M. E. ODSTALET. — LES OISEAUX VOYAGE! RS
ment â la fin du siècle dernier qu'on a commencé à recueillir quelques observations précises sur les dates de l'arrivée et du départ des oiseaux migrateurs, sur la régularité de leurs déplacements et sur la route suivie par ces voyageurs ailés. Maintenant enfin on possède une foule de renseignements sur ces questions intéressantes; toutefois, certains points restent encore obscurs, et des lois générales n'ont pu être déduites. Pour vous donner une idée de l'état de nos connaissances à cet égard, quelques considérations générales sur les migrations ne seraient point suffisantes; je crois donc nécessaire, mesdames et messieurs, de vous présenter un certain nombre de types d'oiseaux migrateurs, choisis, autant que possible, parmi nos espèces indigènes, et je commencerai naturellement cette revue par les hirondelles, qui sont au nombre des oiseaux les plus connus et les mieux étudiés.
Fig. 49.
Hirondelle de cheminées cl hirondelle de fenêtres (1).
Sous le nom commun d'hirondelles, on confond cependant très souvent des oiseaux appartenant à plusieurs genres et à deux familles distinctes, savoir : l'hirondelle rustique, l'hirondelle de fenêtres, l'hirondelle de rivages, l'hirondelle de rochers et le martinet de murailles. Les deux premières espèces, l'hirondelle de cheminées ou hirondelle rustique et l'hirondelle de fenêtres (fig. 49), diffèrent cependant notablement l'une de l'autre par leurs formes extérieures, par leurs couleurs et par leurs mœurs. L'hirondelle rustique, en effet, a le corps effilé en arrière, les pattes grêles et dénudées et la queue profondément fourchue, les pennes latérales se prolongeant en deux filets qui dépassent considérablement les pennes médianes ; son dos et ses ailes sont d'un bleu foncé à reflets pourprés; son front et sa gorge d'un brun marron, limité du côté de la poitrine par une large bande noire; son ventre
(1) Les dessins accompagnant ces articles ont élé exécutés d'après les planches faites par M. II. Noël pour les cours de M. A. M.lne-
Kdwurds.
est d'un blanc roussàlre, et la face inférieure de ses pennes caudales présente des marques blanches, de loi nie ovale et nettement définies. Au contraire, l'hirondelle de fenèlrcs a lecorps'trapu.la queue courte et légèrement échancrée, les pattes couvertes de plumes jusque sur les doigts, et le plumage teint de deux couleurs seulement, de bleu foncé sur les parties supérieures du corps et de blanc pur sur les parties inférieures. La première, l'hirondelle rustique, fait son nid dans l'intérieur des habitations ou sous les corniches extérieures, dans les hangars, dans les cheminées où l'on ne fait point de feu ; elle lui donne la forme d'un quart de sphère ou d'une coupe à parois très épaisses, et emploie, comme matériaux de construction, de l'argile pétrie avec de la salive et mélangée à des brins d'herbe et des poils, tandis que l'hirondelle de fenêtres établit de préférence sous les entablements, entre les chapiteaux et dans les embrasures des fenêtres, son nid, dont les parois sont toujours lisses et percées d'une ouverture juste assez grande pour laisser passer le corps de l'oiseau. Les deux espèces peuvent encore être reconnues au vol, non seulement par la silhouette qu'elles dessinent sur l'azur du ciel, mais encore par leurs allures, les mouvements de l'hirondelle de cheminées étant plus brusques et plus rapides que ceux de l'hirondelle de fenêtres. Celle-ci, d'ailleurs, ne saurait rivaliser avec l'hirondelle rustique sous le rapport des facultés musicales; elle n'a qu'un cri monotone, tandis que l'hirondelle rustique salue le soleil levant par sou gai babil et fait entendre un ramage mélodieux dans les belles soirées d'été.
L'hirondelle rustique arrive dans nos contrées du •22 mars au 21 avril et nous quitte à la fin de septembre ou dans les premiers jours d'octobre. Les dates de son arrivée et de son départ ne sont, du reste, pas exactement les mêmes pour tous les points de la France et varient quelque peu d'une année à l'autre, pour un point déterminé. C'est ce qui ressort clairement des cartes qui ont été dressées récemment par M. Angot, un des savants attachés au bureau central météorologique. En relevant les données fournies par de nombreux correspondants, et eu reliant par des courbes les points où le départ et l'arrivée des hirondelles onteu lieu précisément le même jour, M. Angot a démontre scientifiquement que le départ et l'arrivée des hirondelles s'effectuent, pour ainsi dire, par bans successifs] Ainsi, les hirondelles n'apparaissent le plus souvent dans le Cotentin que le 16 avril, tandis qu'elles son! dans la Beauceet aux environs de Paris du 6 au 11 a\nl, en Gascogne et en Provence du 27 mars, ou même du 22 mars au 1" avril. De même, elles quittent la Elandrc, vers le 21 septembre, tandis qu'elles restent dans la France centrale jusqu'au 26 septembre, dans les Laudes et en Provence jusqu'au 11 octobre. D'un autre côté, leur départ est plus hâtif et leur arrivée plus tardive dans les Cévennes et dans les montagnes de
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l'Auvergne que dansles valléesdela Loire et du Rhône.
