M. E. ROLLAND
UNE ÉPIDÉMIE DÉMONIAOUE.
visite à Verzegnis d'un certain baron D***, colonel en retraite, et spirite passionné.
Ce baron, venu directement de Turin, avait la ferme conviction de trouver dans cette épidémie de Verzegnis du spiritisme de la plus belle eau. Il arriva à Verzegnis le 18 septembre 1879 et s'adressa au docteur de Gleria, qui, plus que personne, à cause de sa situation, aurait dû être d'une extrême prudence. Un fait bien certain, c'est que les habitants de Verzegnis n'auraient su trouver aucune différence entre leurs idées sur les influences diaboliques et les interprétations spirites de D***, l'épidémie se serait alors renforcée à. toute vapeur. Mais le préfet d'Udine, informé par Franzolini des intentions du baron D***, enjoignit au commissaire d'avoir l'œil sur le dangereux visiteur. Heureusement pour les habitants de Verzegnis, une attaque de sciatique empêcha D*** de rester assez longtemps et le força de partir subitement, non sans colère, pour Turin.
Le 8 octobre 1879, M. de Gleria, dans une remarquable relation, déclarait que les premières malades se trouvaient bien et présentaient seulement quelques attaques passagères d'hystérie, que toutes s'occupaient des soins journaliers de leur ménage, et que, ni dans leurs familles respectives, ni dans le pays, aucune autre personne n'avait présenté le moindre symptôme de la maladie. Il ajoutait cependant que deux jeunes enfants de Chiaicis, une petite fille de huit ans, l'autre de onze, avaient présente quelques symptômes d'hystérie, mais que ces cas n'étaient nullement alarmants; que du reste, ces enfants avaient été isolées, et promptement, avec l'assentiment de leurs parents. Le docteur de Gleria observait encore que les malades ne voulaient prendre aucun médicament.
De son côté, le commissaire ajoutait dans son rapport que, par le fait de la mauvaise saison qui allait commencer, l'on pouvait craindre une recrudescence du mal ; les montagnards, en effet, sont comme claustrés tout l'hiver et réduits à demeurer toute la journée dans leurs maisons; là ils ne font que s'entretenir de choses religieuses, surtout de sorcellerie et de diablerie. Aussi le commissaire se proposait-il de faire redoubler la surveillance.
Un mois après, le nouveau commissaire de Tolmezzo, le chevalier Angelini, fit presque incognito une apparition à Verzegnis et choisit pour cela un jour de fête. Il constata, lui aussi, que la maladie avait presque disparu et que les rares accès que l'on pouvait encore noter laissaient les familles des malades et leur entourage assez indifférents; que du reste, ces accès étaient complètement dépouillés de leur couleur patliologico-sociale. Le commissaire déplorait cependant, dans son rapport, la longueur des offices auxquels il assista et la façon de catéchiser dans les familles employée par les prêtres, spécialement par le chapelain de Chiaicis dont MM. Franzolini et Chiap avaient demandé le changement avec autant d'insistance que d'inutilité, et par un ex-prêtre de Sappada retiré dans sa famille à Verzegnis. — Le commissaire constatait encore que les deux nouvelles malades étaient précisément sœurs des premières malades et des plus gravement atteintes, et pensait, d'accord avec le mé-
decin, que, vu leur jeune âge, la contagion par imitation leur avait communiqué la maladie. Les deux jeunes enfants, quoiqu'ils présentassent des symptômes assez légers, furent transportés dans une autre commune voisine chez des proches parents.
Depuis ce dernier rapport, les cartons officiels de l'épidémie de Verzegnis ne furent plus continués; aussi bien il n'y avait plus là matière à rapports.
En effet, des informations les plus précises prises par MM. Franzolini et Chiap, même dans ces derniers jours, il ressortit que, depuis trois années, aucun cas de la forme hystéro - démonopalhique ne s'est produit dans le pays. Qu'il y ait des personnes à Verzegnis qui croient aux influences surnaturelles des phénomènes observés, ces médecins ne le nient point et admettent même que c'est la conviction intime de la plupart de ces paysans; mais ces croyances isolées, personnelles, et quelques cas sporadiques d'hystérie ne constituent point une épidémie d'hystérodémonopathie.
