‹ Collection d'articles, de rapports et de lettresChapitre 175 sur 354 · CAUSALITÉS EXTERNES · texte numérisé non relu

CAUSALITÉS EXTERNES

Origine externe et développement interne du bacille.

I. — Vie parasitaire. — Le bacille, comme le démontre l'expérimentation sous toutes ses formes, étant le seul fauteur de la tuberculose, il s'ensuit la nécessité de recher-

cher les origines du bacille. D'où provient-il? Est-ce du milieu ambiant, et indépendamment de l'organisme animal ou humain? S'il est d'origine externe, si par exemple il est répandu partout où il y a des matières animales ou végétales en putréfaction, s'il peut y vivre, y produire des spores et se multiplier, nous serons dans l'impossibilité de nous préserver. Heureusement il n'en est pas ainsi; le bacille tuberculeux se développe bien plus lentement que les autres bacilles, il ne s'accroît que dans le sérum sanguin et le bouillon de viande; surtout il lui faut 30° centigrades jour et nuit pour pouvoir sa développer. Cette température doit durer invariablement pendant des semaines; quand même ces conditions favorables seraient réunies, ce qui n'est pas possible, ils ne tarderaient pas à être opprimés, ou plutôt elfacés par d'autres bactéries plus rapidement prolifiques, et moins avides de chaleur ; — il y a là un antagonisme et de plus un obstacle à leur développement atmosphérique ; on peut donc dire que ce sont de vrais parasites, qui ne peuvent pas vivre sans leurs hôtes vivants. Différent de la bactérie charbonneuse, qui peut achever son évolution au dehors de l'économie, le bacille ne fructifie que dans le corps animal ; il peut bien produire des spores, qui se répandent dans l'air libre et peuvent rentrer dans l'organisme pour se transformer en bacilles, mais ceux-ci n'ont pas besoin du milieu ambiant pour prendre une forme définie et durable.

II. — Origine métantorpho tique? — Ils ne prennent pas davantage leur source dans les microphytes vulgaires; le transformisme, préconisé par Nœgeli, Bûchner, n'a jamais été démontré, ni par la morphologie, ni surtout par l'expérimentation; une bactérie quelconque ne peut pas produire la tuberculose, même chez les animaux les mieux disposés à la phtisie, comme le sont les cobayes et les lapins. Le bacille tuberculeux une fois développé garde indéfiniment ses misérables prérogatives; dans les liquides de culture on les a vus intacts après deux ans; dans les crachats, ils se maintiennent, même au milieu de la putréfaction, pendant six semaines.

De la résistance des bacilles.

Leur antagonisme avec les microbes de la putréfaction. — Il surgit, à l'occasion de l'action réciproque et comparative des parasites, une question intéressante. Y a-t-il antagonisme entre les bacilles et les microbes de la putréfaction? Falk (1) admet, d'après des expériences récentes, que la virulence des tubercules bacillaires est affaiblie par la putréfaction. Il a inoculé des substances tuberculeuses putréfiées et n'a obtenu tout au plus que des tuberculoses locales; mais il est à noter que le pus de suppuration résultant de l'inoculation de masses tuberculeuses pourries déterminait sur d'autres animaux une infection tuberculeuse manifeste. Or si les bacilles tuberculeux sont réellement affaiblis par le processus de fermentation dès la première inoculation, ils doivent, à plus forte raison, produire une tu-

(1) Berlin. Wochens. 1883, n° 50,

M. G. SÉE. — L'INOCULATION DE LA PHTISIE

berculose nulle ou plus faible à la deuxième génération. Il y a donc là une question obscure.

Baumgarten intervient avec de nouvelles expériences (1). Un lait ou un liquide bacillifère frais, qui a déjà fait ses preuves de virulence, est mis à la température de la chambre ou à l'air chaud, de manière qu'il se putréfie; dès lors il ne produit plus que des lésions insignifiantes, et cependant le bacille conserve encore ses caractères, c'est-à-dire sa forme et sa réaction colorante; il a donc simplement perdu ses propriétés morbigônes. Or, lorsqu'on pratique le mélange d'un pus putréfié avec un liquide contenant des bacilles frais, et qu'on injecte ce liquide dans la chambre antérieure de l'œil, on voit, malgré l'invasion des parasites de fermentation dans les tissus, la tuberculose se développer; on peut en conclure que ce n'est qu'après un contact prolongé des bacilles avec les substances en putréfaction que les bacilles perdent leur pouvoir.

Résistance des crachais. — Schill et Fischer {Mémoire sur la désinfection des crachais de phtisiques, 1883) vont plus loin; ils soutiennent que les crachats soumis à la putréfaction pendant plusieurs semaines gardent leur pouvoir nocif; ils ont vu des crachats en putréfaction conserver intact, le quarante-troisième jour, leur contenu bacillaire, malgré la présence de nombreuses bactéries de putréfaction, et retenir leur pouvoir phtisiogène, car ces crachats injectés à des cobayes les rendirent tuberculeux. Leur puissance virulente n'est donc pas douteuse.

Kussner confirme ces faits; en injectant des crachats bacillifères et des crachats ordinaires, il obtint des résultats entièrement opposés.