En Suède, d'après les observations faites il y a une quarantaine d'années par M. Ekstrôm, les hirondelles de cheminées se montrent seulement le 6 mai, tandis qu'elles s'en vontdès le 12 septembre, et en Angleterre, suivant M. 13ree, elles sont signalées au printemps du 3 au 25 avril et disparaissent en automne du 9 octobre au 9 novembre.
On voit par là qu'en Suède l'arrivée des hirondelles a lieu près d'un mois plus tôt qu'en France, et que leur départ s'effectue huit jours plus tard, ce qui concorde assez bien avec la situation relative des deux pays. En revanche, on constate pour l'Angleterre une anomalie apparente. En effet, si les hirondelles de la Grande- Bretagne sont en relard au printemps d'une huitaine de jours sur leurs sœurs du continent, elles ne les précèdent point à l'automne comme cela devrait être; bien au contraire, elles s'attardent souvent jusqu'aux premiers jours de novembre, ainsi que j'ai pu le constater moi-même l'an dernier. J'ai vu en effet, sur les côtes occidentales à l'Angleterre, les hirondelles encore très nombreuses dans les derniers jours d'octobre et je suis porté à attribuer leur séjour prolongé dans les Iles Britanniques au climat de cette région. Il est évident, en effet, que dans un pays plat et humide les hirondelles doivent trouver plus longtemps les moucherons dont elles font leur nourriture que dans un pays accidenté où les insectes sont anéantis par les gelées précoces.
Un autre météorologiste, M. lienou, en rassemblant les matériaux fournis par les notes de son père, par celles de M. Geoffroy-Boutray et de M. Nouel, et par ses observations personnelles, a pu dresser un tableau donnant les dates des arrivées des hirondelles à Vendôme pendant la période comprise entre 1826 et 1885. Ce tableau présente quelques lacunes, mais il n'en est pas moins instructif. Il montre, eu effet, que la date moyenne de l'arrivée des hirondelles à Vendôme a été le 8 avril, mais que, de 1826 à 1838, il s'est produit de grandes variations causées par des intempéries. Ainsi .des chaleurs précoces, survenues à la fin de février 1830 et succédant à un hiver rigoureux, ont amené les hirondelles dans la France centrale dès le 27 mars, tandis qu'en 1837 et en 1838 une saison exceptionnellement rude les a tenues éloignées jusqu'au 2 mai.
Le même savant a relevé les dates de l'arrivée des hirondelles à Paris de 1853 à 1883 et il a vu que, pour cette période, les variations n'avaient pas été considérables, la date moyenne étant le 9 avril. Ceci paraît rentrer dans la règle commune, car, en supposant que les hirondelles de Vendôme et celles de Paris appartinssent au même contingent, il serait naturel que les hirondelles de la capitale ne fussent rendues à destination qu'un jour après celles de l'autre ville. Il semble même que l'on possède là un moyen d'évaluer la vitesse de translation des hirondelles. Mais si on laisse
de côté les moyennes, souvent trompeuses, pour recourir aux chiffres afférents aux diverses années, on trouve des résultats qui ne sont guère concordants : ainsi, en 1875, les hirondelles ne se sont montrées à Vendôme que le 21 avril, tandis qu'elles étaient à Paris dès le 11 du même mois, soit dix jours plus tôt; mais, en 1883, elles sont arrivées à Vendôme le 4 et à Paris le 12 avril, soit huit jours plus tard.
Comment expliquer ces divergences? peut-être simplement en admettant que les hirondelles de Vendôme et celles de Paris n'appartiennent pas au même corps d'armée. Il est presque certain, en effet, que les hirondelles n'arrivent pas au printemps comme une troupe unique qui laisserait des garnisons sur sou passage, et qu'elles ne descendent pas en automne comme une avalanche en ramassant sur leur passage tous les individus de leur espèce. Au contraire, ces oiseaux, comme beaucoup d'autres, doivent arriver en plusieurs troupes qui ne suivent pas exactement la même route ou qui passent l'une par-dessus l'autre, à la manière des Ilots qui déferlent sur le rivage.
Chacun a pu remarquer, d'ailleurs, que le départ des hirondelles ne s'effectue pas daus les mêmes conditions que leur arrivée. Au mois d'avril, le gros de la troupe est toujours précédé d'une avant-garde. Un ou deux individus traversent d'abord nos rues d'un vol légèrement hésitant, trois ou quatre oiseaux viennent les rejoindre le jour suivant, et bientôt le nombre des hirondelles devient tellement considérable qu'un renonce à les compter. A la fin d'octobre, au contraire, les hirondelles d'une même ville, d'un même canton, se donnent rendez-vous plusieurs fois par jour sur un toit, sur les branches desséchées d'un arbre, plus volontiers encore sur des fils télégraphiques où elles forment de longues rangées presque ininterrompues. Elles manifestent alors une agitation insolite; elles voltigent, elles babillent, elles s'enlèvent par petites bandes en décrivant de larges cercles ; puis, un beau matin, on est tout étonné de n'en plus voir une seule ; elles ont toutes disparu comme par enchantement.
Les anciens, ne sachant comment expliquer un pareil phénomène, étaient portés à croire que tes hirondelles se cachaient, à l'approche de la mauvaise saison, dans les cavernes et dansles gorges des montagne-, et qu'elles y passaient l'hiyer daus un sommeil léthargique.
