LA MER ET SES PRODUITS EN
VARIÉTÉS La mer et ses produits en 1884.
D'après la Statistique des pèches fnarilimes que vient de publier le ministère de la marine, en 1884, 141990 marins ont été embarqués sur 24 275 navires ou bateaux de pêche jaugeant 163 288 tonneaux.
L'augmentation sur 1883 est do 4855 pêcheurs ou 3,5 pour 100; 1667 navires ou bateaux (6,9 pour 100); 11142 tonneaux (6,8 pour 100).
Et sur 1882, l'année la plus forte de la dernière période quinquennale, de 4100 pêcheurs (2,9 pour loo); 1100 bateaux (4,5 pour 100); 6100 tonneaux (3,7 pour 100).
Malgré cet accroissement, les efforts de nos armateurs et de nos marins n'ont pas été récompensés et l'année 1884 a été désastreuse. Le produit total des ventes n'atteint, en effet, que 87 961 124 francs, contre 107 226 921 francs en 1883 et 92 963 001 francs en 1882. Le déficit, de 21,9 pour 100 sur 1883 et de 5,38 pour 100 sur 1882, peut être attribué à deux causes principales: l'avilissement des prix pour les produits de nos grandes pêches et la rareté de la sardine.
Ainsi les pêcheries de Terre-Neuve ont occupé, en 1884, 6683 marins, 178 navires jaugeant 28140 tonneaux, soit 674 marins, 18 navires et 4848 tonneaux de plus qu'en 1883. et le produit, 25 326 123 kilogrammes de morue, dépasse celui de 1883 de 4 millions de kilogrammes.
Malheureusement, les arrivages coïncident avec l'apparition du choléra dans le midi, les quarantaines entravent et arrêtent même les expéditions, les marchés se trouvent encombrés et il en résulte une telle baisse dans les prix que, malgré l'augmentation de la quantité des morues, le chiffre total des ventes n'atteint que 7 200 667 francs, c'est-à-dire près de 3 millions de moins qu'en 1883.
Nos pêcheries d'Islande accusent, en 1884, 347 navires jaugeant 30 100 tonneaux et montés par 6O8/1 pêcheurs, soit un excédent de 111 navires, 6361 tonneaux et 1936 pêcheurs sur l'année précédente.
La rareté du poisson, de fréquentes tempêtes ont nui aux opérations dont le résultat final n'est que de il 193 320 kilogrammes inférieur de 2 millions de kilogrammes à celui de 1883; aussi la vente n'atteint-elle que 6 435 356 francs, environ 1 500 000 francs de moins qu'en 1883.
Nos pêcheurs de hareng ont été plus maltraités; malgré un produit de 45 973 180 kilogrammes supérieur de plus de 9 millions de kilogrammes à 1883, ils n'obtiennent que 8 916 291 francs, soit une perte de plus de 4 millions; ils ont eu contre eux non seulement la baisse des prix, mais un stock considérable invendu l'année précédente et ont ùà livrer une quantité importante de leur poisson comme engrais a l'agriculture.
La pêche du maquereau s'est maintenue avec un léger excédent, grâce à l'augmentation de la pêche : 9 599 214 kilogrammes et 3 691 643 francs en 1884, contre 6633449 kilogrammes et 3 659 712 francs en L88 I.
v pêcheurs de sardines ont été les plus éprouvés. Ce petit poisson n'a que peu paru sur nos cotes en 1884, les prix ne se sont pas suffisamment élevés pour compenser la rareté du poisson et un certain nombre d'usines ont chômé.
De 20 17(i875 francs en 1883, la vente descend à 8 823 569 francs; soit 1 1 3.'>3306 francs en moins, et c'est une année d'autanl plus désastreuse que l'année 1883 elle-même n'avait pas été bonne.
La pêche du poisson frais, qui alimente nos marchés toute l'année, a produit 52 370812 kilogrammes et 36 197598 fr., soit une augmentation d'environ 700 000 francs sur • due à une légère élévation des prix dit vente.
Les huîtres ne donnent que 13577926 francs, en perte de 4 207 521 francs.
Les inouïes produisent 1847402 francs, en déficit de plus de 800 000 francs.
Les homards, langoustes, crevettes, coquillages et amendements marins se présentent avec 11701380 francs en plus-value de 1 236 991 francs.
En Algérie, 446/t marins montant 1060 bateaux d'une jauge totale de 3587 tonnes ont péché 4 039 985 kilogrammes de poisson frais.
La sardine tombe de 131 à 110 millions de tètes et la pèche du corail, tout entière faite par des Italiens, de 13 194 à 5368 kilogrammes.
Le produit total est de 3 757 390 fr. contre 3 829 248 fr. en 1883, soit une différence de 71 858 francs; en tenant compte de la diminution de 308 870 francs dans la pêche du corail, c'est une augmentation de 237 013 en faveur de nos marins.
En 1884, 413 pêcheurs se sont noyés ou ont disparu, laissant 196 veuves et 432 orphelins auxquels le ministère de la marine, les sociétés de secours mutuels et la charité privée viennent en aide.
Les pertes de matériel en mer sont évaluées à 300 000 francs; pour aider à reconstituer les engins perdus ou détériorés, ■ le ministère de la marine accorde des indemnités s'élevant au tiers environ des pertes ; il s'efforce également de provoquer, par des encouragements, des améliorations dans la construction des bateaux et des engins de pèche.
En général, la situation de notre marine de pèche est loin d'être florissante ; si l'on est heureux de constater l'état moral satisfaisant, le courage et le dévouement de nos pêcheurs, il faut bien reconnaître leur situation précaire. l'insuffisance de leurs bateaux et de leur outillage et les mauvaises conditions dans lesquelles ils exercent leur dangereux métier.
Les engins n'ont guère varié depuis longtemps; les bateaux sont trop petits; l'instruction la plus élémentaire fait le plus souvent défaut ; quant à l'instruction professionnelle, elle n'existe pas.
Les quelques ports, presque tous échelonnés de Dunkerque à la Bretagne, qui sont dans une situation florissante, la doivent à une longue pratique des opérations de pèche, à l'expérience de quelques capitaines hors ligne, à une initiative constante et à la rare énergie de leurs marins: le reste
végète privé de tout moyen d'améliorer une situation misérable.
Et pourtant est-il une source plus inépuisable de richesses que la mer ?
Que d'espèces de poissons, toutes comestibles, y abondent et s'y reproduisent !
Et quelle prodigieuse fécondité !
Les œufs des plus petites espèces se comptent par dizaines de mille, par centaines de mille dans les grosses !
Ainsi les pêches américaines dépassent annuellement un demi-milliard, celles des Anglais 300 millions ; elles le doivent aux dimensions et a l'aménagement de leurs navires et à la perfection de leur outillage.
