sur de pures illusions d'optique, en partie sur des faits mal interprétés. Aussi peut-on dire avec Ranvier qu'il y a entre les théories cellulaires de Raspail et de Dutrochet, et la théorie cellulaire de Schwann, la même différence qu'entre Tatomisme des anciens et les nouvelles doctrines chimiques.
D'autres travaux histologiques, parfois d'allure modeste, mais serrant les faits de près, avaient frayé une voie plus sûre à la théorie cellulaire. Tant il est vrai que les grandes découvertes, auxquelles nous aimons à rattacher îe nom glorieux d'un seul homme, sont souvent préparées par plusieurs générations de travailleurs. Elles naissent rarement tout d'une pièce, comme la Minerve antique qui jaillit tout armée du cerveau de Jupiter.
Robert Brown découvre, en 1831, le noyau cellulaire, ce corpuscule qui donne aux cellules végétales quelque chose de caractéristique et ne permet plus de les confondre avec des vésicules quelconques. Mirbel, von Mohl, L'nger, démontrent que, chez les végétaux, tous les organes, tous les tissus, malgré leur apparente diversité, sont au fond des agrégats de cellules plus ou moins transformées. La brillante corolle qui s'épanouit au soleil, comme l'humble brin de mousse, sont formés des mêmes parties élémentaires, de cellules juxtaposées. Chaque cellule possède son individualité propre ; c'est un organisme en miniature, une unité vivante. Schleiden venait d'étudier le rôle important rempli par le noyau dans la formation des cellules végétales et lui donnait pour cette raison le nom de cytoblaste, c'est-à-dire de formation de la cellule. Dès ce moment, la théorie cellulaire était constituée pour le règne végétal, et la diversité de forme et de structure était ramenée à cette unité fondamentale, la cellule (1).
On connaissait, il est vrai, çà et là chez les animaux quelques exemples d'organes formés de cellules. J. Mûller avait constaté leur présence dans le tissu de la corde dorsale ; Henle les avait étudiées dans l'épidémie ; Henle et Purkinje dans la substance des glandes ; Ehrenberg et Yalentin dans les centres nerveux, etc. Mais c'étaient là des faits isolés qu'aucun lien ne reliait et que certains savants considéraient même comme des exceptions. Personne n'avait encore songé à transporter dans le domaine de l'histologie animale les notions générales qui se dégageaient des études d'histologie végétale.
Schwann a raconté lui-même à quel hasard il avait dû la première idée de sa découverte :
« Un jour que je dînais avec M. Schleiden, cet illustre botaniste me signala le rôle important que le noyau joue dans le développement des cellules végétales. Je me rappelai tout
(1) Sclileiden n'avait pas encore livré a la publicité les résultais ,1e ces recherches qui eurent une influence décisive sur le développement de la théorie cellulaire de Schwann.
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de suite avoir vu un organe pareil dans les cellules de la corde dorsale, et je saisis à l'instant même l'extrême importance qu'aurait ma découverte, si je parvenais à montrer que, dans les cellules de la corde dorsale, ce noyau joue le même rôle que le noyau des plantes dans le développement des cellules végétales. 11 s'ensuivrait, en effet, à cause de l'identité de phénomènes si casactérisliques, que la cause qui produit les cellules de la corde dorsale ne peut pas être différente de celle qui donne naissance aux cellules végétales. »
Les deux savants se rendirent immédiatement à l'amphithéâtre d'anatomie pour examiner les noyaux en question, et Schleiden leur reconnut une ressemblance parfaite avec les noyaux des cellules des plantes.
o Dès ce moment, poursuit Schwann, tous mes efforts tendirent à trouver la preuve de la préexistence du noyau à la cellule.
