M. É. CHAUTEMPS. — LA RAGE AU LABORATOIRE DE M. PASTEUR
Report 409 cas de mort.
18(ïfS f,i —
Total 685 cas de mort
en 23 ans, ou 30 par an en moyenne.
» Cette proportion de trente cas de mort par an est évidemment trop faible, continue M. Rrouardel, qui ne pouvait penser, en 1874, à préparer un argument en faveur de M. Pasteur; mais nous ignorons de quelle quantité. »
Examinons d'un peu près les chiffres de cette statistique.
Je remarque d'abord que les années de la guerre y figurent, bien que les renseignements fournis par les préfectures aient été presque nuls; il n'est pas naturel de tomber de 36 à 6. Si nous nous arrêtons à l'année 1809, la moyenne est relevée de 30 à 32.
Un tiers des départements n'a jamais répondu, ce qui nous autorise à augmenter d'un tiers le nombre des décès, lequel monte ainsi à 48.
Mais chacun des départements qui ont répondu ne l'a pas fait tous les ans; les chiffres varient entre 12 et 60, suivant que les circulaires ministérielles sont plusou moins pressantes. C'est ainsi que, de 1862 à 1863, le saut est de 26 à 4'.', et que les six années suivantes donnent des résultats également très élevés : 66, 48, 64, 37, 56, 36, ce qui, pour les sept dernières années de l'empire, fait une moyenne de 50,85. La moyenne des sept années précédentes étant de 18,57, l'écart est assez considérable pour nous permettre de rejeter, comme absolument insuffisants, les résultats antérieurs à 1863.
Mais il y a toujours un tiers des départements qui a fait la sourde oreille. Relevant d'un tiers la moyenne de 50,85, j'obtiens le chiffre de 76,27 décès.
Enfin, tous s'accordent à reconnaître que les réponses des préfectures les mieux intentionnées étaient forcément au-dessous de la vérité, étant basées sur les renseignements volontaires fournis par les familles et les médecins. Je vous signale, messieurs, ce fait qu'à Paris, à l'heure actuelle, le service de la statistique municipale ne peut obtenir des médecins la notification des cas de maladies contagieuses survenues dans leurs clientèles. Les médecins n'auraient pourtant qu'à faire porter, à la boîte la plus voisine, les cartes postales qui leur sont fournies par l'administration. La même indifférence a présidé à rétablissement des statistiques de la rage, et c'est pourquoi les chiffres fournis par les préfectures sont inférieurs à la réalité. Nous sommes ainsi autorisé à porter bien au delà de 76 le nombre
normal des décès rabiques, et, si vous considérez que les cas de l'Algérie ne sont pas compris dans le tableau, le chiffre que j'ai annoncé tout à l'heure, comme représentant le nombre des Français et Algériens arrachés à la mort par M. Pasteur, apparaît très naturel.
Voici, du reste, un argument d'une grande force en faveur de la fréquence des cas de rage. Nous ne pouvons connaître exactement le nombre des personnes qui, ayant été mordues par des animaux présumés enragés, ne sont pas venues se faire vacciner: nous pouvons seulement affirmer que ce nombre est très petit. Or, parmi les mordus fiançais qui ne sont pas venus au laboratoire, nous connaissons pertinemment quinze décès par- rage.
Nous pouvons citer huit individus dont la mort a déterminé à venir à Paris les personnes mordues en même temps qu'eux par les mêmes animaux. A ces huit décès, il convient d'ajouter ceux de Raflin, mort à l'Hôtel-Dieu, le 18 décembre 1885; deRiffiaudi.inort à l'hôpital Reaujon, en avril; de Marie Manon, morte à Marseille, en juillet dernier; du gardien de la paix Carpier et de l'enfant Jules L'Hôte. Enfin, M. Pasteur apprenait, il y a quelques jours, la mort récente, dans le département de l'Aisne, d'une mère et de sou enfant. L'enfant avait été mordu l'année dernière, et la mère fut mordue par son enfant.
Voilà donc quinze décès survenus en dehors de la clientèle de M. Pasteur; il est vraisemblable qu'il s*en est produit d'autres que nous ignorons, car nous avons counu ceux-là par hasard, mais je m'en tiens volontiers à ce chiffre, et je dis :
Si, dans un nombre infime de mordus, il s'est produit quinze décès, qu'y a-t-il d'étonnant à ce que, dans le nombre considérable des mordus vaccinés, il ait pu s'en produire près de deux cents?
El ici, la valeur du traitement saule aux yeux : quinze décès se sont produits dans un petit nombre de mordus, et dix décès, dont deux ne sont pas imputables à la méthode, dans un nombre qui approche de la totalité des mordus; n'y a-t-il pas dans le rapprochement de ces chiffres un argument irréfutable?
Nous en trouverons de non moins décisifs si. ne nous limitant plus à la France et à l'Algérie, nous abordons les statistiques relatives aux mordus de toutes nationalités.
A la date du 1er octobre, 2323 mordus de tous pays avaient été traités ou étaient en traitement : 48 avaient été mordus par des loups, 2275 par des chiens ou des chats.
11 s'était produit 32 décès rabiques, dont 8 après morsures de loups.
Des 8 Russes décédés après morsures de loups, 6 ont été traités à partir du 14e jour, 1 à partir du 9e. Or. dans une communication faite eu août 1886, au congrès de l'Association pour l'avancement des sciences