Quant aux malades soignées à l'hôpital d'Udine, l'une mourut quelques mois après son retour à Verzegnis de phtisie pulmonaire ; une autre — Lucie Chialina — se maria, n'eut plus, depuis son mariage, d'accès d'hystérie et mourut de la fièvre puerpérale après une heureuse délivrance; toutes les autres sont encore en vie et en parfaite santé, y compris la fameuse Margherita Vidusson de Chiaicis (1) qui, depuis son départ d'Udine, n'habite plus la commune de Verzegnis, mais qui donne de temps en temps de ses nouvelles.
MM. Franzolini et Chiap, en terminant, sont heureux d'annoncer au public médical que grâce aux mesures prises l'épidémie d'hystéro-démonopathie est complètement et défifinitivement éteinte après avoir duré un peu plus d'un an.
Comme ces savants l'écrivaient il y a quatre ans, Verzegnis reste un pays d'hystériques et de superstitieux; mais le bâton de la science a frappé juste, il a sauvé ce qui pouvait être sauvé.
Nous ne saurions terminer cette analyse sans adresser publiquement à MM. Franzolini et Chiap et à M. Perusini, médecin directeur de l'hôpital civil d'Udine, nos remerciements pour l'empressement et l'amabilité qu'ils ont mis à nous fournir les renseignements que nous leur avions demandés.
E. Rolland.
(I) Margherita Vidusson fut la première atteinte en janvier 1S78; Bes accès furent très violents.
REVUE DE BOTANIQUE
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Physiologie. — On a toujours enseigné en France que l'eau, aspirée dans le sol par les racines, mon le par l'intérieur des vaisseaux de la racine à la tige et de la tige aux feuilles. En Allemagne, on a longtemps enseigné et on enseigne encore que les vaisseaux ne transportent pas l'eau par leur cavité, mais que l'eau circule de cellule à cellule aussi bien dans les tissus à cellules courtes que dans les tissus vasculaires ou dans les fibres, en cheminant par imbibition, dans l'intérieur des parois des cellules.
Nous avons déjà signalé à ce sujet les expériences récemment renouvelées de M. Bœhm, qui a montré que c'est bien par les vaisseaux que circulent les liquides dans la plante (1). La question vient d'être reprise de deux manières différentes par M. Etfving d'une part et par M. Vesque de l'autre. Les conclusions de ces deux nouveaux mémoires sont conformes à celles de M. Bœhm et après ces diverses expériences, il semble qu'il ne reste rien de la théorie de l'imbibilion.
M. Elfying (2), dans l'une de ses expériences, a injecté une solution aqueuse d'éosine, matière colorante qui donne un liquide d'un très beau rouge, n'altérant pas les tissus.
Après injection, on reconnaît facilement que l'aubier seul est rouge ; ainsi les parties âgées du bois ne conduisent pas les liquides, contrairement à ce qui avait été avancé. De plus, l'examen microscopique de cette partie devenue rouge montre que les vaisseaux (intacts dans la coupe) sont remplis de liquide dans leur cavité, mais que leurs parois ne sont pas colorées; les parois coupées sont seules imbibées.
M. Vesque (3) a réussi à suivre au microscope les mouvements du liquide dans les vaisseaux. Si les tubes sont remplis de liquide, ce sont les mouvements des granules d'un précipité fin d'oxalate de chaux ou les mouvements de l'huile absorbée qui rendent évidente l'entrée rapide des liquides dans les vaisseaux. Dans d'autres expériences, l'auteur a pu faire mouvoir à volonté une colonne liquide dans la cavité d'un vaisseau et étudier les divers mouvements de l'eau dans les vaisseaux contenant des bulles d'air. D'après M. Vesque, les vaisseaux sont aussi conducteurs; mais ils jouent surtout le rôle de réservoirs d'eau.