« Une fois arrivé, sous ce rapport, pour la corde dorsale et pour les cartilages, à un résultat satisfaisant, l'origine de toutes les parties élémentaires des autres tissus parle même mode de développement, c'est-à-dire au moyen de cellules, n'était plus douteux pour moi, à cause du principe que je venais d'établir. L'observation a entièrement confirmé ma manière de voir. J'ai trouvé, à l'aide du microscope, que ces formes si variées des parties élémentaires des tissus de l'animal ne sont que des cellules transformées, que l'uniformité de la'lexture se retrouve aussi dans le règne animal, que, par conséquent, l'origine cellulaire est commune à tout ce qui vit. Tout m'autorisait dès lors à faire également à l'animal l'application de l'idée de l'individualité des cellules. »
Au moment où Schwann entreprenait de démontrer que tous nos organes ont une origine cellulaire, la structure de la plupart d'entre eux était fort mal connue. L'application suivie du microscope aux recherches d'histologie animale était d'introduction récente ; tout était à créer. Schwann ne recula pas devant le labeur immense qui s'ouvrait devant lui. Ce qu'il avait fait en premier lieu pour les cartilages et pour la corde dorsale, il le tenta successivement pour tous les autres tissus du corps. Partout il eut le bonheur de constater la réalisation de son idée.
Il eut, au cours de ces recherches, l'occasion de découvrir un grand nombre de faits nouveaux. Le premier, il compare l'œuf à une cellule et reconnaît dans les globules du blastoderme de véritables cellules ; le premier, il décrit les cellules pigmentaires étoilées, les lamelles de l'ongle, le développement des plumes, les noyaux des prismes de l'émail, ceux des muscles lisses et striés, les fibres de la pulpe dentaire et les cellules destinées à se transformer en fibres du cristallin, etc. 11 appelle l'attention sur l'enveloppe des fibres nerveuses qui porte aujourd'hui son nom : gaine de Schwann. Toutes ces découvertes ont été pleinement confirmées par les recherches modernes armées d'une technique plus parfaite et d'instruments d'optique infiniment supérieurs.
Est-il besoin de rappeler qu'à côté de ces acquisitions nouvelles dont les recherches microscopiques enrichissaient définitivement la science, il s'était glissé un certain nombre
d'erreurs. Il en eût difficilement été autrement, vu l'imperfection des appareils d'optique et la difficulté extrême d'un sujet tout nouveau.
Le vif désir que Schwann devait éprouver de voir sa théorie sortir triomphante de la longue épreuve à laquelle il la soumettait l'a peut-être influencé parfois d'une façon inconsciente. Fermement persuadé de l'exactitude du principe qui le guidait, trouvant à chaque instant dans les faits particuliers qu'il découvrait la confirmation la plus éclatante de ce principe, est-il étonnant qu'il se soit, dans certains cas particuliers, montré moins sévère qu'à l'ordinaire dans l'admission des preuves ?
Il est une partie fort importante de la théorie cellulaire, celle à laquelle son auteur attachait le plus de prix et sur laquelle les données modernes de la science diffèrent essentiellement de ce que Schwann avait cru découvrir. Je veux parler de la genèse de la cellule, de son mode de formation. Une erreur capitale, la notion de la formation libre des cellules au sein d'un blastème, s'était, dès le début, glissée dans les travaux de Schleiden. Il est vrai que Schleiden n'admettait ce mode de formation qu'à titre d'exception. Cette erreur, Schwann l'avait transportée et adaptée à l'histogenèse animale. La cellule animale se formait également pour lui par une espèce de précipitation libre ou de cristallisation organique au sein d'une masse semi-liquide qu'il appelait cyloblastème. Le cyloblastème pouvait aussi bien setrouver en dehors qu'au dedans d'une autre cellule. C'était donc la génération spontanée de la cellule.
Il est assez étonnant que Schwann qui avait combattu victorieusement la génération spontanée sur le terrain de la fermentation et de la putréfaction s'en soit fait le défenseur, alors qu'il s'agissait de la genèse des cellules. Le principe de l'individualité physiologique de la cellule étant admis, est-il rationnel de supposer que la cellule, ce petit organisme en miniature, se forme de toutes pièces à la façon d'un cristal, alors que les infusoires, les vibrions, les globules de levure descendent tous d'êtres semblables à eux-mêmes? Schwann, dans sa comparaison de la formation du cristal et de la cellule, oubliait donc un fait primordial, c'est que la vie n'est engendrée que par la vie. 11 fallut de longs travaux pour déraciner cette erreur et pour faire triompher le principe posé par Virchow : Omnis cellula e cellula. Toute cellule est la tille d'une autre cellule.