A leur tour, les auteurs du xvf siècle émirent une bypothèse encore plus extraordinaire, en supposant que les hirondelles exécutaient un véritable plongeon dans l'eau des rivières et des étangs. Ainsi, dans son Histoire des >■ , \ l, écrite en 1555, Olaùs
Maguus, évêque d'Upsal, affirme sérieusement que les pécheurs de la Scandinavie ramènent souvent dans leurs filets, avec des poissons. i\r<. grappes d'hirondelles engourdies, accrochées les unes aux autres par le bec et les pattes, que ces hirondelles, n i un
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endroit chaud, reprennent connaissance, mais qu'elles ,„. lardent pas à mourir, tandis que celles qui, suivant la loi naturelle, se réveillent graduellement u printemps, recouvrent seules leur vigueur première. D'autres auteurs rééditèrent, sans la contrôler, l'assertion d'Olatis Magnus ; ils assurèrent même qu'ils avaient été témoins delà pêche miraculeuse îles hirondelles et de leur résurrection, et de nos jours encore, chez les peuples du Nord, on trouve cette croyance à l'immersion des hirondelles, qui ne repose, il est presque inutile de le dire, que sur des observations incomplètes. Comment, en effet, serait-il possible que des oiseaux, c'est-à-dire des êtres à sang chaud el déjà 1res élevés dans la série zoologique, séjournassent pendant cinq à six mois sous l'eau sans succomber à l'asphyxie?
Peut-être faut-il chercher l'explication de ces fables dans des i'ails analogues à ceux qui ont été observés par Spallanzani, à la lin du siècle dernier, dans le duché de Modène. « En automne, dit ce naturaliste célèbre, les hirondelles, devenues grasses, oflïent à l'homme une nourriture abondante; elles sont abus en Imite à ses attaques, et dans certaines contrées, deviennent l'objet d'une chasse importante. On parvient aisément à s'en emparer, en les faisant tomber dans l'eau où elles s'asphyxient promptement. » La présence d'hirondelles, ainsi noyées, dans les filets d'un pécheur a pu évidemment donner naissance aux récits dont je parlais tout à l'heure, récits qui sont maintenant considérés comme apocryphes.
En revanche, des ornithologistes consciencieux, parmi lesquels je citerai surtout M. Z. Gerbe, sont disposés à admettre que toutes les hirondelles ne quittent pas nécessairement nos pays à l'arrière-saison et que quelques-unes peuvent passer l'hiver dans un sommeil léthargique, comparable à celui des loirs et des marmottes. En un mot, ces naturalistes adoptent l'ancienne opinion d'Aristole, que viennent corroborer, il faut bien l'avouer, des témoignages assez nombreux. Ainsi, dans l'hiver de 1775 à 1770, l'ornithologiste Vieillot, se trouvant à Rouen, vit une hirondelle sortir d'un trou pratiqué sous la voûte basse d'un pont. Étonné de celte apparition, il se mitaux aguets et, pendant plusieurs mois, de novembre à février, il constata que l'oiseau se mettait en chasse toutes les fois que le temps était beau, tandis qu'il restait claquemuré pendant vingt ou trente jours consécutifs, quand Pair était
vif et froid.
Quelques années auparavant, à la lin de 1761, Achard de Prévy-Garden, descendant le Rhin en bateau, pour se rendre à Rotterdam, aperçut des entants qui, suspendus à des cordes, se glissaient le long des berges escarpées du fleuve et fouillaient, à l'aide de tirebourres, les trous dont elles étaient criblées. Fortement intrigué, Achard suspendit son voyage et reconnut que ces enfants ramenaient des hirondelles, qui
paraissaient complètement inanimées. Ayant acheté quelques-uns de ce. oiseaux, il mit l'un d'eux sur sa poitrine, sous ses vêtements, et un autre sur un banc exposé au soleil. Celui-ci ne recouvra jamais assez de force pour pouvoir s'enlever; mais, le premier, au | l'une demi-heure, cl après une première tentative infructueuse, prit gaiement son essor et disparut.
D'autres observations, faites par l'allas, dans la KusMe orientale; par le révérend Colin Smith, dans le comté d'Argyle, en Angleterre, et par Chatellux. en Amérique, tendent à prouver également que des hirondelles de diverses espèces, cachées dans des trous creusés dans le sol, ou dans l'enfoncement d'une muraille, à l'intérieur d'un bâtiment, peinent supporter, sans trop d'inconvénients, les rigueurs de l'hh-r.
Mais ce sont là des phénomènes exceptionnels, et la grande majorité des hirondelles rustiques nous quitte certainement à la fin de l'automne pour aller passer Ihivcrsousun ciel plus clément. D'après les observations de Erehm et de Jerdon, ces oiseaux s'avanceraient en Afrique, au delà du 11° de latitude sud, et en Asie, jusque dans l'Ile Cevlan, traversant ainsi plusieurs contrées où elles trouveraient une ample subsistance, et où, fait digne de remarque, habitent d'autres oiseaux du même genre.