M. Engelmann vient d'appliquer à l'étude de l'influence de la lumière sur les algues l'ingénieuse méthode qu'il a imaginée. Pour étudier l'intensité de l'action des diverses lumières sur le protoplasma à chlorophylle, M. Engelmann produit un microspectre sur la lame où se trouve le tissu vivant ; dans l'eau où est plongé le tissu se trouvent cultivées des bactéries aérobies. Dès lors, si le tissu étudié est
(1) Voyez la traduction d'un mémoire de 51. Bœhm : De la causa du mouvement de Veau dans les plantes. (Ann. se. nat., G" série XII, 188-2.)
('2) Botanische Zeilung, 10 octobre 1882.
(3) Annales des sciences naturelles. Botanique, Gc série, t. XV, p. 5,
une file de cellules disposée dans le sens du spectre, les bactéries, en se groupant, sont plus nombreuses là où il se produit un dégagement intense d'oxygène et sont absentes là où l'oxygène ne se produit pas. Par leur mode de distribution les bactéries donnent aussi la courbe de l'action chlorophyllienne dans le spectre.
M. Engelmann a étendu ses recherches et, avec cette élégante méthode, il a reconnu que le maximum d'action chlorophyllienne n'est pas le même pour les algues vertes, brunes ou rouges (1). Pour les algues vertes, le maximum est dans le rouge ; pour les algues brunes, il est rejeté dans le jaune et pour les algues rouges, il se trouve placé dans des rayons encore plus réfrangibles.
Outre l'intérêt que ces recherches présentent en ellesmêmes, on voit que les résultats de ces expériences expliquent la distribution des algues dans la mer.
On sait qu'à la marée basse, les algues qui sont en place forment une zone verte; au-dessous, les algues brunes se trouvent encore en grand nombre, et plus profondément il n'y a que des algues rouges. Or, comme l'eau de mer absorbe les rayons lumineux d'autant plus facilement qu'ils sont moins réfrangibles, on comprend que ce n'est que jusqu'à une certains épaisseur d'eau que les rayons rouges parviendront, et comme ce sont les plus favorables à l'assimilation chlorophyllienne chez les algues vertes, on ne trouvera plus d'algues vertes à partir d'une certaine profondeur. Des rayons jaunes absorbés par une épaisseur d'eau plus grande parviennent aux algues brunes auxquelles ils sont" favorables, et enfin les algues rouges peuvent assimiler avec les seuls rayons réfrangibles que l'eau leur transmet encore à de plus grandes profondeurs.
M. Cavon (2) a isolé une mucorinée (Mucor circinelloides), qui jouit de la propriété très intéressante de ne pas intervertir le sucre de canne. Cultivé sur un mélange de sucre de canne et de mélasse, ce Mucor fait fermenter le second sucre sans altérer le premier. D'où se déduit un procédé industriel pour l'extraction du sucre renfermé dans les mélasses.
Pour comprendre tout l'intérêt du travail de M. Gayon, il faut se rappeler que la levure de bière émet un principe soluble, l'invertine, qui a la propriété de transformer le sucre de canne en un mélange de glucose et de lévulose ; il en est de même de presque tous les champignons qui peuvent jouer le rôle de ferment. La levure de bière fait donc fermenter tous les sucres dans un mélange comme celui dont nous venons de parler, les glucoses d'abord directement, puis indirectement, après interversion, le sucre de canne. Les expériences de M. Gayon montrent donc d'une manière rigoureuse que le sucre de canne ne fermente pas directement, ce que l'on admettait sans démonstration complète.
La respiration des plantes, c'est-à-dire l'absorption d'oxy-
(1) Farbe und Assimilation. (Bot. Zeit., 5 janvier 1883, p. 2.)
(2) Voyez le Rapport fait à l'Académie des sciences sur le prix Alhumbert, en 1882, par M. Van Thiegnem, et Ann. des se. naturelles, 6e série, t. Xl\ , p. 46.
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gène et l'émission d'acide carbonique par les végétaux, a été l'objet de nouvelles études.