Quoi qu'il en soit des imperfections de la théorie cellulaire, il est certain que son apparition a provoqué dans tous les domaines de la biologie une de ces transformations que la science ne subit qu'à de longs intervalles. La notion de la cellule comme élément primordial de tous les tissus allait dorénavant servir de fil d'Ariane aux nombreux chercheurs qui se vouent à l'étude de la morphologie et leur permettre de débrouiller l'infinie variété des formes organiques. Elle donna la consécration définitive à l'application du microscope, aux recherches d'anatomie et de physiologie. Dès ce moment, l'histologie moderne est fondée, et toutes les recherches morphologiques accomplies depuis près d'un demisiècle se rattachent à la théorie cellulaire.
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«Il est un livre, a dit Edouard Van I?eneden,qui, par l'importance prépondérante qu'il a exercée sur la marche de la biologie, peut être cité à côté de celui de Schwann. C'est cette œuvre immortelle qui, en faisant pénétrer dans la pensée scientifique la notion de l'évolution des organismes, a déterminé la rénovation de la morphologie. Mais qui donc eût reconnu la portée du principe de la sélection, si la théorie cellulaire n'avait au préalable rendu familière à tout naturaliste la conception de l'unité constitutionnelle de la nature vivante? Pour que la doctrine du transformisme pût s'établir définitivement, il fallait que, par un développement naturel des idées du maître, le principe que toute cellule provient d'une autre cellule fût reconnu et proclamé. »
L'anatomie pathologique bénéficia immédiatement de l'action fécondante de la théorie cellulaire. Jean Mûller, s'inspirant des travaux de son jeune assistant, reconnut que le tissu de nouvelle formation de l'enchondrome et d'autres tumeurs est composé de cellules, et que la théorie qui fait dériver tous les tissus de cellules est également applicable à la pathologie. A Virchow était réservé l'honneur de développer cette idée et de créer la pathologie cellulaire.
Mais l'influence de la théorie cellulaire sur la marche de la physiologie n'a pas été moins profonde. La notion de l'individualité, de la vie propre de chaque cellule, est aujourd'hui la pierre angulaire de la physiologie générale. Les éléments histologiques qui entrent dans la constitution de notre corps sont bien et dûment de petits organismes au même titre que les êtres inférieurs formés d'une seule cellule. La cellule est donc un organisme en miniature, qui vit, qui se nourrit, qui respire, qui réagit aux excitations venues du dehors. Elle est le siège d'échanges continus d'énergie et de substance entre elle et le monde extérieur. C'est dans ces propriétés de la cellule que la physiologie moderne recherche le secret de l'activité des muscles, des glandes, des nerfs, de tous nos organes en un mot.
D'autre part, la théorie cellulaire a coopéré efficacement à bannir, de la science de la vie, la notion de la force vitale et à assurer la prédominance de la doctrine physico-chimique. A l'époque où Schwann publia ses recherches, l'école viialiste triomphait pour ainsi dire sans conteste, aussi bien en Allemagne qu'en France. Jean Mûller était franchement vitaliste. 11 admettait dans chaque organisme une force vitale unique, entièrement différente des forces chimiques et physiques, agissant comme cause et comme ordonnateur suprême de tous les phénomènes, d'après un plan déterminé A l'avance. Cette puissance mystérieuse pour laquelle la physique et la chimie n'avaient plus de secrets s'évanouissait au moment de la mort sans plus laisser de traces. Dans la formation d'un nouvel être, elle naissait par division d'une autre force vitale, sans que cette dernière se trouvât en rien diminuée.
Cette doctrine allait bientôt être ruinée de fond en comble, et cela par les travaux des élèves de Mûller. La théorie cellulaire, mais avant tout la notion de la conservation de l'énergie et les nombreuses recherches sur la physiologie gé-
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nérale des nerfs et des muscles, contribua à lancer la physiologie dans cette voie nouvelle.
Aujourd'hui, l'hypothèse de la force vitale a fait son temps : elle est allée rejoindre l'horreur du vide, l'esprit recteur sidéral de Kepler et les autres principes métaphysiques, aussi inutiles que nuisibles, qui encombraient la science à ses débuts. L'ancienne formule de Descartes posant en principe qu'il n'y a pas deux mécaniques, l'une pour les corps bruts, l'autre pour les corps vivants, et que partout les lois de la nature sont identiques, a été reprise victorieusement par l'école physiologique moderne.