Pendant l'hiver, M. Rrehm n'a vu qu'un très petit nombre d'hirondelles en Egypte; mais il en a observé fréquemment en Nubie, soit au printemps, quelques jours avant leur arrivée eu Europe, soit en automne, peu de temps après le moment où elles ont quitté notre pays. Ainsi, le 13 septembre, des hirondelles se sont montrées à kharloum, au confluent du Ml Blanc et du Ml Bleu, entre le 15° et le 16e degré de latitude nord. Ces oiseaux ne provenaient certainement pas du midi de la France, région que les hirondelles n'abandonnent ordinairement que dans la première quinzaiue d'octobre; elles devaient descendre d'une contrée plus septentrionale, peut-être de la Suède, pays que les hirondelles quittent, dit-on, dès le 6 septembre. Daus cette hypothèse, les hirondelles auraient franchi, en une semaine environ, h'r de latitude! Cela n'a rien d'impossible, car on sait que des hirondelles rustiques, transportées par l'ordre de Spallanzani. de l'avie à Milan, sont revenues en 13 minutes à leur point de déliait, en volant avec une vitesse de 1/|U kilomètres à l'heure ou de 38 mètres par seconde. Parfois même, suivant M. Jackson, la rapidité du vol de l'hirondelle atteindrait 67, mètres par seconde, équivalent a trois fois la vitesse d'un train express.
Il ne faudrait pas croire cependant, dit M. Gerbe, que les hirondelles exécutent leur voyage tout d'une traite, en se maintenant constamment dans les régions élevées de l'atmosphère. En effet, il n'est pas rare, en septembre et eu octobre, durant leurs migrations, de surprendre, de très grand matin, ces oiseaux dans les
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bois où ils ojt passé la huit. Au reste, tous les voyageurs qui traversent la Méditerranée, à l'époque des passages d'automne; savent qu'il est assez fréquent de voir des hirondelles fatiguées s'abattre sur les navires.
Les hirondelles voyagent par étapes, tantôt rasant la terre, tantôt filant à une grande hauteur vers le but lointain de leur voyage. Ce but est-il le même pour toutes les hirondelles ou pour tous les individus d'une même espèce? Tous les éinigranls, partis de nos régions, descendent-ils, comme on l'a prétendu, jusqu'au cap de Bonne-Espérance? Aillant de problèmes que l'avenir seul pourra résoudre. Rien ne dit, en effet, que, dans bien des cas, on n'a pas pris, pour des hirondelles venant d'Europe, des oiseaux indigènes du continent africain.
Eu revanche, il paraît bien établi que, dans nos contrées, non seulement les mêmes troupes, mais les mêmes individus reviennent fidèlement s'établir dans la même localité pendant plusieurs années consécutives. Spallanzani s'en est assuré directement en attachant aux pattes de quelques hirondelles, peu de temps avant leur départ, un petit cordon de soie dont la couleur permettait, de reconnaître facilement ces voyageurs au moment de leur retour. Il a vu deux ou trois couples retrouver leurs nids de l'année précédente et s'y établir, après y avoir fait les réparations indispenbles. Middendorf, naturaliste russe, qui s'est beaucoup occupé des migrations des oiseaux en Russie et en Sibérie, avait donc raison de dire que si on pouvait tracer sur une carte les trajets suivis par les oiseaux à leur retour de printemps, on obtiendrait un arbre gigantesque, dont le tronc représenterait la direction suivie par le principal corps d'armée, les brauches et les rameaux la direction prise par les troupes qui, de distance en distance, se sont séparées de la masse, et les feuilles les points terminaux où se rendent les couples isolés.
Les détails circonstanciés dans lesquels je viens d'entrer au sujet de l'hirondelle de cheminées me permettent de glisser rapidement sur les autres espèces; je rappellerai seulement que les hirondelles de fenêtres et les hirondelles de rivages obéissent aux mêmes règles que les hirondelles de cheminées : qu'elles partent en grandes troupes, les unes un peu plus tard, à la fin d'octobre ou dans les premiers jours de novembre, les autres un peu plus tôt, dans le commencement de septembre, et qu'elles arrivent seulement dans la seconde quinzaine d'avril.
Les martinets de murailles, ces oiseaux à la livrée sombre, qui, par les belles soirées de juin, tournent autour des clochers en poussant des cris aigus, se montrent plus frileux que les hirondelles et ne l'ont parmi nous qu'un séjour de très courte durée.
Ils apparaissent seulement dans les premiers jours de mai et nous quittent dès le commencement du mois
d'août, alors que le soleil d'été darde encore sur la terre ses rayons les plus chauds. Passé cette date, c'est à peine si l'on aperçoit de rare en rare un on deux individus venant des pays septentrionaux ou retenus sous notre latitude par le soin d'élever une tardive progéniture. Presque immédiatement après leur dispai ition de nos contrées, leur présence esl signalée dans l'Afrique tropicale, et, dès le 3 août, M. Brehm a vu quelques-uns de ces oiseaux voler autour des minarets de Kharlouni.
Cette rapidité de locomotion a quelque chose de fantastique; mais elle parait moins surprenante, quand on tient compte de la longueur énorme et de la forme tranchante des ailes chez les martinets. Sous le rapport de la puissance des organes de vol, ces oiseaux rivalisent avec les oiseaux-mouches, qui leursont d'ailleurs unis par des liens de parenté très étroits. Comme les oiseaux-mouches, ils ont un sternum muni d'une carène très prononcée, fournissant de larges points d'attache aux muscles moteurs de l'aile, et, comme eux aussi, ils offrent un développement considérable des os de l'avant-bras et de la main, sur lesquels les grandes pennes alaires prennent leur insertion, (in a reconnu, d'ailleurs, par des expériences directes, que les martinets franchissent aisément, en cinq minutes, une distance de 50 milles. On comprend dès lors qu'ils puissent traverser les mers et les déserts, et l'on ne serait même pas étonné d'apprendre qu'ils poussent jusqu'au cap de lion ne-Espérance. Il est probable, cependant, que la plupart de ces fissirostre-i arrêtent leurs pérégrinations en Afrique, dans le voisinage de l'équateur.
