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M. PIDERIT. — LA MIMIQUE DR LA BOUCHE

Le trait pincé devient physiognomonique avec le plus de facilité et le plus fréquemment chez des hommes dont les occupations journalières amènent avec elles souvent et longtemps des efforts corporels pénibles ou intenses, soit " que l'on ait besoin d'un grand déploiement de force, soit que l'on ait besoin d'une prudence et d'un soin particuliers. 11 peut donc se développer chez des forgerons aussi bien que chez des brodeuses, chez des bûcherons aussi bien que chez des sculpteurs. Mais l'on peut être convaincu que les personnes chez qui on le trouve ont coutume de faire leur travail avec zèle et conscience.

A la suite d'efforts intellectuels et comme expression de ténacité, ce trait ne peut se développer physiognomoniquement que si ces états correspondants de l'esprit se répètent non seulement souvent, mais aussi avec durée. On y reconnaît le tenacem prapasiti virum d'Horace, l'homme persévé-

Fig. 32. — Trait pincé avec trait amer, yeux fortement ouvorts, rides Verticales et horizontales, ailes du nez gorillees (expression de fureur).

rant, mais aussi, quand l'expression de l'air pincé est gravée avec une force particulière, l'homme opiniâtre, obstiné, entêté et endurci.

E. — Le trait méprisant. — L'expression mimique du mépris, du dédain, se manifeste en partie dans les yeux, en partie dans la bouche.

Celui qui veut faire voir son mépris lève la tète afin d'abaisser son regard sur l'objet de son dédain; il exprime ainsi qu'il se sent lui-même supérieur à ce qui lui semble bas. Seulement il ne regarde pas l'objet de son mépris en face, mais de côté, comme s'il ne jugeait pas nécessaire de tourner la tête pour le fixer dans les yeux ; en même temps, les paupières tombent comme dans l'assoupissement et comme signe d'une indifférence extrême envers la causevisible ou imaginaire de son dédain; cependant un certain degré d'attention paresseuse et contrainte se reconnaît à la tension des muscles frontaux : les sourcils sont tirés en haut et il se forme sur la peau du front des plis horizontaux (fig. 33).

De cette façon, un faible degré de mépris ne s'exprime que dans les yeux; mais dans des degrés plus forts d'un dédain orgueilleux, l'expression de la bouche se modifie aussi d'une manière particulière. Le trait de l'amertume apparaît dans la lèvre supérieure comme si l'on ressentait un goût désagréable, dégoûtant, et en même temps on repousse la

lèvre inférieure en avant et en haut comme si, par ce mouvement, l'on désirait éloigner un objet insignifiant qui se rapprocherait des lèvres; ce qui montre que l'on considère cet objet comme très insignifiant, c'est que dan? l'allonge-

Ki,-. .Ti. — Expression du mépris.

ment de la lèvre inférieure, on a coutume de souffier en même temps un peu d'air comme si cela suffisait pourchasser l'objet, aussi léger qu'une plume.

Donc, l'expression mimique du mépris est une expression compliquée et se rapporte en partie à des objets imaginaires, en partie à des impressions sensorielles imaginaires.

Comme dans le trait pincé, la lèvre inférieure est également tirée en haut dans le trait du mépris, et dans les deux cas, au moyen de deux muscles releveurs du menton (1). Toutefois, l'expression de l'entêtement se distingue essentiellement de celle du mépris eu ce que, dans celle-là, les deux lèvres sont pincées vers le dedans, tandis que, dans celle-ci, la lèvre inférieure est au contraire poussée en avant. Cela est dû à une action combinée des muscles releveurs et des triangulaires du menton; pendant que ceux-li repoussent en haut la lèvre inférieure, et que les coins de la bouche sont abaissés, le bord rouge de la lèvre inférieure se renverse au dehors. Sous l'influence des muscles releveurs du menton, des plis caractéristiques de la lèvre inférieure naissent dans l'expression du mépris aussi bien que dans celle de l'entêtement ; mais, dans celle-ci, les plis p irtent du milieu de la lèvre inférieure et se dirigent en ligne

Fig. 84. — Trait méprisant dans la bouche.

droite vers la base et en dehors comme les côtés d'un triangle à angle obtus, tandis que dans celle-là ils forment,

(1) Ces muscles releveurs du meuton étant d'une importance capitale pour l'expression du mépris, les anciens anatomistes les avaient appelés d'un nom très caractéristique : Musculi superbi.

par la tension vers le bas des triangulaires du menton, une ligne arquée, dont la convexité est tournée vers le haut (fig. 34). Au reste, dans l'une et l'autre expression du visage, le menton est très plat, parce que sa peau, sous l'influence des muscles releveurs du menton, est tirée vers le haut et tendue fortement (1).