La théorie cellulaire porta au vitalisme les premiers coups et non les moins sensibles. Comment, en effet, concilier la notion de l'individualité cellulaire avec l'existence d'une force vitale unique, présidant à l'accomplissement de toutes les fonctions ? 11 fallait, ou bien rejeter l'hypothèse vilaliste et rechercher la raison des phénomènes vitaux dans les propriétés des molécules et des atomes, ou bien admettre dans chaque cellule une force vitale en miniature, espèce de petit génie mystérieux présidant à son accroissement, à sa vie. Schwann insiste sur ce que l'hypothèse d'une force vitale présente à la fois de superflu et d'insuffisant.
« Jamais, dit-il, je n'ai pu concevoir l'existence d'une force simple, qui changerait elle-même son mode d'action en vue de réaliser une idée, sans posséder cependant les attributs caractéristiques des êtres intelligents; toujours j'ai préféré chercher la cause de la finalité dont témoigne à l'évidence la nature entière, non pas dans la créature, mais dans le Créateur, et toujours aussi j'ai rejette, parce qu'elle est illusoire, l'explication des phénomènes vitaux, telle que la concevait l'école vilaliste. J'ai posé pour principe que ces phénomènes, il faut les expliquer comme ceux de la nature inerte. »
A Schwann revient donc l'honneur d'avoir le premier, parmi les disciples de Jean Mûller, formulé les principes de la théorie mécanique de la vie et d'en avoir développé systématiquement les conséquences. D'ailleurs, c'est également lui qui inaugura celte série de recherches exactes sur la physiologie générale des muscles et des nerfs, qui est comme la mise en application de la doctrine physico-chimique.
Les recherches microscopiques furent publiées d'abord par fragments dans les Notizen de Froriep. Schwann les réunit ensuite en volume, en y joignant les résultats de ses dernières recherches. Il avait commencé l'impression de ce volume, quand survint un événement qui allait donner à sa vie une direction nouvelle.
Le chanoine de llam, recteur magnifique de l'université catholique de Louvain, avait chargé le professeur Moeller de recruter, pour la Faculté de médecine, un anatomiste allemand, à la fois pieux et savant, deux qualités rarement réunies dans la même personne. Il s'agissait de remplacer le professeur d'anatomie Windischmann, qui se mourait de phtisie à Hyères. Windischmann avait vécu à Bonn dans l'intimité de Jean Mûller : il y avait connu Schwann; il est
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probable que ce fut lui qui le recommanda à Moeller. Schwann reçut donc la proposition d'échanger sa place d'aide-naturaliste au musée de Berlin contre la position de professeur ordinaire à l'Université de Louvain.
Notre collègue n'avait pas vingt-neuf ans. A un âge où beaucoup d'hommes en sont encore à chercher leur voie, il avait fait des découvertes de premier ordre. Le succès de sa théorie cellulaire, succès aussi soudain que retentissant, entourait son jeune iront d'une auréole de gloire. Malgré son mérite transcendant, malgré ses travaux, l'avenir ne lui apparaissait pas sous des couleurs favorables. Sa position au musée de Berlin était plus que modeste : il songeait à l'améliorer et avait déjà préparé sa demande pour être nommé professeur extraordinaire. Cependant il ne devait pas se faire grande illusion sur les chances d'avancement qui l'attendaient à Berlin, où la chaire d'anatomie avait à ce moment deux titulaires et celle de physiologie trois (Mûller, Schulz et Ilorkel). Il n'hésita donc pas à accepter l'offre brillante qu'on lui faisait (décembre 1838) et se prépara à partir pour Louvain. Celte détermination mit en émoi le petit cercle d'amis dont il était l'âme : on fêla sa nomination par un souper d'adieu. Henle nous a conservé (1) les vers qui furent, à cette occasion, adressés au nouveau professeur. Ces vers expriment, sous une forme burlesque, il est vrai, les hautes destinées que tous les amis de Schwann prédisaient à la théorie cellulaire, dès le lendemain de sa publication.
Entre temps, AYindischmann était mort, et Schwann commença son cours d'anatomie à Louvain, au mois d'avril 18o9. Il eut à lutter contre des difficultés de diverse nature. L'usage du français lui était peu familier: aussi la préparation de ses leçons lui fut d'abord une tâche fort laborieuse. 11 commençait par les rédiger en allemand, se les faisait traduire en français, et débitait ensuite plus ou moins librement le texte français. Mais sa persévérante ténacité triompha de tous les obstacles. D'après le souvenir de tous les contemporains, le succès de cet enseignement fut considérable. Les leçons brillaient autant par l'originalité des vues et par le savoir étendu du jeune professeur que par la mé-
(1) Voici ces vers:
Wovon man schon im alten Testament
Die Profczeiung deullich erkennt :
Dcnn wie der Mann, der die Philister gcschlagen
In einera Ltivven fand Bienenzellen,
So findet jetzt Lôwen (Louvain) im Manne der Zellen
Den Simson, der die Philister wird scblagcn.
