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SÉANCE DO 2 NOVEMBRE

M. l/alon de la Goupillihe : Écoulement varié des gaz. — M. G. Cabanellas : Do l'association des machines dynamo-électriques en tension. — M. Marcel Deprez : Sur les expériences ou transport de force communiquées par M. Fontaine. — AL Henri Gautier : Sur deux nouveaux dérivés chlorés du méthylbenzoyle. — M. Cit. Murez : Saturation do l'acide sélénieux par les bases et dosage acidimétrique de cet acide. — M. A. Ladenburg : Synthèse de La pentaméthylénediamine, de la tétrainéthylénediamine, de la pipéridine et de la pyrrolidine.— M. A .-E. Nordenskiotd : Sur le poids anatomique de l'oxyde do gadolinium. — M. Louis Pasteur : Nouvelle communication sur la rage. — M. Guida Tizzoni : Physiologie pathologique des capsules surrénales. — MM. (humus et Larat : Sur les contractions déterminées par les courants de polarisation des tissus vivants. — M. Hènocque : L'hématoscopie, méthode nouvelle d'analyse du sang, basée sur l'emploi du spectroscope. — M. Yves Déluge : Sur une fonction nouvelle des otocystes chez les invertébrés. — M. Anatole Piltan : De l'influence de la respiration sur la voix humaine. — M. Brown-Sée/aard : Influence exercée sur l'encéphale par les nerfs sensitifs et sur les nerfs moteurs par les centres nerveux. — M. Pouehet : Sur te Gymnodinium polyphemus. — MM. C.-E/j. Bertrand et B. Renault : Nouvolles remarques sur la tigo des poroxylons, gymnospermes fossiles de l'époque houillère. — M. Léo Errera : Sur une condition fondamentale d'équilibre des cellules vivantes. — M. //. Ilerinilc : De l'unité des forces en géologie. — M. A. Lacroix : Examen pétrographique d'une diabase carbonifère des environs do Dumbarton (Ecosse). — M. Stanislas Meunier : Substance singulière recueillie à la suito d'un météore rapporté à la foudre. — M. P. Launelte : Sur les causes des maladies de la vigne.

Physique. — M. G. Cabanellas rappelle à l'Académie que, dans une communication faite, en 1881, au Congrès des électriciens, il a posé et discuté le problème de l'association des machines dynamo-électriques en tension, suivant la méthode adoptée par M. Fontaine dans l'expérience qu'il a présentée à la séance de lundi dernier.

Chimie. —Dans un travail précédent, M. Henri Gautier a montré qu'en faisant réagir le chlore sur le méthylbenzoyle, maintenu à sa température d'ébullition, on ne pouvait isoler à l'état de pureté que le dérivé monosubstitué C'iF-CO-CfPCl et que les dérivés bi et trichlorés, qui prenaient naissance simultanément, ne pouvaient être séparés à cause du peu de diliérence que présentent leurs points d'ébullition.

L'auteur a pensé que ces deux damiers produits pourraient peut-être s'obtenir indirectement par l'action de la benzine sur les chlorures de di et de tri-chloracétyle eu présence du chlorure d'aluminium. Or l'étude de ces deux composés lui a montré, en résumé, combien est grande la stabilité du chlore qu'ils renferment au voisinage du carbonyle, puisque, sous l'influence des réactifs peu énergiques qui attaquent facilement le chlore des carbures aromatiques chlorés dans les chaînes, ils restent inattaqués ou ne sont attaqués que lentement. Ouant aux réactifs énergiques, leur action se porte sur le groupement acétonique et l'on retombe sur un dérivé monosubstitué plus simple que la benzine.

— .)/. Ch. Blarez étudie la saturation — de l'acide sélénieux — acide bibasique dont la formule est Se2 0°H- = 129 — par les bases, et son dosage par les procédés acidimétriques; il montre que la façon dont ce corps se comporte vis-à-vis des réactifs alcalimétriques indicateurs présente une certaine analogie avec celle qu'il a indiquée pour l'acide sulfureux, malgré certaines différences notables.

— Les bons résultats que lui a donnés la méthode de réduction dont il a parlé dans ses précédentes noces ont sug-

géré à .)/. A. Ladenburg l'idée de tenter la résolution d'un problème qui l'occupe depuis longtemps, c'est-à-dire la synthèse de la pentaméthylénediamine, de la tétraméthylénédiamine, de la pipéridine et de la pyrrolidine.