Citons surtout, à ce sujet, l'important travail de M. Godlewski (1), qui avait déjà abordé cette question dans des mémoires antérieurs.
En étudiant d'abord la respiration des graines en germination qui renferment des matières grasses (radis, etc.), M. Godlewski est arrivé aux résultats suivants :
Le rapport du volume de l'oxygène absorbé au volume de l'acide carbonique dégagé varie avec la période germinalive. Au début, ce rapport est à peu près égal à l'unité ; puis la proportion d'oxygène absorbé augmente de plus en plus et atteint la valeur, longtemps constante, de 1,66; enfin, dans une dernière période, le rapport diminue de nouveau et finit par redevenir voisin de l'unité.
Pour les graines qui renferment à leur intérieur une provision d'amidon (blé, pois, etc.), elles présentent pendant leur germination un rapport plus constant entre les volumes d'oxygène absorbé et d'acide carbonique émis.
Les graines qui renferment à la fois amidon et matières grasses (luzerne, etc.) offrent dans leur respiration, pendant la période germinative, des caractères intermédiaires.
Au lieu d'étudier ainsi la respiration dans le cas où les ré serves sont détruites, M. Godlewski a recherché le rapport des volumes de gaz lorsque les réserves sont en voie de formation. Dans ce cas (maturation des fruits du ricin ou du pavot par exemple), le rapport dont nous parlions précédemment a, au contraire, une valeur plus petite que l'unité, Ainsi, quand des réserves de matières grasses se forment, il y a plus d'acide carbonique émis que d'oxygène absorbé.
Enfin M. Godlewski, dans une autre série d'expériences, a fait varier la pression de l'oxygène, et il a constaté que, toutes conditions égales d'ailleurs, la diminution de la pression de ce gaz ne faisait pas varier le rapport du volume de l'oxygène absorbé à celui de l'acide carbonique émis.
Les études sur la vie ralentie et la vie latente, par MM. Ph. Van Tieghem et G. Bonnier (2), ont été continuées. Deux nouvelles notes indiquent quelques résultats nouveaux à ajouter aux précédents.
Des graines de même récolte ont été laissées pendant deux ans, les unes à l'air libre, les autres à l'air clos, dans un volume d'air déterminé; enfin un troisième lot des mêmes graines a été placé dans l'acide carbonique. Les deux premières séries de graines avaient augmenté de poids, les dernières n'avaient pas varié.
En faisant germer comparativement ces graines ainsi conservées (pois, haricot, vesce, blé, ricin, lin), les semis ont donné des résultats bien différents. Les graines conservées dans l'acide carbonique n'ont pas germé ; celles laissées à l'air libre ont toujours germé mieux et en plus grand nombre
(1) Beitidge zur Kenniniss der Pflanzenathmung . {Jahrbericht fur wiss. Bot. Pringsheim, XIII, 1882.)
(2) Recherches sur la vie latente des graines. (Bull. Soc. Bot. de France, 1882, p. 25.)
que celles qui avaient été conservées en vase clos, dans une petite quantité d'air.
De plus, dans des expériences comparatives, les graines conservées à l'air clos se sont montrées plus rapidement attaquées par les bactérinacées.
Enfin l'analyse des gaz renfermés dans les tubes a montré qu'il y avait eu légère absorption d'oxygène et émission d'acide carbonique.
Une graine à l'état de vie latente n'est donc pas rigoureusement comparable à une substance inerte, ainsi que le supposait Claude Bernard.
Morphologie. — Après s'être occupé, comme l'on sait, de l'étude du noyau cellulaire et de la formation de l'œuf chez les plantes phanérogames, M. Strasburger vient de reprendre avec détail une question de la plus grande importance, au sujet de laquelle les anatomistes avaient émis des vues très différentes. Il s'agit du mode de formation de la membrane cellulaire.
La théorie généralement enseignée à ce sujet est celle de Vinlussusception due à M. Nœgeli. Cet auteur admet que le protoplasma dépose à l'extérieur de lui-même les matériaux de la membrane et qu'il les fournit également à toutes les parties, aussi bien aux plus externes qu'aux plus intérieures.