C'est là aussi que se rendent d'autres oiseaux du même groupe, mais d'aspect différent, qu'on appelle des engoulevents, et dont le plumage, teint de couleurs grises ou brunes, rappelle celui des oiseaux de nuit. Ces engoulevents, que l'on désigne parfois aussi sous le nom de crapauds volants, à cause de la forme déprimée de leur tète, vivent isolés ou par couples et se nourrissent d'insectes qu'ils pourchassenl dans les pâturages après le coucher du soleil. Dans les contrées équatoriales, ils sont complètement sédentaires, mais dans les pays tempérés ils émigrent régulièrement à l'approche de la mauvaise saison. A. cette époque, engoulevents européens perdent un peu île leur naturel farouche el s'associent a d'autres animaux de leur espèce. C'esl ce que font aussi les engoulevents de Virginie, que les Américains désignent sous le nom de faucons de nuit, et qui circulent à travers tout le pays compris entre le Nouveau-Brunswick et la Louisiane, entre les montagnes Rocheuses il l'embouchure du Mississipi.
\u contraire, le coucou gris ou coucou chanteur,
dont je vous ai déjà retracé les mœurs il j a quelques
années, voyage isolément ou avec des oiseaux d'es-
• différentes. C'est ainsi que dans l'archipel grec
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il s'égare parfois au milieu do bandes do tourterelles, Cet oiseau, qui se trouve non seulement en Europe, mais dans une grande partie de l'Asie, se montre particulièrement commun dans les plaines parsemées de bouquets de bois. Jl arrive chez nous presque en même temps que les fauvettes, c'est-à-dire du 8 au 15 avril, et, à peine installé dans la forêt qu'il a adoptée pour résidence, il annonce sa présence par son chant caractéristique que connaissent tous ceux qui ont été élevés à la campagne et que le grand Reethoven a noté dans sa Symphonie pastorale. Ce chant jette ses notes bizarres dans le concert de la forêt, où les merles, les grives et les pinsons jouent chacun leur partie. On l'entend retentir durant tout le mois de mai, parfois même pendant les heures de la nuit; mais on n'aperçoit presque jamais le chanteur, qui se dérobe au milieu du feuillage. Après avoir pondu ses œufs dans les nids des petits passereaux, en ^affranchissant sans vergogne de ses devoirs de famille, le coucou passe une partie de l'été à faire la chasse aux sauterelles, aux hannetons, et surtout aux chenilles, rendant ainsi à l'agriculture des services qui ne sont pas appréciés à leur juste valeur; puis, dans les premiers jours d'août, il prend la route du Midi. De France, il passe en Afrique, visite le Soudan et se rapproche plus ou moins de l'équateur, sous lequel vivent d'autres espèces de la même famille. De même en Asie il passe de la Mongolie et de la Sibérie dans les vallées de l'Inde et de la Chine méridionale et dans l'île de Formosc. Ce sont évidemment là de très longs voyages, mais que sont-ils en comparaison de ceux qu'effectue un petit coucou de l'Australie, le Cuculus plagosus, dont M. le docteur Filhol parlait dans une récente communication à l'Académie des sciences? En dépit de la brièveté de ses ailes, ce Cuculus plagosus quitte chaque année la Nouvelle-Hollande, passe au-dessus de la Nouvelle-Zélande sans s'y arrêter et vient déposer ses œufs dans l'île Chatham, à une distance de 1800 milles.
Le coucou gris est un oiseau tellement connu, que j'ai jugé inutile de vous le décrire; il n'en est pas de même de celui que je vous présente maintenant, car c'est à peine si vous avez pu le rencontrer de rare en rare dans le centre et le nord de la France. Cet oiseau, qui vit principalement d'insectes hyménoptères et qui a reçu, pour ce motif, le nom de guêpier, a des formes élancées, un bec grêle et recourbé, une longue queue dont les pennes médianes dépassent notablement les autres, et un plumage sur lequel se juxtaposent les teintes les plus vives, le vert, le bleu, le brun marron, le noir et le jaune d'or.
l ne livrée aussi somptueuse n'esl pas fréquente chez les oiseaux de nos contrées ; c'est qu'en effet le guêpier vulgaire est la sentinelle avancée d'une l'amille dont les représentants vivent, pour la plupart, dans l'Afrique tropicale, dans l'Asie méridionale el en Océanie. Il mérite cependant d'être attribué à notre
faune, puisqu'il niche régulièrement en Espagne, en Italie, en Grèce et dans la Russie méridionale, où il est, à certaines époques, aussi abondant qu'en Perse et en Palestine. Dans l'Europe méridionale, les guêpiers arrivent, à la lin d'avril ou au commencement de mai, en troupes qui tantôt se dispersent, tantôt, au contraire, se réunissent à d'autres bandes pour fonder des colonies dans les berges escarpées des cours d'eau. Ce n'est qu'accidentellement qu'ils se montrent dans les pays situés au nord des Alpes et des Pyrénées. Cependant M. Bâillon a cité l'exemple d'une colonie de guêpiers qui s'était établie en 18/|0, à Saint- Rémy, non loin d'Ahheville, et la chronique de Leipzig a signalé la capture, aux environs de cette ville, le jour de la Saint-Jacques et de la Saint-Philippe, c'est-à-dire le 1" mai, d'un certain nombre d'oiseaux que l'on n'avait jamais vus dans le pays et qui, à en juger par la cription, devaient être des guêpiers.