Und wio Simson ein Rathsel daraus macht mit Ehren,
Woraus Niemand die Zellen im LOwen crkannte,
Wird hinwieder mit Ehreu der Ebengenannte
Aile Ràthsel aus Zellen in Lowon erklàren.
Trad. — La chose est déjà nettement prophétisée dans l'Ancien Testament. Eu effet, de môme que l'homme cjui vainquit les Philistins trouva des cellules d'abeilles dans un lion (Lbwen), de même Louvain (Lowon) trouve aujourd'hui dans l'homme des cellules le Samson qui battra les Philistres.
Samson en fit une belle énigme où personne ne reconnaissait les cellules dans le lion, de même le susdit expliquera à Louvain toutes les énigmes au moyen des cellules.
tbode et la clarté de l'exposition. On assure que les notes recueillies à ses cours servirent encore de base à l'enseignement de l'anatomie microscopique à l'Université de Louvain, longtemps après qu'il eut quitlé cette ville.
C'est pendant son séjour à Louvain qu'il publia dans les mémoires de l'Académie des sciences de Bruxelles un travail sur les usages de la bile. Il imagina le premier de faire couler la bile au dehors par une fistule de la vésicule biliaire, de manière à empêcher l'action de ce liquide sur les aliments. Il constata que les chiens ne tardaient pas à mourir à la suite de cette opération, et en tira la conclusion que la bile est nécessaire à l'entretien de la vie. Les recherches ultérieures n'ont pas entièrement confirmé les résultats de ce travail. 11 n'en marque pas moins un progrès notable, puisqu'il enrichit la technique physiologique d'une opération nouvelle, celle de la fistule biliaire. Schwann publia ensuite une seconde série d'expériences sur le môme sujet dans le dictionnaire de physiologie de Wagner.
Il s'associa vers la même époque aux travaux de statistique préconisés par Quételet, et que l'Académie des sciences de Belgique avait pris sous son patronnage. Il fit connaître en 1843 et 1845 sous forme de tableaux les résultats d'un assez grand nombre de pesées d'organes sains provenant de cadavres d'individus morts par accident. 11 attachait d'ailleurs une grande importance aux données numériques se rapportant aux phénomènes physiologiques. Il a poursuivi sur lui-même pendant de longues années des séries d'observations quotidiennes sur la fréquence du pouls, celle de la respiration, sur la température et le poids du corps.
Schwann entreprit également à Louvain des tentatives nombreuses sur la production artificielle d'éléments organisés. Les essais de fabrication de cellules au sein d'un blastème non organisé, essais auxquels notre collègue consacra beaucoup de temps et de peine, n'aboutirent à aucun résultat positif.
Schwann occupa la chaire d'anatomie humaine et générale de Louvain jusqu'en 1848. A cette époque Spring, qui cumulait à Liège les cours de physiologie, d'anatomie générale et d'anatomie descriptive, insistait auprès du gouvernement pour être déchargé d'une partie de ce fardeau trop lourd pour les épaules d'un seul. Sa voix fut écoutée, et le ministre Rogier le chargea de négocier la nomination de Schwann comme professeur d'anatomie à l'Université de Liège. On assura à Schwann un revenu équivalent à celui qu'il touchait à Louvain en tenant compte de la différence des minervalia. On lui promit ultérieurement un laboratoire, ainsi que les moyens de poursuivre ses recherches scientifiques. Diverses circonstances empêchèrent la réalisation des engagements qu'on avait pris vis-à-vis de Schwann, et notre collègue mourut sans avoir vu construire l'Institut anatomique qu'on lui avait promis plus de trente ans auparavant.
Schwann fut nommé professeur ordinaire à l'Université de Liège par arrêté royal du l'ô novembre 1848. Il enseigna l'anatomie générale et l'anatomie descriptive, sauf l'ostéologie et la myologie que Spring conserva dans ses attributions
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jusqu'en 1853, époque où le cours d'anatomie descriptive tout entier passa aux mains de Schwann.