C'est ainsi qu'il est parvenu, par la réduction du dicyanure de triméthylène, à préparer la pentaméthylénediamine qui est identique avec une ptomaïne, découverte récemment par M. Brieger, qui lui a donné le nom de cadavérine. Elle se forme dans la putréfaction de la viande des mammifères et des poissons.

— M. A. E. Nordenskiold désigne, par oxyde de gadolinium, le mélange d'oxydes découverts d'abord dans la gadolinite d'ytterbium, et caractérisés, au point de vue chimique, par la réaction d'êtres précipités, de leur solution par l'ammoniaque et par l'oxalate d'ammonium, ainsi que par le sulfate neutre de potasse. Comme on le sait à présent, ce mélange, longtemps considéré comme un oxyde simple, se compose d'au moins trois oxydes très rapprochés au point de vue chimique, quoiqu'ayant des poids atomiques très différents, c'est-à-dire l'oxyde d'yttrium, l'oxyde d'erbium, l'oxyde d'ytterbium.

C'est à l'occasion de l'analyse d'un remarquable silicate carbonate d'yttrium, erbium et ytterbium (ou de gadolinium), trouvé récemment à Ilittero en Norvège et appelé kainosite, que l'auteur a pu déterminer le poids atomique de l'oxyde de gadolinium.

Pathologie. — M. Pasteur fait une nouvelle communication sur la rage. (Voir plus haut, page 577.)

— Sa lecture terminée, .1/. le Président félicite et remercie M. Pasteur de l'admirable constance avec laquelle il poursuit ses travaux.

Toutes 4es grandes découvertes, dit-il, ont eu leurs phases d'épreuves. Puisse votre santé résister à celles qu'il vous a fallu subir! C'est notre vœu le plus cher. Je traduirai, j'en suis sûr, la pensée unanime de vos confrères en vous disant une fois de plus: « Marchez, intrépide et illustre bienfaiteur de l'humanité ! vous avez l'Académie entière derrière vous. »

Pathologie expérimentale. — Dans deux notes communiquées à l'Académie dei Lincei (iM juin et lk décembre 188/t), .1/. Guida Tizzoni a étudié la physiologie des capsules surrénales, leur régénération et la pigmentation qui suit leur ablation. Il présente aujourd'hui à L'Académie ses recherches sur les altérations fonctionnelles et matérielles du système nerveux, consécutives à l'extirpation de ces organes.

Les troubles fonctionnels ont été observés sur cinq lapins opérés comme suit: un des deux cotés, depuis quinze mois, un depuis vingt-huit jours à droite, et depuis six jours à gauche, les trois autres à droite seulement depuis neuf, dix-huit et vingt-deux mois. Les lésions ont été constatées sur sept animaux, les cinq précédents et deux autres tués au bout de neuf et de douze mois sans avoir présenté le moindre désordre fonctionnel.

Les symptômes accusent une origine cérébro-bulbaire. Quant aux lésionSj elles sont les suivantes: si la mort a suivi de. près V opération, forte injection dans le système nerveux central: foyers hémorrhagiques, surtout dans la substance grise de la moelle, au niveau des cornes antérieures et au

voisinage du canal central. Si la mort a été tardive, la lé sion siège dans la pie-mère et l'espace sous-arachnoïdien, clans les cavités et les parois ventriculaires.

Physiologie. — M. A. Hénocque présente une note sur les applications de l'hématoscopie à la physiologie et à la clinique. L'hématoscopie est une méthode d'analyse spectrale du sang pur, non dilué, tel qu'il est extrait d'une piqûre au doigt et du sang renfermé dans les tissus; elle comporte deux modes d'examen.

Le premier consiste à déterminer, avec l'hématoscope d'Hénocque, la quantité d'oxy hémoglobine contenue dans le sang; le second, à examiner avec le spectroscope à vision directe le sang à travers l'ongle du pouce et à compter le temps de la durée de réduction de l'oxyhémogiobine.

V activité de la réduction est le rapport qui existe entre la quantité d'oxyhémoglobine et la durée de réduction ; on l'évalue en unités d'activité, en calculant la moitié du quotient de la quantité d'oxyhémoglobine par la durée de la réduction.

L'unité d'activité est la quantité d'oxyhémoglobine réduite normalement en une seconde dans le pouce. L'activité de réduction varie indépendamment de la quantité d'oxyhémoglobine ; elle est augmentée, en général, chez les individus à constitution sanguine, les arthritiques, les herpétiques, les rhumatisants, etc.; elle est diminuée, en général, dans les anémies, la chlorose, l'épilepsie. les états bilieux, les troubles de la croissance, de la menstruation, certaines phases de la phtisie.