Sans être à beaucoup près aussi remarquable que le guêpier sous le rapport du plumage, la huppe est encore un fort bel oiseau dont la tête est ornée d'une sorte de cimier de plumes érectiles. Chacune de ses plumes est de couleur rousse avec une bordure noire et des teintes analogues, c'est-à-dire du roux el du noir, avec un peu de blanc, se retrouvent sur la tête, le corps, les ailes et la queue, où elles forment des dessins élégants. En dépit de la netteté et des nuances harmonieuses de son plumage, la huppe est un oiseau dégoûtant, qui vit et qui niche au milieu des immondices et qui se trouve particulièrement à l'aise dans le pays de l'Orient et en Afrique, au milieu de populations qui ne sont pas précisément renommées pour leur propreté. En Europe, au contraire, la huppe semble dépaysée; elle se montre très farouche et ne hante que les pâturages, où elle peut touiller à son aise dans les excréments du bétail. Pendant l'été, sa présence a été signalée jusque dans les îles Loffoden; mais, d'ordinaire, elle ne va pas aussi loin el s'arrête pour nicher en France et en Allemagne. Elle arrive isolément ou par couples à la fin de mars et dès la fin d'août ou dans les premiers jours de septembre, elle se dirige à petites journées vers le midi pour rejoindre les antres individus de sou espèce qui habitent le Souj dan et l'Egypte.
Les loriots vulgaires, qui ne font leur apparition
dans l'Europe tempérée que vers le mois de juin et qui
ont, parce motif, reçu en Allemagne le surnom d'ofl
séjournent parmi nous encore moinj
longtemps ([lie les huppes el s'en vont aussitôt qu'ils ont terminé l'éducation de leurs petits. On a donc à peine le temps d'admirer ces magnifiques passereaux qui semblent arrachés à la faune des tropiques el qui étalent sur leur livrée du jaune éclatant rehaussé par du noir de velours.
Après avoir vécu pendant les trois mois les pi chauds de l'année dans les grands bois de chênes
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de bouleaux, en poussant quelques pointes dans les vergers, au moment de la maturité des cerises, les loriots filent vers le sud, ou plutôt vers le sud-ouest, traversent l'Algérie, dépassent le 11" de latitude et ne s'arrêtent probablement que lorsqu'ils sont parvenus sous le ciel brûlant de la Sénégambie.
Dans le cours de ces dernières années, la mode ayant fait adopter les oiseaux brillants comme objets de parure, les loriots se sont trouvés naturellement désignés aux convoitises des marchands non seulement en Afrique, mais encore dans nos contrées; toutefois la chasse dont ils sont l'objet n'est rien en comparaison de la guerre effrénée que l'on l'ait, dans toute l'Europe, à certains oiseaux a plumage terne, qui se recommandent par les qualités de leur chair. Parmi les espèces ainsi persécutées, je citerai seulement les alouettes dont cinq a six millions entrent chaque année dans la consommation. Au lieu de protéger ces charmants passereaux qui sont la joie de nos campagnes, on les capture au moyen de pièges variés, et surtout à l'aide de grands filets qui, en se rabattant, couvrent toute la surface d'un champ, ou bien on les tue a coups de fusil, après les avoir attirés par l'éclat de petits miroirs tournants. Ces chasses se pratiquent principalement à l'automne, époque à laquelle les alouettes nous quittent pour aller passer l'hiver sur les plateaux de la Castille, de la Grèce et de l'Algérie, Aussi d'année en année voit-on diminuer le nombre des individus qui nous reviennent dès les premiers jours de mars, parfois même en février, car, dans leur impatience de revoir le pays natal, ces oiseaux n'attendent pas toujours que les dernières neiges aient cessé de couvrir la terre.
Dans leurs migrations, les étourneaux visitent à peu près les mêmes contrées que les alouettes et ne s'éloignent guère des pays baignés par la Méditerranée, ils recherchent particulièrement les plaines humides où pullulent les insectes, les vers et les limaces dont ils font leur nourriture et dès qu'ils supposent que la température est redevenue assez douce dans les pays du Nord, ils regagnent leur patrie d'élection qui s'étend de l'Islande à l'Autriche et de la Suède à la France méridionale. A ce moment, comme à leur passage d'automne, ils s'en vont à travers nos campagnes en bandes nombreuses, facilement reconnaissables à leur \ol tourbillonnant. (Test aussi de celte façon que voyagenl d'autres oiseaux de la même famille, les marlinsroselins qui exécutent, à tuners l'Afrique orientale, la Barbarie et l'Asie méridionale, de longues pérégrinations à la poursuite des sauterelles.