« Alors comme aujourd'hui, a dit Stas, l'admission d'un étranger dans une université de l'État ne fut pas sans provoquer un certain mécontentement, ni sans soulever quelques critiques. Bien que nos universités ne fussent pas organisées comnrie elles le sont actuellement, les suggestions d'un nationalisme étroit tendaient à exclure de la carrière universitaire les savants nés hors du pays. Aussi ne puis-je m'empêcher de rendre ici un public hommage à ceux de nos hommes d'Etat qui ont sacrifié sans hésiter à l'intérêt national, les intérêts de leur propre popularité, pour doter nos universités de professeurs éminents. Ils ont compris que le développement intellectuel de notre pays ne dépendait pas seulement de l'organisation de l'enseignement, mais encore et surtout de la valeur du corps enseignant, de son esprit d'initiative et de l'exemple qu'il donne par ses travaux. »
Les préventions injustes qui avaient accueilli la nomination de Schwann se dissipèrent bientôt. Son éclatante renommée, la haute valeur de son enseignement, et plus encore la loyauté et l'aménité de son caractère firent taire l'envie et lui concilièrent toutes les sympathies. Au bout de peu de temps il ne compta plus que des amis et se sentit tout à fait à l'aise dans ses nouvelles fonctions. Lorsque, quelques années plus tard, on lui offrit à différentes reprises des positions scientifiques considérables en Allemagne, notamment à lîreslau en 1852, à Wurtzbourg et à Munich eu 185Zi, à Giessen en 1855, il n'hésita pas un instant à refuser ces offres brillantes, tellement il était déjà attaché à son pays d'adoption et à la ville de Liège.
Schwann enseigna l'anatomie humaine et l'anatomie générale de 1849 à 1858. En 1858, il abandonna l'anatomie descriptive et prit en échange le cours de physiologie humaine devenu vacant par suite du passage de Suring à la clinique. Il conserva le cours de physiologie en entier jusqu'en 1879. Il obtint à cette époque son éméritat. Cependant il fit encore une partie du cours de physiologie (physiologie du système nerveux) pendant le semestre d'hiver 1879-1880. L'année suivante, il prit complètement sa retraite ; mais il consentit sur les instances de la Faculté de médecine à laisser figurer son nom à côté de celui du nouveau titulaire sur le programme des cours.
Tous ceux qui ont pu assister aux leçons de notre illustre collègue vantent la clarté, l'ordre et la méthode de son enseignement. Son cours de physiologie brillait surtout par une qualité fondamentale; il était essentiellement démonstratif et expérimental. Schwann se souvenait du précepte d'Horace :
Segnius irritant animos demissa per aurern, Qiiam quœ sunt oculis subjecta lidclibus, et quae Ipae sibi tradil spectator.
Il éprouvait un véritable plaisir à faire fonctionner devant ses auditeurs les principaux appareils de physiologie et surtout à démontrer sur l'être vivant les lois de la vie. L'animal
qu'il opérait était pour lui une machine dont il étudiait le fonctionnement.