La résistance des crachats à l'action des antiseptiques n'est pas moins marquée. L'alcool absolu, l'acide salicylique, l'eau chargée d'aniline n'agissent qu'à un très haut degré de concentration; l'acide phénique dans la proportion de 5 pour 100 peut agir. La chaleur sèche à 100° pendant plusieurs heures finit par les désinfecter; il suffit d'une coction de quinze à vingt minutes pour produire le même effet; c'est surtout aux spores et à leur état réfractaire qu'est due la continuation de l'action délétère des crachats.

Tuberculose d' origine respiratoire. Propagation par l'air inhalé, bacillifère, des crachats.

I. — Condition de la pénétration des bacilles dans les poumons. — La respiration de l'air chargé de poussières de crachats desséchés, voilà le mode de transmission le plus certain de la phtisie humaine. Lorsque les crachats sont expulsés à terre, ils se dessèchent et se mêlent aux poussières; lorsque le malade salit son linge, son mouchoir (dont il se sert souvent pour essuyer la bouche qui est ainsi en contact avec la matière virulente), il en résulte également une sorte de couche sèche, pulvérulente; or on sait que les bactéries de l'atmosphère n'y sont pas isolées, suspendues, mais qu'elles ne s'y trouvent qu'après la dessiccation et la fragmen-

(1) Centralblatt fur die med. Wiss., 1884, n° 2.

talion de la couche superficielle du liquide bactérifère, ou quand elles se trouvent portées par des poussières très volatiles comme celles qui proviennent de fibres végétales, de poils, d'écaillés épidermiques, telles qu'elles constituent ou couvrent nos vêtements; c'est ce qui vient d'être démontré encore par Hesse.

La virulence de ces crachats desséchés se maintient pendant des mois entiers, comme nous l'avons indiqué, ce qui dépend surtout du développement plus ou moins complet des bacilles et de la quantité de spores qu'ils supportent.

IL — Mode de pénétration dans les voies respiratoires. Obstacles nombreux. — Lorsque la poussière bacillifère est inhalée, elle peut, comme les autres poussières, s'arrêter dans les voies respiratoires supérieures ou progresser jusque dans les alvéoles, c'est ce qui a lieu lorsqu'on respire profondément, la bouche étant ouverte.

Les narines opposent déjà un obstacle à l'entrée des poussières dans les conduits respiratoires; le larynx les arrête ou les rejette par la toux; quand elles arrivent plus loin, il n'est pas encore certain que les bacilles puissent prendre domicile; ils sont souvent repoussés parles épithéliums vibratiles des bronches. Il faut, comme les bacilles se développent très lentement, le concours de plusieurs circonstances favorables pour les fixer ; ainsi un mucus stagnant les retient facilement; ainsi encore quand les adhérences du poumon rendent cet organe immobile; une conformation vicieuse du thorax produit le même effet; en empêchant la dilatation complète du poumon, elle détermine l'accumulation de l'exsudat dans les bronches, où le bacille non seulement se fixe, mais se développe aisément.

Liquide bacillifère inhalé.

I. — Expérience de Koch. — Le liquide de culture fut délayé; puis on laissa reposer; une partie se déposa, la couche supérieure légèrement troublée fut décantée et placée à la dose de 0,50 centimètres cubes dans une armoire où l'on enferma huit lapins, dix cobayes, quatre rats, quatre souris. Au bout de quatorze à vingt-cinq jours, sept animaux avaient succombé; les autres furent sacrifiés au bout de vingt-huit jours; les cobayes et les lapins avaient les poumons farcis de tubercules analogues à ceux qu'on obtient par l'inhalation des crachats tuberculeux, desséchés, et qui s'étendaient jusque dans les alvéoles pulmonaires, comme la tuberculose spontanée; ce qui prouve une fois de plus que celle-ci est une tuberculose par inhalation.

Chez les rats et les souris la lésion n'était pas caséifiée comme chez les autres animaux.

Dans tous ces cas, les tubercules artificiellement obtenus, réinoculés à d'autres animaux, ne manquèrent pas de provoquer le développement d'une tuberculose générale.

II. — Résumé. — Ainsi tous les procédés d'infection bacillaire, inhalation, inoculation, produisent le même résultat que l'inoculation de la substance tuberculeuse; ils donnent lieu aux tubercules miliaires, aux tubercules caséifiés comme la

REVUE DE ZOOLOGIE ET DE PALÉONTOLOGIE

tuberculose spontanée; il n'y a pas mCme d'exception pour les animaux réfractaires, comme les chiens, les chats, etc. 217 expériences de Koch sont là pour prouver cette loi générale, à savoir : la bacillemie équivaut à la tuberculose.

On pourrait objecter que d'autres parasites peuvent produire des effets identiques, c'est-à-dire une tuberculose ; mais il est à noter que, partout et toujours, dans la vraie tuberculose, quelle que soit son origine, on retrouve le bacille, jamais dans les pseudo-tubercules. On peut donc dire que le bacille tuberculeux est dans les mêmes rapports avec la tuberculose, que la bactérie charbonneuse avec le charbon (1).

Page 1