Toutes les espères que je viens de passer en revue appartiennent a l'ordre des passereaux ; celles dont j'ai à vous parler maintenant se rangent, au contraire, dans les ordres des pigeons, des gallinacés, des échassiers et des palmipèdes. Voici d'abord la tourterelle commune qui a été si souvent chantée par les poètes et que l'on
élève communément en captivité, à cause de la douceur de ses mœurs et des teintes agréables de son plumage. Ce charmant oiseau vit à l'état sauvage dans les bois voisins des terrains cultivés et se trouve communément, pendant l'été, dans toutes les régions tempérées de l'Europe et de l'Asie et, pendant l'hiver, dans la vallée du Ml, en Egypte et en Nubie.
Quelques tourterelles hivernent en Grèce; mais le plus grand nombre ne fait que traverser ce pays deux fois par an, en bandes tellement serrées qu'un chasseur tue facilemenl une cinquantaine d'oiseaux dans sa journée. Des les premiers jours d'avril, elles arrivent dans nos forêts et se mettent presque aussitôt à construire leurs nids sur les arbres encore dépouillés de feuilles. Pendant plusieurs mois, chaque soir et durant toute la matinée, à moins que le temps ne soit trop mauvais, les mâles font entendre leurs roucoulements langoureux; puis, à la tin d'août, après avoir élevé deux ou trois couvées successives, les tourterelles nous quittent pour aller rejoindre leurs sœurs sur la terre d'Afrique. Pendant ces longs voyages, à l'aller comme au retour, leurs troupes sont cruellement décimées, et quoique les vides produits dans leurs rangs soient en partie comblés par les naissances multiples qui surviennent dans le cours de la belle saison, le nombre des tourterelles qui hantent nos forêts n'est pas, à beaucoup près, aussi considérable qu'au temps jadis. La même observation peut être faite pour les pigeons ramiers et les colombins. De ces deux espèces, la première vous est certainement familière, car vous la voyez dans un état de semi-domesticité dans tous nos jardins publics, aux Tuileries, au Luxembourg, au jardin des Plantes, où elle niche paisiblement sur les grands arbres. Mais cette protection dont ils jouissent au milieu de nos grandes villes, les ramiers ne l'ont point, tant s'en faut dans les campagnes, surtout au moment de leur migration d'automne qui a lieu environ un mois après l'ouverture de la citasse.
Daus le midi, où ces oiseaux sont connus sous le nom de palombes, on en détruit d'énormes quantités en même temps que îles pigeons colombins. Ceux-ci diffèrent des ramiers par leur taille moins élancée et par leur livrée de teintes plus uniformes et rappelant davantage celle de certains pigeons de volière. Très répandus en Europe el dans la Sibérie occidentale, les colombins viennent chaque année nicher en grand nombre dans les forêts de CompiègUe el de Rambouillet. Ils voyagent à peu près aux mêmes époques que les pigeons ramiers et poussent leurs excursions jusqu'en Ugérie. Au printemps, leur passage ne dure que quinze jours ou trois semaines, tandis qu'en automne il se prolonge plus d'un mois. Aussi les chasseurs de la basse Navarre, du Béarn el du Bigorre ont-ils tout le temps défaire de ces malheureux oiseaux an véritable carnage.
Le plus souveut on ferme l'extrémité d'une gorge
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LES OISEAUX VOYAGEURS
étroite, creusée entre deux montagnes, au moyen de grands filets, suspendus à des arbres élevés. Des chasseurs postés le long de cette gorge et munis de palettes blanchies et emplumées, qui simulent des oiseaux de proie, se renvoient de l'an à l'autre la bande des pigeons et la forcent à s'engager toujours plus avant dans le défilé; puis, au moment où elle approche du cul-desac, un autre chasseur, juché dans une sorte de guérite, lance à son tour, à l'arrière de la troupe, un oiseau empaillé. Se croyant poursuivis par uu faucon, les malheureux pigeons se précipitent les uns contre les autres : à ce moment on lâche une détente et les filets, retombant brusquement, emprisonnent sous leurs mailles des centaines de volatiles.
Dans les mêmes contrées on attire encore dans les champs les palombes et les colombins au moyen de manuequins en papier, représentant grossièrement un pigeon, ou bien encore on les invite traîtreusement à se reposer sur des arbres, en disposant sur le sommet d'un arbre sec un simbel, c'est-à-dire un pigeon en bois, grossièrement sculpté ; puis du fond d'une cabane, de l'embrasure d'une fenêtre, parfois même du haut d'un toit on dirige sur la troupe une fusillade meurtrière.
L'effet de ces hécatombes s'est depuis longtemps fait sentir, et, tandis que du temps de Magné de Marolles, vers 1788, le propriétaire d'une pantière ou d'unepa/omière, c'est-à-dire d'un emplacement destiné à la chasse aux palombes, capturait, dans une année, jusqu'à 5000 ramiers et 8000 colombins ; aujourd'hui c'est à peine si les plus habiles chasseurs tuent quelques centaines de pigeons dans les passages les plus fréquentés.