Déjà en 1880, M. Schmitz (1) avait montré qu'il n'en est pas ainsi dans un grand nombre de cas. La membrane cellulaire, d'après lui, se forme par appositions successives de couches nouvelles formées à l'intérieur des anciennes.
C'est cette manière de voir qui est pleinement confirmée par les nouveaux et importants travaux de M. Strasburger (2).
Aussi, d'après MM. Schmitz et Strasburger, chacune des couches de membrane naît sur place par une transformation de la couche la plus externe du protoplasma et non pas, comme on l'avait cru jusqu'à présent, par la solidification à la surface du protoplasma d'une substance exécutée par lui. Il y aurait un dédoublement immédiat donnant directement, en place, la cellulose et d'autre part une matière azotée qui se redissout dans le protoplasma.
Lorsque la membrane présente divers ornements résultant d'une épaisseur plus ou moins grande, on voit ces ornements déjà dessinés à la surface de la masse protoplasmique, avant qu'il y ait la moindre trace de cellulose. On aperçoit par exemple un réseau de granules à la surface d'une jeune cellule qui deviendra un grain de pollen à membrane réticulée; des granulations en spirales sont déjà visibles dans le protoplasma d'une jeune cellule à paroi encore très mince, mais qui devra se munir ultérieurement d'un fort épaississement spirale, etc.
(1) Ueber Bildung und Wachsthum der pflanzlichen Zellmembran. (Sitz. der Niederr. Geselkch. fur Natur- und lleilkunde.) Bonn., décembre, 1880.
(2) Ueber tien Bau und das Wachsthum der Zellhâute. Iéna, chez Fischer, 1882.
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Mais alors, pourrait-on se demander, si la cellule s'accroît par apposition de couches nouvelles à son intérieur, comment la cellulose qui est solide et résistante n'empêchet-elle pas la cellule de s'accroîlre? Comment par cette juxtaposition interne d'éléments nouveaux à une masse déjà solidifiée peut-on s'expliquer qu'une cellule puisse acquérir des dimensions cent fois plus grandes que ses dimensions primitives? Il y a là une difficulté.
D'après MM. Schmitz et Strasburger, il n'y aurait pas même d'accroissement en surface de la membrane par interposition de substances nouvelles. Les couches les plus anciennement formées seraient distendues et désorganisées par la croissance des nouvelles couches internes plus grandes, et elles se réduiraient en une sorte de mucilage qui disparaît presque, pressé entre les cellules s'accroissant.
Dans les cas où une semblable distension n'est pas possible, lorsque la cellulose s'incruste de substances qui la solidifient beaucoup, on s'expliquerait de cette manière la formation des membranes de fibres épaissies. Les couches nouvellement formées, ne pouvant presser assez sur les anciennes pour les étendre, s'accumuleraient à l'intérieur de la cellule jusqu'à remplir presque complètement l'espace occupé par sa cavité primitive.
Dans son nouveau mémoire très étendu, M. Strasburger examine la formation de la membrane cellulaire dans un grand nombre de cas. Les divers ornements des vaisseaux, la formation de la membrane des grains de pollen, les ponctuations aréolces, les cribles des tubes libériens, les cellules de l'albumen, la membrane des spores sont successivement étudiées avec grand détail.
La formation des grains de pollen dans leurs cellules mères a donné lieu récemment à de nombreuses études. On avait trouvé que chez la plupart des Dicotylcdonées les quatre noyaux, issus de la cellule mère, donnent simultanément qualre cloisons qui les séparent, tandis que chez la plupart des Monocotylédonées il se forme deux cloisons en croix qui s'établissent successivement.
On connaissait quelques exceptions à cette règle, le genre Asphodelus par exemple. M. Guignard (1) vient de montrer que dans la si importante famille des Orchidées, les qualre cellules polliniques se forment simultanément, à peu près comme chez les Dicolylédonées.
On voit donc ainsi disparaître une différence absolue entre les deux groupes d'angiospermes, qui souvent présentent des points de jonction plus nombreux qu'on ne le pensait autrefois.