Le travail de laboratoire a toujours présenté pour Schwann un attrait irrésistible : il y consacrait une partie de sa journée, répétant les expériences des autres, en imaginant de nouvelles, travaillant constamment à accroître la somme de ses connaissances. Il avait obtenu un petit local pour y organiser un laboratoire de physiologie. Il y installa des tables de travail, des armoires, des rayons, des balances, une hotte, un petit moteur, une distribution d'eau et de gaz et sut tirer un parti excellent de l'étroit espace qui lui était attribué. Outre le préparateur habituel, un mécanicien fut attaché au service de la physiologie. Schwann s'était toujours vivement intéressé au développement delà technique scientifique; il forma une collection assez complète d'instruments de physiologie qui lui permit de donner à son cours un caractère de plus en plus expérimental et démonstratif. Lui-même se familiarisait avec les nouvelles méthodes d'investigation au fur et à mesure de leur apparition. Il apprit à se servir des appareils enregistreurs de Ludwig et de Marey, s'initia aux nouveaux procédés d'analyse des gaz, au maniement de la pompe à mercure; il fit venir de Munich un pelit appareil de Pettenhofer et se procura tout l'outillage d'ôlectro-physiologie créé par le génie de du I!ois-Reymond. 11 perfectionna plusieurs de ces appareils : il modifia la pompe à mercure de Ptlûger, le myographe de du Bois-Heymond et le manomètre inscripteur à mercure. On lui doit également l'invention d'une couveuse munie d'un régulateur automatique et celle d'un soufflet pour la respiration artificielle. Enfin il construisit un appareil fort ingénieux, destiné à permettre à l'homme de vivre dans un milieu irrespirable. C'est un appareil respiratoire construit sur le même principe que celui de Regnault et Reiset. Le sujet respire une masse d'air confinée dont on maintient la composition constante en lui restituant l'oxygène consommé par la respiration et en lui enlevant l'acide carbonique à mesure de sa production. La principale difficulté résidait dans l'absorption suffisamment rapide de l'acide carbonique : elle est résolue de la façon la plus heureuse, grâce à l'emploi d'un modèle spécial de caisse chargée d'absorber l'acide carbonique. L'air respiré circule à travers un canal fort long creusé dans une bouillie de chaux et de soude. Cet appareil fut imaginé à l'occasion d'une catastrophe survenue dans une houillère où plusieurs mineurs avaient péri, asphyxiés par des gaz irrespirables. Deux modèles de cet appareil figurèrent à l'exposition universelle de Paris de 1878.
Schwann n'était pas seulement un professeur hors ligne, (.liez lui, les qualités du cœur égalaient la supériorité de l'intelligence. Ses nombreux élèves n'ont pas oublié son exquise bonté et la bienveillance paternelle qu'il témoignait au dernier d'entre eux. A diverses reprises, il fut l'objet de mani-
(1) Lorsque Daguerre iit connaître son invention, Schwann lit exprès le voyage de Paris pour apprendre la daguerreotypie. Sa famille possède encore plusieurs portraits exécutés par lui. La photographie constituait un des passe-temps favoris de Schwann.
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feslations flalteuses de leur part. Nous possédons de Schwann deux portraits lithographies, l'un offert par ses élèves île Louvain (18/iG), l'autre par ceux de Liège (3 avril 1857). Vous n'avez pas oublié avec quelle spontanéité tous s'associèrent à la fête du 23 juin 1878.
Ceux qui ont eu le privilège de vivre dans son intimité savent quel ami sûr et dévoué ils ont perdu en Schwann. Tous sont unanimes pour affirmer que c'était un noble caractère, la loyauté et l'honneur même.
Quoique Schwann se soit occupé activement de science pendant toute la durée de sa longue carrière, il ne se mêla plus aux discussions du monde savant depuis son arrivée en Belgique. Pendant les cinq années de la période berlinoise de sa vie, les découvertes succèdent aux découvertes comme les fusées d'un feu d'artifice. Tous les grands travaux qui ont illustré son nom et qui ont ouvert des horizons nouveaux à la pensée scientifique datent de celte époque. A partir du moment où il mit le pied sur le sol belge, il ne publia plus qu'une seule œuvre de quelque importance, les Recherches sur les usages de la bile, qui parut en 18ia. Puis tout rentre dans l'ombre. Si, pendant les quarante années qui suivent, sa voix se fit encore parfois entendre à notre Académie des sciences, elle ne franchit plus les frontières de notre petit pays.
N'entendant plus parler de Schwann, le monde savant le crut mort, et les jeunes générations d'histologistes apprirent à vénérer la mémoire du fondateur de leur science, à l'égal de celle des Bichat, des Cuvier, des Mùller et des autres géants de la biologie qui remplirent le commencement du siècle de l'éclat de leurs découvertes.
Les cinq premières années présentent donc avec le reste de sa carrière scientifique le contraste le plus frappant. Comment expliquer un phénomène psychologique aussi étrange? A quoi faut-il attribuer le long silence de Schwann ? Est-ce à la maladie, au manque de loisirs ou de ressources matérielles? Nullement; notre collègue a toujours joui d'une excellente santé, et sauf peut-être au début de sa carrière professorale, où il eut à lutter contre les difficultés que lui présentait l'usage d'une langue étrangère, les loisirs ne lui ont jamais fait défaut. Estimant à bon droit qu'un savant se doit tout entier à la science, il avait, dès ses débuis, renoncé à la pratique médicale : il n'a jamais cherché un supplément de ressources dans les profits de la clientèle. D'ailleurs, il n'en avait nul besoin : il jouissait, comme professeur, d'un revenu suffisant et n'était pas marié; ses goûts étaient modestes et sa vie des plus simples. Pendant longtemps, à Louvain, puis à Liège, il n'eut, il est vrai, ni laboratoire outillé convenablement ni aide à sa disposition. Mais était-il mieux partagé à Berlin, alors qu'il n'avait pour tout laboratoire que sa chambre d'étudiant et que les obstacles matériels, loin de ralentir son zèle, ne faisaient que l'enflammer davantage !