Les pigeons sauvages sont aussi désignés dans le midi de la France sous le nom de bisets; mais ce dernier nom appartient, en réalité, à des colombidcs d'une autre espèce, aux pigeons de roche [Columba livia, L.), qui habitent les falaises de la Norvège, de l'Ecosse, des îles Hébrides, Orkney, Shetland et Féroë et la chaîne du Caucase, et qui se rencontrent aussi, mais en petit nombre, en Corse, en Sardaigne et sur le pourtour du bassin méditerranéen. Celte espèce, le pigeon biset, que Darwin considère comme la souche unique de nos pigeons de colombier, change de pays, ou tout au moins de canton, suivant les saisons, et regagne fidèlement ses anciennes retraites à la fin de février.
Il est intéressant de constater que ces instincts voyageurs, joints à un fond d'attachement pourle berceau de la famille, se retrouvent chez quelques-unes des races domestiques dérivées du pigeon biset, en dépit des modifications de formes subies à travers les siècles.
La domestication du pigeon remonte, en effet, à une très haute antiquité et paraît s'être opérée d'abord en Egypte, en Syrie, dans l'Inde, en Grèce et en Italie. On ne peut établir cependant, d'une façon absolument certaine, que les Égyptiens et les Hébreux aient tiré
parti des instincts migrateurs des pigeons;maison sait positivement que les Grecs et surtout les Romains se servirent de ces oiseaux comme messagers, en temps de paix, pour annoncer le résultat des courses et des jeu\ du cirque, et, en temps de guerre, pour maintenir des communications avec les villes assiégées. Toutefois, c'est seulement quelques siècles plus tard, pendant la périodela plus florissante de la civilisation arabe, en Orient, que les pigeons furent employés à un service public et furent officiellement chargés d'assurer des communications régulières entre les différentes villes.
M. Michaud et M. Wilcken, dans leurs histoires des croisades, ont relaté divers épisodes des sièges de Saint-Jean-d'Acre et de Tyr, où les pigeons jouèrent un rôle important, et le chroniqueur Joinville nous apprend que le débarquement de saint Louis à Damielte, en 12^9, fut immédiatement annoncé au Sultan du Caire par coulons messagers.
Mais telle était la barbarie qui régnait en Occident, durant tout le moyen âge, que les chrétiens ne songèrent pas à imiter l'exemple que leur donnaient les Musulmans, quoique, depuis le temps de Dagobert, l'élevage des pigeons fût pratiqué dans une partie de la France.
En Perse et dans l'Inde, au contraire, les souverains faisaient nourrir, dans leurs palais, des milliers de pigeons et s'occupaient activement de l'amélioration des races, en s'attachant particulièrement à celles qui se distinguaient par la célérité de leur vol. Tout porte à croire que c'est de ces pigeons orientaux que sont descendus, en partie, nos pigeons messagers actuels. On retrouve, en effet, dans une description publiée par le naturaliste anglais Willughby, en 1677, tous les caractères distinctifs du messager de Bassorah, désigné parfois, par corruption, sous le nom de pigeon bagadais. Ce dernier aurait, dit-on, été introduit en Europe par des marins hollandais, en 1765, et serait, d'après M. La Perre de Roo, la souche principale des pigeons voyageurs belges. Mais, bien avant cette date, les Hollandais s'étaient servis de pigeons d'autres races corn me porteurs de dépêches. Ainsi, en 1572, 1573 et 157 'i, le prince d'Orange eut recours à ces oiseaux pour donner des nouvelles à ses partisans assiégés par les Espagnols dans les villes de Harlem et de Leyde. En reconnaissance de leurs services, ces messagers furent entourés, pendant leur vie, de la vénération des Hollandais et furent, après leur mort, précieusement embaumés pour être conservés dans le musée de Leyde.
Dès le commencement de ce siècle, des pigeons voyageurs transportaient dans les villes de la Relgique et du nord de la France les ordres de Rourse, la liste des numéros gagnants des loteries, les dépêches de la presse ou les messages des particuliers, et plus tard, quoique le télégraphe électrique eût remplacé, dans bien des cas, avec grand avantage, le transport des dépèches
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par pigeons, l'élevage de ces oiseaux prit, en Hollande, en Belgique, en Angleterre et dans notre pays, un essor de plus en plus considérable. 11 se fonda des sociétés colombophiles et des concours furent organisés, dans lesquels on vit des pigeons franchir jusqu'à 1206 mètres par minute.
Chacun se souvient des services que les pigeons rendirent pendant le siège de Paris, services qui eussent été beaucoup plus importants si l'on eût adopté complètement le projet d'un amateur belge, M. La Perre de Roo, qui avait proposé de faire sortir de la capitale, avant l'investissement, tous les pigeons voyageurs indi-
Fig. 5'). — Pigeon voya
gènes et de les remplacer par des pigeons amenés de Lille et de Roubaix. Cependant un assez grand nombre de pigeons, élevés par des sociétés colombophiles du Nord ou généreusement offerts au gouvernement delà défense nationale, par M. Louis van Roosebeke, président de la société l'Espérance , furent emportés successivement dans les nacelles de ballons montés par M. Gabriel Mangin, MM. Gaston el Albert Tissandier et M. van Roosebeke. -2\'2 de ces oiseaux furent lâchés le plus près possible des lignes prussiennes, et si beaucoup d'entre eux ne purent échapper aux dangers qui les menaçaient, quelques-uns, au moins, pénétrèrent dans la ville assiégée, où ils apportèrent 115 000 dépèches officielles et 1 million de lettres particulières et de mandats postaux. Ces lettres et ces dépêches, réduites au plus petit volume possible, au moyen de la photo-