Terre-Neuve et Islande devraient nous donner des produits dix fois plus élevés.
La mer du Nord, qui baigne une partie de nos côtes nordouest, fournit chaque année plus d'un milliard à ses riverains; nous en tirons a grand'peine 25 millions. Quelle est l'industrie assez prospère, la mine assez riche pour assurer un revenu pareil, revenu inépuisable encore puisqu'il se reproduit sans cesse?
La perception de ces richesses n'exige ni achat de fonds, ni entretien, ni culture; elle ne demande que le navire et les engins de pêche, c'est-à-dire les frais de récolte.
En France, où les capitaux ne manquent pas et même,
quelquefois, s'engloutissent dans des opérations plus ou
moins douteuses, il est navrant de constater qu'ils ne vont
pas aux pèches qui, certainement, malgré les risques, leur
assureraient de gros intérêts.
CAUSERIE BIBLIOGRAPHIQUE
Nous sommes heureux de présenter aux lecteurs de la Revue un travail qui est tout à la fois une œuvre utile, une œuvre d'art, et surtout une œuvre patriotique. L' Allas colonial de M. Henri Mager, que vient d'éditer avec amour, on peut le dire, M. Charles Bayle, présente en effet ces trois qualités, à un haut degré.
L'idée qui a présidé à l'édification de cet ouvrage ('lait d'ailleurs originale et heureuse. Au lieu de confier, d'un côté, la partie cartographique à un auteur, et d'un autre côté, la rédaction du texte à un collaborateur qui forcément n'eût décrit que de seconde main la plus grande partie des sujets qu'il avait à traiter, l'éditeur a appelé à la rédaction de ce texte un grand nombre de voyageurs, géographes, économistes, politiciens et savants d'un mérite reconnu, qui se sont chargés de la besogne selon leur compétence et leurs connaissances spéciales. Ainsi, à la partie artistique de l'atlas, dont l'unité a été assurée par le talent de M. Mager, s'est trouvée jointe une série de notices toutes rédigées par de grands et bons Français, niais qui donnent à l'œuvre, par la diversité du ton, du style, de la perspective, du caractère des auteurs, un charme de variété qui est
tout à la fois une qualité d'agrément et une qualité de fond.
Dire que MM. l'amiral Aube, Paul lîert, Bouquet de la Grye, le général Faidherbe, le colonel Fulcrand, Victor Giraud, Ferdinand de Lesseps, Paul Soleillet, pour ne citer que quelques-uns de ces collaborateurs, sont venus donner le meilleur de leurs connaissances, de leur talent, parfois même de leur cœur, à l'occasion de chacun des sujets que leur compétence les appelait à traiter, c'est donner toute la valeur de cet Allas colonial, au point de vue de son utilité spéciale : valeur d'autant plus appréciable qu'aucun ouvrage de ce genre n'existait encore.
Ces qualités font de cette œuvre toute nationale d'enseignement et de vulgarisation un aetede patriotisme, car elles contribueront certainement à faire aimer la France d'outremer, en la faisant bien connaître, et à réveiller chez les jeunes Français, l'ardeur d'initiative et le goût des aventures qui semblent comme engourdis en ce moment. Et, à ce réveil, notre pays trouverait accroissement de richesses, de population, de vigueur morale.
Il ne faut pas se le dissimuler, et M. Paul Bert le dit dans un chapitre qui est un vrai petit chef-d'œuvre, si notre natalité continue à décroître comme elle le fait maintenant, alors qu'elle tend à devenir aussi faillie chez les ouvriers urbains que chez les propriétaires ruraux, avant peu, nous serons à nos puissants rivaux et voisins ce qu'est la Grèce aux grandes nations méditerranéennes.
Né de l'intérêt, c'est par l'intérêt que ce mouvement de recul doit être combattu, c'est par l'intérêt qu'il faut l'enrayer.
C'est ici qu'interviennent les colonies. Car m' Malthus a eu raison de dire que « quand naît un homme, un pain doit naître », et si les pains paraissent naître difficilement sur le sol français, en ce moment, par les ressources nouvelles qu'elles créent, par les perspectives indéfinies qu'elles ouvrent, les colonies doivent agir directement sur la richesse de la mère patrie, sur son état moral, sur sa natalité. Sur sou état moral, car, quand les générations, absorbées par le besoin factice des jouissances artificielles, sont devenues moins créatrices et moins actives, de plus en plus oisives et consommatrices, l'État perd non seulement sur la quantité, mais encore sur la qualité de ses citoyens.
La première carte de l'Allas colonial est d'une éloquence poignante : en quatre cadres juxtaposés, elle nous montre nos possessions en 1661, en LG83, en 1815 et en 1885. Quand, en 1815, on voit tout à coup disparaître les belles et larges taches de la Nouvelle-France (Canada), de la France orientale (Madagascar) et de la France équinoxiale presque tout entière (Guyane et Vntilles), faut-il persister à dire que nous n'avons pas l'esprit colonisateur, et la date de ce naufrage colonial n'indique-t-elle pas assez clairement sur quelle tète doivent en retomber les responsabilitésî
.Mais voici la carte de 1885, et autour des rares points sauvés du naufrage, nous voyons apparaître et s'étendre de
CAUSERIE BIBLIOGKAPH1QIE.
nouvelles taches ; de nouveaux points sont ensemencés par la race française sur le continent africain qui, au nord, à l'ouest, à Test, se teinte de nos couleurs. Et cela, malgré les tiraillements de la politique intérieure, malgré les lenteurs, les mauvais vouloirs, les obstacles administratifs, malgré le défaut de l'esprit public, défaut dont l'origine est dans une éducation publique qui ne fait rien pour développer chez l'enfant l'esprit d'entreprise.
Les questions d'éducation et les réformes des programmes sont à l'ordre du jour; à l'ordre du jour aussi, les questions de politique coloniale.
Souhaitons que d'heureuses solutions soient données à ces problèmes; car, non pas seulement la grandeur, mais l'existence même de notre pays pourrait bien en dépendre; et, en de telles circonstances, accueillons avec enthousiasme des œuvres de la nature et de la valeur de VAllas colonial, qui n'aurait su venir plus à propos.