M. Guignard étudie non seulement le développement du pollen dans diverses tribus de la famille des Orchidées, il décrit aussi le développement de l'anthère.
M. J. Costantin (2) a étudié anatomiquement le curieux mode d'enracinement des ronces. A l'automne, on voit les
(1) Recherches sur le développement de l'anthère et du pollen des Orchidées. (Ann. se. nat., 0e série, t. XIV, p. 26, 1882.)
(2) Bulletin de la Soc. bot. de France. 1882, p. 7G.
tiges s'incliner vers le sol, enfoncer dans la terre leurs extrémités et s'enraciner. La partie souterraine s'épaissit alors, grâce au développement de racines adventives joint au fonctionnement des feuilles longtemps persistantes. Il se produit alors un singulier phénomène de nutrition inverse dans le voisinage de la partie aérienne qui s'est enfoncée dans le sol. .
Au printemps, la jeune partie enterrée va élever son extrémité hors de terre et former aux dépensdes réserves accumulées un nouveau jet en arceau qui s'enracinera à la fin de l'année suivante.
En étudiant l'anatomie comparée de la partie aérienne et de la partie souterraine, M. Costantin fait voir qu'il se produit dans cette dernière diverses modifications importantes et montre quelles profondes différences de structure on observe entre ces deux portions de l'axe.
M. Vei.enûvky (1) est venu apporter une nouvelle vérification tératologique au sujet de la nature de l'ovule. En étudiant des ovules anormaux, virescents développés sur le Sisymbrium Alliaria, l'auteur montre que, comme l'a établi M. Van Tieghem dans son travail anatomique sur l'ovaire et comme l'a vérifié M. Celakowsky par de nombreux exemples de monstruosités, le tégument de l'ovule est formé par une foliole du carpelle et le nucelle n'est qu'une simple émergence issue à la base du limbe de cette foliole qui se replie autour de lui pour le protéger.
M. J.-M. Macfarlane (2) a vérifié les résultats des nouvelles recherches sur le mode de division des cellules, dans un certain nombre de plantes (Scilla, Ornilhoyalum, Spirogyra, etc.). Il conclut de ces recherches les faits généraux suivants :
Le nucléole du noyau se divise le premier, puis le noyau se divise. Si une cloison est déposée, cela est toujours précédé par la formation d'une plaque nucléaire et d'une plaque cellulaire. La plaque nucléaire peut manquer, alors il ne se forme pas de cloison.
Le même auteur a décrit avec détail une lycopodiacée fossile dont une partie de la tige et du cône sporangifère a été trouvée dans le terrain carbonifère. C'est le Lepic/opldoios laricinum.
Botanique spéciale. — La famille de champignons à laquelle le Peronospora (maladie de la pomme de terre) a donné son nom, vient d'être l'objet de nouvelles études.
M. de Bary (3) a publié un mémoire très étendu sur la famille des péronosporées, en la comparant aux familles voisines, qui comprennent les champignons aquatiques (saprolégniées, ancylistées et monoblépharidées).
D'après M. de Bary, les familles des péronosporées et des
(1) Ueberdie vertjrUnten Eichen von Alliaria. (Flora, 1881, n° 3.)
(2) The Structure and Division of the vegetable Cell (Bot. Society.) Edimbourg, 1882, p. 192.
(3) Zur Kenntniss der Pcronosporeen. (Bot. Zeit., 1881, 33-39.)
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saprolégniées sont très voisines l'une de l'autre. Elles se rapprochent par le genre Pythium de la première famille et le genre Phylophlhora de la seconde.
D'après M. de Barv, les Saprolégniées ne seraient en quelque sorte que des Péronosporées dégénérées. Tandis que chez ces dernières, qui vivent habituellement sur les végétaux terrestres vivants, la fécondation s'opère d'une manière très nette par une partie du protoplasma de l'anthéridie venant s'unir à la majeure partie de l'oogone pour donner l'œuf, il n'en est pas de même dans l'autre groupe. Les Saprolégniées, qui se développent ordinairement sur les plantes ou les animaux en décomposition dans l'eau, forment leurs ovules par la totalité du protoplasma de l'oogone; mais la fécondation y est peu nette et souvent elle n'a pas lieu. 11 y a parthénogenèse.