Il faut chercher ailleurs la vraie cause du silence de Schwann. L'idée fondamentale de la théorie cellulaire a\uil été accueillie avec enthousiasme dès son apparition, mais il n'en était pas de même des faits de détails dont aucun peutêtre ne fut admis sans contestation, et dont beaucoup soule-
vèrent aussitôt d'ardentes polémiques. Nous l'avons déjà dit, Schwann éprouvait une véritable aversion pour les controverses personnelles ; il dédaigna de se mêler aux discussions parfois acerbes qui suivirent de près la publication de ses Iravaux, et crut pouvoir abandonner à la force de la vérité la confirmation de ses découvertes 'Il 11 croyait d'ailleurs sincèrement que, dans l'état actuel de nos moyens d'investigation, la théorie cellulaire telle qu'il l'avait conçue représentait le dernier mot de la science, et que, pendant longtemps, il n'y aurait plus que des travaux de détails à espérer sur ce domaine. Selon lui, le microscope, en atteignant les cellules, a fourni tout ce qu'il pouvait fournir dans le sens de la profondeur des observations. Au delà des couches qui composent une cellule, il n'y a que les molécules, comme au delà des lamelles d'un cristal il n'y a plus que les molécules. C'est à ces molécules qu'il aurait voulu voir le microscope s'atla- ■ quer. Mais si Schwann ne prit plus une part prépondérante au mouvement scientifique de notre époque, il ne s'en désintéressa jamais. Non seulement il suivit les progrès réalisés par les autres en anatomie, en physiologie, en physique, en chimie ; mais il ne cessa pas un seul jour de travailler par lui-même, comme le savent tous ceux qui l'ont connu intimement, et comme en témoignent les notes qu'il avait l'habitude d'écrire au jour le jour. Au moment de sa mort, il s'occupait de recherches sur l'influence que les décharges électriques exercent sur le développement des êtres inférieurs dans les infusions organiques. 11 avait constaté que ces décharges tuent les infusoires, mais n'empêchent pas la végétation de la levure de bière et des organismes végétaux.
Les convictions philosophiques de notre collègue n'étaient un mystère pour personne. Pour Schwann, tous les phénomènes vitaux doivent s'expliquer par les propriétés des atomes. La cellule n'est qu'un agrégat d'atomes obéissant comme les particules du cristal aux lois inexorables de la nature. Les plantes et les animaux qui ne sont que des agrégats de cellules sont également de pures machines dénuées de toute spontanéité, uniquement régies par des forces aveugles et inconscientes. A une époque où la science travaille chaque jour à renverser la barrière que les théologiens et les philosophes ont élevée entre les animaux et l'homme, les idées de Schwann devaient, semble-t-il, fatalement le
(I) Peut-être faut-il également faire intervenir ici un autre sentiment d'une nature tout intime. Schwann voyait avec une peine extrême le développement qu'ont pris de nos jours les doctrines matérialistes j il craignait avant tout de leur fournir de nouveaux aliments, il ne pouvait méconnaître l'influence exercée dans ce sens par la publication de la théorie cellulaire. Il a toujours été profondément religieux et prêt à se soumettre aux décisions de l'Églisj catholique, même en matière de science. Henle aflirme que le manuscrit des recherches microscopiques fut volontairement présenté à la censure de l'archevêque de Mali nés, qui à ce moment ne trouva heureusement rien à redire à la théorie cellulaire. Dans la suite, Schwann eu! plus d'une fois recours aux lumières des théologien! lorsqu'il lui venait des scrupules sur l'orthodoxie de ses idées scien tifiques et il ne fut pas toujours aussi heureux qu'avec la théorie cellulaire. Ou nous a affirmé que la publication d'un travail présent tant également une portée philosophique générale fut enrayée par une influence de ce genre.