Le volume que vient de publier M. Crookshank sur les méthodes bactériologiques (1) aura certainement du succès. 11 est édité avec beaucoup de luxe, et les planches en couleur, au nombre de trente (hors texte), sont très bien faites. C'est un livre d'origine allemande, ayant été fait par l'auteur dans divers laboratoires d'outre-lthin, où il était allé chercher la technique à suivre pour l'étude bactériologique. A ce titre il est intéressant pour le lecteur français auquel il enseignera quelques faits nouveaux. La première partie est consacrée à la technique générale : description des instruments optiques, des réactifs (avec proportions des solutions), des appareils à stériliser et appareils à culture, à incubation; manière d'examiner les tissus contenant des bactéries et de faire des préparations, c'est-à-dire de faire les coupes, après avoir durci et fixé ; manières de colorer (méthodes de Weigert, Gram, Ehrlich) ; mode de préparation des milieux de culture, et manière de faire les cultures dans des tubes ou sur des plaques, etc. A ce propos, il y a passablement de détails sur la préparation des pommes de terre stérilisées, et un dernier chapitre est consacré à la méthode d'expérimentation sur les animaux et à la façon de les examiner au point de vue de l'anatomie pathologique. Cette première partie comprend cent pages. La deuxième débute par un chapitre concernant nos connaissances relatives aux bactéries : il est un peu court et a surtout trait à la systématique, à la classification des bactéries. Ce dernier point fait l'objet de la deuxième partie du volume. L'auteur adopte la classification de Zopf et examine les diverses espèces successivement, indiquant les maladies où on les rencontre et les organes ou tissus qui les renferment, indiquant leur forme, la manière dont il faut les cultiver, avec figures nombreuses à l'appui de la description et renvois aux travaux originaux. 11 nous a paru que cette deuxième partie — la plus ' importante du livre — est la
(1) An Introduction lo practical Baeteriology, baser ui'on Ihe methods of Koch, par E.-M. Crookshank. — Un vol. in-S° do 2D0 pages, avec figures et planches nombreuses; Londres, ll.-K. Lewis.
plus intéressante à cause des renseignements, concis, il est vrai, mais suffisamment complets, (pue donne l'auteur sur la manière dont il faut s'y prendre pour rencontrer telle ou telle espèce déterminée, pour les rechercher dans l'organisme et pour les faire évoluer. Il est très fréquent que ces points soient négligés d'une façon assez sensible dans les ouvrages de vulgarisation, pour que le commençant se trouve souvent embarrassé et dérouté. Les figures en couleur qui accompagnent le texte sont très belles. Il en est quelquesunes représentant l'aspect de tubes de culture où végètent différentes bactéries, qui ne sont peu^-être pas très utiles; mais la plupart d'entre elles sont fort bonnes et rendront des services. Le livre de M. Crookshank nous parait remplir une réelle lacune et simplifiera certainement l'apprentissage de ceux qui cherchent à s'initier aux méthodes bactériologiques.
Le volume que vient de publier M. \V. Ireland, psychologue et aliéniste distingué (1), rentre dans la catégorie des livres suggestifs, c'est-à-dire des livres qui font penser et réfléchir. On les lit avec plaisir, et de temps à autre on s'interrompt pour méditer, pour s'élancer dans une voie que l'auteur indique en deux lignes, pour envisager à un point de vue nouveau que celui-ci nous révèle des faits qui jusque-là avaient paru incompréhensibles ou dénués d'intérêt. M. Ireland a réuni, d'une façon très intelligente, un certain nombre d'essais et d'études publiés par lui sur des sujets assez divers, mais faciles à rattacher les uns aux autres Voici tout d'abord une étude sur les hallucinations de la vue et de l'ouïe en particulier, avec référence spéciale à celles que présentèrent Mahomet, Luther, Swedenborg, Jeanne d'Arc, d'après les documents historiques les plus précis et les plus authentiques. Un chapitre très intéressant a trait à l'histoire psychologique et physiologique d'un certain nombre de familles illustres dont le rôle historique a été considérable, telles que la famille impériale de Rome, à commencer par Auguste pour finir par Néron ; celle des Flavius; celle de Mohammed Toghlak, sultan de l'Inde; celle d'Ivan le Terrible et des Romanotï; celle de la famille royale d'Espagne, etc. Ces documents, du plus haut intérêt, ont été largement et intelligemment utilisés par M. Déjérine dans son excellente thèse d'agrégation sur l'hérédité morbide ; il en a tiré des conclusions fort intéressantes auxquelles pourront se reporter les personnes qui sont ignorantes de la langue anglaise. Les chapitres suivants sont consacrés aux idées fixes, à la folie à deux, à la cérébration inconsciente, à la pensée sans paroles et à leurs rapports réciproques, etc. On y trouvera nombre d'observations puisées aux bonnes sources et un bon exposé do l'état actuel des questions traitées. Un chapitre intéressant est celui qui a trait à la prédominance particulière du cerveau droit, et aux raisons susceptibles d'être invoquées pour
(1) The Mot upon the Brain; Studics in Histot-y and Psychology, par W. Ireland. — In-S° de 371 pages; Edimbourg, Bell et Bradfute,
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l'expliquer, avec recherches sur l'ambidextérité en général. A signaler encore, le chapitre relatif à l'écriture en miroir, et celui qui a trait au dédoublement de la personnalité. Sur tous ces points, M. Ireland a recueilli les meilleurs documents et fait œuvre de critique intelligent. Il résume fort bien les questions qu'il aborde et les présente d'une façon très intéressante. Son livre s'adresse aussi bien au public qu'au savant, et il aura un bon accueil de l'un et de l'autre.
Nous signalons à nos lecteurs, médecins ou étudiants en médecine, un Précis d'ophtalmologie chirurgicale (1) qui devra prendre place dans les bibliothèques spéciales à côté du précis des maladies de l'oreille dont nous rendions compte récemment (2). Le but que s'est proposé l'auteur, M. J. Masselon, qui est le premier chef de clinique de M. de Wecker, a été de décrire les perfectionnements apportés aux méthodes anciennes parla généralisation des procédés antiseptiques et aussi par la découverte d'un précieux anesthésique local, la cocaïne, dont l'usage a permis de simplifier les opérations, en rendant inutiles certaines pièces de l'arsenal chirurgical, telles que les instruments fixateurs du globe de l'œil.
Les procédés d'exploration sont également devenus plus pratiques, et la cure du strabisme paraît enfin avoir trouvé cette précision qui lui a si longtemps fait défaut. Nous signalerons spécialement aux lecteurs le chapitre intéressant qui concerne cette dernière affection. Mais nous louons sans réserve le livre tout entier, qui, bien que faisant une large part, comme de juste, à la technique de M. de Wecker, expose cependant et apprécie judicieusement tous les autres procédés classiques.
En somme, le précis de M. Masselon, écrit avec méthode et clarté, et aidé d'un nombre suffisant de figures, est un bon livre d'enseignement, en même temps qu'une œuvre destinée à fixer l'état actuel de l'ophtalmologie, telle que l'ont simplifiée et perfectionnée les récentes acquisitions de la science dans ses applications à la chirurgie.
