M. L. WALRAS
THÉORIE DE l.\ MONNAIE.
lisme se résout en monométallisme-argent. La courbe P cède la place aux deux courbes r.' et p". C'est ce qui a lieu durant la période 10-13. Et s'il arrive que la courbe p s'élève au-dessus de la courbe-', c'est-à-dire que le franc d'argent seulement marchandise vaille plus que le franc d'or à la fois marchandise et monnaie, le bimétallisme se résout en monométallisme-or. La courbe P cède la place aux deux courbes p et - ". C'est ce qui a lieu durant la pério le 25-35. Ainsi, en définitive, dans les conditions de quantité des deux métaux supposées par notre figure, la courbe de prix de la marchandise monnaie, dans le système du bimétallisme, est la courbe PP.,, suppléée d'abord par la courbe p", de P10 à P16, et ensuite par la courbe-' , de PÏB à P.,.. Celle courbe est remarquablement horizontale, ce qui vient de ce que nous avons supposé la quantité de l'argent et la quantité de l'or variant généralement en sens inverse; et cependant, telle qu'elle est, elle permet très bien de reconnaître les limites de l'action compensatrice du bimétallisme.
10. Complétons d'abord la première partie de la figure 52 au moyen des deux courbes A'A'4B,B'B'4S) relatives au système bimétallique, dont l'une partage la quantité totale des francs d'argent en francs d'argent marchandise et francs d'argent monnaie, les premiers se comptant sur la partie supérieure de l'ordonnée, entre les deux courbes A et A, les seconds, sur la partie inférieure, entre la courbe A' et l'axe horizontal, et dont l'autre partage la quantité totale des francs d'or en francs d'or marchandises et francs d'or monnaie, ceuxci se comptant sur la partie supérieure de l'ordonnée, entre l'axe horizontal et la courbe B', ceux-là sur la partie inférieure, entre les deux courbes B' et B. Maintenant, toutes choses restant égales d'ailleurs, il peut arriver que la quantité de l'un des deux métaux augmentant ou diminuant, la quantité de l'autre métal diminue ou augmente également, dételle sorte que la quantité totale de francs d'or et d'argent demeure la même, et qu'en outre la quantité de francs d'or marchandise, la quantité de francs d'argent marchandise et la quantité de francs d'or et d'argent monnaie demeurent aussi les mêmes, n'y ayant alors que la seule proportion des francs d'or et des francs d'argent monnaie qui change, comme cela a lieu durant la période 15-25. En ce cas, le bimétallisme est toujours etl'ectif, et, en conséquence, le rapport de la valeur de l'or marchandise à la valeur de l'argent marchandise se maintient à 15 1/2 sur le marché. En outre, la quantité de la monnaie n'augmente ni ne diminue, et, en conséquence, les prix des marchandises en monnaie ne haussent ni ne baissent. Mais, d'abord, et même dans cette éventualité d'un des deux métaux devenant abondant ou rare pendant que l'autre métal devient rare ou abondant, il peut arriver que le métal abondant chasse complètement le métal rare de la circulation monétaire et y fournisse a lui seul plus ou moins de
francs que n'en fournissaient auparavant les deux métaux réunis, comme cela a lieu durant la période 10-15 et durant la période 25-35. En ce cas, le bimétallisme se résout en monométallisme, et, en conséquence, le rapport de la valeur de l'or marchandise à la valeur de l'argent marchandise s'élève au-dessus ou s'abaisse au-dessous de 15 1/2 sur le marché. En outre, la quantité de la monnaie augmente ou diminue, et, en conséquence, il se produit une hausse ou une baisse des prix des marchandises en monnaie. Ensuite, il peut arriver aussi que, la quantité de l'un des deux métaux augmentant ou diminuant, la quantité de l'autre métal augmente ou diminue en même temps, de telle sorte que les deux métaux, or et argent, se trouvent toujours dans la circulation monétaire, mais y fournissent à eux deux plus ou moins de francs qu'ils n'en fournissaient auparavant, comme cela a lieu au commencement delà période 0-10 et à la fin de la période 35-4.3. En ce cas, le bimétallisme est toujours effectif, et, en conséquence, le rapport de la valeur de l'or marchandise à la valeur de l'argent marchandise se maintient à 15 1/2 sur le marché ; mais la quantité de la monnaie augmente ou diminue, et, en conséquence, les prix des marchandises en monnaie haussent ou baissent.
Tels sont les effets des variations possibles dans la quantité des métaux précieux ; il faudrait signaler aussi les effets des variations possibles dans leur utilité, lesquels effets seraient précisément le contraire des effets des variations dans la quantité. On se rendrait ainsi un compte exact des limites de l'action compensatrice du système bimétallique. Mais c'est là ce que les partisans de ce système ont complètement négligé défaire; ils ont trouvé plus expédilif (et ce l'était effectivement) de niera priori la possibilité de toutes ces variations. « La production de l'or est très irrégulière, disait M. Cernuschi dans le troisième considérant de sou Projet de convention internationale bimétallique proposé à la conférence monétaire de 1881, très irrégulière celle de l'argent, tandis que la production additionnée des deux métaux évalués à la proportion légale est très suffisamment régulière. » (Conférence monétaire internationale, juin-juillet 1881. Procès-verbaux, p. 15/i.) Que la production totale de deux métaux soit moins irrégulière que celle d'un seul, que la production totale de trois métaux fût plus régulière que celle de deux, celle de quatre que celle de trois... et ainsi de suite, cela serait conforme à la théorie des probabilités ; mais que, la production de l'or étant très irrégulière, et très irrégulière aussi celle de l'argent, la production additionnée des deux métaux évalués à la proportion de 15 1/2 soit très suffisamment régulière, voilà qui serait vraiment extraordinaire et presque miraculeux ! Aussi certains bimélallistes particulièrement convaincus et enthousiastes n'hésitent-ils pas à se porter ici garants des bonnes intentions de la Providence.