Combinaisons mimiques. — Si, en même temps que l'expression du mépris, les rides verticales apparaissent, et dan5;

Fig. 35. — Trait méprisant avec des rides verticales sur le front.

ce cas les sourcils arqués et les plis horizontaux manquent naturellement, on peut admettre que l'homme ressent à la ois de la colère et du mépris (fig. 35).

Plus le trait d'amertume ressort dans une expression méprisante, plus le visage offre l'expression d'un mépris amer.

L'expression du mépris se trouve physiognomoniquement chez des hommes prétentieux, arrogants, qui ont coutume de mesurer les conditions et les opinions d'autrui sur l'échelle de leur propre excellence imaginaire et qu'il est difficile de satisfaire.

Ce trait se manifeste dans les yeux par des sourcils hautement arqués, des rides horizontales et des paupières baissées.

Dans la bouche, on le reconnaît à ce que le milieu de la lèvre inférieure semble pressé vers le haut et que, sous son rebord rouge, qui est un peu renversé en dehors, apparaît un pli arqué dont la convexité est tournée vers le haut.

Tu. Piderit.

(1) Darwin explique comme il suit l'expression du mépris et du dégoût : « Sur le visage, le dégoût se manifeste, quand il est modéré, de diverses manières : on ouvre largement la bouche, comme pour laisser tomber le morceau qui a offensé le palais; on crache, on souille en avançant les lèvres, on produit une sorte de raclement de la gorge, comme pour l'éclaircir... Un dégoût extrême s'exprime par des mouvements de la bouche semblables à ceux qui préparent l'acte du vomissement... Il est remarquable de voir avec quelle facilité une simple idée provoque instantanément des nausées ou des vomissements... Pour expliquer ce fait, il est permis de supposer que nos ancêtres primitifs ont dû posséder, comme les ruminants et divers autres animaux, la faculté de rejeter involontairement la nourriture qui les iucommodait. Aujourd'hui, cette faculté a disparu, en tant qu8 soumise à l'action de la volonté; mais elle est mise involontairement enjeu, par l'effet, d'une habitude invéiéréo de longue date,

CAUSERIE BIBLIOGRAPHIQUE

Voici un bel ouvrage (1) qui, tout en n'étaut pas destiné à être lu, croyons-nous, par beaucoup de lecteurs, fait cependant le plus grand honneur à la science française. Sous la direction de M. Bektiielot, le comité des travaux historiques et scientifiques a décidé la publication de la collection des anciens manuscrits alchimiques grecs demeurés inédits jusqu'à ce jour. Ils étaient disséminés un peu partout; M. Berthelot en a repris l'étude dans les différentes grandes bibliothèques publiques de l'Europe. Cette étude était des plus complexes, des plus difficiles. Le texte grec est naturellement des plus obscurs, et cela pour bien des raisons; d'abord par les fautes matérielles des copistes; ensuite par la difficulté même du sujet, obscur, technique, hérissé d'erreurs matérielles, et enfin par suite de l'obscurité voulue et du symbolisme mystique dans lequel ont tenu à rester les auteurs.

L'ouvrage contient trois parties : une introduction de M Berthelot; un texte grec donné par M. Ruelle, et la traduction de ce texte grec donnée par M. Berthelot.

La première livraison, qui vient de paraître, comprend l'introduction de M. Berthelot et les traités démocritains, texte et traduction.

Cette introduction de M. Berthelot constitue certainement ce qu'il y a de plus complet sur l'alchimie avant le moyen âge. (Quelques-uns de ces chapitres ont paru dans la Revue scientifique.) On y trouve l'histoire des papyrus de Leyde, où est, entre autres, développée l'histoire de l'asem, métal hypothétique, peut-être alliage d'or et d'argent, peut-être alliage d'étain et d'argent, peut-être alliage de plomb et d'argent, peut-être encore d'autres alliages où il n'entre pas d'argent, mais de l'étain, du cuivre et du mercure. Puis vient un autre chapitre sur les relations entre les métaux et les planètes; un autre sur la sphère de Démocrite; un quatrième chapitre sur les notations alchimiques; un cinquième sur les figures d'appareils. On y trouve de curieuses figures, des alambics avec des fourneaux, des ballons recueillant des liquides distillés, des appareils de distillation, des vases de différentes formes. A ces appareils sont jointes des figures mystiques, hiéroglyphiques, symboliques, comme le signe d'Hermès et le serpent Ouroboros. Quelques notes sur les métaux chaldéens et sur les manuscrits alchimiques, spécialement sur le manuscrit de Saint-Marc, complètent cette étude. ,

On lira avec intérêt, pensons-nous, les traités grecs, soit dans le texte très obscur, soit plutôt dans la traduction, où se trouvent les traités démocritains. On y trouvera un mé-

toules lus fois que l'esprit se révolte contre l'idée de prendre tel ou tel aliment, ou plus généralement qu'il so trouve en présence de quelque objet qui inspire le dégoût. »

(1) Collection des anciens alchimistes grecs, publiée par MM. Ber thelot et Kuelle. lr0 livraison. Traités démocritains. — l'n vol. in-4" chez Steinheil, 1887.