Pour M. Pringheim (t), ce seraient au contraire les saprolégniées qui se montreraient supérieures aux péronosporées dans leur organisation.
En étudiant la fécondation dans les genres Achlya et Saprolegnia, M. Pringheim trouve que le protoplasma de l'anthéridie s'organise non pas précisément en anthérozoïdes définis (comme dans les Monoblepharis), mais en parties distinctes à contours de forme variable et ressemblant à des amibes. Il les appelle des spermamibes et les considère comme intermédiaires entre la masse protoplasmique non différenciée qui sort de l'anthéridie des péronosporées et les vrais anthérozoïdes. Mais, d'après M. Zopf, ces prétendus spermamibes ne seraient en réalité que des parasites qui, venant s'établir aussi bien dans l'oogone que dans l'anthéridie, simuleraient une fécondation par anthérozoïdes qui, de fait, n'existerait pas. De nouvelles recherches semblent nécessaires pour élucider définitivement celte question.
M. Rostafinski (2), le savant professeur de Cracovie, a étudié avec grand soin une algue brune qui croît dans les eaux douces et qu'il a eu l'occasion d'observer en abondance dans les Carpathes septentrionales. Cette algue, nommée Hydrurus, se trouve aussi eu Scandinavie et dans les Alpes. C'est Villars qui a le premier décrit cette plante intéressante qu'il avait observée dans les Alpes du Dauphinô.
Par l'étude du développement de V Hydrurus, M. Rostafinski montre que toutes les espèces décrites ne sont que les diverses formes d'une seule espèce. La spore sphérique issue de la plante se transforme curieusement en une masse tétraédrique qui forme à ses sommets des crochets pointus et visqueux lui permettant de s'attacher aux aspérités au lieu d'être entraînée par le courant de l'eau. A l'intérieur de ce tétraèdre il se forme lentement une nouvelle cellule qui est munie de membranes. C'est cette nouvelle cellule qui donne
(1) Neue Beobachtungen tiber den Befruchtungsacl der Gattungen Achlya und Saprolegnia. (Siiz. der k. Akad. dtr Wiss.) Berlin,
(2) Hydrurus i jego pokrewienstiwo. Cracovie, 1882. Traduit en français. (Ann. se. nul., 0e série, XIV, p. 1.)
alors naissance à la plante, constituée pur un thalle ramifié. Chaque cellule de ce thalle, rendue libre par la dissolution de sa membrane gélatineuse, devient alors une nouvelle spore.
Ce caractère de la transformation de toutes les cellules du ■ halle en spores se présente aussi dans une curieuse algue décrite depuis quelque temps déjà par M. Woronine, le Chromophylon (1).
C'est une algue qui forme à la surface des eaux une poussière brunâtre produite par une masse de petites plantes sphériques, composées chacune de huit cellules plongées dans une masse gélatineuse. A la maturité, chaque cellule devient un zoospore qui vient se fixer à la surface de l'eau et donne de nouveau une petite sphère de huit cellules.
Les deux genres Hydrurus et Chromophyton ainsi réunis forment, d'après M. Rostafinski, une nouvelle famille d'algues brunes, à laquelle il donne le nom de Syngënétiques pour exprimer le caractère de la transformation simultanée de toutes les cellules en spores. Ce nouveau groupe viendrait se placer entre les diatomées et les phéosporées, deux familles d'algues qui, jusqu'à présent, ne présentaient aucun intermédiaire.
M. Bainier (2) a étudié un certain nombre de types de la famille des mucorinées et il est venu ajouter plusieurs faits nouveaux à tous ceux qui avaient été observés par MM. Van Tieghem et Le Monnier.
Citons la découverte des zygospores du Mucor racemosus, la description de nouvelles espèces telles que les Pilobolus exiguus, Rhizopus reflexus, Pirella circinans, Helicostylum pyriforme et divers Syncephaiis.
