M. PIDERIT. — LA MIMIQUE DE LA BOUCHE
regard. Le regard est-il terne, le visage porte l'empreinte d'une souffrance amère et c'est un signe que l'homme supporte passivement des sentiments et des épreuves amères; mais si le regard est ferme et énergique, le visage porte alors le cachet d'une active réaction, d'une violente irritation.
Si les yeux se dirigent vers le haut, en extase, naturellement les rides verticales sont absentes, et alors pendant que la lèvre supérieure se contracte amèrement, le visage exprime un recueillement douloureux. C'est là une expression mimique que les peintres cherchent à représenter dans les tableaux de la Madeleine repentante, ou du moins qu'ils devraient chercher à représenter.
Si, au lieu de plis verticaux, des rides horizontales apparaissent sur le. front, pendant que la bouche porte l'empreinte de l'amertume, on reconnaît que l'homme s'attache à des pensées, à des souvenirs amers, qu'il s'efforce de les retenir afin d'en être impressionné longtemps.
Mais la physionomie est le plus violemment changée lorsque, à côté du trait amer, l'expressfon de la frayeur se manifeste en même temps, c'est-à-dire quand des plis verticaux et horizontaux apparaissent à la fois sur le front. C'est ainsi que le visage reçoit l'expression d'une violente terreur. Dans un de ses ouvrages. Léonard de Vinci dépeint l'expression de la terreur en termes très frappants, lorsqu'il dit : « Les blessés, les battus, peignez-les avec des visages pâles et des sourcils relevés; le tout, y compris la chair qui se trouve dessus, recouvert de rides; peignez les narines au dehors avec quelques plis auprès, plis qui se termineront au commencement de l'œil. Les narines, en tant que causes desdits plis, se soulèveront et la lèvre supérieure, relevée en arc, découvrira les dents d'en haut, lesquelles, se trouvant séparées les unes des autres, indiqueront des cris lamentables chez les blessés. » Darwin décrit les autres symptômes de la terreur et do la crainte ainsi qu'il suit : « Le cœur bat avec rapidité et violence, et soulève la poitrine. La peau devient instantanément pâle comme au début d'une syncope; cette pâleur de la surface cutanée est due probablement à l'impression reçue par le centre vaso-moteur, qui provoque la contraction des petites artères des téguments. L'impressionnabilité de la peau par la frayeur intense se manifeste encore par la manière prodigieuse et inexplicable dont cette émotion provoque immédiatement la transpiration. Ce phénomène est d'autant plus remarquable que, à ce moment, la surface cutanée est froide, d'où le terme vulgaire de sueur froide; ordinairement, en effet, les glandes sudoripares fonctionnent surtout quand cette surface est chaude. Les poils se hérissent, et les muscles superficiels frémissent. En même tPinps que la circulation se trouble, la respiration se précipite. L'un des symptômes les plus caractéristiques de la frayeur est le tremblement qui s'empare de tous les muscles du corps. Ce tremblement, aussi bien que la sécheresse de la bouche, altère la voix, qui devient rauque ou indistincte, ou disparaît complètement. Obslupuij steïeriintque comee, cl vox faucibus hcesit. »
Cette forme buccale se trouve physiognomoniquement chez les hommes d'un naturel aijrri.
B. — Le irait doux. — Le trait doux s'oppose à l'expression de l'amertume: car, pendant que, avec celle-ci, l'on cherche à éviter, autant que possible, une sensation désagréable du goût, dans celui-là les muscles sont mis en jeu de telle façon que des impressions gustatives peuvent être recueillies le plus complètement possible. La bouche est fermée et les joues sont pressées fortement contre les dents afin de concentrer et de retenir sur l'organe du goût, la langue, toutes les parties de l'objet sapide, parties qui, dans la mastication ou la dégustation, se glissent entre les joues et les mâchoires: l'activité des nerfs du goût est donc ainsi fortement secondée. C'est en grande partie par la mise en action des muscles du rire que les joues sont pressées contre les dents ; aussi le trait de la douceur reçoit-il par là une certaine ressemblance avec le trait du sourire ; toutefois, la contraction simultanée du muscle orbiculaire des lèvres supprime en grande partie l'effet latéral des
Fig. i-l. — Trait doux.
muscles du rire. Mais ce qui caractérise essentiellement le trait doux, c'est la forme particulière qu'affectent les lèvres: le muscle orbiculaire des lèvres étant attiré fortement contre les dents à l'aide des muscles canins, placés derrière lui, les lèvres rouges perdent leur gonflement normal, de sorte qu'elles apparaissent maintenant aplaties et en ligne droite, vues de profil (fig. 22).
La bouche se tire de cette façon dans des sensations du goût, douces, extraordinairement agréables, mais aussi comme expression mimique de dispositions extraordinairement agréables, dans des représentations et des souvenirs auxquels l'usage de la langue donne t'épithète de doux.
Combinaisons mimiques. — La bouche douce, jointe au regard ravi, donne l'expression mimique d'une douce rêverie.
La bouche douce, jointe au regard caché, donne au visage l'expression d'une coquetterie amoureuse.
Jointe à des rides horizontales, l'expression douce donne à entendre que l'homme s'attache à de doux souvenirs et à de douces représentations.
Fréquemment, le trait doux apparaît, lorsque les lèvres se préparent à donner un baiser réel ou imaginaire, et alors on désigne très exactemeut un tel baiser en l'appelant « un doux baiser». Au reste, il [ faut faire remarquer [ci que
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M. PIDERIT