M. LEDEBOER. — DÉTERMINATION DU COEFFICIENT DE SELF-INDUCTION
sans compter ceux et celles dont elle avait troublé profondément la raison
Malgré tout cependant, les hallucinations impures de Jeanne des Anges continuent, et son bon ange vient de temps en temps lui renouveler ses marques. Son délire tourne au mysticisme erotique et n'ayant plus sous les yeux l'image d'un homme tel que Grandier ou même que le P. Surin, mais bien le jésuite Saint-Jure, théologien froid et compassé, elle arrive, à l'exemple de sainte Thérèse, à rêver de posséder l'humanité de Jésus-Christ.
Toutefois, son naturel reprend de temps à autre le dessus, et l'on voit cette femme sur le retour, dans le but d'apaiser le démon de la chair, s'administrer vainement la discipline et « se rouler sur des espines et des charbons de feu sans soulagement ».
Pendant toute cette période de 1646 à 1657 ont lieu entre son confesseur et elle des discussions théologico-mystiques qui ne présentent plus qu'un intérêt relatif et dans lesquelles elle se montre surtout préoccupée du salut de son âme. A ce moment, en effet, l'hystérie de sœur Jeanne subit les transformations particulières que l'âge amène ordinairement dans cette affection. Les phénomènes somatiques perdent peu à peu leur caractère convulsif. Néanmoins, la névrose a chez elle des racines tellement profondes qu'elle continue à se manifester physiquement, au dehors, par les stigmates, et, mentalement, par les mêmes hallucinations, mais modifiées dans un sens plus mystique encore.
Jusqu'en juillet 1661, ses stigmates persistent ; mais, par un dernier effort d'auto-suggestion hystérique, elle parvient à s'en débarrasser. Elle est d'ailleurs fatiguée d'être ainsi un continuel objet de curiosité de la part des étrangers qui ne cessent d'affluer à Loudun.
C'est à cette époque surtout que Jeanne des Anges perd peu à peu les attributs de la force physique et morale. Elle ne peut plus écrire. La dernière lettre que nous possédons porte la date du 8 mai 1661. Tout son côté droit est paralysé ; elle tombe dans un gâtisme complet et meurt, comme la plupart des hémiplégiques, emportée, le 29 janvier 1665, par une pneumonie intercurrente.
Le 21 avril de la même année, succombait le P. Surin, comme elle accablé d'infirmités.
Les derniers jours de l'infortuné jésuite n'avaient pas été heureux. De même que Jeanne des Anges, il était poursuivi par des idées de suicide. Toutefois, à l'inverse de la sœur, la tentative qu'il fit eut un résultat beaucoup plus effectif. 11 se jeta par une fenêtre, se fractura le col du fémur et en resta boiteux.
Comme son état nerveux le rendait insupportable, les jésuites, pour s'en débarrasser, le placèrent pendant quelque temps dans une maison amie. « Or il arriva qu'estant dans un de ces lieux, ses infirmitez ne lui permettant en aucune façon ny de marcher ny de se remuer, on fut obligé de luy donner une personne pour le servir dans ses besoins; et cette personne poussée par l'esprit du démon, comme il y a bien de l'apparence, entra dans une telle aigreur contre le Père, quoyqu'il ne luy en donnât pas le moindre sujet,
que, non seulement elle le maltraitoit de paroles, mais encore d'effect avec une cruauté qui donne de l'horreur; car c'estoit son ordinaire de le battre à coups de poing el île le souffleter impitoyablement, y adjoâlant souvent les coups de bâton qu'elle luy décharyeoit avec furie sur la teste et sur le visage. » On ne peut nier, ajoute naïvement Boudon, que « ce procédé ne soit extraordinaire».
Après la mort de Jeanne des Anges, les Ursulines oublièrent vite les griefs qu'elles avaient contre elle, et ne pensèrent plus qu'à se faire de beaux revenus en exploitant de nouveau la crédulité publique. Dans ce but, elles firent courir le bruit que leur supérieure était morte en odeur de sainteté; elles mirent sa tête dans un superbe reliquaire et l'exposèrent à la vénération des fidèles. Non contentes de cette exhibition, elles placèrent bien en évidence, dans leur chapelle, un tableau représentant le dernier exorcisme.
Ce commerce éhonté dura jusqu'en 1750
G. Légué et Gilles de la Tolrette.