CAUSERIE BIBLIOGRAPHIQUE

lange extraordinaire de symbolisme, de mysticisme, de théologies païenne et chrétienne et de faits chimiques réels. Le grand problème est toujours de chercher à faire de l'or. On comprend que ces pauvres alchimistes aient eu de singulières déceptions, et ils ont eu pour exprimer ces déceptions un symbole saisissant : le labyrinthe de Salomon : « Il y a une porte placée obliquement et d'un accès dillieile; plus tu accours du dehors en voulant t'élancer, plus lui-même, par ses détours subits, t'engage à l'intérieur, vers la profondeur où se trouve la sortie. Il te séduit chaque jour dans tes courses, il se joue et se moque de toi par les retours de l'espérance comme un songe qui t'abuse par des visions vaines; jusqu'à ce que le temps qui règle la comédie se soit écoulé et que le trépas, hélas! réglant tout dans l'ombre, t'ait reçu sans te permettre d'atteindre la sortie. >»

Si le labyrinthe de Salomon est l'image de l'alchimie, on peut dire que c'est presque aussi l'image de la vie.

M. Georges Salet vient de pablier, sous le titre de Traité élémentaire de speclroscopie, les conférences qu'il fait chaque année à la Faculté des sciences (1). Nous devons déclarer immédiatement que ce traité soi-disant élémentaire est des plus complets et qu'il constitue un guide précieux pour ceux qui, par la nature de leurs recherches, physiciens, chimistes et même biologistes, sont obligés d'avoir recours au spectroscope. L'analyse spectrale en effet, depuis les découvertes du ceriuni et du rubidium par iiunsen, des métaux terrestres dans l'atmosphère solaire par Kirchoff, est entrée après être restée quelque temps stationnaire, dans une période de grande activité, et, comme le dit M. Salet, « si les problèmes qu'elle est arrivée à résoudre sont importants et nombreux, ceux auxquels elle s'attaque ne le sont pas moins. Elle prête une aide puissante à la chimie, à l'astronomie, à la physique, à l'industrie elle-même; elle soulève des questions fondamentales de mécanique moléculaire et servira sans doute à les résoudre; en un mot, elle touche à presque toutes les sciences. » Les quelques pages consacrées à la technique, dans lesquels l'auteur entre dans les plus petits détails pratiques, rendront certainement de grands services à ceux qui, n'ayant jamais travaillé dans des laboratoires spéciaux, sont appelés à un moment donné à utiliser le spectroscope, et le grand nombre de cartes et de tables numériques que renferment l'ouvrage éviteront une grande économie de temps en dispensant de chercher ces renseignements dispersés dans des publications diverses.

L'application de l'électricité, en permettant de porter facilement les corps à analyser aux plus hautes températures connues, a permis de pousser très loin les recherches spectroscopiques; le chapitre iv renferme sur ce procédé d'analyse, avec l'exposé détaillé de la recherche des métaux par M. Lecoq de Boisbaudran, des renseignements nombreux sur les essais d'analyse spectrale quantitative, sur la tecli-

(1) Traité élément uiru de speclroscopie, par Georges Salet. tcr fasc. t In-S"; Paris, Masaon, 188S.

nique de la production des spectres à l'aide de l'étincelle électrique, etc. Mentionnons enfin dans le dernier chapitre de ce fascicule (spectres des métalloïdes) les recherches de l'auteur sur l'origine des spectres des bandes de l'azote, spectres semblables à ceux des gaz composés, et qui le conduisent à soupçonner l'existence d'un azote allotropique plus condensé que le gaz que nous connaissons, et en même 'temps plus actif, lequel prendrait naissance par le fait de l'électrisation.

L'ouvrage doit être complété par un dernier fascicule consacré aux spectres d'absorption, aux spectres infrarouges et ultra-violets, à la spectroscopie céleste et la spectroscopie théorique; mais, dès maintenant, il constitue un traité pratique d'analyse spectrale.

