H. Ê. CHAUTEMPS. — LA RAGE AU LABORATOIRE DE M. PASTEUR
de Nancy, le docteur Du Mesnil a démontré, à l'aide de chiffres portant sur 98 cas, qu'il n'était pas rare que la rage, après morsures de loups, se manifeslât du 16e au 20e jour, et qu'elle apparaissait le plus souvent du 20e au 30e jour. Les Russes traités par M. Pasteur peuvent donc être considérés comme arrivés tardivement; malgré cette circonstance défavorable, la mortalité pour morsures de loups n'a été, au laboratoire de la rue d'Llm, que de 14 pour 100, au lieu de 67 pour 100, chiffre donné par M. Brouardel, et de 82 pour 100, chiffre qui résulte de huit documents cités par M. Pasteur.
En ce qui concerne les personnes mordues par des chiens ou des chats, les chiffres sont ceux-ci :
Nombre total des vaccinés au 1" octobre 2275
Mordus avant le 1er août 1797
Mordus avant le 1™ août, par des animaux de rage
probable 367
Mordus avant le 1er août, par des animaux de rage
certaine 1 i 30
Nombre total des décès 24
Décès par arrivée tardive (après 28, 30, 33, 34, 37, 44 jours), qui seront rejetés de la statistique. ... 6
Nombre réel des insuccès 18
Insuccès survenus parmi les individus mordus avant
le 1er août 17
Décès par arrivée tardive, survenus parmi les individus mordus avant le 1er août 4
Nous limiterons notre statistique aux personnes mordues avant le 1" août, aussi bien pour les décédés que pour les survivants. La mortalité est ainsi de 9,46 pour 1000, si nous retenons dans notre calcul tous les mordus admis au traitement; elle s'élève à 11,88 pour 1000, si nous rejetons les 367 cas de rage probable, mais non certifiée ni expérimentalement démontrée.
Nous rappelons que les statistiques de Leblanc, les moins sombres de toutes, et, par conséquent, les plus défavorables pour la démonstration de M. Pasteur, donnaient une mortalité de 160 pour 1000.
De 12 à 160, la marge est tellement grande que M. Pasteur peut, sans inconvénient, être bon prince, et conserver dans sa statistique les décès des personnes arrivées au laboratoire plus de 28 jours après les morsures.
La mortalité s'élève ainsi à 11 1/2 et à 14 1/2 pour 1000, suivant que l'on prend pour base des calculs le nombre total des vaccinés ou que l'on a rejeté les 367 cas de personnes mordues par des animaux dont la rage, non certifiée, était seulement probable.
Ces chiffres, messieurs, ne sont-ils pas la lumière même 1
Sept des décédés que nous avons retenus parmi les iosuccès sont arrivés au laboratoire de dix à seize jours après les morsures, et, se sont trouvés, par conséquent, dans des conditions défavorables.