SÉANCB DD 12 AVRIL 1886.
M. MatihieiSen : Sur l'équilibre d'une masse fluide en rotation. — MM. Paitl et Prosper Henry : Sur une carte photographique du groupe des Pléiades. — J/. A. Rieco : Do quelques phénomènes spoctroscopiques singuliers. — M. G. -M. Stanoiêioitch : L'origine du réseau photosphériquo solaire. — M. llunoniot : Sur un théorème général relatif à la propagation du mouvement. — M. Valerio : Sur la théorie des aérostats. — M. Antoine: De la densité et de la compressibilitô des gaz et dos vapeurs. — M. G. Chaperon : Les propriétés thermo-électriques de quelques substances. — M. L. Godefroy ;Sur quelques éthors chlorés. — M. Recoura .-Transformation du proto-
(1) Précis d'ophtalmologie chirurgicale, par le docteur J. Masselon avec figures intercalées dans le texte. — Un volume in-12; Paris, J.TB. Baillière, 1886.
(2) Voir la Bcvue scientifique du 0 janvier 1880.
chlorure do chromo en sesquichlorure. États moléculaires de l'oxyde do chromo. — M. Rospendowski : Étude sur les naphtylphénylcarbonyles isomériques. — M. Louis Pasteur : Note complémentaire sur les résultats do l'application de la méthode de prophylaxie de la rage après morsure. — M. Cosson : Remarques sur cette communication. — M. V. Petlz : Essai expérimental sur le pouvoir toxique des urines fébriles. — M. Aug. Charpentier : Sur le contraste simultané. — M. Edin. Perrier : Sur les genres de lombriciens terrestres de Kinberg. — MM G. Pauchet et J. de Guerne : De l'alimentation des tortues marines. — M. Cotteau : Les ôchinides éocènes do la France. — M. J. Itousset : Découverte d'un gisement cénomanien au Pech de Fois. — M. A. Dumoni : Un projet de chemin do fer de la côte de Syrie au golfe Persique. — M. P. île Lesseps : Observations sur ce sujet. — Correspondance : Le centenaire de Parmentier. — Candidature : M. C.-Eg. liertrand. — Comité secret : Présentation do candidats dans la section d'économie rurale.
Astronomie. — M. l'amiral Mouchez présente, au nom de MM. Paul et Prosper Henri/, une carte du groupe des Pléiades qui est la reproduction par la gravure d'une épreuve sur papier provenant d'un cliché obtenu le 16 novembre dernier, à l'aide de l'équatorial photographique de 0m,33 d'ouverture et agrandi deux fois environ.
Le report sur papier ne permettant guère actuellement l'impression d'astres inférieurs à la 14" grandeur, les étoiles de 15e et 16° grandeur ont été pointées directement sur la carte d'après les positions fournies par le cliché original.
Toutes les étoiles figurées dans le groupe sont le résultat de trois poses très voisines, disposées en triangle équilatéral et de une heure de durée chaque jour. Ce procédé permet de reconnaître facilement les étoiles, quelle que soit la faiblesse de l'impression lumineuse, tout en conservant aux images une figure symétrique dans la reproduction sur papier.
MM. Henry font remarquer que la propriété que possède la photographie de révéler l'existence d'objets faibles dans* le voisinage immédiat d'étoiles brillantes a permis la découverte d'astres nouveaux, dont la plus intéressante est celle de la nébuleuse près de Maïa. La couche sensible a permis également de préciser la forme de la nébuleuse de Mérope, dont les aspects diffèrent suivant chaque observateur et dont l'existence même était contestée par plusieurs astronomes.
— Dans une note présentée par M. .lanssen, .)/. .1. Ricco appelle l'attention sur quelques phénomènes spectroscopiques singuliers, notamment sur le dédoublement des raies chromosphériques C, D et F en deux raies brillantes séparées par un trait noir, lorsque l'on observe avec un spectroscope à fente étroite, et sur les raies spectrales noires séparées par un milieu plus clair lorsque la fente n'est pas étroite. Ces phénomènes, observés simultanément avec soin par l'auteur, lui ont paru être de nature purement instrumentale, optique, de diffraction par exemple; ils lui ont aussi laissé l'impression que l'un d'eux était le négatif ou l'inverse de l'autre, bien qu'il semble probable qu'ils aient une cause commune et qu'ils soient produits par la diffraction de la lumière.
Physique solaire. — Les intéressantes recherches que M. G.-M. Slanoiéwilch a été admis par M. Janssen à faire à l'Observatoire de Meudon sur l'origine du réseau photosphérique solaire l'ont conduit à des résultats dont il tire les conclusions suivantes :
a. Ouelle que soit l'origine de la granulation solaire, le réseau photosphérique, tel que le présentent les plaques photographiques, n'existe pas sur la surface solaire.
I>. Il est produit par la réfraction irrégulière d'un corps transparent, d'une constitution moléculaire" irrégulière, in-
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terposé entre la surface granulaire solaire et la lunette photographique.
c. Cette réfraction irrégulière est produite par l'enveloppe gazeuse du soleil, qui, étant agitée par des courants de toutes directions, présente dans son ensemble un corps d'une constitution moléculaire la plus irrégulière.
Physique. — .1/. Antoine adresse une note sur la densité des gaz et des vapeurs et sur leur compressibilité, notamment sur celle de l'air atmosphérique, dont l'étude a une importance toute spéciale, tant pour l'emploi des manomètres à air comprimé que pour la mise en service de nos torpilles automotrices. Celles-ci sont actuellement chargées à 50 atmosphères, mais cette tension doit augmenter par suite de l'accroissement de vitesse que les marines de guerre chercheront à imprimer aux torpilles dont l'action tend à devenir de plus en plus prépondérante dans les combats sur mer. En effet, la lutte légendaire du canon contre la cuirasse conduisait à des épaisseurs de cuirasse que les bâtiments ne pouvaient plus porter et à des canons qui trouvaient difficilement leur place à bord des navires. A cette lutte, ajoute l'auteur, va probablement succéder la •lutte de vitesse pour les torpilles ; de là un accroissement de tension, et il importe d'être bien fixé sur la résistance des matériaux qui doit en être la conséquence.
Chimie. — L'éther vinyléthylique monochloré, découvert par M. L. Godefroy, lui a permis de préparer successivement, en tenant compte de l'éther de Lieben, six autres ^éthers dont quelques-uns sont connus, tandis que les autres sont inconnus. 11 fait dériver ces corps les uns des autres, par les mêmes procédés qui permettent d'obtenir les chlorures d'éthylène et les éthylènes chlorés.