Parmi les motifs qui nous déterminent à agir, la nouvelle école psychologique, éclairée par l'étude des phénomènes de l'hypnotisme, a fait une large part à la suggestion en général, c'est-à-dire à l'influence impulsive exercée sur certains individus par la vue ou le récit de certains actes, influence qui se traduit par une tendance à la répétition de ces mêmes actes. On disait autrefois que c'était là de la contagion par imitation : à dire vrai, la nouvelle expression, fort à la mode, ne comporte guère d'explication plus précise que celle à laquelle elle s'est substituée; elle a cependant sur celle-ci l'avantage de classer les cas particuliers dans un ordre de faits généraux, observés à l'état physiologique, et qui ne rentrent dans le domaine de la pathologie qu'à titre d'exception.

Cette contagion de l'exemple a ceci de curieux, qu'elle demande pour se réaliser, absolument comme la vraie contagion des maladies infectieuses, l'existence d'un terrain préalablement bien adopté. Ceci est surtout apparent quand il s'agit des crimes, et M. Aubry. qui vient de consacrer à ce sujet une intéressante étude (1), n'a pas de peine à montrer comment, dans l'histoire d'un grand nombre de crimes célèbres, on peut retrouver les preuves de cette double action, suggestion d'actes ou de paroles d'une part, et adaptation du terrain par l'hérédité ou la dégénérescence, d'autre part.

Parmi les agents de la suggestion, l'auteur insiste surtout sur le rôle de la famille qui prépare l'éducation des jeunes criminels, sur celui de la vie en commun dans les prisons où cette éducation se perfectionne, et enfin sur celui du spectacle des exécutions publiques et des récits de la presse, qui ont incontestablement une influence impulsive énorme, et qui sont condamnables à tous les points de vue.

Les épidémies de meurtres accomplis selon les procédés mis à la mode à la suite de la grande publicité donnée à quelques affaires retentissantes prouvent bien l'influence désastreuse de la presse en cette matière, jointe, il faut l'avouer, aux verdicts démoralisés et démoralisants des jurys; et l'auteur s'est surtout attaché à montrer comment

(I) Li Contagion <l<t meurtre, par le l)1 FjhI -Vib-y. — Iu-8° de 184 pa^cs; Paris, Alcau, 1SS8.

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il a suffi, au début, d'un acquittement à l'occasion de tel drame au vitriol ou au revolver, pour en provoquer toute une série d'imitations. Et ici l'influence de la presse est double, car non seulement elle détermine la forme du procédé criminel, de son manuel opératoire, qui suit une véritable mode, mais encore elle pousse à l'action toute la foule des individus prédisposés, en renforçant chez eux des tendances qui, sans cet excitant évilabie, auraient pu ne pas sortir de leur état de somnolence.

On entend souvent parler de la contagion du mal, et c'est là un sujet qui, certes, demande à être étudié scientifiquement. Le travail de M. Aubry n'est encore qu'une ébauche de cette étude; mais il faut lui savoir gré d'avoir appelé l'attention sur l'influence pernicieuse de quelques-unes de nos coutumes sociales, auxquelles nos goûts ou notre indifférence laissent prendre en ce moment un développement exagéré, et qu'il serait cependant urgent de restreindre ou de modifier.

L'auteur note précisément que le propriétaire du Morninrj Heraldj l'un des plus anciens journaux de Londres, M. Radclifl'e, fut tellement convaincu de l'influence de l'imitation, qu'il finit par fermer complètement ses colonnes au récit de tous les actes de crime ou de folie. Voilà une saine leçon donnée par un journaliste, qui devrait bien profiter à ceux qui ont charge de la santé publique.

Parmi les livres géographiques du nouvel an, nous devons signaler encore le beau livre publié par la maison Ouantin (1). C'est un ouvrage de lecture fort agréable et qui donne maints détails curieux sur cette riche et belle région de la France qui s'étend de Marseille à Monaco. Toute cette côte méditerranéenne est d'une richesse inépuisable, et il paraît que les voyageurs, qui ont couru le monde et cherché dans l'un et l'autre continent des sites réconfortants ou splendides, reconnaissent que c'est encore à Ilyères, à Cannes, à Monaco que la vie est le plus facile et le paysage le plus souriant. Le livre de M. Liégeard dit tout cela par le détail, et les belles gravures qui accompagnent le texte donnent l'impression très exacte de ce beau pays. Il était difficile, pour le texte comme pour les gravures, d'éviter la monotonie, et cependant l'auteur y a réussi, comme les dessinateurs qui ont fait les gravures. On ne peut pas dire que ce livre soit de la géographie, car il n'y a rien de technique, et cependant quel nom donner à cet ouvrage, sinon de géographie, mais de géographie amusante et facile comme les pays mêmes qu'elle se propose de décrire.

(I) La Côte d'azur, par M. Stéphen Liégeard. — Un vol. in i"

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