L'activité de réduction est influencée par les médications générales et locales, dont les effets immédiats ou éloignés sont mesurés et démontrés par l'hématoscopie.

Les instruments nécessaires à ces observations-sont l'hématoscope et les hématospectroscopes de M. Hénocque construits par M. Lutz.

— MM. Onimus et Lanot sont parvenus à enregistrer des contractions qu'ils ont provoquées en mettant en rapport les muscles gastro-cnémiens d'une grenouille avec des tissus vivants préalablement électrisés.

L'importance de ces résultats tient surtout à ce qu'ils démontrent d'une façon indiscutable l'existence et l'énergie des courants de polarisation dans nos tissus et par conséquent, les conditions d'erreur des expériences fondamentales de du Bois-Reymond et de la plupart des physiologistes allemands.

On sait que cette école a soutenu qu'il existait une orientation polaire des molécules organiques et que les modifications de cette orientation étaient la cause de tous les phénomènes électro -physiologiques.

Becquerel, Matteucci, Legros et Onimus, etc., ont fait à cette théorie des objections sérieuses et ont soutenu que cet ensemble de faits sur lesquels est édifiée la conception de l'électrotonus n'a pas d'autre origine que les phénomènes électro-chimiques et électro-capillaires.

Il résulte de ces premières expériences qu'avec les courants journellement employés en électrothérapie on emmagasine dans les membres électrisés assez d'énergie électrique pour déterminer des contractions apparentes plusieurs minutes après le passage du courant, et dont l'action suffit parfaitement à expliquer la plupart des phénomènes physiologiques constatés par les expérimentateurs. Ainsi se

trouvent confirmées les objections faites à la théorie de l'électrotonus.

— M. A. Piltan donne lecture d'un mémoire sur l'influence de la respiration. II a pris des tracés de chanteurs exercés et non exercés et a déterminé le type respiratoire inconscient des bons chanteurs En comparant ces tracés avec le débit de l'air à l'aide d'un spiromètre et d'un manomètre, il a constaté que les mauvais types respiratoires correspondaient à des voix défectueuses, et par conséquent à un énorme débit d'air sous une pression plus élevée que celle d'un orgue, puisqu'elle n'est que d'un centimètre de mercure, tandis que celle d'une mauvaise voix est de quatre centimètres pour le médium et s'accroît avec la hauteur. Il a observé ce fait sur des trachéotomisés. Une belle voix est le résultat d'un équilibre parfait entre une faible pression sous-glottique et la tension passive des cordes vocales au moment de l'expiration.

Il a fait adopter à des chanteurs ayant une voix défectueuse le type respiratoire des bons chanteurs et a obtenu des résultats satisfaisants. Les mouvements de la respiration étant sous la dépendance de la volonté, il dit que toute personne à l'état sain, suivant son enseignement, peut, sinon changer la nature môme de sa voix, la développer, la perfectionner, la conserver.

— M. Bvown-Séq tiard lit un nouveau travail sur des recherches expérimentales, montrant combien sont variés et nombreux les effets purement dynamiques provenant d'influences exercées sur l'encéphale par les nerfs sensitifs et sur les nerfs moteurs par les centres nerveux. La conclusion en est que tous les nerfs moteurs et presque toutes les parties excitables des centres nerveux peuvent avoir des modifications très notables de leur excitabilité, sous l'influence d'irritations même peu considérables de la plupart des parties du système nerveux.

Zoologie. —M. Poucliel poursuit depuis trois ans, à Concarneau, l'étude d'un groupe d'êtres marins tout à fait inférieurs, placés à la limite du règne végétal et du règne animal, groupe sur lequel il a déjà fait à diverses reprises d'importantes communications; mais aucune n'était au-si inattendue que celle dont il entretient aujourd'hui l'Académie. Les péridiniens sont des êtres monocellulaires, mais beaucoup plus simples que les infusoires ordinaires. L'opinion générale, aujourd'hui, est que ce sont des végétaux, des sortes d'algues. Ils se nourrissent comme les végétaux, se meuvent au moyen de deux longs cils, comme les spores d'algues, ils sont colorés par un pigment spécial à beaucoup de végétaux inférieurs, etc.

Et cependant, M. Pouchet nous apprend que certains Péridiniens, restés inconnus jusqu'à ce jour, présentent un œil, un œil véritable, conformé comme celui qu'on rencontre chez beaucoup de vers et chez les planaires. Cet œil a un cristallin et une choroïde. M. Pouchet fait remarquer avec raison que nous ne pouvons établir la qualité d'organe sensitif chez un être inférieur qu'en raison d'une similitude de structure anatomique. Ici, la structure est absolument parlante, et l'organe en question ne peut être interprété que comme un œil, beaucoup plus parfait que celui d'un protozoaire commun. Si Ton réfléchit que les péridiuiens, chez lesquels se trouve cet œil, sont généralement regardés comme des végétaux, l'étonnement augmente encore.