Ces éthers forment deux séries distinctes possédant des propriétés générales caractéristiques presque opposées:
1° Les éthers vinyléthyliques frais préparés sont fluides, incolores, ne fumant pas à l'air, d'une odeur douce et pénétrante, devenant d'autant plus aromatique qu'ils contiennent plus de chlore. Ils distillent sans décomposition. Versés dans l'azotate d'argent ammoniacal, ils ne forment pas de précipité de Ag Cl, mais ils le réduisent avec formation du miroir. Ils absorbent le Cl, le Br et l'iode. Au contact de l'air, ils se transforment lentement et deviennent acres.
2° Les éthers éthyliques fument à l'air, leur odeur est irritante, mais elle l'est d'autant moins et devient d'autant plus aromatique qu'ils contiennent davantage de chlore. Ils ne peuvent être distillés sans décomposition partielle. Versés dans l'azotate d'argent ammoniacal, ils donnent lieu à un abondant précipité de AgCl; à Pébullition ils sont réducteurs; mais ils ne donnent pas, en général, le miroir d'argent.
— M. G. Chaperon* étudié méthodiquement, au point de vue de leurs propriétés thermo-électriques, un certain nombre de substances chimiques choisies surtout parmi celles que l'on peut reproduire facilement dans leur état actif, telles que l'iodure d'argent, le phosphure de zinc, le sulfure d'étain, l'arsénium de zinc, etc., etc. La méthode à laquelle il a eu recours peut s'appliquer à des fragments de forme quelconque et au besoin de très petites dimensions des corps examinés. Elle consiste à appliquer ces fragments, par deux de leurs points, sur deux parois métalliques condui-
sant bien la chaleur, dont on évalue le plus approximativement possible les températures, et qui servent d'électrodes pour constater et mesurer la force électromotrice du couple formé. L'une des parois est celle d'un mince tube d'argent traversé par un courant d'eau à la température ambiante et faisant partie d'une pince avec laquelle on saisit le corps étudié. Au moyen de cette pince, on applique un deuxième point du corps contre une paroi chaude, celle d'un creuset de fer plein d'alliage fusible, et l'on plonge un thermomètre. Le contact doit être assuré par une pression constante.
— Dans les études qu'il poursuit sur la transformation du protochlorure de chrome en sesquichlorure,ytf.fiecouraa rencontré trois variétés d'oxyde de chrome :
1° L'une est précipitée de la dissolution de l'une quelconque des deux variétés isomériques de sesquichlorure solide, ou bien encore d'un sel violet de chrome, par une quantité équivalente de soude 3 NaO. Il est caractérisé par ce fait qu'il se combine avec 3 équivalents d'acide chlorhydrique.
2° Un autre oxyde est précipité de même de l'oxychlorure Cra Cl2 O (formé par l'oxydation du protochlorure Cr Cl) par 2 équivalents de soude. 11 est caractérisé par ce fait qu'il ne se combine qu'avec 2 équivalents d'acide chlorhydrique.
3° Les deux oxydes précédents, traités par un excès de soude capable de les dissoudre, puis reprécipités en neutralisant cette soude, fournissent un troisième oxyde qui dégage avec 2 équivalents d'acide + 10 calories et qui ne dégage pas de chaleur avec un troisième équivalent.
Cette troisième forme paraît être la forme stable de l'oxyde de chrome précipité. Les deux autres variétés sont, en effet, très instables et commencent à se modifier immédiatement après leur précipitation en tendant vers celle-ci.
— M. Rospendowski présente une note sur les naphtylphénylcarbonyles isomériques a et ,; qu'il obtient par l'action du chlorure de benzoïle sur la naphtaline en présence de Al2 Cl6. Le premier, ou a naphtylphénylcarbonyle, se présente en grains cristallins, incolores, transparents, doués d'un vif éclat. Son point de fusion est 75° C, tandis que son isomère (3 naphtylphénylcarbonyle fond à 82° Cet forme de longues aiguilles blanches, soyeuses.
Dans cette communication, l'auteur étudie successivement l'action de l'acide azotique fumant, l'action du brome et l'oxydation.
Médecine. — M. L. Pasteur donne lecture d'une note complémentaire sur les résultats de l'application de la méthode de prophylaxie de la rage après morsure. (Noir plus haut, p. 500.)
— M. Cosson, à l'occasion de l'importante communication de M. Pasteur, rappelle que, il y a plus de quarante ans, aux environs de Paucourt, dans la forêt de iMontargis, où à cette époque les loups étaient très communs, deux enfants et dix-sept vaches ont succombé par suite des morsures d'un loup enragé. Ce fait, légendaire & Paucourt, a été maintes fois cité à M. Cosson.
Physiologie expérimentale. — Dans un précédent travail, fait eu collaboration avec M. Ritter et couronné par l'Académie de médecine en 1884, .)/. V. Felt? avait démontré que les urines humaines normales, fraîches, bien filtrées, chauf-
ACADÉMIE DES SCIENCES DE PARIS
fées à 33° et d'une densité de 1018 à 1020, deviennent toxiques pour les chiens auxquels on en injecte, dans le sang veineux, une quantité équivalente au volume d'urines qu'ils sécrètent en trois fois vingt-quatre heures environ. Et les accidents, ainsi provoqués, étaient identiques aux accidents urémiques ou urinémiques, que l'on détermine chez des animaux lorsqu'on tarit, par un procédé quelconque, la sécrétion urinaire.
Aujourd'hui, M. Feltz rend compte des quatorze nouvelles expériences qu'il vient de faire avec M. Ehrmann, touchant l'action des urines humaines pathologiques, provenant de malades atteints de fièvre typhoïde, de scarlatine, tuberculose aiguë, pneumonie et rhumatisme articulaire aigu. En voici les résultats :
1° Les accidents urémiques, conduisant toujours au coma et presque toujours à la mort, se montrent beaucoup plus vite que lorsqu'on emploie des urines normales.
2° Ils surviennent avec des doses d'urine bien inférieures à celles qui seraient nécessaires, si on opérait avec des urines normales.
3° Les doses d'intoxication des urines fébriles sont de deux tiers ou de moitié inférieures aux doses d'intoxication des urines normales.
W Le pouvoir toxique des urines fébriles est loin d'obéir t la loi de proportionnalité des densités.
5° Il y a donc dans les urines fébriles des agents de toxicité qui ne se trouvent pas dans les urines normales, ou qui ne sont représentés dans ces dernières que par des quantités relativement très faibles.
— La question étudiée dans sa nouvelle note par M..Aug. Charpentier, à l'aide du photoptomètre, est celle du contraste simultané, c'est-à-dire du phénomène suivant : aux environs d'une surface colorée tend à se produire la sensation d'une couleur complémentaire. Le phénomène se produit même lorsque la surface colorée est placée dans une complète obscurité. D'où l'auteur conclut qu'il y a là une véritable excitation lumineuse dans des régions de la rétine ne recevant pas de lumière extérieure.
