M. HERZBN. — L'INSTINCT ET LA RAISON
gnés, invités pur MM. Ferdinand do Lesseps et Roudaire à se rendre sur les lieux pour donner leur avis sur le projel de mer intérieure et son exécution pratique, ont fait les conslatalions suivantes :
i" Au point de vue maritime. — L'embouchure de l'oued Melah, origine du canal de la mer aux chotts inondables, présente une p;iriie couverte à haute mer à une largeur suffisante, qui pourra être facilement creusée et constituer un port naturellement à l'abri de tous les vents du nord-est au sud en passant par l'ouest; les vents du nord-est au sud en p issant par l'est ne pourront être dangereux, le port en étant garanti par de simples jetées.
La rade en face de l'entrée se trouve d'ailleurs exactement dans les mêmes conditions que celle de Gabès.
La navigation dans le canal ne peut offrir aucune difficulté, sa direction étant presque rectiligne.
Quant à la tenue des bâtiments dans la mer intérieure il a été de toute facilité à la commission de s'assurer de l'absence complète de roches; partout le fond sera de vase ou de marne et avec les profondeurs moyennes de 20 mètres, on sera toujours certain qu'un bâtiment, quel, qu'il soit, n'aura rien à craindre pour sa sécurité.
2° Relativement aux résultats agricoles. — Tous les terrains situés sur le rivage nord de la mer intérieure et du canal, de Gabès à Biskra, sur un parcours de près de 500 kilomètres sont généralement de même nature que les plus fertiles de l'Algérie et de la Tunisie.
Il ne leur manque qu'un peu d'eau pour qu'ils deviennent d'une très grande fécondité et une immense source de richesse et de prospérité pour le pays.
La modification du climat qu'amènera naturellement la présence d'une très grande nappe d'eau dans le bassin des chotts, jointe à l'utilisation des eaux souterraines dont la présence a été constatée tant par les sondages que par l'existence des puits naturels qui servent à l'alimentation des tribus et à l'aménagement des eaux superficielles, permettra incontestablement de rendre à la culture ces vastes espaces aujourd'hui complètement improductifs, et d'y trouver, indépendamment des autres sources de revenus, tels que pêcheries, droits de navigation, etc., etc., une large rémunération pour les capitaux engagés dans cette entreprise.
3° En ce qui concerne les opérations de nivellement de M. le commandant Roudaire, il a été unanimement reconnu qu'elles ont été faites avec le soin le plus minutieux et une méthode infaillible, et qu'elles sont d'une exactitude absolue.
4° A l'égard de l'exécution des travaux, il a été constaté que les terrains rencontrés seront d'une extraction très facile à laquelle les procédés mécaniques pourront être appliqués. "
Les roches calcaires constatées par les sondages de M le commandant Roudaire en 1879, à la 'base du seuil de Gabès et dont le volume est relativement peu important, constituent à l'entrée du canal un avantage plutôt qu'un inconvénient.
Elles fourniront, en effet, les matériaux nécessaires à l'exécution des jetées et des constructions du port.
Elles permettront en outre, si cela est nécessaire, d'établir a peu de frais, à l'entrée du canal, une vanne au moyen de laquelle on réglera suivant les besoins l'introduction de l'eau pendant le remplissage.
Dans tout le parcours du canal, au travers du chotl Djerid le trace suit la rive nord, de manière à se tenir éloigné des terrains vaseux de la partie centrale du chott.
Au seuil qui sépare le chott Djerid du chott Rbarsa, le nouveau trace, récemment étudié à Tozeur par M. le commandant Roudaire, évite complètement les roches qui ont été précédemment signalées à Kriz, et dont lu commission supé-
rieure avait estimé le volume à 25 millions de mètres cubes
L altitude du nouveau col est d'ailleurs inférieure de 12 mètres à celle du col de Kriz.
Le sondage fait au point culminant du nouveau tracé a
démontré qu'on ne rencontrera que des sables.
Eu égard à la nature des terrains traversés, il est évident qu il suffira de creuser tout d'abord dans la partie d'alhmons un canal d'une largeur moyenne de 25 à 30 mètres qui sera agrandi au moyen du courant lui-même.
Cette tranchée pourra être exécutée dans une période maxima de cinq années, et son prix de revient peut être évalue a une somme de 150 millions.
5° La question politique et militaire est certainement très importante.
La commission, tout en étant frappée des avantages incontestables que retirera la France de la création de la mer intérieure, considère qu'elle sortirait de son rôle en développant son opinion à ce sujet.
A. Couvbedx fils, entrepreneur de travaux publics. Emile Dollot, ingénieur des arts et manufactures. Léon Duc, ingénieur.
Dlival-Tebrasson, entrepreneur de travaux publics. Gellerat fils, entrepreneur de travaux publics. G. de Kersabiec, lieutenant de vaisseau. Anatole Lion, ingénieur.
PSYCHOLOGIE L'instinct et la raison.
l.LViKt DE M. IIERZEN A M. FABRE.
Monsieur,
Si l'admiration avec laquelle j'ai lu vos remarquables volumes intitulés Souvenirs entomologiques ne nie donne pas le droit de vous écrire, elle servira au moins, je l'espère, d'excuse à la liberté que je prends de vous adresser celte lettre.
Vous admettez une différence essentielle, un abîme infranchissable, entre l'instinct et la raison. Or vous qui êtes .-i prudent à conclure et à généraliser, lorsqu'il s'agit d'un détail (par exemple, de savoir si tous les hyménoptères possèdent le sens de la direction, ou si quelques-uns ne le possèdent pas), dans cette grosse question de l'instinct et de la raison, vous n'hésitez pas à appliquer au règne auimal tout entier — l'homme excepté — la conclusion à laquelle vous conduit l'observation de la manière d'agir de quelques hyménoptères. 11 me semble pour le moins possible que l'activité psychique d'un type animal dont l'organisation diffère profondément du type insecte (par exemple, le type vertébré) puisse, elle aussi, être profondément différente. Ne voyonsnous pas tous les jours les animaux supérieurs adapter leur conduite et leurs actes d'une manière rationnelle à des circonstances insolites, accidentelles ou expérimentales, à peu près comme nous le ferions nous-mêmes '.'
Par une étrange coïncidence, je viens de lire, presqu'en même temps que le vôtre, l'ouvrage de M. Romanes [Animai, Intelligence) qui est rempli d'exemples frappants d'actions