ACADÉMIE DES SCIENCES DE PARIS

— Les otocystes des invertébrés ont toujours été considérés jusqu'ici comme étant simplement des organes de l'audition. Une longue série de recherches entreprises cet été par M. Yves Delage ont amené cet auteur à reconnaître dans ces organes une autre fonction de première importance. M. Delage a su trouver des procédés opératoires qui lui ont permis d'enlever les otocystes sans troubler la santé générale, même chez les céphalopodes où ces organes sont profondément placés dans l'épaisseur du cartilage crânien. Les animaux opérés guérissent parfaitement et se portent à merveille, puisqu'ils mangent avec avidité, muent dans les bacs (les crustacés) et régénèrent des parties coupées de leur corps.

Les résultats de l'expérience varient un peu selon les types; mais d'une manière générale on peut dire : un animal privé soit de ses yeux, soit de ses antennes, soit de ces deux organes à la fois, nage avec une certaine hésitation ; mais sou allure reste tout à fait correcte. Au contraire, l'ablation des otocystes, même chez un animal qui n'a subi aucune autre mutilation, est suivie des troubles les plus graves. Les individus ainsi opérés sont incapables de se mouvoir correctement. Ils ne peuvent nager ni en situation normale ni en ligne droite. Ils parcourent de grands espaces soit sur le côté, soit sur le dos, reculent ou avancent indifféremment, décrivent des cercles dans divers plans, tournent sur eux-mêmes ou traversent les bacs en décrivant des hélices plus ou moins allongées. Tous les physiologistes seront frappés de l'étroite ressemblance entre ces phénomènes et ceux que provoquait Flourens en 1825, chez les lapins et les pigeons, en coupant les canaux demi-circulaires. Ces résultats, aussi singuliers qu'inattendus, démontrent l'existence chez les invertébrés d'une fonction nouvelle qui a, comme l'audition, son siège dans les otocystes et qui joue un grand rôle dans la locomotion.

Botanique. — MM. B. Renault et Bertrand présentent une note sur les tiges des poroxylons, plantes gymnospermes houillères, dont voici les conclusions.

De l'étude et de la comparaison de très nombreux fragments d'âge et de grosseur différents, il résulte :

1° Que la distribution des faisceaux et le développe ut

du bois centripète ne change pas avec l'âge.

2° (Jue la moelle disparaît sans se cloisonner, comme cela arrive dans les cordaïles.

3° Que Fépaississement du bois secondaire se faisait au moyen d'une zone cambiale existant dans la tige et même dans les feuilles.

/i° Ni dans les grosses tiges, ni dans les grêles, les masses ligneuses centripètes ne convergent au centre de la moelle. Ce fait est très important pour la paléontologie végétale, puisque certains paléo-botanistes croient qu'une différence d'âge suffit pour donnera deux rameaux d'une même plante, à l'un du bois centripète convergent, à l'autre des tlots ligneux centripètes, circummédullaires, distincts.

— Les études de M. Léo Errera sur une condition fondamentale d'équilibre des cellules vivantes l'ont conduit à cette conclusion, qu'une membrane cellulaire, au moment de la genèse, tend à prendre la forme que prendrait, dans les mêmes conditions, une lame liquide sans pesanteur.

Or ce principe parait avoir une grande importance, car il fait comprendre une très grande loi organique et permet,

pour la première fois, de rattacher l'architecture des cellules à la physique moléculaire.

Minéralogie. — Les bords de la Clyde (Ecosse) ont été, à l'époque carbonifère, le siège d'éruptions basiques très nombreuses. Aux environs de Dumbarton, on peut observer, dans la petite carrière de Stronenvell, un filon vertical, de quelques mètres d'épaisseur, traversant le vieux grès rouge dévonien.

La roche qui constitue ce filon est verdàtre, à grain très fin; son examen pétrographique est des plus intéressants, car il fait voir sous un espace très restreint, et de la façon la plus nette, les divers modes de structure que peut prendre une roche volcanique sous l'influence d'un refroidissement progressif.

De nombreux échantillons recueillis au centre du filon ont montré au microscope, à M. A. Lacroix, les éléments suivants, énumérés dans leur ordre de consolidation :

I. Apatite, sphène, fer oxydulé et titane, mica (?), labrador, pyroxène.

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