La théorie des perceptions colorées, donnée précédemment par l'auteur, permet, dit-il, de se faire une idée (hypothétique, bien entendu) de la production du contraste. Il admet, en effet, que ces perceptions résultaient de la coexistence de deux modes de vibrations nerveuses dans l'appareil visuel, lesquelles vibrations seraient harmoniques, l'une par rapport à l'autre, mais auraient des phases relatives différentes, suivant la couleur. Or, en supposant que ces vibrations soient comparables à celles du téléphone, c'est-à-dire résultent d'oscillations périodiques dans l'équilibre électrique de l'élément nerveux excité, il se trouve précisément -que les oscillations suscitées par l'induction électrique ou électro-magnétique dans les éléments nerveux voisins correspondraient, comme forme, à celles qui caractérisent la complémentaire de la couleur excitatrice.
La seule condition est que les longueurs d'onde des deux modes de vibrations visuelles soient entre elles dans le rapport de 1 à 3 ou 7, 11, 15, etc. S'il en était ainsi, la production des couleurs de contraste dans une région non directement excitée serait facile à concevoir; ce seraient bien, au sens propre comme au figuré, des couleurs induites.
Zoologie. — M. Ed. Perrier, ayant été amené, en 1871. à
étudier la collection de vers de terre du Muséum d'histoire naturelle, a dû établir de toutes pièces la classification de ces animaux, dont les espèces exotiques n'avaient jamais été étudiées d'une manière approfondie. Il a d'abord déterminé la signification des différents caractères que l'on peut constater à la surface du corps de ces animaux et les rapports de ces caractères avec l'organisation interne ; il a montré que les caractères les plus importants pour la classification étaient ceux que l'on tirait de la position relative des orifices génitaux et de la ceinture. Ces caractères étaient auparavant presque négligés, et il en résulte que la valeur de la plupart des genres établis jusque-là est demeurée douteuse, que quelques-uns d'entre eux se sont même trouvés indéterminés. M. Loven,de Stockholm, ayant communiqué à M. Perrier les types des genres établis par Kinberg, qui se trouvaient dans ce cas, celui-ci a pu déterminer leur valeur et établir leur caractéristique. C'est ainsi que des onze genres cités par Kinberg, trois seulement peuvent être conservés tels quels.
— .)/.)/. G. Pouchel et J. de Guerne ont eu l'occasion d'étudier l'alimentation des tortues marines, sur les viscères et le contenu de l'estomac d'un certain nombre decesanimaux péchés, pour la plupart, loin des rives, jusqu'à 200 milles de toute terre, et qui leur ont été rapportés, de son voyage aux Açores, par le prince héréditaire de Monaco.
Ils ont ainsi pu constater que les tortues [Thalassochelys caretla) vivaient non seulement aux dépens de la faune pélagique, mais qu'elles avalaient tous les corps flottants qui se présentaient : escarbilles, écorces d'arbres, brins de paille, éclats de bois ; que le fond de leur nourriture était fourni et par les animaux de la surface, et peut-être aussi par ceux que l'on rencontre jusque dans les zones obscures de la mer, voire même par les parasites et les commensaux qui vivent sur leurs congénères.
bref, la nourriture animale des tortues marines explique la variété des vers intestinaux signalés chez elles, mieux peut-être que le pourrait faire le régime végétal qu'elles suivent, dit-on, quand elles se rapprochent des côtes pour pondre.
Paléontologie. — .1/. Colleau poursuit ses études sur les Échenides éocènes de la France. M. Hébert dépose aujourd'hui sur le bureau, en son nom, un mémoire comprenant la description des genres Sarcellaj Guallieria, Echinocartiiuiii , Leiopneusles et Brissospatangus. Nous citerons, parmi les espèces les plus intéressantes que l'auteur décrit et figure, \eSarcella suleata, propre aux couches éocènes supérieures de Biarritz, remarquable par ses gros tubercules fortement scrobiculés, par la disposition de son fasciole interne et la structure toute particulière de ses aires ambulacraires ; le Leiopneusles anliquus, qui se distingue des autres Spalangidées par ses aires ambulacraires superficielles et allongées et par l'absence de fascioles ; le Brissospatangus Caumonti, reconnaissable à son sommet ambulacraire très excentrique en avant, à son sillon antérieur presque mil. à ses aires ambulacraires paires antérieures courtes, très écartées, transverses, arrondies,
situées dans i dépression large et atténuée. Dans ce
nouveau travail, M. Cotteau donne les caractères de la famille des llrissi//t:i\<, qui fait sou apparition à l'époque crétacée, atteint son maximum de développement dans le
CHRONIQUE
terrain tertiaire, et existe encore à l'époque actuelle dans la plupart de nos mers.
Géologie. — M. J. Roussel fait connaître Le gisement cénomanien qu'il a découvert, il y a quelques mois, au Peeh de Foix, et dont la puissance, en certains points, est comparable à celle du conglomérat de Camorade, et dont l'assise inférieure est constituée par un calcaire à silex qui recouvre parfois transgressivement le jurassique.
Travaux puislics. — M. A. Dumonl appelle l'attention sur un projet de chemin de fer de la côte de Syrie au golfe Persique qui, en ouvrant la vallée de l'Euphrate, serait le complément nécessaire du canal de Suez et permettrait de gagner dix jours dans le temps du voyage de Brindisi, Marseille ou Salonique à Bombay. Des études faites sur cette nouvelle voie de communication, il résulte que la dépense ne dépasserait pas deux cent cinquante millions, en se basant sur le prix de revient des lignes indiennes établies dans des conditions analogues. De plus, l'ouverture de la vallée de l'Euphrate serait évidemment le point de départ de grands travaux d'assainissement et d'irrigation dans les plaines de la Mésopotamie, qu'on rendrait ainsi à leur ancienne fertilité.
— M. F. de Leswps considère le projet de M. Dumont comme parfaitement praticable et même profitable, si l'on en juge, dit-il, par le chemin de fer égyptien dont les trains sont encombrés par les indigènes, surtout dans les wagons de 3° classe. Il pense que les produits de ce chemin de fer devront plus compter sur les passagers et le commerce local de station à station que sur les transports maritimes des ports européens pour les ports de l'extrême Orient.
Correspondance. — Le président du centenaire de Parmentier invite l'Académie à se faire représenter à la solennité qui aura lieu à Montdidier, le '26 avril prochain, pour la célébration du centenaire.