Ce travail est accompagné de planches où sont exactement figurés les principaux caractères de ces nouvelles espèces de champignons.
De très importants travaux de géographie botanique viennent d'être publiés au sujet de la flore des régions arctiques, à la suite des expéditions de Nordenskjbld par MM. Kjell-
MANN et LUNDSTROM (3).
On a trouvé trente-six espèces nouvelles de Phanérogames en Nouvelle-Zemble et quarante-neuf dans l'île de Waïgatsch.
Ce qui est le plus intéressant, c'est l'étude détaillée et approfondie, faite par M. Kjellmann, de la distribution des plantes dans la Sibérie septentrionale. Il en résulte d'une manière très évidente que les célèbres hypothèses de M. Hooker sur l'origine américaine de la flore du nord de l'Asie sont à rejeter.
M. Hùck (à) a publié des recherches très étendues sur la morphologie et la distribution géographique des Yalérianées en Amérique.
(1) Bot. Zeit., 1880, p. 625.
(2) Annales des se. nat. bol., 6e série XV, p. 70, 1883.
(3) Fanerogamer fran Novaja Semlja, Wajgalsch och Chibirova, Stockholm, 1882.
(4) Beitrdge zur Morphologie, Gruppirung und geographische Verbreitung der Yaleriaceen, Leipzig.
ACADÉMIE DES SCIENCES DE PARIS
M. Foornier (1) vient de publier un premier mémoire sur les Asclépiadées américaines; on y rencontre la description de nouvelles espèces et de nombreuses descriptions complémentaires ou indications de localités, au sujet des espèces déjà connues.
M. Barbey et M™ C. Barbey (2) ont publié un beau volume sur les herborisations faites dans un voyage en Egypte et en Syrie. Près de quarante espèces nouvelles pour la flore d'Egypte y sont mentionnées parmi lesquelles quatre nouvelles espèces de phanérogames, un Hypecoum, un Astragalus, un Iris et un Allium, ainsi que deux nouvelles espèces de champignons.
Signalons aussi la publication du onzième volume du grand recueil de M. Ferdinand de Afueller sur la description des plantes d'Australie (3) et de nouvelles descriptions accompagnées de planches, sur les Spbériacées de Vaucluse' par M. Fabre [lt). P
Le 6= fascicule du Traité de botanique de M. Van Tieghem qui vient de piraîlre, contient la fin de la Botamque générale. J
Ce fascicule comprend la structure et la physiologie de la feuille, la structure et la physiologie des diverses parties de la fleur, la fécondation, le développement de l'œuf en embryon, de l'ovule en graine et de l'ovaire en fruit.
Viennent ensuite l'étude de la germination de la graine et du développement de la plantule, puis le développement de la lante dans chacun des grands embranchements du régime végétal. 5
CORRESPONDANCE
LETTRE DE M. PASTEUR
Le mot microbe et l'opinion de Littré.
Paris, le 9 mais 1883.
Vous aurez peut-être entendu critiquer l'expression de microbe, employée pour la première fois par M. Sédillot, en 1878, dans une note des Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. LXXXVUI, p. 634- M. Sédillot, ainsi qu'il le rappelle dans celte note, avait consulté M. Littré avant de proposer ce néologisme. Quelques objections lui ayant été faites sur la composition de ce mot, il s'empressa de les soumettre à M. Littré. M. Sédillot eut l'obligeance à cette époque de me communiquer les lettres de M. Liltré et de m'auloriser à en prendre copie.
s'', nat., t. XIV, p. 364.
(1) Sur les Asclépiadées américaines. {Ann 1882.)
(2) Herborisation au Levant, Lausanne Bridel, 1882.
(3) Fragmenta phytographiœ australias. Melbourne, 1881.
(4) Ann. se. nat., 6e série, t. XV, 1883.
Peut-être jugerez-vous qu'elles ont un intérêt assez grand pour être portées à la connaissance des lecteurs de votre Revue. J'ai l'honneur de vous les faire parvenir.