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É. CHADTEMPS. — LA RAGE AU LABORATOIRE DE M. PASTEUR

L'examen d'une partie des registres nous a permis d'appliquer aux mordus français la même proportion (20, /i), et nous trouvons ainsi que, sur les 1219 Français mordus avant le 1er août, 248 l'avaient été par des animaux dont la rage n'était que probable; ces 248 cas seront rejetés de la statistique.

Mais ici, messieurs, il faut bien s'expliquer : on a prétendu que quiconque se présentait au laboratoire était admis à suivre le traitement; je déclare que cette assertion est absolument inexacte. Hier encore, j'ai vu M. Roux refuser le traitement vaccinal à une personne qui le sollicitait depuis plusieurs jours, et qui croyait à tort avoir été mordue par un chien enragé. Les individus qui sont retenus au laboratoire ont tous été mordus par des animaux pour le moins très suspects; et, parmi les 248 Français que nous rejetons de notre statistique, nous avons la conviction que le plus grand nombre avaient été mordus par des chiens dûment enragés.

Toutes ces éliminations faites, il reste 971 individus qui, à la date du 1er août, avaient été mordus par des chiens indiscutablement enragés, et dont ceux qui survivent sont sortis de la période dangereuse.

Sans la vaccination, combien de décès se seraient-ils produits?

Je laisse de côté la statistique de M. Bouley, laquelle a été tirée des documents du comité d'hygiène; elle est trop favorable à M. Pasteur.

Je laisse de côté la statistique publiée par l'Hôpital général de Vienne, dans son compte rendu annuel de 1860, et qui indique 217 morts pour 1000 mordus.

Je ne m'appuierai pas davantage sur les chiffres de Faber, qui sont de 193 décès pour 1000.

Je prendrai, comme base, la moins élevée de toutes les statistiques, celle de Leblanc, laquelle annonce une mortalité de 160 pour 1000.

Je démontre ainsi, par une simple règle de trois, que, parmi les mordus de France et d'Algérie qu'a traités M. Pasteur, 155 seraient morts sans la vaccination. Comme il n'en est mort que 10, la différence, au profit de la méthode, est de 145.

Or j'ai compté au passif de M. Pasteur 10 décès; j'aurais pu distraire les deux décès par arrivée tardive, ainsi que le décès d'Astier, mordu le 4 août; je retire de plus à M. Pasteur le bénéfice de toute une catégorie de mordus. Il ne serait pas possible, on le reconnaîtra, d'apporter dans nos calculs plus de sévérité ni de bonne foi, et l'on nous permettra de proclamer que M. Pasteur, dont l'établissement vaccinal date, en réalité, de novembre 1885, a préservé de la mort, en neuf mois, au moins 145 Français (1).

Les morts par rage sont plus nombreuses qu'on ne pensait. C'est l'histoire des centenaires que la fête de

(1) Une interruptrice a dit alors : Mais il n'est jamais mort 145 individus par rage, en un an, en France !

M. Chevreul a fait surgir par douzaines ; de même le diabète, qui passait pour très rare, est devenu tout à coup une affection extrêmement commune, lorsque l'on a pris la peine de le rechercher avec attention.

Les documents administratifs, si incomplets qu'ils soient, nous permettront d'ailleurs de nous rendre compte du degré de fréquence de la rage : il résulte d'une note remise à M. Pasteur par la préfecture de police, que, pendant les cinq premiers mois de 1886 (1), 81 personnes ont été mordues, à Paris, par des animaux reconnus enragés. En ce qui concerne les documents relatifs à la France entière, je ne puis mieux faire que de donner, pour un instant, la parole à M. le professeur Brouardel, qui écrivait, en 1874, à l'article Rage du actionnaire des sciences médicales, p. 192, les lignes suivantes :

« En France,... une circulaire ministérielle, en date du 17 juin 1850, prescrivait une enquête générale sur la rage. Depuis lors, de nombreuses circulaires ont rappelé la première (ce qui prouvequ'elle était oubliée), et l'enquête, résumée dans cinq rapports de Tardieu et un de Rouley, devrait nous donner une idée exacte de la fréquence de la rage...

« Nous ne sommes pas encore arrivés à pouvoir fournir de pareils résultats... Un tiers des départements n'a jamais envoyé de rapport, ou n'en a envoyé qu'un ou deux depuis vingt ans. Les gouvernements ont changé, les préfets ont été déplacés, le résultat a toujours été le même...

« Il faut noter de plus... que même si toutes les enquêtes départementales avaient été régulièrement transmises, il est probable que le chiffre des cas de rage connus resterait très au-dessous de la réalité. Rien des faits échappent nécessairement aux recherches administratives. Ces réserves une fois faites, voyons, dans ces dernières années, la fréquence des cas de rage humaine en France :

1850 27 cas de mort.

A reporter 409 —

(1) Le document a été remis le 29 mai, et la dernière morsure mentionnée est du 21 mai ; ces 81 morsures se sont donc produites en moins de cinq mois."

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