M. le baron Larrey est chargé par l'Académie de la représenter à cette cérémonie.
Candidature. — M. C.-Eg. Bertrand prie l'Académie de vouloir bien le comprendre parmi les candidats à la place laissée vacante dans la section de botanique par le décès de M. Talus ne.
Comité secret. — La section d'économie rurale présente, par l'organe de son doyen, M. Boussingault, la liste suivante des candidats à la place devenue vacante dans son sein par suite du décès de M. Iiouley :
En première ligne, M. Chauveau.
En seconde ligne (ex wquo) et par ordre alphabétique, M. Arloing, M. Baillel, <!/. Sainl-Cyr.
L'élection aura lieu dans la prochaine séance.
E. Rivière.
CORRESPONDANCE ET CHRONIQUE Nécrologie.
M. BOUCHARDAT.
Ce n'est pas sans une pénible émotion que nos lecteurs ont dd accueillir la nouvelle de la mort du professeur Bouchardat.
Peu d'hommes ont eu une carrière si bien remplie Peu d'hommes ont rendu d'aussi utiles et loyaux services -à la ^•é'iicc et à l'enseignement.
Sa modestie, son abnégation même en matière scientifique ont empêché peut-être qu'on rendit pleine justice à ces beaux travaux de chimie physiologique et de thérapeutique. Il a le premier étudié l'action des sels de potasse, qu'il a différenciés des sels de soude en établissant leur toxicité. Il a fait sur la digestion de la fibrine des observations plrines de sagacité, à présent classiques, et qui sont rapportées dans tous les ouvrages souvint sans qu'on prenne soin d'en indiquer le véritable auteur. Enfin sur le diabète et sur l'action des eaux minérales dans ledia il a publié nombre de faits précis qui constituent un véritable corps de doctrine; de sorte que la meilleure thérapeutique du diabète est encore aujourd'hui celle que M. Bouchardat a instituée, en s'appuyant sur des faits physiologiques qu'il avait découverts. Son Annuaire de thérapeutique, qui paraissait chaque année depuis trente ans, et qui' lui seul rédigeait, est une œuvre considérable où il consignait le fruit de ses travaux et de ses remarques sur la chimie, la toxicologie, la thérapeutique et Pbygiène.
Professeur à la Faculté de médecine depuis 1852 (alors que les professeurs étaient encore nommés au concours), il a enseigné l'hygiène à de nombreuses générations d'étudiants. — Son cours était semé d'aperçus ingénieux, de considérations pleines de justesse, sur tout ce qui touche à la pathologie et à la physiologie.
.Nos lecteurs pourront s'en rendre compte en relisant les leçons publiées dans la Bévue scientifique 1). On y trouvera, en un style simple et élégant, rxposés les principaux faits de la doctrine mésologiquc actuelle.
D'ailleurs, le Traité d'hygiène qu'il a composé à la fin de sa carrière résume ce remarquable enseignement : c'est un livre à tous égards supérieur, et, à notre sens, tout médecin digne de ce nom doit le lire et le méditer. 11 y a moins d'un an, il fut nommé professeur honoraire et dut se résigner à abandonner son cours. Cette mesure, qui lui aurait paru tout à fait légitime, si la loi sur la limite d'âge eût été sans exception, lui fut sans doute cruelle, étant appliquée à lui seul; et certes ce n'est pas un des moindres avantages de cette loi sur la limite d'âge que de faire tolérer aux professeurs âgés de plus de soixante-dix ans une retraite forcée, qui est vexatoire si elle n'est pas ali?> Jument sans exception.
M. Bouchardat n'était pas seulement d'une intelligence pénétrante et d'un esprit ingénieux, c'était un homme d'une générosité extrême. Sa probité scrupuleuse, son rare désintéressement, l'élévation et la droiture de son caractère méritent de le faire citer aux jeunes hommes comme un exemple à suivre. Cn. R.
Une enquête sur la contagion de la phtisie.
On n'a pas oublié que les premières expériences de M. Villemin, établissant que la tuberculose est une maladie infectieuse transmissible, datent de 1865-1866; en 1868, M. Vil-
(1) Voir Revue scientifique : année 1880, 2" semestre : tes 0 leurs de Paris, p. 362; De l'excessive mortalité îles enfants, de la naissance à un an, à Paris, p. 410; V Avenir de la vigne en Algérie, p. 233. — Annrr 1884, 2° som. : la Misère phy . p. 115; Des principaux
modes d'atténuation des microbes ou ferments morbides des maladies contagieuses, p. 158. — Année 1883, l'r sem. : Paris au point de vue de l'hygiène, p. iiii : 2e sem. : tes Cinq épidémies de choléra, p. 129 et 170 j les Maladies contagieuses à Paris, p. 353. — Année ISSi. 1er sem. : Introduction à l'étude de l'hygiène individuelle, p. C84; 2e sem. : l'Atténuation des virus, p. 802.
CHRONIQUE
lemin communiquait à l'Académie de médecine des faits tendant à prouver le danger de la transmission de la tuberculose par la vie en commun, par les objets de literie, par les vêtements, et attirait l'attention sur un mode possible de cette maladie qui pouvait ouvrir des voies nouvelles à la prophylaxie de ce redoutable fléau. En 1882, enfin, M. IL Koch trouvait le parasite bactérien qui, sous la forme d'un bacille, était l'agent pathogéniqùe et le contage de phtisie commune.
Ainsi le temps devait confirmer la brillante découverte du médecin français, et le médecin allemand, s'inspirant des principes de l'école de M. Pasteur, venait, par une autre découverte, compléter la première et l'expliquer tout à la fois.
Le moment était donc venu de mettre à l'ordre du jour l'étude de la prophylaxie de la tuberculose, dont la contagion n'était plus à discuter, et, pour établir les bases de cette prophylaxie, de rechercher par quelles voies les plus fréquentes, dans les circonstances de la vie courante, se fait communément cette contagion.
C'est dans ce but qu'une commission, composée de MM. Villemin, Millard, Constantin Paul, Grancher, Debove et Vallin, était chargée par la Société médicale des hôpitaux, le 12 décembre 1884, de faire une enquête auprès du corps médical sur la transmission de la tuberculose des hommes malades aux personnes bien portantes.
Ce sont les résultats de cette enquête que M. Vallin, rapporteur de la commission, exposait à la Société médicale des hôpitaux de Paris dans sa séance du 25 février dernier.
Tout d'abord le savant rapporteur se plaint que, soit par indifférence ou par oubli, soit par défaut d'opinion arrêtée, ou, au contraire, en raison d'une opinion préconçue, le nombre des médecins qui ont répondu à l'appel qui leur a été adressé a été bien inférieur à ce qu'on espérait.
En effet, quatre-vingt-trois réponses seulement sont arrivées, qui se classent ainsi :
Affirmant la contagion ou la croyant très probable. 57
La niant > 13
Restant dans le doute Il
Incompréhensibles 2
Ces cinquante-sept réponses affirmatives fournissent 213 observations à l'appui de la contagion, et les réponses négatives en fournissent 220 où, malgré les conditions favorables à la contagion, celle-ci n'a pas eu lieu.
Le dépouillement de ces observations a permis à M. Vallin d'établir les conclusions suivantes :
L'hérédité semble s'être exercée dans plus de la moitié des cas ; toutefois, un certain nombre de cas imputés à l'hérédité pourraient bien n'être que l'effet de la contagion familiale. En tout cas, l'hérédité ne se produit guère que par la voie directe, c'est-à-dire par le père ou par la mère : elle n'a lieu que très exceptionnellement par atavisme ou par voie collatérale.
L'enfant a beaucoup de chances de devenir tuberculeux quand la mère, à l'époque de la conception, était déjà tuberculeuse; quand le père seul était phtisique, les enfants restent très souvent indemnes.
On ne peut encore considérer comme démontrée la tuberculisation par conception, c'est-à-dire la contamination d'une mère saine jusque-là, par le produit de la conception qu'elle porte dans sou sein et qui provient d'un père phtisique.
La tuberculose héréditaire est d'ordinaire précoce, elle apparaît dans l'enfance ou dans la jeunesse ; la tuberculose tardive est le plus souvent acquise et le l'ait de la contagion.
Les 213 cas de contagion se répartissent ainsi : entre conjoints : 107 fois, dont 64 du mari à la femme et 43 fois de la femme au mari; entre parents consanguins : 73 fois, dont 38 fois entre frères ou sœurs, 19 fois entre enfants et parents (14 fois des enfants à leur père ou à leur mère), 16 fois entre parents éloignés; entre étrangers : 32 fois.
Dans la classe aisée, la contagion de l'époux tuberculeux au survivant paraît n'avoir lieu qu'une fois sur dix, ce qui entraînerait encore 2500 décès annuels par suite de contagion conjugale. Cette proportion est notablement plus élevée dans les classes pauvres ou peu aisées. La contagion, dans ces cas, est favorisée par la communauté du lit et de la chambre pendant la période de consomption de l'époux tuberculeux, par la mauvaise ventilation et le défaut de propreté de la chambre du malade. La femme, plus sédentaire sinon plus dévouée, est plus fréquemment victime de la contagion.
Dans les localités isolées, dans les montagnes ou les îles, la tuberculose paraît souvent naître accidentellement par importation des villes voisines, et se concentrer autour des cas ainsi importés.
La surveillance et la désinfection des literies, des vêtements, des tapis, du sol souillés par les c achats et les déjections des phtisiques sont les moyen» les plus efficaces d'atténuer les chances de la contagion.
11 est intéressant de comparer les résultats de l'enquête faite en France avec ceux obtenus par la Société de médecine de Berlin, qui a fait une enquête semblable en 1884. Celle-ci portait sur quatre points : l'hérédité, la contagion, le traitement de la phtisie, la transformation de la pneumonie en phtisie. Sur la question de l'hérédité, 44 observations avaient été envoyées : la commission n'en avait d'ailleurs conserve que 24, où l'hérédité paraissait entourée de garanties sutlisantes. Sur 46 observations de contagion, 6 avaient été rejetées, parce que la contagion n'avait pas paru suffisamment prouvée. Les 40 cas (19 hommes, 21 femmes), dont 31 à la ville et 9 à la campagne, se réparlissaient ainsi :
1° Contagion maritale : Du mari à la femme. . 11 — De la femme au mari . 12
Dans les 11 premiers cas, il n'y avait aucun antécédent tuberculeux chez le père ni chez la mère de la femme infectée, mais, dans deux ou trois cas, on trouvait une sœur ou une tante tuberculeuse. Au contraire, dans les 12 cas où l'homme était infecté par sa femme, il n'y avait aucun antécédent chez les père et grand'père, ni chez les mère et grand'mèrc du mari.
2° Contagion entre parents, à la suite des soins
donnés à un phtisique U
répartis ainsi :
Du fils au père I
Du fils à la mère 1
De la fille à la mère 2
De la mère à la tille 1
Du frère à la sœur 2
De la sœur au frère . 1
Parents éloignés I
3° Entre étrangers, à la suite de soins donnés à un
phtisique 7
■4° Par l'usage du lait de vache tuberculeuse. ... 1
Les étrangers du groupe n° 3 couchaient tous, comme ceux du groupe précédent, dans la chambre du malade qui les a infectés ; dans l'un des cas de ce groupe, il s'agit d'un
CHRONIQUE
homme qui hérita du lit et des vêtements de son frère, mort de phtisie peu de temps auparavant.
Certes, ces enquêtes portent sur un nombre trop restreint de cas pour qu'on y puisse trouver la démonstration de la contagion de la tuberculose ; mais il faut eu rapprocher ce que nous savons de la contagion expérimentale, de la maladie et de son bacille pathogénique, et tous ces faits réunis constituent incontestablement un faisceau de preuves d'une singulière force.
A elles seules, d'ailleurs, elles sont suffisantes, comme le remarque M. Vallin, en terminant son remarquable rapport, à faire naître dans l'esprit de la majorité des médecins des doutes et des appréhensions sur la possibilité de la contagion, et il y a lieu d'espérer qu'ils s'empresseront de recommander avec prudence, et sans provoquer des terreurs exagérées de la part des familles, les simples mesures de précaution qui sont aujourd'hui encore presque complètement négligées ou dédaignées.
Citons encore un fait mentionné précédemment par M. Vallin, fait qui est bien de nature à inspirer des réserves à ceux qui seraient tentés de se prononcer d'une façon absolue contre la contagion, dans de grands centres où la filiation des cas est évidemment bien difficile à établir. L'observation est due à M. le docteur Hyades, et concerne les Fuêgiens du cap llorn. La phtisie était inconnue chez ces peuplades avant l'arrivée des missionnaires; puis, tout à coup, elle est apparue, et a fait de tels ravages que les Fuégiens se sont mis à fuir leurs habitations; or la maladie, qui est réellement la phtisie galopante, n'attaque guère que les indigènes convertis au christianisme, logés et habillés à l'européenne, réunis dans des baraques bien fermées au lieu de vivre au grand air, et en contact journalier avec des Européens. Et, d'autre part, des renseignements très précis ont établi que plusieurs Européens faisant partie de la mission étaient réellement tuberculeux.
N'est-ce pas là un double exemple d'importation et de contagion qui a toute la valeur d'une expérimentation?